Une poche à urine pourpre…

25 juin 2013

Auteurs : N. Wolff, I. Indaburu, F. Muller, N. Mariescu Depaire
Référence : Prog Urol, 2013, 8, 23, 538-539




 




Cas clinique


Nous rapportons le cas d'une patiente de 90ans, hospitalisée en service de moyen séjour gériatrique au décours d'une chute à son domicile secondaire à une gastro-entérite aiguë et compliquée de déshydratation.


Comme principal antécédent la patiente est suivie pour un lymphome malin non Hodgkinien traité par corticothérapie seule.


Au cours de l'hospitalisation, la patiente a présenté une rétention aiguë d'urine ayant justifié la pose d'une sonde à demeure. Après quelques minutes d'écoulement des urines, les équipes ont constaté une coloration violette de la poche à urine, sans modification de couleur de la tubulure (Figure 1). La vidange des urines retrouve des urines troubles mais non colorées, la mise en culture revenant positive à Escherichia coli . Après stérilisation des urines par Céfixime et changement du dispositif de collection, les équipes n'ont pas constaté de récidive de virement pourpre de la poche.


Figure 1
Figure 1. 

Poche à urine pourpre.




Cette coloration atypique du dispositif de recueil des urines évoque le syndrome des urines violettes ou pourpres (purple urine bag syndrome : PUB syndrome ), décrit pour la première fois en 1978 par Barlow et Dickson [1].


Le mécanisme sous tendant ce phénomène rare est connu [2] :

le tryptophane alimentaire, contenu par exemple dans le riz complet, la viande, les produits laitiers, protéines de soja, Å“uf, poisson... est dégradé par la flore intestinale en indol ;
l'indol subit une conjugaison hépatique en indoxyl sulfate à élimination urinaire ;
l'indoxyl sulfate, en cas de présence de certaines bactéries dotées d'uréase et d'indoxyl sulfatase, est dégradée en indirubine de coloration bleue et indigo de coloration rouge ;
ces indirubine et indigo vont se complexer au polychlorure de vinyle et colorer le dispositif collecteur d'urine.


De multiples facteurs de risque ont été identifiés [2], tels que :

port d'une sonde urinaire à demeure ;
pH urinaire alcalin ;
sexe féminin ;
constipation ;
alitement prolongé.


La colonisation bactérienne des urines ou une infection urinaire semble nécessaire, avec comme germes fréquemment cités :

Providencia stuartii  ;
Klebsielle pneumoniae  ;
Enterobacter agglomerans et aerogenes  ;
Pseudomonas aeruginosa  ;
Proteus mirabilis  ;
Enterococcus avium  ;
Morganella morganii  ;
E. coli .


Ce syndrome, rare et inoffensif, lié au métabolisme du tryptophane alimentaire, régresse avec la stérilisation des urines.


Déclaration d'intérêts


Les auteurs déclarent ne pas avoir de conflits d'intérêts en relation avec cet article.



Références



Barlow G.B., Dickson J.A.S. Purple urine bags Lancet 1978 ;  28 : 220-221 [cross-ref]
Lazimy Y., Delotte J., Machiavello J.C., Lallement M., Imbenotte M., Bongain A. À propos d'un cas du syndrome des urines violettes Prog Urol 2007 ;  17 : 864-865






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