TUMEURS DES ORGANES GÉNITAUX EXTERNES : Autopalpation scrotale

26 janvier 2004

Mots clés : Cancer, Tumeurs, organes génitaux externes, testicule, autopalpation scrotale
Auteurs : MOTTET N.
Référence : Prog Urol, 2003, 13, 5, 1248, suppl. 2
  1. L'autopalpation scrotale : Comment ?
  2. L'autopalpation scrotale : Pour qui et quand?

L'augmentation de l'incidence des cancers du testicule, et le développement de cancers controlatéraux chez des patients guéris d'une première tumeur expliquent le développement de cette méthode. Celle-ci, d'origine principalement anglaise, elle donne lieu à de multiples publications, ainsi qu'à des compagnes de sensibilisation du grand public (Figure 1), alors qu'il n'en existe encore aucune dans la littérature urologique francophone.

Figure 1 : Poster de l'Hôpital de Manchester.

Plusieurs travaux prospectifs ont été consacrés à son efficacité réelle et à son utilisation en pratique. Ainsi un travail conduit sur 5096 hommes confirme l'intérêt d'un tel programme, mais insiste sur l'importance fondamentale d'une éducation, permettant ainsi de sélectionner une population à risque de cancer : masse testiculaire ou testicule globalement augmenté de volume, et indolore [1]. Cet apprentissage de l'autopalpation aurait également l'intérêt de rassurer les hommes en différenciant une masse intra-testiculaire suspecte d'une masse extra-testiculaire, peu suspecte [2], permettant ainsi une économie financière (bien que cet argument soit discutable en l'absence de vérification de la qualité de l'auto-examen).

La vraie question concernant cette méthode (sans coût ni toxicité propre) correspond à son utilisation réelle (son acceptation). Cette dernière est très variable. L'autopalpation semble être globalement peu appliquée (64% des hommes d'une région industrielle du Midwest ne la réalise jamais, et seuls 22% la réalise selon les recommandations actuelles au sein d'une enquête réalisée à Londres [3]). De plus, son utilisation varie selon le statut socio-économique [4], ou l'importance des campagnes de dépistages. Un travail réalisé auprès de 210 résidents en pédiatrie aux USA a ainsi montré que 29% d'entre eux seulement réalisaient une autopalpation mensuelle (et 61% tous les 3 mois), et que seulement 40% d'entre eux l'enseignaient à leurs patients âgés de 12 à 21 ans [5].

Ainsi si cette technique simple est efficace, sa vraie difficulté est son utilisation réelle. Seules des campagnes réitérées d'information sont susceptibles de modifier cette attitude, concernant une tumeur peu fréquente, mais le plus souvent curable quand elle est diagnostiquée à un stade de début.

I. L'autopalpation scrotale : comment ?

La technique est simple, et décrite dans la littérature anglo-saxonne [6, 7] : palpation effectuée au calme, idéalement après un bain ou une douche chaude. Chaque testicule est examiné successivement. Le scrotum est tenu dans la paume de la main ; la palpation s'effectue entre le pouce et les autres doigts libres. On palpe l'épididyme (ferme et légèrement tendu), puis le déférent. Enfin le testicule lui même à la recherche d'une masse ou d'une nette augmentation de volume global, avec un changement de consistance (Figure 2).

Figure 2 : Position et technique de l'autopalpation testiculaire.

II. L'autopalpation scrotale : pour qui et quand ?

Les recommandations anglaises et américaines sont de la réaliser mensuellement, ce qui semble peu applicable en pratique quotidienne.

Par contre il semble raisonnable de la recommander et de l'enseigner aux patients à risque de développer un cancer du testicule : hommes ayant été traités d'une cancer testiculaire ou opérés d'une cryptorchidie, ou hommes hypofertiles ou stériles porteurs d'une atrophie testiculaire. Son rythme optimal, acceptable et réaliste est à définir (entre 2 et 4 fois par an).

Références

1. Geczi L., Gomez F., Horvath Z., Bak M., Kisbenedek L., Bodrogi I. : Three-year results of the first educational and early detection program for testicular cancer in Hungray. Oncology, 2001 ; 60 : 228-234.

2. Paul A.B., Ladds T.J., Payne S.R. : Testicular self-examination: can the primary care diagnosis of testicular cancer be improved ? pp 383-387. In Germ cell tumors IV.Jones WG, Appleyard I, Hardnen P, Joffe K eds. John Libbey London, 1998.

3. Khadra A., Oakeshott P. : Pilot study of testicular cancer awareness and testicular self-examination in men attending two South London general practices. Fam. Pract., 2002 ; 19 : 294-296.

4. Wynd C.A. : Testicular self-examination in young adult men. J. Nurs. Scholarsh. 2002 ; 34 : 251-255.

5. Brenner J.S., Hergenroeder A.C., Kozinetz C.A., Kelder S.H. : Teaching testicular self-examination : education and practices in pediatric residents. Pediatrics, 2003 ; 111 : 239-244.

6. Webb V, Holmes A. : Urological cancers : do early detection strategies exist ? BJU Int., 2000 ; 86 : 996-1000.

7. Boocklet du Royal Marsden Hospital. Londres. 1999 ; www.royalmarsden.org