Vie sexuelle des jeunes adultes opérés dans l’enfance d’un hypospadias postérieur

25 septembre 2015

Auteurs : L. Even, O. Bouali, J. Moscovici, E. Huyghe, C. Pienkowski, P. Rischmann, P. Galinier, X. Game
Référence : Prog Urol, 2015, 11, 25, 655-664
Objectif

Évaluer, par une étude transversale unicentrique, la qualité de vie globale et sexuelle de jeunes adultes âgés d’au moins 17ans et opérés d’hypospadias postérieur dans l’enfance.

Patients et méthodes

Ont été identifiés, 40 patients opérés d’un hypospadias postérieur depuis 1997 parmi lesquels 28 ont été recontactés. Quinze adultes, âgés de 21,2±4,7ans en moyenne, opérés à l’âge de 27,9±20 mois en moyenne, ont eu une consultation de suivi survenant 8,4±5ans en moyenne après la dernière consultation spécialisée. A été réalisée une évaluation clinique et les qualités de vie globale et sexuelle étaient estimées par des auto-questionnaires (EUROQOL 5, IIEF5 et questionnaire non validés)

Résultat

Pour 33 % des patients, la qualité de vie globale était altérée. Une dysfonction érectile a été identifiée chez 33 % des patients, mais plus de 80 % se disaient satisfaits de leur qualité de vie sexuelle. L’insatisfaction des patients venait essentiellement de l’aspect de leurs organes génitaux externes. Nous n’avons pas trouvé de lien entre le nombre d’interventions chirurgicales effectuées et la satisfaction de l’apparence et du fonctionnement des organes génitaux externes. Trente-trois pour cent des patients auraient aimé avoir un suivi sous forme d’un soutien psychologique, médical ou un contact avec des patients ayant un parcours médical similaire.

Conclusion

Nous avons mis en évidence des problèmes fonctionnels non pris en charge jusqu’alors ainsi que des problèmes cosmétiques responsables d’une altération de l’image de soi chez ces jeunes adultes. Cette consultation a conduit à une prise en charge spécialisée pour 20 % des patients. Une prise en charge transitionnelle au sortir du monde pédiatrique et dans le contexte qu’est l’adolescence paraît nécessaire.

Niveau de preuve

4.




 




Introduction


L'hypospadias, malformation congénitale due à une insuffisance de virilisation du tubercule génital au cours du développement embryonnaire, est caractérisé par des anomalies morphologiques de sévérité variable : une implantation ectopique du méat urétral, une hypoplasie du corps spongieux, une courbure de verge et une hypertrophie du tablier préputial. La sévérité de l'hypospadias est classiquement définie par le niveau d'implantation du méat urétral et l'hypospadias postérieur, forme la plus sévère, est défini par un méat urétral en situation pénoscrotale, scrotale ou périnéale [1]. Cette anomalie du développement sexuel touche 1 garçon sur 250 à 300 en France et représente dans sa forme postérieure 2 à 12 % des séries [2, 3].


Le traitement chirurgical des formes postérieures est indispensable pour restaurer les fonctions urinaires et sexuelles avec un aspect esthétique satisfaisant. Il est réalisé, en fonction des constatations cliniques initiales, en un ou plusieurs temps, un redressement de verge et une urétroplastie, avec ou sans conservation de la plaque urétrale [1, 4].


Ces patients traités pour hypospadias postérieurs dans l'enfance sont à risque de complications d'ordre urologique, sexologique et psychologique compte tenu de l'importance de la malformation initiale et du traitement chirurgical lourd [5, 6, 7]. Ces complications apparaissent de manière variable dans le temps et nécessitent une prise en charge spécifique [8, 9]. Mais il est aisé d'imaginer que la puberté est une période très à risque. En effet, de nombreux phénomènes surviennent et en premier lieu une maturation hormonale qui peut modifier l'aspect et la fonctionnalité des organes génitaux sexuels. Ces modifications sont d'autant plus importantes que les adolescents prennent conscience de leur fonction sexuelle, mais également de leurs « différences » par rapport à une « norme » esthétique.


Les patients déjà adultes font l'objet de nombreuses études, mais l'adolescence reste un domaine encore peu exploré et la prise en charge spécifique de cette population est en cours d'évolution. Évoquée, il y a déjà de nombreuses années par la société pour la médecine de l'adolescent (Society for Adolescent Medecine) [10] puis plus récemment par l'organisation mondiale de la santé et la Société française de médecine physique et de réadaptation [11, 12], elle est actuellement reprise spécifiquement par la communauté des urologues pédiatres et adultes. Cette filière de l'adolescent a déjà fait l'objet de publications outre Manche [13, 14, 15, 16] ou des centres « experts » de l'adolescent ont émergé et font état de leur récente expérience dans le domaine [17].


Une meilleure connaissance des complications à long terme et des attentes de ces patients est importante pour définir un suivi adapté à visée préventive par des équipes pluridisciplinaires et rodées aux problématiques propres à l'adolescence.


Le but de notre étude était d'évaluer la qualité de vie sexuelle de jeunes adultes opérés d'hypospadias postérieur dans l'enfance.


Patients et méthodes


Déroulement de l'étude


Une étude transversale unicentrique a été menée de janvier à août 2014.


L'ensemble des patients opérés d'un hypospadias a été identifié grâce à la base de données du PMSI via les codes CCAM. Les codes CCAM utilisés sont rapportés dans le Annexe. Nous avons dénombré 860 actes chirurgicaux concernant 361 patients âgés de 17ans et plus, toutes formes d'hypospadias confondues.


Ont été inclus uniquement les hommes opérés dans l'enfance d'un hypospadias postérieur ou périnéal et âgés de 17ans au moins au moment de l'étude, soit 40 patients. Les coordonnées personnelles trouvées sur les dossiers médicaux ont permis de contacter chaque patient ou leurs représentants légaux. À défaut de coordonnées téléphoniques valides, les médecins traitants étaient contactés. Après un entretien téléphonique permettant de recueillir le consentement des patients ou de leurs représentants légaux, après information éclairée sur le déroulement de l'étude, une convocation pour une consultation de suivi était envoyée au domicile des patients. À celle-ci étaient joints une lettre explicative, des questionnaires d'évaluation de qualité de vie globale et sexuelle.


Paramètres étudiés


Les données de la prise en charge médicale et chirurgicale antérieure étaient recueillies à partir des dossiers médicaux de manière rétrospective.


Lors de la consultation de suivi, étaient réalisés un interrogatoire et un examen clinique.


L'interrogatoire reprenait l'ensemble des antécédents médicaux et chirurgicaux du patient, les évènements intercurrents survenus depuis la dernière consultation et le suivi médical (général ou spécialisé). Étaient précisées la catégorie socio-professionnelle, la situation maritale, la paternité du patient. Étaient recherchés des troubles génito-sexuels.


Les questionnaires avaient été remplis au préalable à la consultation, à domicile, mais un temps était consacré à leur relecture lors de la consultation.


La qualité de vie globale était estimée par l'EUROQOL 5 (European Quality Of Life Instrument), auto-questionnaire standardisé étudiant la qualité de vie globale en 5 questions portant sur la mobilité, l'autonomie, les activités courantes, les douleurs et gênes ainsi que l'anxiété et la dépression. Chaque item est caractérisé comme normal (1), difficile (2) ou impossible (3).


La qualité de vie sexuelle était évaluée par l'IIEF 15 (International Index of Erectile Function). Cet auto-questionnaire validé a été soumis au patient sous sa forme complète comprenant 15 questions. Il permet d'évaluer 5 domaines de la fonction sexuelle masculine : la fonction érectile, la fonction orgasmique, le désir sexuel, la satisfaction des rapports sexuels et la satisfaction globale. Chaque item est coté de 0 à 5 [18].


En complément de l'IIEF 15, a été soumis un questionnaire de satisfaction évaluant la sexualité globale. Cet auto-questionnaire, élaboré spécifiquement pour les besoins de l'étude, visait à explorer la satisfaction globale des patients concernant leur activité sexuelle, leur fonction sexuelle (aspect des organes génitaux externes, excitabilité, fonction orgasmique et éjaculatoire). Il interroge sur les difficultés ressenties au cours de la vie sexuelle et sur un potentiel lien entre le statut médical et la vie sexuelle.


L'examen clinique permettait de déterminer la taille du pénis, sa rectitude, l'existence d'une courbure associée ou non à une asymétrie des corps caverneux, les caractéristiques des cicatrices jugées discrètes, importantes ou inesthétiques et l'existence ou non de fistule urétrale. Au niveau balanique étaient recherchés la présence ou non d'un prépuce, la localisation et l'aspect du méat urétral. Le reste de l'examen précisait la morphologie scrotale et la position des testicules.


Analyse statistique


L'analyse statistique et les graphiques ont été réalisés grâce au logiciel Graph Pad PrismR Version 5.0a (Graph Pad, Software, Inc., La Jolla, CA, États-Unis).


Les résultats quantitatifs sont présentés sous formes de moyennes±écart-type.


Les variables quantitatives ont été comparées à l'aide d'un test t de Student.


Les variables qualitatives et proportions ont été comparées à l'aide d'un test de Chi2.


Une valeur de p <0,05 était considérée comme statistiquement significative.


Résultats


Sur les 40 patients sélectionnés, 12 ont été perdus de vue, 2 ont refusé de participer à l'étude et 11 patients ont manifesté un intérêt mais n'ont pas désiré se rendre à la consultation pour des motifs divers personnels.


Les 15 patients revus en consultation de suivi étaient en moyenne âgés de 21,2±4,7ans.


Le schéma d'inclusion des patients dans l'étude est illustré sur la Figure 1.


Figure 1
Figure 1. 

Schéma d'inclusion des patients dans l'étude.




Onze patients étaient étudiants et quatre exerçaient des fonctions diverses d'ingénieur, chef d'équipe, commercial et manutentionnaire. Deux patients avaient une vie maritale. Ils étaient âgés respectivement de 26 et 27ans. Neuf avaient des rapports sexuels réguliers et 4 patients n'avaient jamais eu de rapports sexuels. Aucun patient n'avait eu d'enfant.


Prise en charge dans l'enfance


La malformation pénienne avait été diagnostiquée à la naissance sur l'anomalie morphologique constatée, excepté un patient pour qui le diagnostic avait été évoqué en anténatal. Une anomalie de migration testiculaire était trouvée chez 53 % des patients (26 % unilatérale et 26 % bilatérale) et une orchidopexie avait été réalisée dans tous les cas.


Devant ces dysgénésies gonadiques, un caryotype était réalisé systématiquement mais n'était anormal que dans un cas (mosaïque 46XY [30 %] 45X0 [70 %]).


Douze patients ont eu une prise en charge en 2 temps par libération des formations érectiles pour redressement de verge puis urétroplastie par greffe de muqueuse vésicale.


Une laparotomie exploratrice initiale a été réalisée chez le patient porteur de l'anomalie chromosomique pour déterminer la nature des structures gonadiques.


Une transposition scrotale a été réalisée chez un autre patient.


Pour un patient, la technique d'urétroplastie après redressement de verge était réalisée selon la technique de Cahuzac.


Un patient a eu une urétroplastie de type Duplay précédée d'une méatoplastie d'avancement.


Enfin un seul patient a eu une réparation chirurgicale en un temps par technique de Duckett.


L'ensemble des schémas de prise en charge chirurgicale est résumé sur la Figure 2.


Figure 2
Figure 2. 

Schéma résumant la prise en charge chirurgicale en 1, 2 ou 3 temps en fonction des patients.




L'âge moyen à la date de la première prise en charge chirurgicale était de 27,9±20 mois. La deuxième intervention chirurgicale était réalisée à un âge moyen de 42±21 mois. Pour les 2 patients ayant eu une prise en charge en trois temps, la dernière intervention chirurgicale (greffe de muqueuse vésicale pour l'un et transposition scrotale pour l'autre) a été réalisée respectivement à 2,8 et 11ans.


Des complications chez dix patients ont nécessité des reprises chirurgicales : ont été dénombrées 7 fistules urétrales, 3 sténoses urétrales, 6 anomalies cosmétiques (quatre bourgeons méatiques par prolapsus muqueux et 2 méats ectopiques (coronal) par lâchage de suture).


Ces complications ont nécessité la réalisation de 22 gestes chirurgicaux, en moyenne 2±1,1 interventions par patient.


Au total, 53 interventions ont été réalisées chez ces 15 patients et 3,5±1,7 interventions en moyenne par enfant ont été menées.


Les patients étaient suivis par des chirurgiens pédiatres jusqu'à un âge moyen de 12,8±4,9ans.


La consultation de suivi proposée dans notre étude survenait dans un délai moyen de 18,8±5,3ans par rapport à la chirurgie initiale et de 8,4±5ans par rapport à la dernière consultation.


Consultation de suivi


À l'interrogatoire, cinq patients ont indiqué être complexés par l'aspect de leurs organes génitaux externes et souffraient d'un sentiment de différence, d'un complexe physique et d'une dépréciation importante. Un patient a manifesté une volonté de phalloplastie. Un patient s'est plaint d'une éjaculation « baveuse ».


Le stade pubertaire était G5P5 selon la classification de Tanner [19] soit une puberté aboutie.


L'examen morphologique des organes génitaux externes objectivait :

l'absence de prépuce chez tous les patients (prépuce utilisé lors des chirurgies de reconstruction) ;
une taille de verge flaccide moyenne estimée à 6±1,35cm ; un patient avait une verge enfouie, un second avait une torsion de verge ; deux patients dont le précédent témoignait avoir une courbure de la verge lors des érections. Tous les autres témoignaient d'une rectitude de la verge en érection ;
l'examen scrotal montrait une asymétrie du volume testiculaire chez 8 patients sur les 15 examinés avec une prothèse testiculaire en place chez un patient.


Questionnaires


L'évaluation de la qualité de vie globale par l'EUROQOL 5 montre que trois patients avaient une douleur ou gêne modérée et deux autres un état anxieux ou déprimé. Concernant les trois autres items, aucun des patients n'avait de problème. Ces résultats sont présentés sur la Figure 3.


Figure 3
Figure 3. 

Évaluation de la qualité de vie globale par EUROQOL 5 dans la population étudiée en fonction des items : mobilité, autonomie, activités courantes, douleurs et gêne, anxiété et dépression. Items qualifiés de normal, difficile ou impossible par le patient.




Concernant les résultats du questionnaire IIEF 15, quatre patients n'ont pu répondre au questionnaire car ils n'avaient jamais eu de rapport sexuel et ont donc été exclus de l'analyse des données. L'ensemble des résultats obtenus est présenté dans le Tableau 1.


Une dysfonction érectile (définie par un score inférieur ou égal à 25 pour l'item fonction érectile) était mise en évidence chez 4 patients sur les 11 (36,4 %) pouvant répondre au questionnaire ; elle était légère à modérée pour un patient (score 24/30), modérée pour un patient (15/30) et sévère pour 2 patients (5/30 et 10/30).


Concernant la vie sexuelle en général, 2 patients étaient très satisfaits, 7 étaient satisfaits, 3 patients étaient neutres, 1 patient était insatisfait et 2 ne se prononçaient pas.


Concernant la fréquence de la vie sexuelle, 2 patients se disaient très satisfaits, 8 patients se disaient satisfaits, 3 se disaient neutres et 2 patients ne se prononçaient pas.


Dix patients pensaient ne pas avoir de problème sur le plan sexuel, 5 patients témoignaient d'une peur du contact sexuel : en lien avec la peur d'une éjaculation prématurée dans 2 cas, en lien avec un problème d'ordre esthétique (scrotum long) dans un cas et isolée pour les deux autres.


Deux patients pensaient que leurs difficultés dans leur vie sexuelle étaient en lien avec leur statut médical et les traitements chirurgicaux antérieurs, les autres patients n'avaient pas fait le lien entre leurs antécédents médico-chirurgicaux et leurs difficultés, s'ils en avaient.


Concernant les fonctions sexuelles et l'aspect des organes génitaux externes, l'ensemble des réponses obtenues est présenté sur la Figure 4. La légende utilisée est basée sur l'échelle de Likert [20].


Figure 4
Figure 4. 

Représentation de réponses obtenues au questionnaire de satisfaction concernant l'aspect et le fonctionnement des organes génitaux externes. Légende :




Concernant la satisfaction de l'aspect et du fonctionnement des organes génitaux externes après la prise en charge chirurgicale, les réponses sont présentées sur les Figure 5, Figure 6.


Figure 5
Figure 5. 

Satisfaction du fonctionnement des organes génitaux externes après la prise en charge chirurgicale.




Figure 6
Figure 6. 

Satisfaction de l'apparence des organes génitaux externes après la prise en charge chirurgicale.




Concernant le souvenir du nombre d'interventions, neuf patients sur les 15 interrogés n'avaient pas de souvenir du nombre d'interventions chirurgicales. Parmi les 6 patients qui pensaient se souvenir du nombre d'interventions, 3 connaissaient le nombre exact de gestes chirurgicaux réalisés.


Nous n'avons pas trouvé de lien entre le nombre d'interventions chirurgicales effectuées et la satisfaction de l'apparence et du fonctionnement des organes génitaux externes (Tableau 2).


Onze patients n'étaient pas du tout d'accord avec la proposition suivante : « J'aurais été mieux sans les chirurgies effectuées dans mon enfance », 2 patients étaient neutres et 2 autres étaient partiellement pas d'accord.


Le meilleur moment pour la chirurgie génitale était déterminé par le patient entre 0 et 3ans pour 8 patients et cette période se prolongeait jusqu'à l'âge de 12ans pour 3 patients. Un patient pensait que le meilleur moment se situait entre 4 et 12ans. Trois patients avaient décidé de ne pas se prononcer sur l'âge « idéal », en considérant que cette décision était affaire de spécialiste.


Quatre patients pensaient qu'un soutien psychologique aurait été utile à l'âge adulte, un ne se prononçait pas et les autres pensaient que cela n'était pas nécessaire. Deux patients auraient voulu avoir des contacts avec d'autres patients porteurs de la même maladie via une association et 2 patients auraient apprécié les conseils téléphoniques d'un médecin si la démarche avait été proposée.


Discussion


Ainsi, pour un tiers des patients opérés, la qualité de vie globale était marquée par un état anxieux, déprimé et une gêne modérée. Une dysfonction érectile a été identifiée chez 36,4 % des patients en utilisant le questionnaire IIEF 15. Cependant, nos questionnaires non validés montraient que treize patients (86 %) se disaient satisfaits et très satisfaits de leur excitabilité, de leur érectilité et de leur capacité à éjaculer. Du point de vue cosmétique, seuls quatre patients avaient un méat apical mais l'insatisfaction venait essentiellement de la longueur et de la forme de leur verge (20 % et 27 % respectivement). Il n'a pas été trouvé de lien entre le nombre d'interventions réalisées et la satisfaction de l'aspect du pénis. Trente-trois pour cent des patients auraient aimé avoir un suivi à plus long terme sous forme d'un soutien psychologique, médical ou un contact avec des patients ayant un parcours médical similaire.


Nous avons limité notre étude aux patients avec un phénotype d'hypospadias postérieur, soit 11 % de l'ensemble des patients opérés d'hypospadias dans notre centre. Van Roij et al. rapportaient un pourcentage similaire sur une série de 405 garçons [3]. Ce phénotype est étudié spécifiquement dans seulement deux études prospectives récentes [5, 6]. L'âge moyen des populations étudiées était similaire à celui de notre population mais dans notre étude, le délai de 18ans par rapport à la chirurgie initiale était le plus important rapporté.


L'évaluation de la qualité de vie globale souligne l'impact de la pathologie sur le quotidien car un tiers des patients éprouvait une anxiété ou une douleur physique. Ces données confortent l'étude de Miller et al. (qualité de vie altérée, pathologie responsable d'un état dépressif) [6]. Berg et al. ont approfondi l'analyse et ont évoqué une tendance nette des patients opérés d'hypospadias dans l'enfance à la névrose et à un comportement antisocial [21].


Concernant la qualité de vie sexuelle, dans notre étude, un tiers des patients était complexé par l'aspect de leurs organes génitaux externes et appréhendait le contact sexuel. Cependant, deux tiers des patients se disaient satisfaits et très satisfaits de leur vie sexuelle. L'insatisfaction portait essentiellement sur la longueur (60mm en moyenne) et la forme du pénis (20 % de torsion ou coudure de verge au repos et/ou en érection). Les données de la littérature sont variées : Aulagne et al. rapportaient dans leur série des résultats similaires : 48 % de patients embarrassés par l'aspect de leur pénis pendant les rapports sexuels, mais une satisfaction sexuelle estimée à 68/100 sur une échelle visuelle analogique [5]. La série de Miller et al. comptait 13 % de patients insatisfaits de l'apparence de leur pénis flaccide et 36 % en érection [6]. Ces résultats viennent confirmer l'étude de Ciancio et al. qui met en évidence la place importante que le paramètre « longueur du pénis » a chez ces patients opérés d'hypospadias [22]. Certaines études ont permis d'évaluer qu'une longueur de verge à l'état flaccide serait normale si supérieure à 4cm ou supérieure à 7cm si mesurée en traction. Ces données sont cependant à prendre en compte en fonction d'autres variables et notamment l'indice de masse corporel des patients [23, 24].


Pour la première fois, nous avons évalué par l'IIEF 15 la qualité de vie sexuelle de patients avec antécédents d'hypospadias postérieur. Les données de la littérature permettent de comparer nos résultats à 2 autres séries étudiées respectivement par Rynja et al. et Fraumann et al. : 1 série d'hommes d'âge moyen 21,8±2,98ans sans histoire antérieure de dysfonction sexuelle ou de maladie urologique [25] et une série d'hommes opérés dans l'enfance d'un hypospadias proximal ou médio-pénien d'âge médian 21ans [18-30] [26] (Tableau 3). Nos résultats sont peu différents de la série de Rynja et al. (population sans antécédents). En revanche, les scores obtenus dans la série de Fraumann et al. différaient dans les domaines des fonctions érectiles et de la satisfaction des rapports sexuels qui seraient meilleures alors même que les patients avaient des antécédents de chirurgie génitale. On peut supposer que le développement de la vie sexuelle de ces jeunes n'est pas simplement influencé par leurs antécédents de malformation congénitale et de chirurgie génitale. De plus, on peut se poser la question de la pertinence du questionnaire IIEF 15 dans cette population. En effet, outre le fait qu'il soit complexe par sa forme même, l'IIEF 15 évalue la sexualité des patients en s'intéressant uniquement aux rapports pénétrants hétérosexuels, qui ne sont pas représentatifs de la sexualité globale des patients. Il n'est pas non plus applicable si les patients n'ont pas de rapport sexuel. Rynja et al. avaient également souligné les limites de l'IIEF 15 chez les patients jeunes en bonne santé (moyenne d'âge des patients comparable à celle de notre série) [25] argumentant qu'une seule réponse cotée à 0 « pas d'activité sexuelle » induisait, tel que le questionnaire était conçu une évaluation faussée de la fonction érectile. Or ces jeunes patients sont nombreux à ne pas avoir de partenaire stable et de relations sexuelles fréquentes.


Par ailleurs, bien que les patients n'aient pas concédé avoir de problèmes d'érection à l'interrogatoire, nous avons détecté un taux important de dysfonction érectile (36 %) grâce à la classification de Cappelleri [27]. Ce taux était peu différent dans la série de Rynja et al. montrant ainsi que la dysfonction érectile n'est pas propre à notre population traitée d'un hypospadias dans l'enfance [25].


L'âge de la prise en charge impacte également le développement psychologique. En ce sens, Jones et al. ont montré que l'absence de souvenir des actes chirurgicaux effectués induisait une meilleure image de soi dans cette population [28]. Dans notre étude, la première intervention était réalisée le plus précocement possible avec un âge moyen de 28 mois. Le peu de souvenir que les patients avaient conservé de leurs différents séjours à l'hôpital est illustré par le fait que moins de la moitié se souvenait du nombre d'interventions et seul un quart avait une estimation exacte de ce chiffre. Près des trois quarts des patients interrogés pensaient qu'ils auraient été moins bien sans les interventions chirurgicales pratiquées et que cette prise en charge devrait être effectuée avant l'âge de 3ans. Et pourtant à l'inverse de l'étude de Jones et al., un tiers de nos patients avouait un complexe physique et une dépréciation importante. La différence majeure entre ces séries est l'âge moyen des patients : pré pubertaire pour Jones et al. et post-pubertaire pour notre étude, suggérant, d'une part, une évolution de l'aspect des organes génitaux externes induite par les changements hormonaux importants à cette période et, d'autre part, une modification de l'image de soi d'ordre psychologique [28].


Ainsi, malgré une prise en charge optimale, le traitement de l'hypospadias est pourvoyeur de traumatismes physiques et psychologiques, d'un taux de complications et de reprises chirurgicales non négligeable sans garantie d'un résultat esthétique et fonctionnel satisfaisant (fistule persistante, méat non apical, courbure ou torsion de verge résiduelle, insatisfaction personnelle du résultat et complexe physique).


Nous avons identifié que les causes d'insatisfaction étaient pour une grande majorité la taille de la verge alors que seuls 4 patients sur les 15 étudiés avaient un méat apical et nous n'avons pas trouvé de lien entre le nombre d'interventions réalisées et la satisfaction de l'aspect du pénis.


Par ailleurs, les critères fonctionnels, esthétiques et les objectifs thérapeutiques du patient sont souvent différents des critères de réussite de l'intervention du chirurgien. Mureau et al. ont étudié la concordance des réponses du patient et du chirurgien à un questionnaire sur la perception des organes génitaux externes du patient. Il n'a pas été trouvé de lien entre les évaluations objectives et subjectives et les patients étaient globalement moins satisfaits que les chirurgiens de l'apparence de leurs organes génitaux externes [29].


Enfin, la satisfaction des patients et la perception qu'ils ont de leurs organes génitaux externes (fonctionnement et esthétique) sont rapportées de manière différente en fonction des questionnaires utilisés. Nous avons ainsi noté une discordance entre les scores de l'IIEF 15 et les questionnaires non validés.


Le taux de réponses obtenues pour la participation à cette étude était de 38 %. Les taux de réponse et de participation aux études comparables à la nôtre étaient de 77 % pour Aulagne et al. et non précisé pour l'étude de Miller [5, 6]. Ce taux de participation plus faible dans notre étude peut être expliqué par 2 facteurs : d'une part, le mode de recueil des données qui consistait à revoir les patients en consultation, ce qui impliquait de leur part de la disponibilité et était limité par des contraintes géographiques. D'autre part, le recul de près de 19ans explique la difficulté de recontacter des patients sortis du circuit médical ou qui ont déménagé parfois plusieurs fois, ou des médecins généralistes n'exerçant plus.


Conclusion


Les jeunes patients opérés d'hypospadias postérieur dans l'enfance avaient une altération relative de leur qualité de vie sexuelle.


Il existe donc une vraie difficulté pour l'urologue d'identifier le réel objet de la plainte du patient. Il doit se garder d'entreprendre des gestes chirurgicaux qui ne peuvent pas tenir leurs promesses et doit se méfier des plaintes de dysfonction érectile qui cachent un complexe important et dont la prise en charge doit être pluridisciplinaire.


Déclaration d'intérêts


Les auteurs déclarent ne pas avoir de conflits d'intérêts en relation avec cet article.



Annexe. Matériel complémentaire


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Tableau 1 - Questionnaire IIEF15 (International Index of Erectile Function) représentation des scores obtenus dans la population étudiée.
  Moyenne±écart-type dans la population étudiée  [Min-Max] dans la population étudiée  Score IIEF15 [Min-Max]* 
Fonction érectile  23,3± [5-30]  [0-30] 
Fonction orgasmique  8,5±2,9  [0-10]  [0-10] 
Désir sexuel  7,1±1,3  [6-8]  [2-10] 
Satisfaction des rapports sexuels  8,1±5,4  [0-14]  [0-15] 
Satisfaction globale  7,7±2,5  [2-10]  [2-10] 



Légende :
Fonction érectile (questions 1, 2, 3, 4, 5, 15) : score/30 ; fonction orgasmique (questions 9, 10) : score/10 ; désir sexuel (questions 11, 12) : score/10 ; satisfaction des rapports sexuels (questions 6, 7, 8) : score/15 ; satisfaction globale (questions 13, 14) : score/10 ; [Min-Max]* : [minimum-maximum] ; le score minimum correspond à l'absence de fonction, désir ou satisfaction pour chaque item et le score maximum correspond à une situation normale pour chaque item [22].



Tableau 2 - Satisfaction de l'apparence et du fonctionnement des organes génitaux externes en fonction du nombre d'actes chirurgicaux réalisés dans l'enfance (chirurgie réparatrice initiale et reprise en cas de complications).
Nombre total d'interventions  Nombre de patients  Satisfaction de l'apparence des organes génitaux externes 
Satisfaction du fonctionnement des organes génitaux externes 
    Satisfait, n (%)  Neutre, n (%)  Non satisfait  Satisfait, n (%)  Neutre  Non satisfait 
n ≤ 4 (80)  1 (20)  5 (100) 
3≤n ≤ 2 (33,3)  1 (16,7)  4 (66,6)  2 (33,4 %) 
n ≥ 2 (50)  2 (50)  4 (100) 





Tableau 3 - Représentation des scores IIEF 15 (International Index of Erectile Function), obtenus dans notre population, dans la population étudiée par Fraumann et al. (hommes opérés dans l'enfance d'une hypospadias proximal ou médio-pénien d'âge médian 21ans [18-30]) [7] et la population étudiée par Rynja et al. (hommes d'âge moyen 21,8ans±2,98 sans histoire antérieure de dysfonction sexuelle ou de maladie urologique) [6].
  Notre étudea  Fraumann et al.b  Rynja et al.a 
Fonctions érectiles  23,3± 28,6 (25-30)  23,9±8,2 
Fonctions orgasmiques  8,5±2,9  8,8 (6-10)  9,1±2,5 
Désir sexuel  7,1±1,3  8,6 (7-10)  8±1,4 
Rapports sexuels  8,1±5,4  12,4 (9-14)  8,5±6,2 
Satisfaction globale  7,7±2,5  8,6 (7-10)  7,1±2,5 



Légende :
Fonctions érectiles (questions 1, 2, 3, 4, 5, 15) : score/30 ; fonctions orgasmiques (questions 9, 10) : score/10 ; désir sexuel (questions 11, 12) : score/10 ; satisfaction des rapports sexuels (questions 6, 7, 8) : score/15 ; satisfaction globale (questions 13, 14) : score/10.

[a] 
Résultats exprimés sous forme de moyenne±écart-type.
[b] 
Résultats exprimés sous formes de médiane (Min-Max).


Références



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