TUMEURS UROTHÉLIALES : Aspects génétiques des carcinomes urothéliaux de la vessie et de la voie excrétrice supérieure

04 janvier 2004

Mots clés : Tumeurs, urothélial, Cancer, Vessie, génétique, voies excrétrices, hérédité, formes familiales
Auteurs : CUSSENOT O., DAVIN J-L.
Référence : Prog Urol, 2003, 13, 5, 1233, suppl. 2
  1. Formes familiales de carcinomes urothéliaux isolés.
  2. Syndromes tumoraux héréditaires avec carcinomes urothéliaux.
    • Syndrome de Lynch de type II
    • Syndrome de Muir-Torr
  3. Recommandations pratiques.

Les formes familiales et héréditaires des tumeurs des voies excrétrices sont rares. On décrit les formes familiales de cancer isolé de la voie excrétrice et les tumeurs entrant dans le cadre de syndromes tumoraux particuliers pouvant atteindre plusieurs organes.

I. Formes familiales de carcinomes urothéliaux isolés

Ces formes sont exceptionnelles. Aucune caractéristique spécifique n'a été retrouvée à ce jour, seul l'âge moyen de survenue est inférieur à celui des cas sporadiques. Certains auteurs ont émis l'hypothèse d'une transmission autosomique dominante et un rôle possible de gènes suppresseurs situés sur les chromosomes 9q, 17p et 5p.

II. Syndromes tumoraux héréditaires avec carcinomes urothéliaux

Syndrome de Lynch de type II (Hereditary Non Polyposis Colorectal carcinome ou HNPCC)

Il s'agit d'une forme familiale de cancer du colon sans polypose associée qui représente 5% des cancers coliques et dont il existe deux types :

- Le type I comprend des cas d'adénocarcinomes coliques isolés principalement localisés au colon droit, avec au moins trois membres de la famille atteints dont au moins un avant 50 ans et absence de polypose.

- Le type II ou syndrome du cancer familial respecte les critères du Lynch I avec en plus une association à d'autres cancers : endomètre, ovaires, voie excrétrices urinaires supérieures, poumons, intestin grêle, estomac, voies biliaires et larynx. Les tumeurs de l'appareil urinaire sont au troisième rang (5%) après les localisations coliques (63%) et endométriales (9%) mais sont révélatrices une fois sur deux de ce syndrome. Ces tumeurs siègent deux fois sur trois au niveau du haut appareil urinaire et il n'existe pas de prédominance masculine. L'âge au diagnostic est plus précoce qu'habituellement et sur le plan histologique il s'agit de carcinome à cellules transitionnelles. La transmission est de type autosomique dominante. Cinq gènes de prédisposition ont été identifiés sur les chromosomes 2, 3 et 7. Au niveau des tumeurs, une instabilité des microsatellites est observée dans plus de 80% des cas.

Syndrome de Muir-Torr

Ce syndrome est une variante du syndrome de Lynch II. Il associe des tumeurs sébacées multiples et divers cancers viscéraux dont des tumeurs urothéliales qui représentent 10% de l'ensemble des tumeurs de ce syndrome et peuvent constituer la seule localisation viscérale de la maladie.

III. Recommandations pratiques

Chez les patients atteints d'une tumeur de la voie excrétrice supérieure l'enquête familiale doit rechercher systématiquement un syndrome HNPCC.

Critères de reconnaissance des formes héréditaires :

- soit 3 cas de cancers colo-rectaux chez des apparentés du premier degré, dont au moins un est atteint avant 50 ans.

- soit tumeurs primitives multiples chez le même individu et dont deux appartiennent au spectre des tumeurs du HNPCC.

- soit un individu atteint de cancer colo-rectal et apparenté au premier degré à un membre de sa famille atteint d'un autre cancer du spectre des HNPCC.

La confirmation par un diagnostic génétique doit être réalisée, recherchant des mutations germinales des gènes MLH1 et MSH2 qui sont retrouvés dans 80% des cas.

Le dépistage est réalisé chez les sujets ayant hérité de la mutation prédisposante ou par analyse de l'arbre généalogique dans les cas où aucune mutation n'a été retrouvée. Ce dépistage nécessite une prise en charge multidisciplinaire. Sur le plan urologique la surveillance doit être réalisée tous les deux ans par UIV ou TDM, endoscopie vésicale et cytologie. Certains centres proposent la recherche d'instabilité microsatellite dans les urines qui semblerait plus sensible que la cytologie urinaire.

La multifocalité et la bilatéralité des lésions urothéliales justifient une prise en charge précoce de ces lésions et un traitement conservateur pour les lésions superficielles.

Références

1. Cussenot O.,Fournier G. : Hérédité et tumeurs urologiques de l'adulte. Médecine-Sciences. Flammarion. 2003 ; 29-34.

2. Gattegno B., Chopin D. : Tumeurs superficielles de la vessie. Rapport du Congrès 2001 de l'Association Française d'Urologie. Prog. Urol., 2001 ; 11 : 879-925.

3. Cussenot O., Fournier G. : Génétique et Urologie. Rapport du Congrès 2000 de l'Association Française d'Urologie. Prog. Urol., 2000 ; 10 : 831-855.