Un kyste de Gartner simulant une cystocèle

25 décembre 2016

Auteurs : E. Nohuz, M. Albaut, S. Bayeh, N. Champel, E. Khenifar
Référence : Prog Urol, 2016, 16, 26, 1150-1152




 




Introduction


Les kystes affectant le tractus génital féminin sont rares et demeurent habituellement asymptomatiques. Découverts à l'occasion d'un examen gynécologique de routine ou d'une exploration iconographique (échographie ou IRM), leur taille n'excède généralement pas 2cm. Lorsqu'ils sont plus volumineux, ils peuvent alors se manifester par une dyspareunie, un effet de masse sur les structures anatomiques adjacentes et nécessiter une prise en charge thérapeutique. Nous présentons le cas d'un kyste de Gartner symptomatique initialement diagnostiqué comme une cystocèle.


Observation


Une patiente de 50 ans, sans antécédent médicochirurgical particulier, consultait pour une tuméfaction vaginale apparue voici 3 mois, responsable de pesanteur pelvienne et de dyspareunie. Cette masse était initialement de la taille d'une noisette puis avait progressivement grossi jusqu'à atteindre la taille d'une clémentine et devenir gênante. Il n'était pas rapporté d'épisodes de métrorragies ou de signes fonctionnels urinaires à type de rétention ou d'incontinence urinaire. L'état général était conservé. L'examen au spéculum retrouvait une tuméfaction aux dépens de la paroi vaginale antérieure évocatrice de cystocèle. Toutefois, cette lésion apparaissait au toucher vaginal sous la forme d'une masse fluctuante d'allure kystique d'environ 5cm, mobile, non douloureuse et non réductible. Le col utérin était d'apparence normale (Figure 1). L'échographie pelvienne objectivait une masse inter-vésicovaginale homogène de 4cm, à contenu liquidien, sans composante solide intrakystique et exempte de vascularisation propre. La lésion paraissait indépendante de la vessie, et le cul-de-sac de Douglas demeurait libre, excluant une cystocèle et une entérocèle. Le reste de l'exploration échographique pelvienne se révélait sans particularité. Le diagnostic de kyste de Gartner était retenu. Une échographie de l'appareil urinaire à la recherche d'anomalies associées ainsi qu'une cystoscopie se révélaient normales. Compte tenu de la taille de la lésion et de son caractère symptomatique, une exérèse chirurgicale était réalisée par voie vaginale (Figure 2). Les suites opératoires étaient simples et la patiente ne présentait aucun signe de récidive à 9 mois de son intervention.


Figure 1
Figure 1. 

Apparence de la tuméfaction vaginale (flèche). A. Apparence spontanée du kyste de Gartner. B. Aspect après traction révélant un massif cervical utérin normal.




Figure 2
Figure 2. 

Traitement chirurgical du kyste de Gartner. A. Dissection vésicovaginale. B. Excision du kyste de Gartner. C. Aspect vaginal en fin de procédure opératoire.





Discussion et conclusion


Les lésions kystiques du tractus urogénital ne sont pas rares chez la femme. Les kystes de Gartner émanent de l'involution incomplète des résidus mésonéphrotiques des canaux de Wolff. Ils représentent moins de 1 % des kystes affectant le vagin et peuvent être associés à des anomalies touchant l'appareil urinaire, notamment au niveau des reins et des uretères [1]. Rarement observés à l'âge adulte, ils se situent avec prédilection au niveau de la face antérolatérale du vagin. Ils doivent être considérés dans le diagnostic différentiel des patientes chez qui sont évoqués un diverticule de l'urètre, un kyste des glandes de Bartholin ou de Skene, un prolapsus urogénital (cystocèle, rectocèle, élytrocèle), une pathologie endométriosique ou myomateuse et devant toute tuméfaction vaginale [3, 1, 2]. Lorsqu'ils sont asymptomatiques et de taille réduite, l'expectative est de mise. Ces kystes peuvent néanmoins devenir plus volumineux et être responsables de signes fonctionnels chez la femme (dyspareunie, dysurie, pesanteur pelvipérinéale, épisodes récurrents de rétention d'urine par exemple). Un traitement chirurgical est alors nécessaire consistant en un drainage du kyste avec marsupialisation ou une exérèse. La voie d'abord vaginale, lorsqu'elle paraît envisageable, est plus aisée et moins invasive. Un examen clinique urogynécologique soigneux conditionne le diagnostic et la prise en charge.


Déclaration de liens d'intérêts


Les auteurs déclarent ne pas avoir de liens d'intérêts.



Références



Rios S.S., Pereira L.C., Santos C.B., Chen A.C., de Fatima B., Vogt M. Conservative treatment and follow-up of vaginal Gartner's duct cysts: a case series J Med Case Rep 2016 ;  10 : 147 [cross-ref]
Molina Escudero R., Navas Martinez M.C., Castillo O.A. Vaginal Gartner cysts: clinical report of four cases and a bibliographic review Arch Esp Urol 2014 ;  67 : 181-184
Leroux S., Comperat E., Bitker M.O., Lefebvre G., Delcourt A., Richard F. Left paravesical cystic urothelial tumour: an exceptional case? Prog Urol 2006 ;  16 : 208-210






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