TUMEURS DES ORGANES GÉNITAUX EXTERNES : Le carcinome in situ du testicule

26 janvier 2004

Mots clés : Cancer, Tumeurs, organes génitaux externes, testicule, Carcinome in situ, CIS, facteurs de risque, diagnosctic, Traitement
Auteurs : MICHEL F.
Référence : Prog Urol, 2003, 13, 5, 1246-1247, suppl. 2

Le C.I.S du testicule :

  • Chez qui peut-on le trouver ?
  • Quel est son traitement ?
  • Comment le rechercher ?
  • Quand le rechercher ?

Le carcinome in situ du testicule (C.I.S.) décrit en 1972 par Skakkebaek, [13] appelé encore néoplasie testiculaire intraépithéliale (T.I.N.) représente le stade pré invasif des tumeurs testiculaires.

Les cellules du C.I.S. ont en effet les mêmes caractéristiques cytologiques, immunohistochimiques et chromosomiques que les cellules tumorales germinales [12].

Chez 50% des patients porteurs d'un C.I.S., celui-ci évoluera par un cancer invasif dans les cinq ans [12] ce qui amène à se poser la question du dépistage et de la conduite à tenir devant un C.I.S.

I. Chez qui peut-on trouver un C.I.S. ?

Houlgatte [9] a montré que des lésions de C.I.S. sont présentes dans 74,2% des patients porteurs d'une d'une tumeur germinale du testicule à proximité et à distance de la tumeur. Des lésions de C.I.S. sont aussi retrouvées dans le testicule controlatéral au testicule tumoral chez 4,9 à 13,5% des patients [2, 5].

- Si celui ci est le siège de microcalcifications échographiques la prévalence du C.I.S. atteint 78% [8]

- Si le testicule est atrophique (de petit volume (inférieur à 12 ml), Harland et coll ont retrouvé 19% de C. I. S. [5]. En l'absence d'atrophie testiculaire il n'a pas été retrouvé de corrélation entre C.I.S. et cryptorchidie [5].

- Si le patient a moins de trente ans et un testicule atrophique [5] il est retrouvé 34% de C.I.S. contre 7% chez les patients de plus de 30 ans.

- Si le patients est azoospermique il a été trouvé 22% de C.I.S. [5].

Récemment Fossa [4] a rapporté 31% de C.I.S. chez 68 patients porteurs d'une tumeur germinale extra-gonadique

II. Quel est le traitement du C.I.S. ?

L'orchidectomie d'un testicule unique est à l'origine de répercussions endocriniennes et psychologiques dont il faut avertir le patient.

La chimiothérapie n'est pas efficace [2].

La radiothérapie, à la dose de 20 grays, permet la cure du C.I.S. en respectant le plus souvent les cellules de LEYDIG et donc la fonction endocrine. Elle rend bien sûr définitivement azoospermique (il faut systématiquement proposer un recueil de spermatozoïdes en vue d'une autoconservation). Cependant Dieckmann a rapporté deux observations de tumeur germinale apparues après une radiothérapie pour C.I.S. [1].

III. Comment rechercher un C.I.S. ?

La sensibilité de la biopsie testiculaire est excellente. Il est estimé que, si un C.I.S. envahit plus de 2% du volume testiculaire, une seule biopsie de 3 mm le retrouvera dans 50% des cas. Si il envahit plus de 50% du volume testiculaire une seule biopsie le retrouvera toujours [11]. Dieckmann et Loy [3] préconisent 2 biopsies chez les patients à risque en raison d'un risque (minime de 0.5%) de faux négatifs. Que la biopsie soit chirurgicale ou réalisée à l'aiguille n'influe pas sur les résultats [5].

IV. Quand rechercher un C.I.S. ?

Chez un patient azoospermique sécrétoire, lors de l'analyse histologique de la pulpe testiculaire (recherche de spermatozoïdes), une recherche de C.I.S est nécessaire.

Récemment Fossa a préconisé cette recherche chez les patients ayant une tumeur germinale extra-gonadique en raison du risque élevé d'apparition d'une tumeur testiculaire invasive métachrome et ce en dépit du traitement chimiothérapique de la tumeur primitive [4].

Dans un testicule tumoral, si une chirurgie partielle est envisagée. La recherche dans le tissu péri-tumoral doit être systématique [9].

Sur le testicule controlateral, la possibilité de traiter un C.I.S., et donc de prévenir la survenue d'un cancer invasif, pose la question de sa recherche systématique. Si cette attitude est habituelle au Danemark [10], en Autriche [2], elle est exceptionnelle aux Etats-Unis [7].

Heidenreich et Moul, [6] après une analyse critique de la littérature, du fait des complications possibles d'une biopsie testiculaire, ne proposent la recherche d'un C.I.S. que chez les patients à haut risque (34%) de C.I.S. : volume testiculaire inférieur à 12 ml, antécédents de cryptorchidie, âge inférieur à 30 ans. De même la présence de microcalcifications dans le testicule restant peut faire proposer une biopsie testiculaire, alors que la signification de ces microcalcifications dans la population générale reste débattue [11].

V. Remarque

Dans tous les cas il est impératif d'expliquer à tous les patients opérés d'un cancer du testicule la nécessité d'une surveillance prolongée du testicule restant par autopalpation et échographie avec une sonde à haute fréquence afin de détecter précocement la survenue éventuelle d'une tumeur métachrome.

Références

1. DIECKMANN K.P., LA2/DIECKMANN K.P. et LOY V.UKE H., MICHL U. et coll : Testicular germ cell neoplasia despite previous local radiotherapy to the testis. Eur. Urol., 2002 ; 41 : 644-651.

2. DIECKMANN K.P. et LOY V. : Prevalence of controlateral testicular intraepithelial neoplasia with testicular germ cell neoplasm. J. Clin. Oncol. 1996 ; 14 : 3126-3132.

3. DIECKMANN K.P. et LOY V : False-negative biosies for the diagnosis of testicular intrepithelial neoplasia (TIN) An update. Eur. Urol., 2003 ; 43 : 516-521.

4. FOSSA S.D., AASS N., HEILO A. et coll : Testicular carcinoma in situ in patients with extragonadal germ cell tumours : the clinical role of pretraitement biopsy. Ann. Oncol., 2003 ; 14 : 1412-1418.

5. HARLAND S.J., COOK P.A. FOSSA D. et coll : Intratubular germ cell neoplasia of the contralateral testis in testicular cancer. J. Urol. 1998 ; 160 : 1353-1357.

6. HEIDENREI CH A., MOUL J.W. : Contralateral testicular biopsy procedure in patients with unilateral testis cancer : Is it indicated ? Semin. Urol. Oncol. 2002 ; 20 : 234-238.

7. HERR H.W., SHEINFELD J. : Is biopsy of the controlateral testis necessary in patients with germ cell tumors ? J. Urol., 1997 ; 158 : 1331-1334.

8. HOLM M., HOEI-HANSEN Ch.E., RAJPERT-DE MEYTS E., SKAKKEBAEK N.E. : Indreased risk of carcinoma in situ in patients with testicular germ cell cancer with ultasonic microlihiasis in the contralateral testis. J. Urol., 2003 ; 170 : 1163-1167.

9. HOULGATTE A., FOURNIER R., CAMPARO Ph. Et coll : Intérêt de la recherche du carcinome in situ dans la chirurgie conservatrice des tumeurs germinales du testicule. Progrès en Urologie, 1998 ; 8 : 1039-1042.

10. von der MAAS H., RORTH M., WALBOM-JORGENSEN S. et coll : Carcinoma in situ of the contralateral testis in patients with testicular germ cell cancer. A study of 27 cases in 500 patients. Brit. Med. J., 1986 ; 293 : 1398-1402.

11. MILLER F.N.A.C., SIDHU P.S. : Does testicular microlithiasis matter ? A review. Clinical Radiology, 2002 ; 57 : 883-890.

12. MONTIRONI R. : Intatubular germ cell neoplasia of the testis : testicular intraepithelial neoplasia. Eur. Urol., 2002 ; 41 : 651-654.

13. SKAKKEBAEK N.E. : Possible carcinoma-in-situ of the testis. Lancet 1972 ; 2 : 516-519.