TUMEURS UROTHÉLIALES : Tumeurs urothéliales induites par chimiothérapie et radiothérapie

04 janvier 2004

Mots clés : Tumeurs, urothélial, Cancer, Vessie, post-chimiothérapie, post-radiothérapie
Auteurs : IRANI J.
Référence : Prog Urol, 2003, 13, 5, 1232, suppl. 2

L'urothélium est un tissu à renouvellement rapide avec une sensibilité particulière à la carcinogénèse induite par des agents chimiques ou des radiations ionisantes.

L'augmentation significative de tumeurs de vessie associées à la chimiothérapie et à la radiothérapie a été observée par différents auteurs [1]. Les études épidémiologiques ont confirmé les données physiopathologiques et les études de laboratoire. Il faut cependant insister sur le fait que les études humaines sont limitées aux études épidémiologiques rétrospectives avec tous les biais propres à ce type d'étude et ce malgré les ajustements et appariements qui réduisent les facteurs de confusion sans les éliminer. La durée du suivi nécessaire (plus de 10 ans) ne fait qu'accroître la difficulté de l'évaluation. Cependant la convergence des résultats des études publiées suggère fortement que la radiothérapie et la chimiothérapie sont des facteurs de risque de cancer urothélial, même si la précision des risques relatifs obtenus dans les différentes études est incertaine.

En ce qui concerne la chimiothérapie anticancéreuse, le potentiel carcinologique dépend du type de médicaments et du mode d'administration. Les alkylants -en particulier le cyclophosphamide (endoxan®)- administrés à petites doses per os pendant longtemps sont les plus dangereux[1].

Cette situation est rencontrée en particulier lorsque les alkylants sont prescrits comme immuno-suppresseurs dans des maladies bénignes dites de système ou dysimmunitaires [2] mais parfois également à titre anticancéreux, notamment dans les lymphomes de bas grade ou les cancers de l'ovaire [3].

Les cas de cancer urothélial radio-induit ont été observés en premier chez des patientes guéries de cancers gynécologiques, principalement des cancers du col utérin ou de l'ovaire. Citons l'étude d'une équipe autrichienne [4] qui évalue le risque relatif de cancer urothélial 22 ans en moyenne après radiothérapie pour cancer gynécologique à 4,66 par rapport à la population féminine autrichienne tout venant. L'Agence Internationale pour la Recherche contre le Cancer, basée à Lyon, a publié en 1995 les résultats d'une étude cas-témoins faite à partir de données de registres [3]. Le risque relatif de cancer urothélial après radiothérapie pour cancer de l'ovaire était significativement élevé (RR= 1,9) mais restait cependant bien inférieur à celui retrouvé chez les patientes traitées par chimiothérapie (comportant du cyclophosphamide), soit RR=3,2 et surtout celles traitées par association de radiothérapie et chimiothérapie, soit RR=5,2.

Le cancer prostatique ne fait pas exception : plus récemment, de nombreux auteurs ont décrit l'association radiothérapie pour le traitement du cancer de la prostate et cancer de vessie [5-8]. La première étude contrôlée n'a été publiée qu'en 1997 par le NCI [5]. Il s'agissait d'une étude basée sur les registres américains (SEER) de 1973 à 1990. La comparaison des 34 889 patients traités par radiothérapie pour un cancer de la prostate et les 106 872 traités par une autre méthode montre que le risque relatif de cancer de vessie dans le 1er groupe était significativement élevé avec un recul de 8 ans (RR 1.5; intervalle de confiance à 95%, 1.1-2.0). Les autres études publiées depuis, également des études de registre chez des patients Nord-Américains, donnent des résultats très proches [6-8].

Au total, la chimiothérapie et la radiothérapie pelvienne ont été associées dans de nombreuses études à une augmentation du risque d'un cancer secondaire de vessie. Le risque est difficile à chiffrer étant donnée la nature rétrospective des études. Il semble cependant que ce risque soit suffisamment faible dans l'ensemble pour ne pas peser de façon décisive dans la balance de la décision thérapeutique: une étude récente estimait le risque de cancer secondaire (quelque soit le cancer) après radiothérapie pour cancer prostatique à 1/290 [7]. Cependant, ce risque passait à 1/70 chez les patients ayant survécu plus de 10 ans. Etant donnés la longue période de latence des tumeurs chimio et radio induites, le rajeunissement de la population traitée et l'augmentation de leur espérance de vie, le problème des cancers secondaires après radiothérapie pourrait devenir dans l'avenir un problème conséquent.

Références

1. COULANGE C., DAVIN J.L. et le Comité de Cancérologie de l'AFU : Tumeurs urothéliales induites par chimiothérapie ou radiothérapie. Progrès en Urologie, 2002 ; 12 :510-515.

2. Vlaovic P., Jewett M.A. : Cyclophosphamide-induced bladder cancer. Can. J. Urol., 1999 ; 6 : 745-748.

3. Kaldor J.M., Day N.E., Kittelmann B., Pettersson F., Langmark F., Pedersen D., Prior P., Neal F., Karjalainen S., Bell J., et al. : Bladder tumours following chemotherapy and radiotherapy for ovarian cancer : a case-control study. Int. J. Cancer, 1995 ; 27 : 63 : 1-6.

4. Maier U., Ehrenbock P.M., Hofbauer J. : Late urological complications and malignancies after curative radiotherapy for gynecological carcinomas : a retrospective analysis of 10,709 patients. J. Urol., 1997 ;158 : 814-817.

5. Neugut A.I., Ahsan H., Robinson E., Ennis R.D. : Bladder carcinoma and other second malignancies after radiotherapy for prostate carcinoma. Cancer. 1997 ; 79 : 1600-1604.

6. Pawlish K.S., Schottenfeld D., Severson R., Montie J.E. : Risk of multiple primary cancers in prostate cancer patients in the Detroit metropolitan area: a retrospective cohort study. Prostate. 1997 ; 33 : 75-86.

7. Brenner D.J., Curtis R.E., Hall E.J., Ron E. : Second malignancies in prostate carcinoma patients after radiotherapy compared with surgery. Cancer, 2000 ; 88 : 398-406.

8. Pickles T., Phillips N. : The risk of second malignancy in men with prostate cancer treated with or without radiation in British Columbia, 1984-2000. Radiother. Oncol., 2002 ; 65 : 145-151.