TUMEURS DES ORGANES GÉNITAUX EXTERNES : Génétique et tumeurs germinales du testicule

26 janvier 2004

Mots clés : Cancer, Tumeur, organes génitaux externes, testicule, génétique, tumeurs germinales
Auteurs : CUSSENOT O., KOURI G.
Référence : Prog Urol, 2003, 13, 5, 1257, suppl. 2
  1. Différences géographiques ou ethniques
  2. Formes familiales
  3. Implications cliniques

L'incidence annuelle des tumeurs germinales du testicule, ajustée à l'age, est en augmentation. La proportion des cancers du testicule où la susceptibilité génétique serait prépondérante est estimée à 25%.

La cytogénétique et les techniques de biologie moléculaire ont montré que les altérations génétiques présentes dans les cellules tumorales sont impliquées ou associées a la carcinogenèse testiculaire.

Les données épidémiologiques permettent également d'appréhender l'implication de facteurs génétiques :

I. Les différences géographiques ou ethniques

Les différences géographiques ou ethniques pour le cancer du testicule peuvent témoigner d'une exposition différente à des facteurs carcinogènes extérieurs et/ou d'une susceptibilité génétique à ces facteurs extérieurs.

II. Les formes familiales

Les observations d'agrégation familiale de cancers du testicule et les observations de cancers chez les jumeaux suggèrent qu'une altération génétique commune contribue au développement de ces tumeurs dans ces familles. La fréquence des formes familiales (famille présentant au moins 2 cas de cancers du testicule) varie selon les études de 1,2 à 3.5%. Avec l'hypothèse que tous les patients avec des tumeurs testiculaires bilatérales ont la même prédisposition familiale , la fréquence de celles-ci permettrait d'extrapoler à 33% le nombre de cancers du testicule d'origine familiale ( modèle de Nicholson et Harland ) .

Les formes familiales ont certaines caractéristiques différentes des cancers sporadiques :

- les patients lors du diagnostic sont significativement plus jeunes.

- les formes bilatérales sont plus fréquentes , 8 à 10% versus 2 à 3% ; elles surviennent rarement de façon synchrone.

L'association avec des anomalies de l'appareil urogénital (cryptorchidie, hernie , hydrocèle) est bien établie. La cryptorchidie constitue un facteur de risque démontré avec un risque relatif qui varie de 2.5 à 8.8 pour un patient atteint de cryptorchidie par rapport à un sujet normal. Cette association semble plus fréquente dans les formes familiales que dans les formes sporadiques.Ces données sont en faveur d'une relation entre les mécanismes en cause dans les anomalies du développement urogénital et la prédisposition au cancer du testicule

L'existence d'un apparenté atteint de cancer du testicule augmente le risque de cancer du testicule chez les hommes de la famille, parents au premier degré. Ce risque est plus élevé pour les frères que pour le père et les fils d'un individu atteint.

L'évocation d'une anomalie génétique héréditaire transmise au cours des générations successives au sein de certaines familles n'exclut cependant pas l'implication de facteurs environnementaux tels que les facteurs hormonaux maternels (oestrogènes) au cours de la période prénatale, ou l'alimentation au cours de la période pubertaire.

Des travaux réalisés par l'International Testis Cancer Linkage Consortium ont permis récemment de localiser un gène de prédisposition en Xq27, appelé TCGT1 (testicular germ cell tumor 1) et ont montré une association entre cette localisation et la présence de tumeurs bilatérales et d'une cryptorchidie. Cependant dans 25% des cas de formes familiales la transmission n'est pas liée à l'X, d'autres gènes de prédisposition sont donc à découvrir .

III. Implications cliniques

Reconnaissance d'une population d'hommes susceptibles de présenter une forme héréditaire compatible avec la transmission d'un gène majeur de prédisposition :

- 3 cancers du testicule chez des apparentés du premier degré.

- 2 cancers du testicule chez des apparentés du premier degré dont au moins une forme bilatérale.

Le dépistage doit alors porter chez les apparentés du premier et deuxième degré (oncles maternels et neveux issus des soeurs).

L'existence d'un cancer du testicule associé à un antécédent de cryptorchidie doit faire rechercher la possibilité d'une prédisposition héréditaire génétique.

Les formes héréditaires de cancer du testicule n'ont pas de spécificité anatomo-clinique ou thérapeutique.

Références

1. CUSSENOT O., FOURNIER G. : Hérédité et tumeurs urologiques de l'adulte. Flammarion 2003.

2. CZENE et al : The Swedish Family Cancer Data Base. 2002.

3. JONES W.G. : Germ Cell Tumors - Nicholson et Harland, chapter 3, 1998 : 17-25.