Tumeurs urothéliales

25 mars 2019

Auteurs : G. Ploussard, J.-N. Cornu
Référence : Prog Urol, 2019, 1, 29, 8-9, suppl. 1HS



 


Marqueurs diagnostiques et pronostiques



D’après les communications du Dr Régnier, du Dr Anract et du Dr Batista da Costa


La sarcopénie a été associée à un plus grand risque de complications après traitement de nombreuses tumeurs solides. Dans une étude rétrospective, son impact sur le taux de complications a été étudié chez 82 patients. La sarcopénie était définie sur le scanner préopératoire selon le Skeletal Muscle Index (SMI) sur les coupes en L3, avant et après la chimiothérapie néoadjuvante. Au total, 57 % des patients étaient sarcopéniques selon ces critères avant la chimiothérapie. Le risque de dégradation de la fonction rénale était plus important chez ces patients (21 % vs 5 % ; p = 0,048). Après chirurgie, la présence préalable d’une sarcopénie était également associée à une survenue plus fréquente des complications postopératoires précoces (27 % vs 9 %) et tardives (19 % vs 3 %).


La prédiction de la sensibilité des tumeurs à la chimiothérapie néoadjuvante reste faillible, d’où le besoin de biomarqueurs, prédictifs de réponse. Dans une étude franco-canadienne, les auteurs ont réalisé un séquençage des gènes de réparation de l’acide désoxyribonucléique (ADN), sur des échantillons de résection transurétrale de vessie (RTUV). Tous les patients (n = 109) ont eu une chimiothérapie néoadjuvante en raison du diagnostic de tumeur de vessie infiltrant le muscle (TVIM). La réponse à la chimiothérapie a été définie comme l’absence de résidu tumoral sur la pièce de cystectomie (suivi médian 2,7 ans). Au total, 33 % patients avaient une mutation somatique des gènes de réparation. Ces patients avaient une survie globale nettement améliorée (84 % à 3 ans) comparativement aux patients sans mutation (52 % ; p < 0,001). De plus, la présence de ces mutations était positivement corrélée à la survenue d’une réponse histologique complète après chimiothérapie. De façon intéressante, ce bénéfice lié à la mutation ne ressortait pas au sein d’une cohorte de patients traités par chirurgie seule, soulignant le rôle théranostique important de cette mutation.


Plus simplement, la nicotine pourrait aussi être un facteur prédictif de mauvaise réponse à la chimiothérapie néoadjuvante. Dans une étude multicentrique prospective, l’exposition tabagique a été analysée chez 168 patients, subissant une chimiothérapie avant cystectomie. Le tabagisme actif et sevré était associé à une moins bonne réponse à la chimiothérapie, notamment au niveau anatomopathologique, mis sans corrélation franche avec la survie. L’aide au sevrage reste donc d’actualité, même au stade de tumeur infiltrante.


Le phénotype neuroendocrine représente un sous-type histologique agressif des cancers de la vessie. Il reste cependant rare. Néanmoins, environ 5 à 10 % des tumeurs auraient un profil transcriptomique compatible avec le phénotype neuroendocrine sans avoir les caractéristiques histologiques typiques. Dans une étude rapportée pendant le congrès, les auteurs ont mis au point une classification génomique capable d’identifier un groupe de tumeurs ayant un génotype urothélial, mais un phénotype neuroendocrine. Un panel de 84 gènes a identifié des tumeurs présentant l’expression de marqueurs neuroendocrines, sans expression des marqueurs « basal » ou « luminal ». L’incidence sur les cohortes de validation était seulement de 1-8 %, mais ce phénotype était associé à une survie significativement moins bonne (65 % vs 82 % à 1 an).


Abstract N° CO-105, CO-106, CO-107, CO-108


Le test Xpert Bladder Cancer Monitor a été évalué quant à ses performances diagnostiques par rapport à la fibroscopie et la cytologie urinaire. Ce test permet la quantification des acides ribonucléiques messagers (mARN) de cinq gènes d’intérêt et d’un gène de référence. Deux études françaises ont souligné sa supériorité comparativement à la cytologie standard pour prédire le risque de récidive après RTUV, et montré la bonne décroissance des tests positifs en cas de résection complète.


Abstract N° CO-185, CO-186



La rerésection est-elle encore nécessaire à l’ère de la luminofluorescence ?



D’après la communication du Dr Doisy


La rerésection est recommandée en cas de primo-résection de tumeurs à haut risque. Néanmoins, l’utilisation en pratique courante de la luminofluorescence améliore la qualité de la résection et le risque de récidive, mettant en question cette attitude. Dans une étude rétrospective unicentrique, le taux de récidive à la rerésection à 3 mois était significativement inférieur en cas d’utilisation de la luminofluorescence à la primo-résection (9 % vs 67 % ; p < 0,0001). En analyse multivariée, l’utilisation de la luminofluorescence restait comme le seul facteur prédictif indépendant de maladie résiduelle ; modifiant ainsi la prise en charge et posant la question du geste de rerésection systématique, ne bénéficiant qu’à moins d’un patient sur dix.


Abstract N° CO-191



Dérivation intra- ou extracorporelle en cas de cystectomie robot assistée ?



D’après la communication du Dr Lenfant


Dans cette étude multicentrique française, les données opératoires et postopératoires ont été comparées entre dérivation urinaire intracorporelle et extracorporelle, lors des cystectomies robot assistées. Au total, 108 patients ont été inclus, les deux tiers ayant bénéficié d’une reconstruction intracorporelle. La durée opératoire, la durée d’hospitalisation, le taux de marges, et le taux de complications précoces ou tardives n’étaient pas différents entre les deux groupes. Un bénéfice en termes de saignement peropératoire et de taux de transfusion était rapporté en cas de dérivation intracorporelle.


Abstract N° CO-112



Voies urinaires supérieures et vessie : sont-elles génétiquement différentes ?



D’après la communication du Dr Audenet


Une étude phylogénétique a évalué la corrélation entre tumeurs de la voie excrétrice supérieure et récidives intravésicales, dans l’hypothèse d’un continuum moléculaire entre les deux entités, le taux d’incidence des récidives intravésicales étant d’environ 20-50 % dans la littérature. Au total, un séquençage de la tumeur et de l’ADN germinal a été effectué chez 137 patients, traités par néphro-uretérectomie. Un panel de 341 oncogènes a été ciblé. Parmi cette cohorte, 57 patients ont développé une récidive intravésicale après un délai médian de 7 mois. Les mutations de Fibroblast Growth Factor Receptor 3 (FGFR3), KDM6A, et Cyclin D1 (CCND1) étaient significativement associées au risque de récidive intravésicale, alors que les mutations de Tumor Protein 53 (TP53) semblaient protectrices. En cas de tumeurs synchrones (vessie, haut appareil), les lésions étaient à chaque fois clonales.


En comparant le profil génétique à celui de 454 patients ayant une tumeur de vessie sans lésion associée du haut appareil, la prévalence des mutations somatiques était significativement différente, notamment sur les voies TP53/MDM2, FGFR3 ; HRAS, ERBB2, confirmant des mécanismes de carcinogénèse différents. À noter que seulement 7 % des lésions des voies supérieures présentaient un Lynch-like déficit du système de réparation de l’ADN (charge mutationnelle, instabilité microsatellitaire, signature moléculaire).


Abstract N° CO-125-126



Liens d’intérêts


J.-N. Cornu : L’auteur est consultant pour les compagnies Allergan, Astellas, Boston Scientific, Bouchara-Recordati, Coloplast, Cousin Biotech, Medtronic, Mundipharma, Pfizer, Pierre Fabre Médicaments et investigateur pour Astellas, Cousin Biotech, Coloplast, GT Urological, Ipsen, MedTronic.


G. Ploussard : activités de consultant (Astellas, IPSEN, Janssen, Ferring, Bouchara-Recordati, Takeda) et investigateur d’études cliniques (Janssen, Ferring).



Remerciements


Cet article fait partie du numéro hors série Compte-rendu du 112e congrès de l’Association française d’urologie 2018 réalisé avec le soutien institutionnel d’Astellas.







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