Vers une nouvelle frontière ?

25 février 2011

Auteurs : M.-O. Bitker, M. Roupret, O. Cussenot
Référence : Prog Urol, 2011, 2, 21, 154-155




 



L’urologie tire pour une bonne part son caractère attractif des frontières multiples avec d’autres spécialités, telles que la néphrologie, l’immunologie, la génétique, la gynécologie, l’endocrinologie et la neurologie, pour n’en citer que quelques-unes.


Le développement exponentiel depuis le milieu des années 1980 de l’incidence des cancers de prostate diagnostiqués, ayant fait passer le nombre de nouveaux cas annuels de l’ordre de 8000 en 1985 (dont deux tiers déjà métastatiques) à environ 70000 en 2009 (dont 80 % localisés), a fait récemment poser à plusieurs reprises dans la presse spécialisée puis dans la presse non spécialisée, le problème de l’apport pour la santé de la population de notre pays du dépistage par le dosage du PSA du cancer de prostate et du traitement particulièrement chirurgical de celui-ci.


Des études nord-américaines et européennes sur plusieurs dizaines de milliers de patients, ayant été ou non dépistés, ont apporté dans un même numéro du New England Journal of Medicine des conclusions différentes rendant le débat souvent difficile à appréhender pour un non-médecin et même parfois pour un médecin, voire pour un urologue [1, 2].


L’urologie a cependant jusqu’à présent toujours fait preuve d’un caractère formidablement innovant pour répondre aux questions posées par les spécialités frontières, quelles qu’elles soient, et il apparaît peu probable que cette nouvelle frontière ouverte avec la Santé publique n’aboutisse pas aussi à l’apparition d’un consensus.


En effet, si le dépistage de masse n’est aujourd’hui pas recommandé par l’Association française d’urologie par crainte d’un « sur-diagnostic » pouvant conduire à un « sur-traitement », l’augmentation de l’incidence du cancer de prostate est au moins en partie liée à l’extension des indications du dosage du PSA après 50 ans.


Cependant, des données expérimentales sur modèle animal [3, 4] et quelques données naissantes en clinique humaine, non encore publiées, font penser qu’il pourrait exister des possibilités thérapeutiques médicales non mutilantes, bien qu’à prétention curatrice, pour des tumeurs de très petite taille et peu agressives (Gleason VI) chez des patients à PSA encore bas (inférieur à dix) et à IRM prostatique normale ou en tous cas présentant des anomalies non spécifiques.


Sur un plan théorique au moins, cette hypothèse rendrait pleinement justifié un dépistage de masse, ainsi que la nécessité du développement à travers une imagerie raffinée de biopsies ciblées seules à même de permettre un diagnostic précoce.


Il est encore trop tôt, bien sûr, pour conclure de manière formelle mais si les premières données dont disposent les équipes travaillant sur ce sujet s’avéraient confirmées, il y aurait alors très certainement un consensus entre médecins de Santé publique et urologues en faveur d’un dépistage de masse.


Grâce à celui-ci, les patients porteurs de tumeurs considérées comme « à bas risque » et jusqu’alors candidats à un protocole de surveillance active dans les meilleurs cas, mais parfois pourtant opérés, pourraient aspirer à une guérison complète sans séquelles, sous réserve d’une surveillance au long cours.


L’urologie, une fois encore, aurait répondu par la réflexion et de manière scientifique à une vraie question et permis une amélioration de la qualité des soins, sans effets secondaires sur la qualité de vie.


Conflit d’intérêt


Les auteurs ne déclarent aucun conflit d’intérêt.



Références



Schroder F.H., Hugosson J., Roobol M.J., et al. Screening and prostate-cancer mortality in a randomized European study N Engl J Med 2009 ;  360 : 1320-1328 [cross-ref]
Andriole G.L., Crawford E.D., Grubb R.L. 3rd, et al. Mortality results from a randomized prostate-cancer screening trial N Engl J Med 2009 ;  360 : 1310-1319 [cross-ref]
Asamoto M., Hokaiwado N., Cho Y.M., et al. Prostate carcinomas developing in transgenic rats with SV40 T antigen expression under probasin promoter control are strictly androgen dependent Cancer Res 2001 ;  61 : 4693-4700
Said M.M., Hokaiwado N., Tang M., et al. Inhibition of prostate carcinogenesis in probasin/SV40 T antigen transgenic rats by leuprorelin, a luteinizing hormone-releasing hormone agonist Cancer Sci 2006 ;  97 : 459-467 [cross-ref]






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