Validation d’un nouvel auto-questionnaire d’évaluation de la sexualité chez les patientes opérées d’une incontinence urinaire ou d’un prolapsus génital ( Pelvi-Perineal Surgery Sexuality Questionnaire  – PPSSQ)

03 septembre 2021

Auteurs : B. Fatton, R. de Tayrac, F. Cour, M. Chevret-Measson, P. Costa, N. Berrogain, G. Valancogne, S. Alonso, J.F. Hermieu
Référence : Prog Urol, 2021, 11, 31, 671-682
Introduction

L’objectif principal de cette étude était de valider un nouveau questionnaire évaluant la santé sexuelle, dans une population de femmes sexuellement actives ou non, opérées d’une incontinence urinaire d’effort ou d’un prolapsus génital avec ou sans renfort prothétique.

Matériel et méthodes

Après le développement d’une première version du questionnaire par des membres issus des principales sociétés savantes françaises impliquées dans l’étude de la sexualité de la femme, une validation linguistique du contenu du questionnaire a été réalisée par des entretiens structurés semi-directifs. Ensuite, une validation psychométrique a été effectuée dans une étude de cohorte prospective multicentrique. Le questionnaire a été évalué en termes d’acceptabilité, de qualité, de dimensionnalité, de cohérence interne, de stabilité temporelle, de sensibilité aux changements et de validité de construction.

Résultats

La validation linguistique a été menée chez 25 patientes, la validation psychométrique chez 297 femmes (dont 291 avec données disponibles) qui ont été opérées d’une incontinence urinaire par bandelette sous-urétrale (n =79) ou d’une cure de prolapsus génital par voie vaginale avec prothèse (n =105), par voie vaginale sans prothèse (n =22) ou par cœlioscopie (n =85) entre le 18/01/2013 et le 18/01/2016. Parmi les 288/291 femmes qui ont complété la question no 1 permettant de connaître leur « statut » sexuel avant la chirurgie, 159 (55 %) femmes étaient sexuellement actives (SA) et 129 (45 %) femmes étaient non sexuellement actives (NSA). Parmi ces 288 femmes, 165 ont complété le questionnaire en préopératoire et à 12 mois, et 111 ont complété le questionnaire à 12 mois et à 12 mois+1 semaine. Le questionnaire a été bien accepté par les femmes. Toutes les questions ont été conservées, mais une modification de l’ordre et de la numérotation des questions a dû être réalisée. Deux dimensions cliniquement pertinentes ont été dégagées de cette analyse : une dimension « santé sexuelle » regroupant 5 questions et une dimension « gêne et douleur » regroupant 3 questions. Le questionnaire global et les deux dimensions avaient une bonne fiabilité et une stabilité temporelle modérée à excellente. Un lien statistiquement significatif a été démontré entre la question no 15 et l’amélioration rapportée par le PGI-I et le taux de succès anatomique sur la classification de POP-Q. Une forte corrélation a été mise en évidence entre le score de « santé sexuelle » et le score total du FSFI.

Conclusion

Le Pelvi-Perineal Surgery Sexuality Questionnaire (PPSSQ) est un auto-questionnaire en 13 questions validé dans une population de femmes sexuellement actives ou non, opérées d’une incontinence urinaire d’effort ou d’un prolapsus génital par voie cœlioscopique ou vaginale, avec ou sans renfort prothétique.

Niveau de preuve

4.




 




Introduction


L'impact sexuel des troubles de la statique pelvienne chez la femme (incontinence urinaire, incontinence anale, prolapsus génital) et de leurs traitements chirurgicaux, en particulier prothétiques, est bien réel et doit être une préoccupation majeure du chirurgien, dès la consultation préopératoire [1, 2]. Si une amélioration de la fonction sexuelle est souvent rapportée après la chirurgie (amélioration d'une incontinence percoïtale ou disparition du prolapsus), une détérioration est également possible, avec en premier lieu la dyspareunie de novo ou aggravée [3, 4].


Les questionnaires d'évaluation de la sexualité actuellement disponible ne sont pas spécifiques de la chirurgie de l'incontinence ou du prolapsus. Le Female Sexual Function Index (FSFI) est un auto-questionnaire comprenant 19 questions réparties en 6 dimensions (désir, plaisir, lubrification, orgasme, satisfaction et douleur) [5], mais il n'est pas spécifique des femmes présentant des troubles de la statique pelvienne et encore moins spécifique de la chirurgie de ces troubles. Le Pelvic Organ Prolapse/Urinary Incontinence Sexual Questionnaire (PISQ) est le seul questionnaire d'évaluation de la sexualité spécifiquement validé dans une population cible de femmes ayant un trouble de la statique pelvienne. Il est disponible en 3 versions. La version longue (PISQ-31) a été publiée en 2001 [6] et comporte 31 questions réparties en 3 dimensions (comportements/émotions, aspects liés au partenaire et aspects physiques/corporels). La version courte (PISQ-12) est disponible depuis 2003 et comporte 12 questions couvrant les 3 mêmes dimensions [7]. La troisième version est le PISQ-IR (IUGA - International Urogynecology Association - Revised ), publiée en 2013 [8], comportant 20 questions et qui, contrairement aux deux précédentes, comprend en plus une partie concernant les femmes non sexuellement actives. Si le PISQ-12 et le PISQ-IR sont très largement utilisés dans la littérature internationale, ces questionnaires ne sont pas spécifiques des femmes opérées d'une incontinence urinaire ou d'un prolapsus génital. La validation linguistique en français du PISQ-IR est disponible [9], et la validation psychométrique est en cours de publication.


Le questionnaire PISQ, y compris dans sa dernière version IR (IUGA révisée), ne renseigne par sur le type de dyspareunie, la notion d'obstacle ou de butée, la sensation de distorsion ou de brides vaginales, la modification de la sensibilité du vagin. Tous ces éléments sont essentiels lorsqu'on cherche à évaluer le lien de causalité avec l'acte chirurgical des dysfonctions sexuelles postopératoires. Une échelle visuelle qualitative de la sexualité globale permettant une comparaison simple entre la sexualité pré- et postopératoire, en renseignant sur les éventuelles améliorations ou détériorations, fait aussi défaut. Il faut également se méfier du résultat du PISQ donné sous la seule forme d'un score global qui peut faire méconnaître certains paramètres importants notamment dans le cadre d'une évaluation postopératoire.


Ces limites nous ont fait envisager la mise au point d'un nouvel outil, questionnaire spécifiquement conçu pour l'évaluation sexuelle postopératoire et qui serait l'aboutissement d'un travail impliquant toutes les sociétés savantes concernées par la statique pelvienne et l'incontinence de la femme. La mise au point d'un outil de mesure adapté, spécifique et validé en « uniformisant » le mode de recueil permettrait une vraie comparaison des séries entre elles et une meilleure fiabilité dans les analyses.


L'objectif principal de cette étude était de valider un nouveau questionnaire, le Pelvi-Perineal Surgery Sexuality Questionnaire , dans une population de patientes sexuellement active ou non, opérées d'une incontinence urinaire d'effort ou d'un prolapsus génital avec ou sans renforcement prothétique. L'étude s'est déroulée en deux étapes : une validation linguistique du contenu du questionnaire, puis une validation psychométrique dans une étude plus large.


Matériel et méthodes


La première version du questionnaire a été développée par des membres du comité scientifique issus des principales sociétés savantes françaises impliquées dans l'étude de la sexualité de la femme (AFU, FF3S, SIFUD-PP, SCGP, et SIREPP). Cette version a été élaborée après plusieurs réunions de travail, à partir des données publiées dans la littérature et d'après l'expertise personnelle des membres du comité scientifique. Ce questionnaire a été développé pour être spécifique des complications de la chirurgie des troubles de la statique pelvienne, avec notamment utilisation de renforts prothétiques.


La première version du questionnaire PPSSQ comportait 15 questions sans regroupement en domaines. La première question permettait de distinguer les patientes ayant eu ou non des rapports sexuels (avec pénétration vaginale) au cours des 3 derniers mois. Pour les patientes non sexuellement actives, la ou les raisons de cette absence d'activité sexuelle étaient demandées et le questionnaire s'arrêtait là. Pour les patientes sexuellement actives, les 13 questions suivantes regroupaient des questions non spécifiques sur la santé sexuelle (fréquence des rapports, désir, plaisir, place de la sexualité chez la femme et dans le couple et échelle visuelle analogique de qualité de vie sexuelle), des questions spécifiques sur la statique pelvienne (incontinence urinaire et anale percoïtale) et des questions spécifiques sur les conséquences possibles de la chirurgie (distinction entre la gêne et la douleur au cours des rapports, intensité et localisation de la douleur, restriction de l'activité sexuelle en raison des douleurs, sensation anormale pendant les rapports (sécheresse, étroitesse vaginale, obstacle) pour la femme et son partenaire). La dernière question (no 15), administrable qu'en postopératoire, est une échelle de Likert en 7 items sur l'évolution de la qualité de la sexualité par rapport à avant l'intervention.


Le processus de validation de ce nouveau questionnaire s'est ensuite organisé en deux étapes principales : une validation linguistique et une validation psychométrique.


Étapes de validation linguistique


La validation du contenu conceptuel du questionnaire a été réalisée auprès d'un panel d'experts de différentes spécialités et différents des experts ayant rédigé le questionnaire initial. Cette étape a permis l'élaboration de la version 2 du questionnaire. Une première série de tests de compréhension réalisés sous forme d'entretiens structurés semi-directifs par une psychologue clinicienne a ensuite été réalisée auprès d'un échantillon représentatif de 15 patientes opérées d'un trouble de la statique pelvienne et ayant ou non une vie sexuelle active. Cette étape a permis l'élaboration de la version 3 du questionnaire. Une deuxième série de tests de compréhension réalisés sous forme d'entretiens structurés semi-directifs par une psychologue clinicienne a enfin été réalisée auprès d'un échantillon représentatif de 10 patientes opérées d'un trouble de la statique pelvienne ayant ou non une vie sexuelle active. Cette dernière étape a permis l'élaboration de la version pilote finale du questionnaire prête à être soumise à l'étape de validation psychométrique.


Validation psychométrique


La validation psychométrique de la version pilote finale du questionnaire a été menée par l'administration de ce questionnaire dans deux études parallèles : une étude prospective multicentrique spécifique chez les patientes opérées d'un trouble de la statique pelvienne (cure d'incontinence urinaire par bandelette sous-urétrale, cure de prolapsus génital par voie vaginale avec ou sans prothèse ou par voie cÅ“lioscopique avec prothèse) et l'étude randomisée multicentrique française Prospere (PHRC National 2011, étude ancillaire). Dans ces deux études, le questionnaire PPSSQ a été administré aux patientes avant la chirurgie puis à 6 mois, 12 mois et 12 mois et une semaine. Deux autres questionnaires de sexualité ont également été administrés : un questionnaire non spécifique des troubles de la sexualité féminine (FSFI) et un questionnaire spécifique des troubles de la sexualité chez des patientes ayant des troubles de la statique pelvienne (PISQ-IR). Un Patient Global Improvement Index (PGI-I) a été réalisé à 12 mois de l'intervention. Les patientes ayant mentionné les réponses « vraiment beaucoup mieux » et « beaucoup mieux » au PGI-I à 12 mois ont été considérées comme « améliorées » par rapport à leur état de santé initial, et les patientes ayant mentionné l'une des 5 autres réponses allant de « un peu mieux » à « vraiment beaucoup moins bien » ont été considérées comme « non améliorées » par rapport à leur état de santé initial. Les femmes ayant eu une cure de prolapsus et pour lesquelles la classification de POP-Q à 12 mois indiquait une mesure supérieure ou égale à 0cm (la valeur 0 correspondant à l'hymen) pour les points Ba et/ou Bp et/ou C ont été considérées en récidive anatomique. Les femmes chez qui ces 3 points présentaient une mesure inférieure à 0cm ont été considérées comme un succès anatomique.


Méthode d'analyse statistique


Le processus de validation a consisté à évaluer : i) l'acceptabilité de chaque question et du questionnaire global ; ii) la qualité (absence de saturation, effet plafond ou plancher, et redondance) de chaque question et des scores ; iii) la dimensionnalité de la sous-échelle ; iv) la consistance interne ; v) la stabilité temporelle en utilisant une méthode test-retest entre 12 mois et 12 mois et une semaine ; vi) la sensibilité au changement entre inclusion et 12 mois ; et vii) la validité de construit en évaluant la convergence/divergence avec d'autres questionnaires validés.


L'acceptabilité a été évaluée par le nombre et la proportion de non-réponses à l'échelle globale et pour chaque question. Le taux était considéré acceptable jusqu'à une proportion de non-réponses de 10 %.


La qualité des questions a été évaluée par l'absence de saturation : effet plafond ou plancher (<30 %) et par l'absence de redondance entre les questions évaluées par le coefficient de corrélation non paramétrique de Spearman. Les corrélations de Spearman ont été considérées comme excellentes au-dessus de 0,9, fortes entre 0,7 et 0,9, modérées entre 0,5 et 0,7, faibles entre 0,3 et 0,5 et négligeables en dessous de 0,3.


La dimensionnalité des sous-échelles a été évaluée à l'aide d'une analyse factorielle exploratoire avec rotation VARIMAX et d'un modèle de Mokken (MSP) [10]. Le MSP vise à partitionner automatiquement les éléments en un ou plusieurs ensembles définissant les dimensions de la sous-échelle à l'aide des coefficients de Loevinger H. Les propriétés d'échelle ont été considérées comme fortes quand H≥0,5, moyennes quand H≥0,4 et faibles sinon.


La consistance interne a été estimée en utilisant le coefficient α de Cronbach standardisé (IC 95 %). Une échelle a été considérée fiable lorsque l'estimation du coefficient était supérieure à 0,7.


La stabilité temporelle a été évaluée pour contrôler que les échelles pouvaient rester stables lorsque l'état clinique ne changeait pas à l'aide de la méthode test-retest entre 12 mois et 12 mois et 1 semaine. La stabilité des scores a été évaluée à l'aide du coefficient de corrélation intraclasse (CCI ; IC 95 %) [11]. L'ICC est considéré comme excellent au-dessus de 0,9, acceptable au-dessus de 0,8, faible au-dessus de 0,6 et inexistant en dessous. La méthode graphique de Bland & Altman a été utilisée pour rechercher un éventuel biais [13]. La stabilité temporelle de chaque question a été évaluée à l'aide des coefficients kappa et kappa pondérés (K ; IC 95 %) [12]. K est excellent quand≥0,8, bon si≥0,6, moyen si≥0,4, médiocre si≥0,2, mauvais sinon.


La sensibilité au changement a été évaluée entre l'inclusion et 12 mois en utilisant des tests de Wilcoxon appariés ainsi que l'estimation des coefficients de corrélation non paramétrique de Spearman.


La validité de construit a été évaluée par la recherche de convergence et divergence avec d'autres dimensions évaluées par d'autres échelles validées. Cette validité a été mesurée à l'aide du coefficient de corrélation non paramétrique de Spearman.


Toutes les analyses ont été effectuées à l'aide du logiciel SAS version 9.4 (SAS Institute Inc., Cary, NC).


Résultats


Effectifs de l'étude de validation psychométrique


Concernant l'étude de validation psychométrique, 297 femmes ont été incluses, dont 155 dans l'étude de cohorte prospective et 142 dans l'étude ancillaire de l'étude Prospere. Au total, 291 femmes ont pu été évaluées avant la chirurgie, dont 79 cures d'incontinence urinaire par bandelette sous-urétrale, 105 cures de prolapsus génital par voie vaginale avec prothèse, 22 cures de prolapsus génital par voie vaginale sans prothèse, 85 cures de prolapsus génital par voie cÅ“lioscopique. Le nombre de femmes sexuellement actives (SA) et non sexuellement actives (NSA) avant la chirurgie était respectivement de 159 (55 %) et 129 (45 %) (donnée manquante pour 3 patientes). Cent soixante-cinq femmes ont complété tout ou partie du questionnaire à l'inclusion et à 12 mois. Cent onze femmes ont complété tout ou partie du questionnaire à 12 mois et à 12 mois et 1 semaine (écart admis 5 à 15 jours). 22 patientes ayant changé de « statut sexuel » entre la période pré- et postopératoire (13 qui étaient NSA sont devenues SA et 9 qui étaient SA sont devenues NSA) n'ont pas été incluses dans les analyses.


Comparaison des femmes sexuellement actives et non sexuellement actives à l'inclusion


En comparaison aux femmes NSA, les femmes SA étaient moins âgées (60 vs 65 ans, p <0,0001), présentaient un IMC plus faible (24,6 vs 25,4, p =0,0171), présentaient moins d'antécédents d'infection du tractus urinaire (7 % vs 15 %, p =0,032) et moins d'antécédents d'accouchement par voie basse (95 % vs 100 %, p =0,0094), étaient moins fréquemment ménopausées (77 % vs 91 %, p =0,0015), et présentaient moins d'antécédents gynécologiques chirurgicaux notamment de cure d'incontinence urinaire d'effort (9 % vs 19 %, p =0,038). Leurs mesures POP-Q pour le point C (prolapsus apical) étaient plus basses (−1cm vs −3cm, p =0,0261). Les patientes SA déclaraient également une gêne moins importante au niveau de la 3e question du PFDI-20 (« Avez-vous souvent une "boule" ou quelque chose qui dépasse que vous pouvez toucher ou voir au niveau du vagin ? ») et elles présentaient également une meilleure fonction sexuelle totale ou pour chaque dimension évaluée par le questionnaire FSFI (score médian 25,6 vs 4,8, p <0,0001) par rapport aux patientes NSA.


Acceptabilité du PPSSQ


Le questionnaire à l'inclusion n'était pas renseigné (aucune réponse) pour seulement 2/291 (1 %) femmes. Aucune réponse à la question no 1 (« Au cours des 3 derniers mois, avez-vous eu des rapports sexuels (avec pénétration vaginale) ? ») n'était apportée pour 1/289 (0,3 %) des femmes ayant répondu au questionnaire. Parmi les patientes NSA, 32/129 (25 %) n'ont pas complété l'item indiquant les raisons de leur absence d'activité sexuelle. Parmi les patientes SA, toutes (n =159) ont complété au moins un item correspondant à la partie du questionnaire qui leur était adressé. Le nombre médian d'item renseignés (section SA) était de 14 [12-16].


Il est apparu que les questions no 8 (« Ressentez-vous au cours de vos rapports sexuels une gêne en rapport avec une sécheresse vaginale, un vagin trop étroit... ») et no 9 (« Ressentez-vous au cours de vos rapports sexuels une douleur en rapport avec une sécheresse vaginale, un vagin trop étroit... ») étaient trop conditionnées par les réponses aux questions no 5 (« Ressentez-vous une gêne au cours de vos rapports sexuels (inconfort, sensation désagréable sans véritable douleur) ? ») et no 6 (« Ressentez-vous une douleur lors des rapports sexuels ? »). Par conséquent, les questions no 8 et no 9 ont été supprimées et intégrées après les questions no 5 et no 6, entraînant une réduction du nombre total de questions de 15 dans la version pilote finale soumise à la validation psychométrique à 13 dans la version validée (Figure 1).


Figure 1
Figure 1. 

Pelvi-Perineal Surgery Sexuality Questionnaire (PPSSQ).




Qualité des questions du PPSSQ


À l'inclusion, un effet plancher avec un pourcentage supérieur à 30 % a été observé pour les questions suivantes : no 5 (33 %) ; no 6 (46 %) ; no 6 EVA (échelle visuelle analogique) (49 %) ; no 7 (47 %) ; no 10 (75 %) et no 11 (73 %). Aucun effet plafond avec un pourcentage supérieur à 30 % n'a été observé, la question no 4 présentait le pourcentage maximal d'une valeur de 15 %. Les effets plancher ou plafond étaient inférieurs à 30 % pour les scores de santé sexuelle (1 %-1 %) et de gêne et douleur (26 %-1 %).


Les corrélations interquestions étaient faibles et modérées (r >0,5) pour les items no 5, no 6 et no 7 ; ainsi que pour les questions no 4 et no 14. Une très forte corrélation interquestions (r >0,9) a été mise en évidence pour les items no 6 et no 6 EVA (49 % des femmes présentaient un effet plancher sur cette question dont 46 % avaient déclaré ne jamais ressentir de douleur lors des rapports sexuels à la question no 6). Ces deux questions apportent une information redondante.


Dimensionnalité du PPSSQ


Quelle que soit la méthode utilisée (AFC exploratoire ou MSP), le questionnaire complété à l'inclusion semblait être multidimensionnel avec un nombre de dimensions détectées de 2 avec la MSP et 3 avec l'AFC après rotation VARIMAX :

les questions no 5, 6, 6 fréquence et intensité, 7 et 10 étaient affectés à la 1re dimension quelle que soit la méthode utilisée. La MSP y affectait également la question 4 ;
les questions no 2, 13 couple (13c) et 14 étaient affectés à la même dimension quelle que soit la méthode utilisée. La MSP y affectait également la question 13 vie (13v) ;
l'AFC identifiait quant à elle une troisième dimension composée des questions no 3, 4, 13v±14.


Dans tous les cas, la question no 11 qui présentait un effet plancher très important n'était affecté à aucune dimension.


Deux dimensions pertinentes pour les experts cliniques ont été dégagées à l'issu de ces analyses :

une dimension « santé sexuelle » regroupant les questions no 2, 3, 4, 13c, 13v et 14 (correspondant aux questions no 2, 3, 4, 11c, 11v et 12 de la version finale) ;
une dimension « gêne et douleur » regroupant les questions no 5, 6 et 7.


Consistance interne du PPSSQ


À l'inclusion, 115/159 (72 %) des femmes sexuellement actives ont répondu aux 12 questions considérées et constituent l'échantillon sur lequel l'analyse a été réalisée. Au préalable, les réponses apportées au niveau des questions no 5, 6, 7, 10 et 11 ont été inversées.


L'estimation du coefficient alpha de Cronbach était de 0,75 [0,68 ; 0,79], le questionnaire PPSSQ dans sa globalité semblait fiable avec une estimation supérieure au seuil de 0,7.


La dimension « santé sexuelle » présentait un coefficient alpha de Cronbach estimé à 0,76 [0,67 ; 0,83] pour 138/159 (87 %) des patientes SA. Et la dimension « gêne et douleur » présentait un coefficient alpha de Cronbach estimé à 0,84 [0,76 ; 0,90] pour 137/159 (86 %) des patientes SA. Ces dimensions semblaient donc fiables avec des estimations supérieures au seuil de 0,7.


Stabilité temporelle du PPSSQ


Cent onze femmes ayant complété le questionnaire lors de la consultation à 12 mois ainsi que 5 à 15 jours plus tard ont été prises en compte pour étudier la stabilité temporelle.


La stabilité temporelle pour la question no 1 permettant de déterminer si les patientes sont SA ou NSA était excellente : coefficient kappa=0,90 [0,82 ; 0,99]. L'effectif permettant les analyses de stabilité temporelle variaient de 56 à 66/66 patientes SA. En raison des faibles effectifs, les intervalles de confiance estimés étaient relativement larges. La stabilité temporelle était bonne pour toutes les questions à l'exception des questions no 10 et 13c pour lesquelles celle-ci était modérée (K=0,56 [0,28 ; 0,84] et K=0,53 [0,36 ; 0,70]).


Les CCI estimés pour les scores de « santé sexuelle » et « gêne et douleur » étaient supérieurs au seuil de 0,9 donc bons avec des estimations respectives à 0,91 [0,86 ; 0,94] et 0,92 [0,87 ; 0,95].


Sensibilité au changement de la question 15 (question 13 de la version finale)


Parmi les 165 femmes ayant complété le questionnaire à l'inclusion et lors du suivi à 12 mois (médiane 366 jours ; extrêmes 275 à 450 jours), 82 (50 %) ont déclaré lors des deux évaluations être SA et permettent l'évaluation de la sensibilité au changement au travers des réponses apportées au niveau de la question no 15. 61 (37 %) ont déclaré être NSA lors des 2 évaluations, 13 (8 %) étaient SA et ont déclaré être devenues NSA ; et, 9 (5 %) étaient NSA et ont déclaré être devenues SA.


L'évolution de la sexualité entre l'inclusion et le suivi à 12 mois de l'intervention montrait que 11 femmes étaient « beaucoup mieux » (14 %), 18 (23 %) « mieux », 7 (9 %) « un peu mieux », 36 (46 %) « identique », 4 (5 %) « un peu moins bien », 3 (4 %) « moins bien » et aucune « beaucoup moins bien » qu'avant. Le test exact de Fisher a permis de mettre en évidence un lien statistiquement significatif (p =0,0039) entre les réponses apportées au niveau de la question no 15 et l'amélioration rapportée au niveau du PGI-I.


Les taux de succès anatomique à 12 mois de la promontofixation (n =24), de la chirurgie vaginale avec prothèse (n =27) et de la chirurgie vaginale sans prothèse (n =5) étaient respectivement de 81 %, 73 % et 80 %. Les taux de récidives anatomiques pour au moins un compartiment ont été respectivement de 19 %, 27 % et 20 %. Le test exact de Fisher a permis de mettre en évidence un lien statistiquement significatif (p =0,0191) entre les réponses apportées au niveau de la question no 15 et la récidive anatomique.


Sensibilité au changement du PPSQ


Les différences de scores évalués à l'inclusion et lors de la visite à 12 mois ont été calculées pour 82 patientes ayant déclaré être SA lors de ces deux évaluations. Les tests des rangs signés de Wilcoxon ont permis de mettre en évidence une évolution statistiquement significative des scores en faveur d'une augmentation du score de « santé sexuelle » (p =0,0097, M12-M0=3 [−5 ; 12]) ; et, d'une diminution des « gênes et douleurs » (p =0,0042, M12-M0=0 [−18,5 ; 6,5]).


Validité de construit du PPSQ


Les corrélations estimées entre le score de « santé sexuelle » et les scores des dimensions SA-AO (r =0,62) et SA-GQ (r =0,58) du PISQ-IR, le score résumé moyen du PISQ-IR (r =0,68), les scores FSFI à l'exception des dimensions « lubrification » et « douleur » (r =0,54 à r =0,61) étaient modérées. Une forte corrélation a été mise en évidence entre le score de « santé sexuelle » et le score total du FSFI (r =0,7). Les corrélations estimées entre le score de « gêne et douleur » et les scores SA-AO (r =−0,57), SA-CI (r =−0,61), le score résumé moyen du PISQ-IR (r =−0,62), le score de douleur du FSFI (r =−0,66) étaient modérées.


Version finale validée du PPSSQ


La version validée du questionnaire PPSSQ comporte finalement 13 questions (Figure 1). Les patientes n'ayant pas eu de rapport sexuel (avec pénétration vaginale) dans les trois mois précédant le remplissage du questionnaire sont invitées à ne répondre qu'à la question no 1, en spécifiant la ou les causes de cette absence de rapport sexuel. Les patientes ayant eu des rapports sexuels (avec pénétration vaginale) dans les trois mois précédant le remplissage du questionnaire sont invitées à répondre à l'ensemble des autres questions. La question no 5, concernant la gêne lors des relations sexuelles, comprend une question annexe sur les causes attribuées à cette gêne (ancienne question no 8). La question no 6, concernant la douleur lors des relations sexuelles, comprend trois questions annexes : une échelle visuelle analogique sur l'intensité de la douleur, une question sur la temporalité de la douleur et une question sur les causes attribuées à cette douleur (ancienne question no 9). La question no 10 concerne le partenaire. La question no 13 ne concerne que les patientes sexuellement actives dans les trois derniers mois et ayant eu une intervention chirurgicale précédemment.


Système de scoring du PPSSQ


Les scores des deux dimensions retenues ont pu être calculés pour 99 % des patientes SA.


Les calculs n'ont été effectués que si au moins la moitié des items composant la dimension (santé sexuelle ou gêne et douleur) étaient renseignés selon la formule suivante : score=[(somme des items−score minimum possible)/étendue du score]×100.


Plus le score est élevé, meilleure est la santé sexuelle et plus importante sont les gênes et douleurs (exemples de calcul de score sur la Figure 2).


Figure 2
Figure 2. 

Exemples de calcul des scores de « santé sexuelle » et de « gêne et douleur ».





Discussion


Le Pelvi-Perineal Surgery Sexuality Questionnaire (PPSSQ) est un auto-questionnaire en 13 questions spécifiquement élaboré pour évaluer la qualité de vie sexuelle dans une population de femmes sexuellement actives ou non, opérées d'une incontinence urinaire d'effort ou d'un prolapsus génital avec ou sans renforcement prothétique.


Ce questionnaire semble particulièrement intéressant dans le contexte actuel, pour les chirurgiens qui ne disposaient pas d'outil spécifiquement adapté, pour les patientes qui sont au centre de certaines polémiques sur l'implantation de matériel chirurgical et pour les tutelles qui disposeront d'un outil d'évaluation spécifique pour valider les différents dispositifs médicaux.


Le questionnaire a été bien accepté par les femmes et est de bonne qualité. Toutes les questions ont été conservées, mais une modification de l'ordre et de la numérotation des questions a dû être réalisée. Deux dimensions cliniquement pertinentes ont été dégagées ce cette analyse : une dimension « santé sexuelle » regroupant 4 questions et une dimension « gêne et douleur » regroupant 4 questions. Ces deux dimensions avaient une bonne fiabilité et une stabilité temporelle modérée à excellente. Un lien statistiquement significatif a été démontré entre la question no 15 et l'amélioration rapportée par le PGI-I et le taux de succès anatomique sur la classification de POP-Q. Une forte corrélation a été mise en évidence entre le score de « santé sexuelle » et le score total du FSFI.


C'est pour faciliter l'utilisation potentielle de ce nouveau questionnaire au-delà de la francophonie, qu'un nom en anglais a été préféré. Actuellement, le questionnaire n'est pas encore pas validé en anglais, mais une étude de validation en anglais est envisagée.


Le principal avantage de ce questionnaire est qu'il est le seul à ce jour spécifiquement développé pour l'évaluation de la sexualité après chirurgie de l'incontinence urinaire ou du prolapsus. Par ailleurs, notre capacité à évaluer l'acceptabilité, la qualité, la dimensionnalité, la cohérence interne, la stabilité temporelle, la réactivité et la validité du concept est une force majeure de notre travail.


Nous reconnaissons que notre étude comporte plusieurs limites. Premièrement, la non-inclusion des femmes opérées spécifiquement pour une incontinence anale. Deuxièmement, malgré le recrutement du nombre de femmes prévues par le calcul de puissance initial, le changement de « statut sexuel » de certaines femmes entre la période pré- et postopératoire, ainsi que les questionnaires non ou insuffisamment remplis ont induit un échantillon disponible pour plusieurs des paramètres de validation non optimal.


Déclaration de liens d'intérêts


Les auteurs déclarent ne pas avoir de liens d'intérêts.



Remerciements


Nous remercions les Sociétés Savantes qui ont soutenu ce projet : Association française d'urologie (AFU), Fédération française de sexologie et de santé sexuelle (FF3S), Société de chirurgie gynécologique et pelvienne (SCGP), Société interdisciplinaire francophone d'urodynamique et de pelvi-périnéologie (SIFUD PP) et Société internationale de rééducation en pelvi-périnéologie (SIREPP).


Nous remercions les experts qui ont relu et corrigé le questionnaire dans la phase de validation linguistique : Pr B. Jacquetin (CHU de Clermont-Ferrand), Pr M. Cosson (CHRU de Lille), Dr D. Savary (CH d'Arcachon), Dr L. Wagner (CHU de Nîmes), Dr J.J. Labat (CHU de Nantes), Pr J. Rigaud (CHU de Nantes) et Dr F. Collier (CHRU Lille).


Nous remercions Dorothée Gazeille, psychologue clinicienne au CHU de Nîmes, qui a mené les entretiens de l'étude de validation linguistique.


Nous remercions le Dr Jean-Philippe Lucot et le CHRU de Lille qui ont accepté de diffuser le questionnaire dans le cadre de l'étude randomisée multicentrique Prospere.


Nous remercions enfin les femmes qui ont participé aux études de validations linguistique et psychométrique.



Références



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