Traitement focal par HIFU versus prostatectomie radicale robot-assistée pour cancer de la prostate localisé : résultats carcinologiques et fonctionnels à 1 an

25 octobre 2018

Auteurs : N. Arnouil, A. Gelet, X. Matillon, O. Rouviere, M. Colombel, A. Ruffion, F. Mège-Lechevallier, F. Subtil, L. Badet, S. Crouzet
Référence : Prog Urol, 2018, 12, 28, 603-610

Objectif Comparer les résultats fonctionnels et carcinologiques à 1 an d’un traitement focal par HIFU et par prostatectomie totale (PT) pour cancer localisé de la prostate (CaP) localisé.

Patients et méthodes

Étude rétrospective monocentrique de 2008 à 2014 comparant, par un score de propension, deux cohortes de patients ayant un CaP de stade clinique T1-T2, de score de Gleason 3+4=7 et un PSA<15ng/mL, l’une traitée par HIFU focal (groupe HIFU-F) et l’autre par prostatectomie totale robot-assistée (groupe PT). Le critère de jugement principal était un « trifecta » défini par l’absence de fuite urinaire, une fonction érectile permettant un rapport sexuel sans traitement et un PSA négatif avec marges chirurgicales négatives (groupe PT) ou des biopsies négatives (groupe HIFU-F).

Résultats

Les 53 patients inclus dans le groupe HIFU et les 66 dans le groupe PT étaient comparables en terme de : PSA initial, le groupe de D’Amico, la continence et la fonction érectile mais différaient par l’âge, le volume prostatique, la longueur de cancer et le Gleason initial. Il n’existait pas de différence significative sur le taux de complications. En analyse multivariée avec score de propension, le « trifecta » était en faveur du groupe HIFU (OR=8,3, p =0,005).

Conclusion

L’analyse par score de propension à un an retrouvait de meilleurs résultats fonctionnels après HIFU focal qu’après prostatectomie totale robot-assistée, réalisée en début d’expérience chirurgicale. Une évaluation à long terme par un critère de jugement commun est nécessaire pour juger de l’équivalence oncologique des deux techniques.

Niveau de preuve

3.




 




Introduction


Le cancer de la prostate est le cancer le plus fréquemment diagnostiqué chez l'homme dans les pays développés, avec 1,1 million nouveaux cas en 2012 (France : 53 000) [1, 2].


Les traitements recommandés pour les risques faibles à intermédiaire, hors surveillance active, sont tous totaux : prostatectomie totale, radiothérapie externe et curiethérapie [3].


Les recommandations de l'Association française d'urologie (AFU) proposent l'HIFU en traitement de première intention chez les patients âgés de plus de 70 ans [4].


Avec l'amélioration de l'IRM, des biopsies ciblées et des appareils de traitement HIFU, il est possible de réaliser un traitement focal dans le cadre des protocoles d'études. L'objectif est la destruction du foyer cancéreux avec une diminution de la morbidité qui reste élevée avec les traitements standards avec des taux d'incontinence urinaire variant de 15 à 20 % et des taux de dysfonction érectile variant de 30 à 60 % [5, 6].


L'objectif de cette étude était de comparer les résultats fonctionnels et carcinologiques à 1 an des patients pris en charge pour un cancer de la prostate localisé à risque faible et/ou intermédiaire et traités soit par HIFU focal (groupe HIFU-F) soit par prostatectomie totale robot-assistée (groupe PT).


Patients et méthodes


Il s'agissait d'une étude analytique rétrospective de bases de données prospectives réalisées au sein de deux services d'un même centre hospitalier universitaire. Les patients traités par HIFU-F (Ablatherm®, FocalOne®, EDAP TMS, Vaulx-en-Velin, France) ont été comparés aux patients traités par PT robot-assistée (DaVinci, Intuitive Surgical, Sunnyvale, CA, USA ).


Les critères d'inclusion étaient : cancer localisé : stade clinique T1 ou T2, score de Gleason ≤3+4=7, PSA<15ng/mL, traitement de première intention, absence d'extension extraprostatique à l'IRM et espérance de vie>10 ans.


Les patients avaient tous eu une IRM prostatique multiparametrique.


Définition du groupe « HIFU-F »


Le recueil de données a été réalisé à partir des bases de données prospectives des patients inclus dans les protocoles HIFU (IDITOP 3, HIFU.AFU.0806 et HIFU/F/12.07).


Les patients ayant eu un traitement focal (hémi-ablation ou traitement purement focal) de novembre 2009 à mars 2014 ont été sélectionnés. Deux appareils avaient été utilisés (Ablatherm® ou FocalOne®) par deux opérateurs ayant une expérience de plus de 1000 procédures. Une résection endo-urétrale de la prostate pouvait être associée.


Le traitement focal consistait en une destruction du foyer cancéreux avec une marge de sécurité de 6mm au-delà de la cible.


Les données recueillies étaient : nombre de tirs HIFU, volume prostatique total, ratio volume traité/volume prostatique total.


Définition du groupe « PT »


Le groupe « PT » a été sélectionné de manière rétrospective sur la période du 1er décembre 2008 au 11 décembre 2013 parmi l'ensemble des patients opérés avec le système DaVinci.


Au total, 400 patients ont été opérés pendant la période par 3 opérateurs référents en chirurgie robotique (certaines procédures réalisées au début de la période d'inclusion ont pu correspondre à une fin de courbe d'apprentissage). Parmi eux, 234 patients ayant eu une prostatectomie avec curage pour un cancer à haut risque ont été exclus. Les 166 patients restants ont été réévalués par une relecture de l'IRM pour vérifier la concordance des cibles et des biopsies et valider ainsi la possibilité théorique d'inclusion dans un protocole de traitement focal. Après cette analyse, 66 patients ont été inclus.


Facteurs étudiés dans les deux groupes


Étaient renseignés pour chaque patient : âge, PSA initial, score ASA, IMC, biopsies (nombre de biopsies positives, taille de cancer (mm), score de Gleason), les résultats de l'IRM, les critères SURACAP définis par un score de Gleason inférieur ou égal à 6, un nombre de biopsies positives inférieur ou égal à 2 et une longueur de cancer inférieur ou égal à 3mm (37).


Les complications postopératoires étaient recherchées et renseignées selon la classification de Clavien-Dindo [7].


Évaluation des résultats fonctionnels


Fonction érectile


Dans le groupe HIFU-F, le score IIEF [8] a été utilisé pour le bilan initial et à 1 an.


Dans le groupe PT, la fonction érectile a été évaluée par le score IIEF ou PCI [9] en pré et post thérapeutique.


Continence à 1 an


Après traitement, les patients du groupe HIFU-F avaient une évaluation de la continence selon le score d'Ingelman-Sundberg et selon le nombre de protections par jour [10]. Leurs réponses ont été adaptées dans le questionnaire PCI. Dans le groupe PT, la continence a été évaluée à l'aide d'auto questionnaires (PCI). La continence était définie par l'absence de fuite et l'absence de port de protection.


Critère de jugement principal


Il s'agissait d'un critère composite dit « trifecta » composé des résultats fonctionnels et carcinologiques pour chaque patient à 1 an.


Le succès était défini quand les données du « trifecta » étaient atteintes : (i) absence de fuite et absence de protection, (ii) fonction érectile sans traitement permettant un rapport sexuel, (iii) réussite carcinologique à 1 an définie pour le groupe « PT » par des marges chirurgicales négatives et un PSA indosable à 1 an et pour le groupe « HIFU-F » par l'absence de biopsie positive au niveau de l'ensemble de la prostate et/ou un traitement radical de rattrapage.


Critères jugement secondaires


Étaient évalués le taux de traitement de rattrapage et un « trifecta » à critères carcinologiques « élargis » et définis dans le groupe « PT » par un PSA indosable et marges chirurgicales saines ou retrouvant un cancer de score de Gleason≤6 et dans le groupe « HIFU-F » par l'absence de biopsie positive dans la zone traitée et/ou des biopsies négatives ou sans CCS dans la zone non traitée. Étaient également évalués les taux de complication, d'« up staging » et d'« up grading » pour le groupe « PT ».


La localisation finale des foyers tumoraux était retrouvée par l'analyse anatomopathologique. Les foyers de score de Gleason 3+3 de volume négligeable ou inférieur à 0,2cc étaient considérés comme non significatifs (Epstein) [11].


Analyses statistiques


Pour l'analyse descriptive, les données quantitatives ont été décrites par leur moyenne et leur écart type, les données qualitatives par les fréquences et les proportions. Les comparaisons de données quantitatives entre les groupes de traitement ont été effectuées par un test de Wilcoxon, et celles pour les données qualitatives par un test du Chi2 ou de Fisher. L'effet du groupe de traitement sur le succès global (fonctionnel et carcinologique) a été quantifié par un odd ratio et son intervalle de confiance à 95 % (analyse univariée). Dans un second temps, afin de tenir compte du déséquilibre des caractéristiques cliniques dans chacun des groupes de traitement, l'effet du traitement a été évalué par régression logistique, avec pondération des observations par l'inverse du score propension. Les facteurs pris en compte dans le score de propension étaient les facteurs pré-traitement différents statistiquement entre les deux groupes, ou les facteurs connus pour influencer le choix du traitement. Par ailleurs, le modèle de régression logistique a tenu compte des autres facteurs identifiés comme impactant le succès global en analyse univariée.


Les analyses statistiques ont été réalisées avec le logiciel R et le logiciel Excel, en considérant un seuil de significativité bilatéral de 5 %.


L'analyse a été effectuée en intention de traiter en analysant les patients ayant eu un traitement de rattrapage en fonction du traitement initial qu'ils avaient reçu.


Résultats


Cent dix-neuf patients ont été inclus : 53 dans le groupe « HIFU-F » et 66 dans le groupe « PT ».


Les caractéristiques démographiques ont été détaillées dans le Tableau 1.


Il n'existait pas de différence significative sur le PSA pré-traitement, les groupes à risque de D'Amico, le BMI et le score ASA. Les deux groupes différaient significativement selon l'âge, le volume prostatique, la longueur totale d'adénocarcinome, le score de Gleason, le stade clinique et sur la proportion de critères SURACAP : 47,2 % (25/53) pour le groupe « HIFU-F » contre 16,67 % (11/66) (p <0,001) pour le groupe « PT ».


Il n'a pas été retrouvé de différence statistiquement significative en préopératoire sur la continence ni sur la fonction érectile sans traitement permettant un rapport sexuel : 54,7 % HIFU-F (29/53) vs. 69,7 % PT (46/66).


Dans le groupe « HIFU-F », 28 % (15/53) ont reçu un traitement focal limité à la lésion et 72 % une hémi-ablation (38/53). L'appareil utilisé était l'Ablatherm® dans 51 % des cas (7/53) et le FocalOne® dans 49 % des cas (26/53). Les données périopératoires ont été présentées dans le Tableau 2.


Dans le groupe « PT », l' anatomopathologie retrouvait un pT2 et un pT3a chez respectivement 49 (74,2 %) et 17 patients (25,8 %). Le taux d'« up staging » était de 25,8 %. Le taux d'« up grading » était de 50 %. Le taux de marges positives était de 25/66 (37,8 %). Soixante patients ont eu une préservation des bandelettes vasculo-nerveuses (bilatérale pour 54 patients et unilatérale pour 6 patients). Cette donnée n'a pas été retrouvée pour 6 patients.


L'analyse a retrouvé 36,4 % (24/66) de cancer multifocal non retrouvé par le bilan initial avec une lésion initialement non mise en évidence considérée comme significative (critère d'Epstein) dans 62,5 % (15/24).


Dans le groupe « HIFU-F », 9,4 % des patients ont eu une complication dont 1,6 % de Clavien III-IV. Dans le groupe « PR », le taux de complication était de 12,1 % dont 6 % de Clavien III-IV (p =0,864). Les complications ont été détaillées dans le Tableau 3.


Dans le groupe HIFU-F, il y a eu 2 patients perdus de vue dont un patient canadien (3,8 %). Dans le groupe PT, le suivi est manquant à 1 an pour 4 patients (6 %).


Les résultats sur la continence ont été représentés sur la Figure 1 et ceux sur la fonction érectile sur la Figure 2 avec une différence significative en faveur du groupe « HIFU-F ».


Figure 1
Figure 1. 

Résultats fonctionnels sur la continence.




Figure 2
Figure 2. 

Résultats fonctionnels sur la fonction érectile.




Résultats globaux selon le critère « trifecta » avec analyse par score de propension avec les critères carcinologiques stricts


En analyse univariée sans score de propension : l'odd ratio était de 8,7 en faveur du groupe « HIFU-F » (p <0,005). Le seul facteur en analyse univariée influençant le succès de manière significative était la longueur de cancer initiale.


Les variables utilisées dans le score de propension pour tenir compte de la répartition inégale des caractéristiques des patients entre les deux groupes de traitement ont été l'âge, le PSA pré-traitement, le nombre de biopsies positives, la longueur de cancer, le stade clinique, le score de Gleason, le score ASA et l'IMC. Le volume prostatique, plus élevé dans groupe HIFU-F, n'a pas été retenu dans le score de propension car il est fortement lié à l'âge et au PSA pré-traitement, qui sont deux facteurs reconnus pour le choix de la thérapeutique. La différence de distribution du score ASA entre les deux groupes était à la limite de la significativité statistique, c'est pourquoi il a été inclu dans le score de propension.


En analyse multivariée, avec le score de propension et ajustement sur la longueur de cancer, l'odd ratio était de 8,296 en faveur de l'HIFU-F (p =0,005).


Résultats globaux selon le critère « trifecta » avec critères carcinologiques élargis avec analyse par score de propension :


En analyse univariée sans score de propension, l'odd ratio était à 8,244 en faveur du groupe « HIFU-F » (p <0,001). Le nombre initial de biopsies positives et la longueur de cancer semblaient être les seuls facteurs influençant le succès global (autre que le groupe).


En analyse multivariée, avec le score de propension, et ajustement sur le nombre de biopsies positives et la longueur de cancer, l'odd ratio était de 13,390 en faveur du groupe « HIFU-F » (p <0,001).


Les résultats des biopsies de contrôle ont été représentés dans le Tableau 4.


Seize patients (30,2 %) présentaient une biopsie positive : 13 (81,3 %) avaient une cible suspecte à l'IRM et 3 (18,7 %) avait une IRM non suspecte. Pour ces 3 patients, il s'agissait de microfoyers de Gleason 6 (1 biopsies de≤1mm).


Le PSA nadir moyen était de 1,81ng/mL±1,65 et le PSA nadir médian de 1,12ng/mL, obtenu en 5,25 mois±3,58, (médiane=4). La diminution moyenne du PSA était de 68,64 % (SD±26,07) (médiane 75,81 %).


Le PSA moyen post traitement dans le groupe HIFU-F était de 2,25ng/mL et de 0,01ng/mL dans le groupe PT.


Dans le groupe « HIFU-F », à 1 an, 15 % des patients (8/53) avaient eu un traitement complémentaire (5 patients avaient eu un retraitement par HIFU (9,4 %), 1 patient avait eu une prostatectomie totale (1,9 %) et 2 patients avaient eu une radiothérapie externe (3,7 %)) versus 1,5 % des patients (1/66) dans le groupe PT (radiothérapie de rattrapage). À 1 an, 86,8 % des patients du groupe « HIFU-F » (46/53) n'avaient pas eu de traitement total.


Discussion


Le traitement focal est en cours d'évaluation dans la prise en charge du cancer de la prostate (PCa). L'objectif de notre étude était de comparer les résultats fonctionnels et oncologiques de l'HIFU à la prostatectomie totale assistée par robot dans la prise en charge du CaP localisé.


L'intérêt supposé du traitement focal est un contrôle carcinologique couplé à des résultats fonctionnels satisfaisants tout en permettant éventuellement un retraitement ou en ne compromettant pas la réalisation des traitements curatifs totaux aujourd'hui recommandés. Les résultats sur la continence dans notre étude sont comparables avec ceux de la littérature puisque 95,9 % de nos patients étaient continents contre 90 % à 100 % pour les autres études [12, 13, 14, 15, 16, 17, 18, 19]. Concernant la fonction érectile, 73,5 % des patients de notre étude présentaient une fonction érectile conservée alors que les taux peuvent varier de 29 % à 78 % dans la littérature [12, 13, 14, 15, 16, 17, 18, 19]. Il est toutefois à rappeler une des limites de notre étude qui était l'absence de comparateur unique pour la fonction érectile puisque les questionnaires étaient différents entre les 2 groupes.


Au niveau oncologique, notre taux de biopsies positives dans la zone traitée était de 15,7 % correspondant aux taux de la littérature variant de 8 à 23 % [12, 13, 14, 15, 16, 17, 18, 19]. L'étude de Rischmann et al. [19] évaluant 111 patients ayant eu une hémi-ablation est la seule présentant un taux de biopsies à 1 an de 95 % sans cancer cliniquement significatif dans le lobe traité avec au total 89 % des patients sans traitement total à 2 ans. Il est important de noter qu'il n'existe pour l'instant pas de définition consensuelle du succès oncologique après traitement focal. Nous avons ainsi utilisé les critères les plus communément utilisés dans la littérature. Dans le cas d'un traitement focal, la lésion index traitée représente environ 80 % du volume tumoral total [20]. La chute moyenne du PSA était de 60 % en cas d'hémi-ablation et de 40 % en traitement focal. Cependant ces valeurs n'ont pas encore été validées et ne présagent pas du résultat oncologique. Il semblerait que la vélocité du PSA soit un marqueur plus fiable que le nadir pour suspecter une récidive.


Concernant le taux de traitement de rattrapage après HIFU, Albasinni et al. retrouvaient un taux à 12,7 % pour le groupe « HIFU-F » et 10,9 % pour le groupe « PT » (p =0,76) avec un suivi médian de 36 mois [21]. Nos taux à 1 an, de 15 % pour le groupe « HIFU-F » et de 1,5 % pour le groupe « PT » peuvent s'expliquer notamment par la durée de suivi plus courte.


Notre étude possède certaines limites notamment son faible effectif et le caractère rétrospectif de l'analyse du groupe « PT ». Il a été réalisé une analyse par score de propension du fait de l'absence de randomisation. Les critères introduits dans le score de propension semblent être les critères majeurs ayant pu influencer le choix du traitement. Le bénéfice du traitement HIFU par rapport au PT estimé en analyse sans score de propension se maintient dans l'analyse tenant compte du score de propension, et est même supérieur. Ceci est en grande partie expliqué par le fait que le groupe HIFU était plus âgé, et avait un PSA pré-traitement plus élevé que le groupe PT.


De plus, les taux d' « up staging » de 25,8 % et d' « up grading » de 50 % dans le groupe PT étaient importants ; ce qui pourrait expliquer en partie les différences de résultats oncologiques et fonctionnels. Une explication probable est une meilleure évaluation de la pathologie tumorale dans le groupe « HIFU-F » où de nombreux patients ont eu deux séries de biopsies dont au moins une dans un centre expert en IRM et biopsies ciblées. En effet, le traitement focal ne peut s'envisager sans cartographie précise (IRM, biopsies de fusion ou de saturation) afin de limiter le risque de sous-évaluation. Dans le groupe « PT », beaucoup de patients étaient adressés de centres extérieurs avec des qualités d'IRM variables. Bien que dans la sélection, les patients ayant eu une IRM après les biopsies aient été éliminés de l'étude, les biopsies n'étaient pas toujours réalisées avec système de fusion d'image IRM/écho ni même avec fusion cognitive. Le taux de marge dans le groupe PT est plus élevé que celui retrouvé dans la littérature. Cela peut être expliqué par des procédures réalisées en cours de la courbe d'apprentissage, ce qui pourrait être à l'origine de la différence des résultats fonctionnels entre les groupes ».


À noter enfin, qu'il y avait une proportion (50,9 % pour le groupe « HIFU-F » et 21,2 % pour le groupe « PT ») non négligeable de patients qui avaient été traités alors qu'ils remplissaient les critères de surveillance active. Ils présentaient tous une IRM multi-paramétrique qui mettait en évidence une lésion tumorale avec un score de suspicion au minimum de 4/5. La très bonne sensibilité de l'IRM pour des tumeurs de 0,5cc ou plus et de Gleason supérieur ou égal à 7, pouvait laisser penser que la lésion cancéreuse avait été sous-estimée par les biopsies.


Dans notre étude, le taux de complication globale n'était pas statistiquement différent entre les 2 groupes sauf pour le groupe « PT » présentant plus de complications Clavien≥3. Dans la littérature, ce taux est de 9 % en moyenne pour le groupe « PT » [22]. Une évaluation de la morbidité sur des effectifs plus grands serait nécessaire pour valider ces données.


Les limites de cette étude sont l'absence de randomisation, l'absence d'utilisation systématique de système de fusion IRM/écho pour les biopsies dans le groupe PT, l'absence de critère de jugement oncologique commun et un suivi court. L'expérience des opérateurs du groupe HIFU était plus importante que celle des opérateurs du groupe PT au début de la période d'inclusion de l'étude, ce qui pourrait biaiser les différences de résultats fonctionnels en terme de continence et de préservation de la fonction érectile. De plus, les résultats fonctionnels notamment de fonction érectile à un an, ne prennent pas en compte l'évolution de la récupération post chirurgie s'étalant sur une période plus longue.


Conclusion


L'analyse par score de propension à un an retrouvait de meilleurs résultats fonctionnels après HIFU focal qu'après prostatectomie totale robot-assistée, réalisée en début d'expérience chirurgicale.


La sélection des patients reste un enjeu majeur dans le cadre de la thérapie focale et d'autres essais prospectifs utilisant un critère de jugement oncologique commun à long terme sont nécessaires afin de confirmer les résultats à court terme prometteurs.


Déclaration de liens d'intérêts


Les auteurs n'ont pas précisé leurs éventuels liens d'intérêts.




Tableau 1 - Caractéristiques démographiques et cliniques.
  Focal HIFU, n =53  Prostatectomie Totale, n =66  p -value (test) 
Âge moyen (écart type) [limites]   65,11 (6,08) [50,00-77,00]  60,53 (5,51) [48,00-70,00]  p <0,001 (Wilcoxon) 
Score ASA (n, %)       p =0,059 (Fisher) 
19 (35,85 %)  36 (54,54 %) 
32 (60,38 %)  26 (39,39 %) 
1 (1,88 %)  2 (3,03 %) 
BMI moyen (écart type) [limites]   25,88 (3,10) [20,40-32,70]  25,61 (3,21) [19,80-37,00]  p =0,549 (Wilcoxon) 
Volume prostate cc, moyen (écart type) [limites]   46,49 (19,11) [12,00-100,00]  38,58 (16,81) [10,00-103,00]  p =0,015 (Wilcoxon) 
PSA ng/mL moyen (écart type) [limites]   6,32 (2,68) [1,70-14,50]  5,55 (2,08) [0,78-10,00]  p =0,222 (Wilcoxon) 
Nombre de biopsies réalisées moyen (écart type) [limites]   14,94 (3,31) [12,00-27,00]  13,58 (2,42) [6,00-22,00]  p =0,022 (Wilcoxon) 
Nombre de biopsies positives (écart type) [limites]   2,36 (1,36) [1,00-6,00]  2,98 (1,41) [1,00-7,00]  p =0,016 (Wilcoxon) 
Score de Gleason (n, %)        
3+ 40 (75,47 %)  39 (59,09 %)  p =0,006 (Fisher) 
3+ 10 (18,87 %)  27 (40,91 %)   
4+ 3 (5,66 %)  0 (0,00 %)   
Longueur totale de cancer mm, moyenne (écart type) [limites]   7,55 (8,64) [1,00-45,00]  10,79 (7,86) [2,00-36,00]  p =0,001 (Wilcoxon) 
Stade clinique T (n, %)       p =0,039 (Fisher) 
T1A  0,00 (0,00 %)  1,00 (1,50 %) 
T1C  47,00 (88,70 %)  47,00 (71,20 %) 
T2A  6,00 (11,30 %)  18,00 (27,30 %) 
Risque selon classification de D'Amico (n, %)        
Risque intermédiaire  20,00 (37,70 %)  29,00 (43,90 %)  p =0,62 (Chi2
Risque faible  33,00 (62,30 %)  37,00 (56,10 %)   
Critères SURACAP (n, %)       p <0,001 (Chi2
Oui  27,00 (50,90 %)  14,00 (21,20 %) 
Non  26,00 (49,10 %)  52,00 (78,80 %) 





Tableau 2 - Données périopératoires groupe HIFU focal.
Volume prostatique moyen, cc, moyenne (médiane) [limites]   46,49±19,11 (45,00) [12,00-100,00] 
Volume moyen traité, cc, moyenne (médiane) [limites]   15,31±7,28 (12,63) [5,27-27,76] 
Ratio moyen traité %, moyenne (médiane) [limites]   39,95±21,43 (34,22) [12,18-96,64] 
Nombre de tirs, moyenne    
Ablatherm  398,00 
FocalOne  275,00 





Tableau 3 - Complications.
    HIFU    PT 
Complications (%)     9,4 %    12,1 % 
Mineures     7,5 %    6,05 % 
Clavien 1    1 hématome 
Clavien 2  2 hématuries macroscopiques ;
1 orchi épididymite ;
1 rétention aiguë d'urine 
2 hématomes profonds avec transfusion ;
1 infection urinaire fébrile 
Majeures     1,9 %    6,05 % 
Clavien 3b    2 fistules urinaires ;
1 reprise pour hémostase 
Clavien 4  1 urétrotomie interne pour sténose urétrale  1 péritonite sur plaie intestin grêle 





Tableau 4 - Résultats des biopsies de contrôle du groupe HIFU focal.
Biopsies négatives   35/51 
Biopsies positives   16/51 
Nombres de biopsies positives, moyenne (médiane) [limites]   1,31±0,60 (1) [1,00-3,00] 
Longueur totale de cancer (mm), moyenne (médiane) [limites]   3,10±2,00 (3) [1,00-7,00] 
Gleason (n)    
3+
3+ 14 
4+
Cancer significatif   11/51 




Références



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