Traitements de rattrapage par HIFU après radiothérapie première et par radiothérapie après HIFU première dans la récidive locale du cancer de prostate : analyse rétrospective de la toxicité

25 décembre 2014

Auteurs : J.-W. Lee, D. Chevallier, J. Gal, Y. Rouscoff, R. Natale, M.-E. Chand, C. Raffaelli, D. Ambrosetti, M. Durand, J. Amiel, J.-M. Hannoun-Levi
Référence : Prog Urol, 2014, 16, 24, 1076-1085
Objectifs

Analyser la toxicité des séquences thérapeutiques High Intensity Focused Ultrasound (HIFU)-radiothérapie de rattrapage (HIFU-RT) ou radiothérapie-HIFU de rattrapage (RT-HIFU) en cas de récidive locale d’un cancer de prostate.

Matériels et méthodes

Dix-neuf patients ont présenté une rechute locale d’un cancer de prostate. Parmi eux, 10 patients ont été pris en charge par HIFU-RT et 9 patients par RT-HIFU (4 patients par radiothérapie externe [RTE] et 5 patients par implants d’iode [CURIE]). Les effets secondaires urinaires ont été évalués en utilisant l’échelle Common Terminology Criteria for Adverse Event v4 (CTCAE v4).

Résultats

Lors de la prise en charge initiale, l’âge médian était de 66,5ans (53–72), le PSA médian était de 10,8ng/mL (3,4–50), et le score de Gleason médian initial était de 6,3 (5–8). Le suivi médian après le traitement de rattrapage était de 46,3 mois (2–108). Trente pour cent des patients du groupe HIFU-RT et 33 % des patients du groupe RT-HIFU, appartenant tous au sous-groupe CURIE-HIFU, ont présenté une complication urinaire de grade supérieur ou égal à 2. Seul 1 patient tout groupe confondu a présenté une toxicité digestive grade 1.

Conclusion

La séquence CURIE-HIFU semble pourvoyeuse d’effets secondaires urinaires significatifs. Une cohorte de patients et un suivi plus importants permettront d’affiner ces résultats.

Niveau de preuve

5.




 




Introduction


Si le traitement initial du cancer de la prostate est actuellement bien codifié, la prise en charge en cas de récidive locale est encore un sujet de controverse. Les taux de survie sans récidive à 5ans après High Intensity Focused Ultrasound (HIFU), radiothérapie externe et curiethérapie sont respectivement de l'ordre de 83 % [1], 69-95 %[2] et 71-96 %[2]. Lors d'une récidive après une radiothérapie première, le traitement de référence reste à ce jour la privation androgénique. Celle-ci représente une prise en charge palliative et peut de surcroît entraîner une dégradation significative de la qualité de vie (troubles de la fonction sexuelle, bouffées de chaleur, fatigue) ainsi que des effets secondaires cardiovasculaires et métaboliques pouvant à leur tour impacter négativement sur la survie [3]. Cependant, des options thérapeutiques à visée curative après radiothérapie (RT) sont actuellement en cours d'étude et peuvent dans certains cas être proposées [4]. Il s'agit de la cryothérapie, de l'HIFU, de la prostatectomie totale et de la radiothérapie (externe ou curiethérapie). De même, la prise en charge optimale d'une récidive locale après HIFU première n'est pour le moment pas formellement standardisée. Les options thérapeutiques après HIFU première peuvent être : une nouvelle session d'HIFU, une radiothérapie externe (RTE), ou une prostatectomie totale [5]. Actuellement, les données de la littérature comparant les traitements locaux de rattrapage dans la récidive locale du cancer de prostate sont peu nombreuses et ne permettent pas de tirer de conclusions à des niveaux de preuve élevés.


L'objectif de cette étude est de proposer une analyse rétrospective des effets secondaires urinaires selon les séquences HIFU de rattrapage après radiothérapie première (RT-HIFU) ou radiothérapie de rattrapage après HIFU première (HIFU-RT), chez des patients présentant une récidive locale du cancer de prostate. L'efficacité carcinologique de ces deux séquences est aussi étudiée.


Matériels et méthode


Patients


De 2003 à 2012, après réunion de concertation pluridisciplinaire, 19 patients ont été pris en charge pour une rechute locale isolée d'un cancer de prostate. Parmi ces patients, 10 ont été traités par la séquence HIFU-RT (9 patients : RTE exclusive et 1 patient : RTE+surimpression en curiethérapie de haut débit de dose). Les 9 autres ont été traités par la séquence RT-HIFU (4 patients : radiothérapie externe et 5 patients : curiethérapie par implants de grains d'iode 125). Après réalisation d'un bilan d'extension par scanner abdomino-pelvien injecté et/ou IRM pelvienne, et scintigraphie osseuse confirmant l'absence d'extension tumorale à distance, la récidive locale a été prouvée histologiquement pour tous les patients. Toutes les biopsies prostatiques ont été réalisées dans un délai supérieur à 2ans pour les patients primo-traités par RTE ou curiethérapie (CURIE), et supérieur à 3 mois pour les patients primo-traités par HIFU afin d'éviter les faux positifs [6].


Le Tableau 1 présente les caractéristiques des patients lors du traitement initial et lors de la prise en charge de la rechute. Au moment de la prise en charge initiale, l'âge médian était de 66,5ans (53-72). Le PSA médian était de 10,8ng/mL (3,4-50). Quatre-vingt-dix pour cent des patients primo-traités par HIFU étaient des cancers à risque intermédiaire ou élevé alors qu'environ 45 % des patients primo-traités par RT étaient considérés comme à faible risque de rechute. La récidive biochimique après radiothérapie externe ou curiethérapie a été définie selon le critère de PhÅ“nix [7] (nadir+2ng/mL). La récidive biochimique après HIFU a été définie selon le critère de Stuttgart [8] (nadir+1,2ng/mL).


Au moment de la prise en charge de la rechute, l'âge médian était de 70,4ans (58-76). Le PSA médian était de 3,8ng/mL (0,7-11,8). La définition de la récidive après le traitement de rattrapage a été celle proposée par Riviere et al. [9] et basée sur les critères de l'ASTRO [7] et de Bolla et al. [10] : 3 augmentations successives du PSA avec vélocité du PSA>0,4ng/mL/an, ou PSA>1,5ng/mL. Le délai de rechute après primo-traitement était en moyenne de 45 mois (10,7-98) pour la séquence HIFU-RT et de 48,7 mois (22-93,1) pour la séquence RT-HIFU.


Méthode


Concernant la séquence RT-HIFU, lors du primo-traitement, 31 % des patients ont reçu une privation androgénique avec une durée moyenne de 7,4 mois (1-27). Concernant la séquence HIFU-RT, ce taux était de 37 % pour une durée moyenne de 28,4 mois (3-70).


Radiothérapie


Les patients traités par irradiation première ont été répartis en deux groupes : RTE ou CURIE par implant d'iode. La RTE a été de type conformationnel en 3 dimensions utilisant des photons X de 18 ou 25 MV. La dose moyenne délivrée au point ICRU était de 71,8Gy (66-80) à raison de 2Gy par fraction, 5 fractions par semaine. Le clinical target volume (CTV) comprenait la prostate, les vésicules séminales, et les aires ganglionnaires pelviennes dans 64,3 % des cas. Le planning target volume (PTV) était obtenu par addition d'une marge de sécurité de 10mm par rapport au CTV sauf en postérieur où la marge était de 5mm.


La curiethérapie de bas débit de dose a été réalisée avec des implants permanents de grains d'iode 125. Les vecteurs ont été introduits manuellement par voie trans-périnéale sous contrôle échographique. La dose moyenne délivrée à 90 % du volume prostatique (D90) était de 175Gy (168-180).


Pour le traitement de rattrapage, la RTE a été utilisée selon les mêmes conditions que présentées ci-dessus en délivrant une dose moyenne de 70,4Gy (70-76). La curiethérapie de haut débit de dose a consisté en la mise en place d'implants temporaires par voie trans-périnéale sous contrôle échographique endorectal. La source radioactive utilisée a été de l'iridium 192 (activité 10 Ci). La dose délivrée en complément d'irradiation après RTE a été de 14Gy en 1 fraction.


HIFU


Les HIFU ont été réalisés avec l'appareil Ablatherm â„¢ (EDAP-TMS, Vaulx-en-Velin, France). Les paramètres acoustiques utilisés sont les paramètres standard de l'appareil selon qu'il s'agissait d'une HIFU première, deuxième ou troisième, ou d'une HIFU de rattrapage après irradiation. Les paramètres acoustiques spécifiques pour un traitement par HIFU après curiethérapie première mis à disposition par EDAP-TMS ne l'étaient qu'à partir de 2012 et n'ont donc pas été utilisés pendant la durée de notre étude. Une résection transurétrale de la prostate ou une cervicotomie a été réalisée au cours de la même procédure (sous anesthésie générale) immédiatement avant l'HIFU afin de diminuer la durée de sondage postopératoire. Il s'agissait d'HIFU ayant traité la totalité de la prostate.


Lors du primo-traitement par HIFU, 6 patients, 3 patients et 1 patient ont eu 1, 2 et 3 sessions d'HIFU, respectivement. Pour le traitement de rattrapage par HIFU, 8 patients ont eu 1 session d'HIFU alors que 2 sessions ont été nécessaires pour 1 patient.


Évaluation des effets secondaires urinaires et digestifs


Les effets secondaires urinaires et digestifs ont été évalués avec l'échelle du Common Terminology Criteria for Adverse Event v4 (CTCAE v4) [11] dont la gradation est la suivante : grade 1 : léger, grade 2 : modéré, grade 3 : sévère, grade 4 : pronostic vital engagé, grade 5 : décès dû à la toxicité. Afin de focaliser notre analyse sur les évènements impactant de façon significative sur la qualité de vie du patient en post-thérapeutique, nous avons choisi de ne considérer que les événements indésirables cliniquement graves. De ce fait, seuls les effets secondaires de grade supérieur ou égal à 2 survenus sur toute la durée de suivi ont été pris en compte.


Analyse statistique


Les données ont été analysées en utilisant le logiciel R 3.0.1 pour Windows. Les données qualitatives ont été comparées à l'aide de test de Chi2 ou test exact de Fisher en cas de non-respect des conditions d'application du Chi2. Les données quantitatives ont été comparées à l'aide de test t de Student ou test de Mann-Whitney en cas de non-respect des conditions d'application du test t . Une analyse de la variance (cas paramétrique %) ou un test de Kruskall et Wallis (cas non paramétrique %) a été utilisé pour comparer plusieurs variables quantitatives entre elles.


Les courbes de survie ont été calculées avec la méthode de Kaplan-Meier. Le degré de significativité était fixé pour une valeur de p inférieure à 0,05.


Résultats


Analyse de la toxicité


Pour l'ensemble de la population étudiée, le suivi médian après le traitement de rattrapage était de 42,3 mois (2-108). La médiane des nadirs des PSA après les primo-traitements était de 0,72ng/mL (0,04-3,78). Trente pour cent des patients traités par la séquence HIFU-RT et 33,3 % des patients traités par la séquence RT-HIFU ont présenté une complication urinaire de grade supérieur ou égal à 2. Tout groupe confondu, aucun patient n'a présenté une complication urinaire de grade supérieur ou égal à 4. Les complications urinaires de grade ≥ 2 selon les séquences thérapeutiques sont rapportées dans le Tableau 2.


Concernant l'analyse de la toxicité digestive tout groupe confondu, 1 patient (5 %) du groupe HIFU-RT a présenté une complication après le traitement de rattrapage. Il s'agissait d'une impériosité et d'une incontinence anale grade 1.


Concernant le groupe HIFU-RT, 2 patients ont présenté une rétention aiguë d'urine de grade 2 : en cours d'irradiation et sur sténose urétrale pour 1 patient ; et 8 mois après l'irradiation pour le deuxième patient. Ce dernier avait eu une session d'HIFU et était le seul patient à avoir eu comme traitement de rattrapage une radiothérapie externe de 37,5Gy sur la prostate avec une surimpression (boost) en curiethérapie de haut débit de dose de 14Gy (triple modalité thérapeutique : HIFU-RTE-curiethérapie).


Concernant le groupe RT-HIFU, aucune complication urinaire ou digestive de grade supérieur ou égal à 2 n'a été observée dans le sous-groupe RTE-HIFU. En revanche, dans le sous-groupe CURIE-HIFU, 2 patients ont présenté une rétention aiguë d'urines de grade 2 à 6 mois et 28 mois après la séance d'HIFU. Pour un de ces 2 patients, une résection transurétrale de la prostate a été réalisée et a montré une loge prostatique sténosée par des débris nécrotiques. De plus, un patient de ce même groupe a présenté une fistule urétro-rectale de grade 3. Cette complication s'est manifestée par une fécalurie et une émission d'urines par l'anus 7 mois après l'HIFU de rattrapage et 1 mois après des biopsies rectales réalisées pour bilan de diarrhées chroniques. Le patient a été traité par colostomie de dérivation.


Analyse de l'efficacité


Le taux de survie sans seconde rechute biochimique actuarielle à 5ans était de 100 % et 55,6 % pour les séquences HIFU-RT et RT-HIFU respectivement. Le taux de survie spécifique actuariel à 5ans était de 100 % et 88,9 % pour les séquences HIFU-RT et RT-HIFU respectivement.


Discussion


Dans la série présentée, quelle que soit la séquence thérapeutique de rattrapage utilisée (HIFU-RT ou RT-HIFU), on note qu'environ 1/3 des patients ont présenté une complication urinaire de grade supérieur ou égal à 2.


Concernant les effets secondaires observés après la séquence HIFU-RTE, l'analyse de la littérature a rapporté des taux de toxicité urinaire précoces de grade 1, 2 et 3 (CTCAE v3) de 25,8 %, 33,7 %, et 3,5 %, respectivement [9]. Quant aux taux de complications urinaires tardives, ils étaient de l'ordre de 28,2-60 %, 8,9-27,1 %, et 2,2-7,1 % pour les grades 1, 2 et 3 respectivement selon les classifications de CTCAE v3 et RTOG [9, 12].


Concernant les effets secondaires observés après la séquence RTE-HIFU, la littérature indique des taux d'incontinence urinaire dans les plus grandes séries de l'ordre de 50 % [13], les taux de fistule urétro-rectale sont de 2-7 %, les taux de sténose urétrale ou du col vésical sont de 16,9-36 % ; les taux de rétention aiguë d'urines sont de 7,8-9 % [13, 14] L'ensemble des principales données de la littérature est rapporté dans le Tableau 3.


Dans notre groupe de patients, nous avons constaté 1 fistule urétro-rectale après la séquence CURIE-HIFU. Cette complication est exceptionnelle après HIFU seule ou curiethérapie seule (HIFU : 0,4 %, curiethérapie bas débit : 0,2 %). Néanmoins, cet effet secondaire grave pourrait être lié à une fragilisation de l'espace recto-prostatique induite par la curiethérapie et dont l'effet serait potentialisé par l'HIFU notamment du fait de l'impact de ces deux traitements sur la micro-vascularisation. L'incrimination des biopsies prostatiques n'est pas encore formellement démontrée, mais pour l'équipe d'Ahmed et al. les biopsies après échec de radiothérapie et avant traitement local de rattrapage sont systématiquement réalisées par voie trans-périnéales [15], cette technique ayant pour avantage de ne pas traverser la muqueuse rectale déjà fragilisée par l'irradiation antérieure. Par ailleurs, certains auteurs suggèrent que les biopsies rectales pourraient intervenir dans la formation des fistules urétro-rectales sur terrain irradié, notamment dans les cancers de prostate traités par RTE ou CURIE, avec un délai moyen d'apparition de 4 mois après les biopsies [16]. Dans la série d'Ahmed et al. [15], 60 % des patients initialement traités par RTE et boost en curiethérapie bas ou haut débit de dose puis par HIFU de rattrapage ont développé dans les 4 à 8 mois une fistule urétro-rectale. Uchida et al. [17] rapportent un cas de fistule urétro-rectale sur 14 patients rattrapés par HIFU, mais les auteurs ne précisent pas le type d'irradiation utilisé lors du primo-traitement.


Parmi les 6 patients ayant eu l'association HIFU et curiethérapie dans un sens ou dans l'autre, 4 (66 %) ont présenté une complication urinaire de grade 2 ou 3. Trois patients ont présenté une rétention aiguë d'urines et 1 patient une fistule urétro-rectale. De plus, si l'on analyse le sous-groupe CURIE-HIFU, 60 % des patients ont présenté une complication urinaire de grade 2 ou plus. Ces résultats suggèrent que l'association HIFU et curiethérapie est pourvoyeuse d'effets secondaires cliniquement significatifs. Ils sont difficilement comparables à ceux de la littérature car peu d'études sont disponibles à ce sujet [16, 17]. Dans notre série, nous avons constaté 4 rétentions aiguës d'urines toutes séquences de rattrapage confondues. Les dysuries nécessitant un traitement médicamenteux ou chirurgical peuvent être expliquées par une sténose radique fibrosante de l'urètre et du col vésical [18]. Lorsqu'une HIFU est surajoutée, des débris nécrotiques peuvent venir obstruer le canal urétral déjà fibrosé. Les taux de rétention aiguë d'urine après curiethérapie bas débit seule, HIFU seule ou RTE seule sont faibles et respectivement de l'ordre de 2 à 15 % [19], 7,6 %, et 0 %.


En outre, il est intéressant de noter les résultats des travaux d'Ahmed et al. [20, 21]. Ceux-ci ont rapporté qu'un traitement focal de rattrapage de type hémi-ablation et quadri-ablation de la glande prostatique par HIFU après échec de RTE permettrait une diminution des effets secondaires par rapport à un traitement de la glande prostatique dans sa totalité. Les taux de survie sans récidive biochimique seraient de plus similaires, de l'ordre de 49 % et 43 % à 2ans respectivement. Par ailleurs, les premiers résultats encourageants du traitement focal par HIFU (FocalOne®) [22] permettraient d'espérer une diminution des effets secondaires dans les primo-traitements comme dans les traitements de rattrapage.


Concernant les résultats oncologiques, notre série indique un taux de survie sans seconde rechute biochimique actuarielle à 5ans de 100 % et 55,6 % pour les séquences HIFU-RT et RT-HIFU, respectivement. Si l'on compare ces données à celles de la littérature, Riviere et al. [9] rapportent un taux de survie sans récidive biochimique à 5ans de 72,5 % pour la séquence HIFU-RTE avec 16 % des patients appartenant au risque élevé de d'Amico. Quant à Crouzet et al. [13], ce même taux est de 45 % concernant la séquence RTE-HIFU avec 46 % des patients appartenant au risque élevé. La séquence HIFU-RTE semble donc présenter des meilleurs taux de survie sans récidive que la séquence RTE-HIFU. Mais ceci pourrait s'expliquer par le fait que les primo-tumeurs d'emblée traitées par HIFU sont a priori plutôt des cancers de faible risque ou de risque intermédiaire faible alors qu'en cas d'HIFU de rattrapage après RT première, les tumeurs initiales peuvent davantage appartenir à des catégories de maladie d'emblée plus agressives.


Les limites de notre étude résident essentiellement dans le fait qu'il s'agisse d'une étude rétrospective monocentrique, avec un faible nombre de patients et un recul médian depuis la rechute qui reste modeste (notamment pour analyser l'efficacité carcinologique de chacune des séquences thérapeutiques de rattrapage). D'autre part, une forte proportion des patients étant sous privation androgénique, ceci constitue un biais de confusion concernant l'analyse de la survie sans récidive et sur les complications sexuelles, bien que l'objectif de notre étude se soit essentiellement focalisé sur l'analyse des effets secondaires urinaires et digestifs dus aux différentes séquences thérapeutiques. Enfin, il n'existe pas de définition validée de la récidive après traitement de rattrapage d'une rechute locale quelle qu'en soit sa séquence (HIFU-RT ou RT-HIFU). Néanmoins, selon nous, notre étude est la seule à présenter une analyse comparative des deux séquences thérapeutiques de rattrapage.


Conclusion


Sur cette petite cohorte de patients, il est très difficile de dégager des conclusions robustes. Toutefois, les 2 séquences thérapeutiques de rattrapage semblent être pourvoyeuses d'effets secondaires notables, avec malgré tout une séquence CURIE-HIFU apparaissant encore plus délétère. En cas de récidive locale, l'HIFU et la RT de rattrapage après radiothérapie première ou HIFU première respectivement ne devraient être proposés qu'à des patients acceptant le risque de morbidité de ces traitements en contrepartie d'une deuxième possibilité de traitement curatif en vue d'éviter ou de retarder le traitement palliatif par privation androgénique. Un observatoire national basé sur cette thématique permettrait d'obtenir des résultats plus significatifs afin de permettre de préciser la place de ces différentes options thérapeutiques en cas de rechute locale. Enfin, les premiers essais de thérapie focale par HIFU peuvent représenter un espoir de diminution des effets secondaires dans un contexte de traitement de rattrapage où la limitation de la morbidité cumulée est essentielle.


Déclaration d'intérêts


Les auteurs déclarent ne pas avoir de conflits d'intérêts en relation avec cet article.




Tableau 1 - Caractéristiques des patientsa.
Items
 
Prise en charge initiale 
Prise en charge de la rechute 
  HIFU-RT  RT-HIFU  HIFU-RT  RT-HIFU 
n   10  10 
Âge médian (années)   68,4 (57-71)  63,2 (52,8-67,3)  71,7 (58,6-76,2)  67,3 (58-71,1) 
PSA médian (ng/mL)   10,9 (3,4-14)  8,7 (5,7-50)  3,3 (1,7-11,8)  3,87 (0,7-10,1) 
TNM          
T1c (%)  3 (30)  2 (22,2)     
T2a (%)  4 (40)  3(33,3)     
T2b (%)  1 (10)  1 (11,1)     
T2c (%)  2 (20)  1 (11,1)     
T3a (%)  1 (11,1)     
T3b (%)  1 (11,1)     
Gleason          
≤6 (%)  5 (50)  6 (66,6)  1 (10)  1 (11,1) 
=7 (%)  4 (40)  3 (33,3)  4 (40)  2 (22,2) 
≥8 (%)  1 (10)  5 (50)  5 (55,5) 
Risque de d'Amico          
Faible (%)  1 (10)  4 (44,4)     
Intermédiaire (%)  7 (70)  3 (33,3)     
Élevé (%)  2 (20)  2 (22,2)     
RTE moyenne ± ET (Gy)   73,7 Gy±6,3  70,4±0,6b 
Curiethérapie moyenne ± ET (Gy)   175±4,5     
Hormonothérapie (%)   4 (40)  2 (22,2)  5(50)  2(22,2) 
Nombre moyen de séances d'HIFU   1,5  1,1 



Légende :
RT : radiothérapie ; RTE : radiothérapie externe.

[a] 
Différences entre les 2 groupes HIFU-RT et RT-HIFU non significatives.
[b] 
Dont 1 patient traité par RTE de 37,5Gy avec boost en curiethérapie de 14Gy en 1 fraction.


Tableau 2 - Complications urinaire de grade ≥ 2 selon les séquences thérapeutiques.
Type  HIFU-RT  RT-HIFU  RTE-HIFU  CURIE-HIFU 
n   10 
Dysurie (%) 
Rétention aiguë d'urines (pts/%)  2 (20)  2 (22,2)  2 (40) 
Incontinence urinaire (pts/%)  1 (10) 
Fistule urétro-rectale (pts/%)  1 (11,1)  1(20) 
Total (pts/%)  3 (30)  3 (33,3)  3 (60) 



Légende :
RT : radiothérapie ; RTE : radiothérapie externe ; CURIE : curiethérapie ; pts : patients.



Tableau 3 - Données de la littérature.
Auteur, année  Séquence thérapeutique  Nombre patients  Durée de suivi (mois)  Survie sans seconde récidive  Toxicité urinaire  Toxicité digestive  Classifications toxicités 
Riviere, 2010 [9 HIFU-RTE  83  36,5  72,5 % à 5ans  G1 précoce : 25,8 %  G1 précoce : 28,2 %  CTCAE v3 
          G2 précoce : 33,7 %  G2 précoce : 17,6 %   
          G3 précoce : 3,5 %  G1 tardif : 11,8 %   
          G1 tardif : 28,2 %  G2 tardif : 2,4 %   
          G2 tardif : 27,1 %     
          G3 tardif : 7,1 %     
 
Ripert, 2012 [23 HIFU-RTE  36,5  83,3 % à 36,5 mois  À 1 an G1 : 2/6  À 1 an G1 : 1/6  RTOG 
          À 2ans G1 : 1/6  À 2ans G1 : 1/6   
          À 2ans G3 : 1/6     
          Incontinence urinaire à 1 an G1 : 1/6     
          Incontinence urinaire à 2ans G1 : 1/6     
 
Pasticier, 2008 [12 HIFU-RTE  32  37  64 % à 5ans  ≥ 12 mois     
          G1 : 60 %  G1 : 46,7 %  RTOG 
          G2 : 8,9 %  G2 :13,3 %   
          G3 : 2,2 %     
 
Gelet, 2004 [24 RTE-HIFU  71  14,8  38 % à 30 mois  Fistule urétro-rectale : 6 %  Rectite : 2,8 %   
          Sténose du col vésical : 17 %     
          Infection urinaire : 1,4 %     
          Incontinence urinaire : 25 cas    NC 
          G1 : 13 %     
          G2 : 15 %     
          G3 : 7 %     
          Sphincter urinaire artificiel : 4 patients     
 
Murat, 2009 [14 RTE-HIFU  167  18,1  À 3ans  Rétentions aiguës d'urines : 7,8 %  Incontinence anale : 1,2 %   
        Risque faible : 53 %  Infection urinaire : 3,5 %     
        Risque intermédiaire : 42 %  Sténose du col vésical : 20 %     
        Risque élevé : 25 %  Fistule urétro-rectale : 3 %     
          Incontinence urinaire : 49,5 %    Ingelman-Sundberg 
          G1 : 18 %     
          G2 : 22 %     
          G3 : 9,5 %     
          Sphincter urinaire artificiel : 11 %     
 
Zacharis, 2008 [25 RTE-HIFU  31  7,4  17 % pendant la durée du suivi<24 mois  Sténose urétrale : 36 %  NC   
          Infection urinaire et dysurie : 26 %     
          Épididymite : 3,1 %     
          Incontinence urinaire : 7 %     
          Fistule urétro-rectale : 7 %     
 
Crouzet, 2012 [13 RTE-HIFU  290  48  43 % à 5ans  Rétention urinaire : 9 %  Incontinence anale : 0,7 %   
          Infection urinaire fébrile : 3,4 %     
          Sténose urétrale : 16,9 % (49 pts)     
          Fistule urétro-rectale : 2 %     
          Incontinence urinaire : sans protection : 50 %    Ingelman-Sundberg 
          G1 : 23 %     
          G2 : 14 %     
          G3 : 9 %     
          Sphincter urinaire artificiel : 7,8 %     
 
Ahmed, 2012 [20 RTE-HIFU  84  19,8  43 % à 2ans  G1 : 32 %  NC  Clavien 
          G2 : 12 %     
          G3a : 14 %     
          G3b : 48 %     
          4a : 3,6 %     
          4b, 5 : 0 %     
          IPSS : 8,3 préHIFU ; 11,6 post HIFU, p NS     
 
Ahmed, 2012 [21 RTE-HIFU focale  39  17  49 % à 2ans  G1 : 8 %  NC  Clavien 
          G2 : 0 %     
          G3a : 3 %     
          G3b : 23 %     
          G4a, 4b, 5 : 0 %     
               
          IPSS : préHIFU : 10,1 ; post HIFU : 13 continence : 64,1 %     
 
Uchida, 2011 [17 Curiethérapie/RTE/Protonthérapie-HIFU  22  24  52 % à 5ans  Sténose urétrale G3 : 4/22  NC  CTC v2 
          Incontinence urinaire G1 : 4/22     
          Fistule urétro-rectale : 1/22     
          Épididimyte : 1/22     



Légende :
NC : non connu ; NS : non significatif ; G : grade.


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