TUMEURS MALIGNES DU PÉNIS - Épidémiologie des tumeurs malignes du pénis

06 novembre 2005

Mots clés : tumeur du penis, Épidémiologie
Auteurs : Cyrille BASTIDE, Agnes LESOURD
Référence : Prog Urol, 2005, 15, 4, 797-798, suppl. 2
Les tumeurs du pénis sont rares.
Leur incidence est variable selon les pays. En Europe elles représentent environ 0,6% des cancers de l'homme, contre 17% au Brésil.
Des facteurs de risque sont connus, en particulier l'absence de circoncision néonatale et les défauts d'hygiène locale. Les infections virales de type HPV jouent également un rôle, ainsi que d'autres facteurs toxiques locaux.
La localisation au gland est la plus fréquente (près de la moitié des localisations).
L'évolution des cancers du pénis est lente. Elle est initialement locale, puis ganglionnaire inguinale. Les localisations métastatiques sont peu fréquentes et tardive.

Le carcinome épidermoïde du pénis (CE) est rare. Il représente en Europe 0.4 à 0.6% des cancers de l'homme [9]. Son incidence diminue [11, 15]. En Finlande l'incidence est passée de 1.4 pour 100.000 de 1971-1975, à 1.0 pour 100.000 de 1991-1995 [11].

Dans certains pays l'incidence reste très élevée. Elle représente entre 10 et 20% de tous les cancers de l'homme dans certaines régions d'Afrique ou d'Asie[14], et 17% au Brésil [8]. En France son incidence est inconnue.

Le CE est une pathologie du sujet adulte, avec une incidence maximale après 50 ans [7], et un age moyen de découverte autour de 65 ans [1]. Il ne semble pas y avoir de facteur racial prédisposant dans le CE. Aux USA l'incidence du C E est identique chez les blancs et les noirs [14].

I. Etiopathogénie

Trois facteurs ont été évoqués dans l'étiologie des CE : le rôle du prépuce et le défaut d'hygiène génitale, les infections chroniques et les antécédents traumatiques.

1. Prépuce et hygiène génitale.

Le rôle protecteur de la circoncision néonatale a été largement démontré [4]. Cependant la circoncision à l'âge adulte ne semble pas avoir d'effet protecteur [6], ce qui suppose que la période critique d'exposition aux facteurs étiologiques se fait avant la puberté.

Le rôle du smegma en tant que facteur carcinogène n'a pas été clairement établi [12], il semble plutôt agir par le biais de l'infection chronique.

2. Les infections.

Comme pour le cancer du col utérin, les infections à Human papilloma Virus (HPV) oncogènes semblent être impliqués dans certaines formes du cancer du pénis (carcinome basaloïde et carcinome condylomateux) [16]. Des facteurs environnementaux sont également nécessaires à la carcinogenèse [5].

3. Autres facteurs.

Les circoncisions traumatiques ont pu être associées à une augmentation du risque de cancer [6]. Il en est de même pour l'exposition à certains agents chimiques (insecticides, fertilisants, styrènes, acrylonitriles), ou physiques (exposition aux UV chez les patients atteints de psoriasis [7].

II. Présentation clinique et histoire naturelle

Le CE peut se présenter comme une lésion papillaire, exophytique plane ou ulcéro-infiltrante endophytique. La croissance des lésions planes ou ulcérées semble identique, mais les lésions ulcérées ont un pronostic plus défavorable [8].

La localisation de la lésion primaire intéresse uniquement le gland dans 48% des cas, le prépuce dans 21%, le sillon balano préputial dans 6%, et le corps de la verge dans 2% des cas [2]. Dans les autres cas, les localisations touchent plusieurs zones.

Comme dans d'autres localisations anatomiques, le CE a une évolution lente, d'abord locale puis secondairement régionale par envahissement des relais ganglionnaires inguinaux, et enfin ganglionnaire pelvien. Il ne devient métastatique que tardivement. La majorité des patients non traités décèdent dans les 2 ans [3].

Références

1. BOUCHOT O, RIGAUD J, MAILLET F, HETET JF, KARAM G. Morbidity of inguinal lymphadenectomy for invasive penile carcinoma. Eur Urol, 2004, 45: 761-765.

2. BURGERS, J.K., BADALAMENT R.A., DRAGO J.R., Penile cancer. Clinical presentation, diagnosis, and staging. Urol Clin North Am, 1992. 19, 247-256.

3. DERRICK, F.C. JR., LYNCH KM JR, KRETKOWSKI RC, YARBROUGH WJ. Epidermoid carcinoma of the penis: computer analysis of 87 cases. J Urol, 1973. 110, 303-305.

4. HOLLY, E.A, PALEFSKY J.M., Factors related to risk of penile cancer: new evidence from a study in the Pacific Northwest. J Natl Cancer Inst, 1993. 85, 2-4.

5. JACKSON, M.E., CAMPO M.S., GAUKROGER J.M., Cooperation between papillomavirus and chemical cofactors in oncogenesis. Crit Rev Oncog, 1993. 4: 277-291.

6. MADEN, C., SHERMAN KJ, BECKMANN AM, HISLOP TG, THE CZ, ASHLEY RL, DALING JR. History of circumcision, medical conditions, and sexual activity and risk of penile cancer. J Natl Cancer Inst, 1993. 85, 19-24.

7. MICALI G, INOCENZI D, NASCA MR, MUSUMECI ML, FERRAU F, GRECO M: Squamous cell carcinoma of the penis. J Am Acad Dermatol. 1996; 35, 432-451

8. ORNELLAS, A.A., SEIXAS AL, MAROTA A, WISNESCKY A, CAMPOS F, DE MORAES JR., Surgical treatment of invasive squamous cell carcinoma of the penis: retrospective analysis of 350 cases. J Urol, 1994. 151, 1244-1249.

9. PERSKY L, DEKERNION JB. Carcinoma of the penis. CA Cancer J Clin 1986. 36, 258-273

10. PERSKY, L., Epidemiology of cancer of the penis. Recent Results Cancer Res, 1977, 60, 97-109.

11. PUKKALA, E. WEIDERPASS E., , Socio-economic differences in incidence rates of cancers of the male genital organs in Finland, 1971-95. Int J Cancer, 2002. 102, 643-648.

12. REDDY, D.G., BARUAH I.K., Carcinogenic action of human smegma. Arch Pathol, 1963. 75, 414-420.

13. RUBIN, M.A., KLETTER B, ZHOU M, AYALA G, CUBILLA AL, QUINT WG, PIROG EC., Detection and typing of human papillomavirus DNA in penile carcinoma: evidence for multiple independent pathways of penile carcinogenesis. Am J Pathol, 2001. 159, 1211-1218.

14. VATANASAPT, V., MARTIN N, SRIPLUNG H, CHINDAVIJAK K, SONTIPONG S, SRIAMPORN H, PARKIN DM, FERLEY J., Cancer incidence in Thailand, 1988-1991. Cancer Epidemiol Biomarkers Prev, 1995. 4, 475-483.

15. YEOLE, B.B., JUSSAWALLA D.J., Descriptive epidemiology of the cancers of male genital organs in greater Bombay. Indian J Cancer, 1997. 34, 30-39.

16. ZUR HAUSEN H. papiloma viruses in human cancers. Proc Assoc Am Physicians. 1999;111:581-87.