Traitement du carcinome rénal métastatique

25 avril 2011

Auteurs : R. Thuret, C. Maurin, M. Sun, P. Perrotte, P.I. Karakiewicz
Référence : Prog Urol, 2011, 4, 21, 233-244

Depuis l’avènement des thérapies ciblées, la médiane de survie des cancers du rein métastatiques (CRm) a augmenté et est estimée aujourd’hui à 40mois. Le CRm est donc passé ainsi du statut de maladie au pronostic très défavorable à un statut moins redoutable, quoique toujours incurable. Le sunitinib et le bévacizumab (niveau de preuve 1b) représentent le traitement standard de première ligne des CRm à cellules claires de faible risque ou de risque intermédiaire, alors que le temsirolimus (niveau de preuve 2) se donne en première ligne des CRm à haut risque. De plus, ce dernier, comme le sunitinib et le sorafenib, semble efficace dans le traitement des CRm non à cellules claires. En traitement de seconde ligne, l’evérolimus a prouvé son efficacité (niveau de preuve 1b). Le sunitinib et le sorafenib seraient également efficaces après échec des autres traitements de première ligne. La néphrectomie de réduction tumorale (NRT) chez les patients traités par sunitinib et bévacizumab semble avoir des effets bénéfiques sur la survie comme cela avait été montré avec les cytokines. Des études de phases 3 sont actuellement en cours pour évaluer son intérêt et l’ensemble des données sont indispensables pour définir au mieux la combinaison et la séquence optimale des différents traitements médicamenteux et chirurgicaux à notre disposition aujourd’hui.




 




Introduction


Le risque de développer un cancer du rein au cours de la vie a été évalué à 1,34 % [1]. Le cancer du rein représente 3 % des cancers de l'adulte et 2 % des causes de décès par cancer aux États-Unis [1]. Environ 15 % des patients atteints d'un cancer du rein sont diagnostiqués au stade métastatique [2]. Soixante-dix pour cent d'entre eux sont traités médicalement tandis qu'une néphrectomie de réduction tumorale (NRT) est réalisée dans 30 % des cas [3]. Jusqu'à l'introduction des thérapies ciblées (TC), la médiane de survie des patients atteints d'un cancer du rein métastatique (CRm) était de dix mois [4]. L'avènement des TC a permis d'atteindre une survie sans progression de 27mois et une survie globale (SG) de 40mois [5].


Afin de permettre au plus grand nombre de patients atteints d'un CRm de bénéficier de ces avancées, il est indispensable que les cliniciens maîtrisent les modalités d'administration des différents traitements susceptibles d'améliorer la survie des patients. Cet article est une mise au point sur la prise en charge thérapeutique du CRm. Seront ainsi abordés : l'immunothérapie à l'ère des TC, l'utilisation des TC (sunitinib, sorafenib, bévacizumab, temsirolimus et pazopanib), les cas particuliers des CRm non à cellules claires et du sujet âgé, l'administration séquentielle des TC, la place de la NRT depuis l'avènement des TC et enfin les nouvelles TC et approches envisageables.


Méthodologie


Une revue de la littérature a été réalisée via PubMed, Medline et les bases de données Cochrane pour les articles publiés jusqu'au 1erfévrier2010. Les articles électroniques publiés ou en attente de publication ont été aussi pris en compte. Les recherches ont été limitées à la langue anglaise. Les thématiques, les critères d'intérêt, le type d'étude, la taille des populations étudiées, la pertinence, la qualité, ainsi que la précision des données ont été pris comme critères de sélection. La recherche a été réalisée avec les mots clés suivants : Metastatic Renal Cell Carcinoma ; Targeted Therapy ; Systemic Therapy ; Immunotherapy. Les abstracts pertinents des congrès de l'American Society of Clinical Oncology (ASCO) ; l'American Urological Association (AUA) ; et l'European Association of Urology (EAU) ont également été utilisés.


Immunothérapie à l'ère des thérapies ciblées


Jusqu'au développement des TC, les cytokines (interféron [IFN] et interleukin-2 [IL-2]) représentaient le principal traitement du CRm. La molécule la plus utilisée aux États-Unis était l'IL-2 alors qu'il s'agissait de l'IFN en Europe [6].


Interleukine-2


L'IL-2 a été décrite pour la première fois en 1979 comme une molécule capable de maintenir en vie des cellules T humaines en culture. Les cellules T activées sont la source primitive de l'IL-2 [6, 7], dont la liaison à son récepteur membranaire permet l'expansion clonale entraînant la prolifération d'effecteurs cellulaires (cellules Natural Killer et lymphocytes T) [8].


Rosenberg et al. [9] ont effectué les premiers traitements fortes doses d'IL-2 en intraveineux (IV) en 1987 au National Cancer Institute (US). Depuis, l'efficacité des fortes doses d'IL-2 a été évaluée dans un grand nombre d'études [10, 11, 12, 13]. Yang et al. [13] ont comparé les traitements fortes et faibles doses d'IL-2, rapportant des taux de réponses respectivement de 21 et 13 % (p =0,048). Aucune différence significative n'a été mise en évidence entre l'administration de faibles doses d'IL-2 par voie IV ou sous-cutanée (SC) [13]. McDermott et al. [10] ont comparé l'efficacité de fortes doses d'IL-2 à une association d'IL-2 à faibles doses et d'IFN avec des réponses respectives de 23 et 9 % (p =0,02). De plus, dans cette même étude, les fortes doses d'IL-2 ont apporté un gain significatif en SG de six mois chez les patients ayant des métastases osseuses ou hépatiques (p <0,001). De même, une augmentation de survie de quatre mois avait été objectivée chez les patients sans néphrectomie première (p =0,04) [10]. Cependant, et malgré les bons résultats de ces analyses de sous-groupe, aucune amélioration de la SG par fortes doses d'IL-2 n'a été mise en évidence dans ces études [10, 13].


Afin d'optimiser l'efficacité des fortes doses d'IL-2, certains cliniciens ont limité leur utilisation en première ligne chez les patients ayant un excellent « performance status », après exérèse de la tumeur primaire et en cas de métastases pulmonaires isolées. Malgré l'absence d'amélioration de la SG par rapport au groupe témoin, 5–7 % des patients ont eu une rémission complète et durable [10, 11, 12, 13]. En raison de l'absence d'autre option thérapeutique d'efficacité similaire à cette époque, une étude de phase 2 sur les fortes doses d'IL-2 ayant démontré un taux de rémission complète et partielle de respectivement 7 et 8 % avait permis de valider par la Food and Drug Administration (FDA) en 1995 aux États-Unis l'utilisation de fortes doses d'IL-2 chez les patients ayant un CRm [14].


Plus récemment, une étude rétrospective a suggéré que l'utilisation de fortes doses d'IL-2, après un traitement par TC ciblant le VEGF (sunitinib ou sorafénib) ou par bévacizumab, pouvait majorer les toxicités cardiaques [15]. Il n'y a eu aucune rémission, ni partielle ni complète.


L'ensemble de ces données a montré que les fortes doses d'IL-2 n'amélioraient pas la survie globale des patients atteints d'un CRm. Cependant, ce traitement pouvait entraîner des rémissions durables chez des patients sélectionnés. Compte-tenu de sa toxicité, un traitement par fortes doses d'IL-2 doit être réservé aux patients jeunes pouvant en supporter les effets secondaires. De plus, ces données ont montré que l'effet sur la survie pouvait être intéressant chez les patients porteurs de métastases hépatiques ou osseuses ou lorsque la tumeur primitive n'avait pas été retirée. Ainsi, de fortes doses d'IL-2 pourraient être proposées à des patients sélectionnés et idéalement administrés avant un traitement par TC.


Interféron


L'IFN a été découvert, il y a 36ans et peut être subdivisé en trois groupes : alpha, bêta et lambda [16]. L'IFN⍺ possède des propriétés anticancéreuses dont l'exact mécanisme n'est pas bien connu. Il est capable d'activer les macrophages et monocytes, d'accroître l'activité des cellules Natural Killer, d'induire l'expression d'antigènes de surfaces et de stimuler l'activité des lymphocytes T cytotoxiques [16, 17]. Différents niveaux d'activité d'IFN⍺ peuvent participer à ces effets anticancéreux. En pratique clinique, l'IFN utilisé dans le traitement des patients CRm est une forme recombinée [18, 19].


L'efficacité de l'IFN⍺ en SC pendant trois mois a été évaluée dans plusieurs essais randomisés [20, 21, 22, 23, 24]. Dans ces études, le groupe témoin recevait de la médroxyprogestérone en SC [21, 22, 23, 24] ou de la vinblastine IV [20], trois fois par semaine pendant trois à six mois. Les patients avaient un ECOG-« performance status » entre 0 et 2 et la majorité d'entre eux avait subi une NRT (moyenne 86 % ; intervalles 57–100 %). Le taux de rémission combiné de ces études était de respectivement 12,5 et 1,5 % pour les groupes IFN⍺ et témoin (OR : 7,6 ; IC 95 % : 3,0–19,2) [25]. La mortalité à un an était réduite par l'utilisation de l'IFN⍺ (OR : 0,56 ; 95 %CI : 0,4–0,7). De plus, les résultats de plusieurs études [20, 21, 22, 23] ont montré que malgré un traitement de courte durée (trois mois), l'efficacité de l'IFN⍺ avait pu être prolongée jusqu'à 24mois. Le gain estimé d'augmentation de durée de vie chez les patients traités par IFN alpha était de 2,8mois comparativement au groupe témoin [25].


L'IFN alpha a été comparé à l'acétate de médroxyprogestérone, à de faibles doses d'IL-2 et à une association IFN/IL-2 lors de l'étude Programme étude rein cytokines (PERCY) Quattro [24]. Contrairement aux essais précédents [26], seuls les patients à risque intermédiaire étaient incluables. L'IFN⍺ n'a pas montré de bénéfice par rapport au groupe sans IFN⍺ (HR : 1,0 ; p =0,99).


Cependant, une méta-analyse sur cinq études a montré une augmentation statistiquement significative des taux de rémission (HR : 5,0 ; p =0,0003) et une diminution des taux de mortalité à un an (HR : 0,62 ; p =0,003) chez les patients traités par IFN⍺ SC ou IV [25]. Ces effets bénéfiques étaient associés à une excellente tolérance, même chez les patients ayant reçu de fortes doses : effets indésirables limités aux syndromes grippaux (malaise, myalgies, fièvre, asthénie) [20, 21, 22, 23], nausées [23] et perturbations du bilan hépatique [22].


L'IFN⍺ a plusieurs fois été confronté aux TC. Un essai randomisé comparant en première ligne l'IFN⍺ et le sunitinib a démontré l'infériorité du premier par rapport au second, en survie sans progression (5,0mois versus 11,0mois ; p <0,001) [27] et en SG (21,8mois versus 26,4mois ; p =0,052) [28]. Une autre étude a montré des résultats inférieurs pour l'IFN⍺ en termes de SG (10,9mois versus 7,3mois ; p =0,008) et de survie sans progression (3,8mois versus 1,9mois ; p <0,001) par rapport au temsirolimus [29]. Mais, l'association de bévacizumab et d'IFN⍺ s'est révélée supérieure au traitement par IFN⍺ seul en termes de survie sans progression (10,2mois versus 5,4mois ; p <0,001) [30].


L'IFN⍺ n'a pas été comparé aux traitements de seconde ligne comme l'evérolimus. Cependant, il est à noter que l'IFN⍺ potentialise l'effet du bévacizumab [30], synergie qui pourrait se reproduire avec d'autres.


Ainsi, l'IFN⍺ pourrait être réservé aux patients contre-indiqués pour les TC. Son utilisation combinée aux TC mérite d'être mieux définie par les résultats d'études issues d'essais contrôlés randomisés [20, 21, 22, 23, 24, 27, 29, 30].


Utilisation des thérapies ciblées


La découverte du gène suppresseur de tumeur Von Hippel Lindau (VHL) a été fondamentale dans la compréhension de la pathogénèse moléculaire du cancer du rein. La protéine VHL régule les échanges d'oxygène par la régulation du Hypoxia-inducible Factor (HIF). En conditions d'oxygénation normale, la protéine du gène VHL est responsable de la dégradation de la sous-unité alpha de HIF. Ainsi, le déficit en VHL des cellules cancéreuses engendre une dysrégulation de HIF et augmente l'expression des gènes régulés par HIF, tels que VEGF, Platelet-derived Growth Factor (PDGF) et Transforming Growth Factor (TGF)-⍺ [31]. Les voies d'activation de VEGF et PDGF peuvent être ciblées par des molécules inhibitrices de Tyrosine Kinase telles que le sunitinib, le sorafénib, le pazopanib et l'axitinib. Le bévacizumab est un anticorps monoclonal humanisé qui cible directement le VEGF. HIF est également régulé par la voie de la cible de la rapamycine (mTOR). Temsirolimus and evérolimus sont des inhibiteurs de la voie mTOR qui diminuent l'activité de HIF [32].


Sunitinib


Dans un essai de phase 3, le sunitinib a montré un bénéfice de six mois en termes de survie sans progression sur l'IFN⍺ (HR : 0,42 ; p <0,001) (Tableau 1) [27]. Un bénéfice de survie de 6,4mois a été mis en évidence, lorsque les patients traités par IFN⍺ étaient censurés lors du cross-over (HR : 0,81 ; p =0,036) [28]. La qualité de vie des patients traités par sunitinib telle qu'elle a été mesurée par le Functional Assessment of Cancer Therapy (FACT) – Kidney Symptom Index (FKSI)-15 [33] et le FKSI-Disease Related Symptoms (DRS)-9 [34] était supérieure à celle des patients traités par IFN⍺ (différences moyennes globales : 3,27 vs 1,98 ; p <0,001) [35]. L'efficacité (76 % de bénéfice clinique : réponse objective plus maladie stable pendant au moins trois mois) et la tolérance (8 % de mauvaise observance due aux effets indésirables) du sunitinib ont été confirmées dans une autre étude. La survie sans progression était identique à celle d'essais de phase 3 similaires (10,9 et 11,0mois, respectivement) [27, 36]. En outre, cette étude a montré que le sunitinib avait une efficacité identique chez les patients âgés par rapport aux patients plus jeunes : le taux de réponse objective, défini par le « Response Evalutation Criteria in Solid Tumors (RECIST) » [37], était de 17 % pour les sujets âgés et la population globale. Les patients ayant des critères de mauvais pronostic (ECOG2), métastases cérébrales et autres formes histologiques que le carcinome à cellules claires ont eu des taux de réponse similaires au sunitinib de 9, 12 et 11 %, respectivement [36].


Enfin, Escudier et al. [38] ont récemment démontré que l'efficacité et la tolérance du sunitinib administré en continue (37,5mg/j pendant six semaines) étaient similaires aux études avec traitement intermittent (50mg/j le matin pendant quatre semaines suivi de deux semaines off) chez les patients réfractaires aux cytokines [39, 40, 41].


Sorafénib


Le sorafénib a montré un bénéfice de 2,7mois en termes de survie sans progression contre placebo dans un essai de phase 3 portant sur 903 patients en échec de traitement par cytokine (HR : 0,44 ; p <0,01) (Tableau 1) [42]. Le bénéfice en termes de SG dans cette analyse intermédiaire (HR : 0,72 ; p =0,02) était aussi statistiquement significatif. Les taux de mauvaise observance du traitement par sorafénib et placebo dus à la toxicité étaient de 10 et 8 % respectivement [42]. À la conclusion de l'essai, aucune différence n'était mise en évidence pour la SG entre le groupe sorafénib et placebo (HR : 0,88 ; p =0,15) [43]. Cependant, après censure du cross-over des patients sous placebo, le bénéfice en SG lié au traitement par sorafénib (3,5mois) a été confirmé (HR : 0,78 ; p =0,029) (Tableau 1) [43].


Escudier et al. [44] ont comparé le sorafénib et l'IFN⍺ en première ligne thérapeutique chez 189 patients. Les deux molécules ont montré une survie sans progression similaire : 5,7mois pour le sorafénib et 5,6mois pour l'IFN⍺ (HR : 0,88 ; p =0,5). En revanche, le taux de contrôle de la maladie (maladie stable pendant au moins six semaines ou réponse partielle ou complète confirmée par RECIST) était supérieur dans le groupe sorafénib (79,4 % vs 64,1 % [p =0,006]). Les patients dont la maladie avait progressé sous IFN⍺ ont été traités par sorafénib et les patients en progression sous sorafénib ont vu leurs doses augmentées de 400 à 600mg, deux fois par jour. Pour cette seconde période, la survie sans progression était de 5,3mois pour les patients qui avaient progressé sous IFN⍺ et de 3,6mois pour les patients qui avaient progressé sous sorafénib.


Une analyse de l'efficacité du sorafénib chez les patients âgés a mis en évidence une efficacité identique à celle observée chez les patients jeunes (taux de bénéfices cliniques : 83,5 et 84,3 %) avec une toxicité acceptable pour l'âge [45].


L'amélioration de la survie sans progression par le sorafénib (2,7mois) [42] était inférieure à celle du sunitinib (six mois) et du bévacizumab (4,8mois). De manière similaire, l'amélioration de la SG (2,6mois) était inférieure à celle du sunitinib (4,6mois) [27]. De fait, il semble difficile de justifier l'utilisation du sorafénib en première ligne de traitement, surtout depuis que les données de première ligne n'ont pas mis en évidence de bénéfice par rapport à l'IFN⍺ [44]. En conséquence, le sorafénib pourrait être une option pour les patients ne tolérant pas les premières lignes de sunitinib ou de bévacizumab. Cependant, la toxicité (essentiellement cardiaque) du sorafénib semble être inférieure à celle des thérapies de premières lignes, notamment dans les essais de phase 3 avec une inclusion moins sélective des patients.


Bévacizumab


Yang et al. [46] ont été les premiers à montrer l'efficacité du bévacizumab en monothérapie dans un essai de phase 2. La comparaison entre de fortes doses de bévacizumab (10mg/kg) et un placebo (HR : 2,55 ; p <0,001) a montré une augmentation de la médiane de survie sans progression (4,8mois vs 2,5mois). Depuis, un essai européen de phase 3 a comparé l'efficacité du bévacizumab plus IFN⍺ à celle de l'IFN⍺ seul chez 649 patients atteints d'un cancer du rein (majoritairement à cellules claires) ayant eu préalablement une néphrectomie [30]. L'objectif principal de l'étude était la survie sans progression qui était de 4,8mois plus longue dans le groupe bévacizumab plus IFN⍺ que dans le bras IFN⍺ seul (HR : 0,63 ; p <0,001) (Tableau 1) [30]. La toxicité la plus fréquente (grade supérieur à 3) du bras bévacizumab plus IFN⍺ était l'asthénie. Les taux de mauvaise observance dus aux effets indésirables étaient de même plus élevés dans le bras bévacizumab plus IFN⍺ que dans le groupe témoin placebo (19 % vs 6 %) [30].


L'efficacité du bévacizumab plus IFN⍺ était plus faible chez les patients de 65ans et plus (HR : 0,77) que chez les patients plus jeunes (HR : 0,65 ; p =0,08). De plus, une diminution de l'efficacité était rapportée chez les patients à haut risque [47] (HR : 0,81) par rapport aux patients à faible risque (HR : 0,60) ou à risque intermédiaire (HR : 0,55) (p =0,5) [30]. Enfin, la médiane de SG était de 23,3mois pour le groupe bévacizumab plus IFN⍺ et de 21,3mois pour le groupe IFN⍺ seul (HR : 0,86 ; p =0,12) [48].


Ces données encourageantes ont motivé le Data and Safety Monitoring Board of the Cancer and Leukemia Group B (CALGB) à analyser les données sur la survie sans progression dans un essai en cours comparant bévacizumab plus IFN⍺ à l'IFN⍺ seul (n =732) [49]. Un bénéfice de 3,3mois pour la thérapie combinée a été montré (HR : 0,67 ; p <0,001) (Tableau 1). Comme la néphrectomie n'était pas un critère d'inclusion, il a été possible de démontrer un plus grand bénéfice de survie sans progression chez les patients néphrectomisés. De plus, l'efficacité était moindre chez les patients à haut risque par rapport aux patients à faible risque (HR : 1,43 ; p =0,04). En revanche, il n'existait pas de différence significative entre les patients à faible risque et ceux à risque intermédiaire (HR : 1,07 ; p =0,5) [49]. Les taux de mauvaise observance par toxicité étaient de 24 % chez les patients ayant reçu bévacizumab plus IFN⍺ et 19 % dans le bras IFN⍺ seul [49].


Ces données ont confirmé l'efficacité de la combinaison bévacizumab plus IFN⍺ en comparaison à l'IFN⍺ seul. De plus, de même que le sunitinib, le bévacizumab semble avoir une meilleure efficacité chez les patients ayant eu au préalable une néphrectomie.


La toxicité du bévacizumab plus IFN⍺ a été supérieure à celle du sunitinib (Tableau 1) et le bénéfice en termes de survie sans progression a été moins important que celui du sunitinib (six mois pour le sunitinib vs 3,3mois pour CALGB et 4,8mois pour bévacizumab plus IFN⍺). Par ailleurs, le mode d'administration IV du bévacizumab comparé à la forme orale du sunitinib est un argument supplémentaire pour le choix préférentiel du sunitinib sur l'association bévacizumab plus IFN⍺ en première ligne.


Temsirolimus


Du fait de l'absence de protocole de traitements efficaces pour les patients de mauvais pronostic, Hudes et al. [29] ont initié un essai comparant l'efficacité du temsirolimus seul, du temsirolimus plus IFN⍺ et de l'IFN⍺ seul chez 626 patients randomisés. Seuls les patients avec trois ou plus facteurs de risque du Memorial-Sloan Kettering Cancer Centre (MSKCC) étaient inclus : taux de LDH supérieur à 1,5 fois la normale, taux d'hémoglobine inférieur à la normale, taux de calcium corrigé supérieur à 10mg/dL, durée entre le diagnostic et la randomisation inférieure à un an, index de performance de Karnofsky de 60–70 % [29]. Du fait du recrutement lent, le critère portant sur le nombre de sites métastatiques (supérieur ou égal à 2) a été secondairement ajouté.


Comparé à l'IFN⍺ seul, le temsirolimus seul a augmenté la survie sans progression de 1,9mois et la SG de 3,6mois (HR : 0,73 ; p =0,008) (Tableau 1) [29]. Aucun bénéfice n'a été mis en évidence dans le bras temsirolimus plus IFN⍺. Le taux de bénéfice clinique était de 32 % pour le temsirolimus seul et 15,5 % pour l'IFN⍺ seul. Sur toutes les études publiées sur les TC, il s'agit de la seule ayant confirmé un bénéfice de survie dans une analyse en intention de traiter. Contrairement à l'essai du sunitinib [27] et du CALGB sur le bévacizumab plus IFN⍺, [49] l'étude du temsirolimus [29] a montré un meilleure bénéfice chez les patients n'ayant pas été traités par néphrectomie. Cela est probablement expliqué par le fait que l'étude portait sur des patients à haut risque chez qui la chirurgie n'est pas une bonne option. Le taux de toxicité grade 3–4 dans le groupe temsirolimus était de 67 %, comparé à respectivement 78 et 87 % pour les groupes IFN⍺ seul et temsirolimus plus IFN⍺ [29]. Le taux d'inobservance liée aux effets indésirables pour le temsirolimus était de 7 %, comparé à 14 % pour les patients traités par IFN⍺ seul. Les patients inclus dans cette étude qui n'avaient pas un CRm à cellules claires ont eu un meilleur bénéfice que les patients présentant un carcinome à cellules claires [50]. Ces données sont d'autant plus importantes qu'actuellement les patients ayant un CRm à cellules non claires ont un pronostic plus péjoratif que les carcinomes à cellules claires [51, 52, 53] et que jusqu'à présent, les patients ayant un CRm à cellules non claires n'ont pas été inclus dans les études sorafénib, [42] sunitinib, [27] et evérolimus [54].


Ces données ont montré que même chez les patients à haut risque, les TC ont un rôle à jouer. Le bénéfice du temsirolimus a été particulièrement notable chez les patients à cellules non claires. La seule réserve quant à l'utilisation de ce dernier est liée à la prévalence actuelle de patients à haut risque. Patil et al. [55] ont rapporté que la proportion des patients à haut risque a diminué significativement de 40 % à moins de 10 % entre 1975–1980 et 2001–2007. La proportion actuelle des CRm à haut risque est probablement de plus en plus faible en dehors des centres spécialisés. De fait, les indications pratiques de l'utilisation du temsirolimus selon les critères basés sur les études disponibles pourraient concerner un nombre très limité de patients.


Pazopanib


Le FDA a récemment approuvé l'utilisation du pazopanib pour le traitement du CRm, suite à un essai de phase 3 randomisé, en double insu, contre placebo [56]. L'étude initiale n'incluait que les patients qui avaient progressé sous cytokines, puis le protocole a été étendu secondairement aux patients n'ayant reçu aucun traitement avant (dû à la diminution de l'utilisation des cytokines en première ligne). La plupart des patients avaient eu au préalable une néphrectomie (89 %) et presque tous avaient un carcinome à cellules claires (91 %) ou une forme histologique à prédominance de cellules claires (9 %). Le pazopanib a montré un bénéfice de survie sans progression de cinq mois comparé au placebo (HR : 0,46 ; p <0,001) dans la population totale (Tableau 1). Dans la sous-population des patients naïfs, le bénéfice de survie sans progression pour le pazopanib était de 8,3mois comparativement au placebo (11,1mois vs 2,8mois : HR : 0,40 ; p <0,001). De manière identique, dans la sous-population ayant eu un premier traitement par cytokines, le bénéfice de survie sans progression était de 3,2mois par rapport au placebo (7,4mois vs 4,2mois ; HR : 0,54 ; p <0,001). Les résultats en termes de SG sont en attente [56].


Les toxicités grades 3 et 4 ont été rapportées chez 40 % des patients traités par pazopanib, les plus fréquents étant l'hypertension (4 %) et la diarrhée (4 %). Les taux d'inobservance liés aux effets indésirables étaient de 14 % pour le pazopanib et 3 % pour le placebo.


Cas particuliers


Traitement des cancers du rein métastatiques à cellules non claires


Les types histologiques papillaires et chromophobes de CR localisés sont de pronostic plus favorable que les carcinomes à cellules claires, et ont des taux de récidive, de progression et de décès plus faibles [53]. Au stade métastatique, cependant, le CR non à cellules claires est de plus mauvais pronostic [51, 52]. Partant de ces considérations, plusieurs essais ont exclu les patients ayant un type histologique autre que les cellules claires. Les études de phase 3 sur le sunitinib, [27] le sorafénib [42] et l'evérolimus [54] ont inclu exclusivement des patients avec des CR à cellules claires avec confirmation histologique. De même, l'étude sur le bévacizumab [30] comprenait essentiellement (supérieur à 50 %) des patients avec un carcinome à cellules claires. L'étude du temsirolimus [29] incluait 20 % des patients ayant un autre type histologique que les cellules claires. De même, moins de 10 et 13 % des patients des essais étendus sur le sorafénib [57] et le sunitinib [36] avaient un autre type histologique que le carcinome à cellules claires.


Le temsirolimus représente la seule TC dont la supériorité d'efficacité a été confirmée pour les CR à cellules non claires évolués lors d'un essai prospectif et randomisé. L'analyse des données ont démontré de meilleures réponses chez les patients avec un CR à cellules non claires que chez les autres [58], suggérant que le temsirolimus pourrait être un bon traitement de première ligne chez les patients avec un CRm non à cellules claires.


Malgré l'absence de données prospectives et randomisées sur l'efficacité du sunitinib ou du sorafénib, de multiples études ont démontré l'efficacité de ces deux molécules chez les patients ayant un CRm à cellules non claires. Knox et al. [57] ont démontré un bénéfice clinique du sorafénib dans respectivement 80 et 95 % des patients avec un CR chromophobe ou papillaire. Ratain et al. [59] ont rapporté des données similaires pour le sorafénib. De même, un taux de bénéfice clinique de respectivement 68 et 75 % ont été démontré chez les patients avec un CR papillaire et chromophobe, ayant reçu soit du sorafénib soit du sunitinib [60]. Gore et al. [36] ont montré un bénéfice clinique de 68 % pour les patients avec un type à cellules non claires comparé à 76 % pour les patients avec CRm à cellules claires. La médiane de survie sans progression était respectivement de 13,4 et 18,4mois [49]. L'efficacité de l'erlotinib, un inhibiteur du récepteur Tyrosine Kinase de l'Epidermal Growth Factor, avait été étudié chez les patients avec CRm papillaires : 75 % des patients ont eu un bénéfice clinique et la médiane de SG a été de 27mois [61].


Ces données indiquent que les TC sont clairement efficaces chez les patients avec CR à cellules non claires. Le manque de données comparables rend impossible la détermination du choix de la TC idéale de première intention, mais si le temsirolimus peut être administré, il devrait l'être en priorité chez ces patients.


Les thérapies ciblées chez le patient âgé


Selon la database nord-américaine Surveillance, Epidemiology and End Results (SEER), la moyenne d'âge des patients ayant un CRm est de 63ans [2]. En conséquence, la proportion de patients âgés nécessitant un traitement systémique n'est pas négligeable, même si la définition du sujet « âgé » n'est jamais parfaite [62]. Il faut distinguer l'âge chronologique de l'âge biologique, qui doit considérer les facteurs physiologiques, pathologiques, pharmacologiques, psychologiques et sociaux, de manière à évaluer au mieux les possibilités d'administration d'un traitement par TC.


Dans un essai de phase 3, un tiers des participants avait 65ans ou plus [29, 30]. L'efficacité et la tolérance des personnes âgées aux TC sont habituellement semblables à celles observées chez les sujets jeunes. Dans les essais de phase 3 sur le sorafénib [42] et le sunitinib [27] ainsi que dans les protocoles élargis pour les deux molécules [36, 57], les participants âgés avaient un bénéfice pour les deux molécules (non-infériorité). De plus, les toxicités n'étaient pas significativement plus élevées chez les patients âgés.


En revanche, les patients âgés traités par evérolimus ont eu des bénéfices plus faibles que les patients plus jeunes (HR : 0,29 vs 0,32 ; p <0,001) [54]. Le traitement des patients âgés par le bévacizumab plus IFN⍺ a montré de plus faibles bénéfices que chez les jeunes (HR : 0,77 vs 0,65) [30]. De même, le temsirolimus a montré une efficacité inférieure chez les patients âgés (HR : 1,1 vs 0,6) [29].


Administration séquentielle des thérapies ciblées


L'evérolimus est le traitement de référence pour la prise en charge des patients nécessitant une thérapie séquentielle. Motzer et al. [54] ont été les premiers à confirmer l'efficacité de l'evérolimus après échec d'une ou plusieurs molécules lors d'un essai contrôlé randomisé. Les patients devaient avoir été traités par sorafénib et/ou sunitinib. La grande majorité des patients avaient de plus bénéficié d'un autre traitement auparavant (IFN⍺, IL-2, chimiothérapie ou bévacizumab). Le gain de survie sans progression pour les patients traités par evérolimus était de 2,1mois de plus qu'avec le placebo (4,0 et 1,9mois ; HR : 0,3 ; p <0,001) (Tableau 1). Le taux de réponse objective, défini par une stabilisation de la maladie, était de 63 % pour l'evérolimus et 32 % pour le placebo. Les taux de mauvaise observance due aux effets indésirables étaient respectivement de 10 et 4 % dans les groupes evérolimus et placebo [54]. De plus, les taux de réponse variaient selon les groupes de risque du MSKCC. Les patients de risque intermédiaire (HR : 0,25 ; p <0,001) répondaient mieux au traitement que les patients de faible risque (HR : 0,39 ; p =0,009) [54]. Par ailleurs, le traitement par evérolimus n'était pas associé à une diminution de la qualité de vie [54].


Ces données ont montré que les TC étaient efficaces en thérapie de seconde ligne et plus. En pratique clinique, l'utilisation des inhibiteurs des TK pourrait être envisagée si l'evérolimus n'était pas disponible du fait des limitations de remboursement. Sablin et al. [63] ont montré que 64 % des patients n'ayant pas répondu à une première ligne de sunitinib pourraient bénéficier d'un traitement par sorafénib, avec une médiane de survie sans progression de 4,3mois en plus des 5,5mois pour les patients ayant reçu du sunitinib en première ligne (HR : 0,6 ; p =0,06) (Tableau 2). De même, Tamaskar et al. [64] ont obtenu un bénéfice clinique de 80 %, avec une médiane de survie sans progression de 5,9mois. Di Lorenzo et al. [65] ont confirmé ces données dans un essai prospectif de phase 2, dans lequel 77 % des patients n'ayant pas répondu au traitement par sunitinib, ont bénéficié d'une seconde ligne par sorafénib avec une médiane de survie sans progression de 16semaines. Plusieurs autres investigateurs ont rapporté des résultats similaires (Tableau 2) [66, 67].


Par ailleurs, des données identiques existent pour le sunitinib après échec du sorafénib (Tableau 2). Dudek et al. [66] ont montré que les patients ayant reçu du sorafénib suivi de sunitinib avait une médiane de stabilité de la maladie de 20 semaines (médiane de survie globale : 102 semaines ; 59 % de bénéfice clinique). Eichelberg et al. [68] ont également rapporté que 50 % de leurs patients avaient bénéficié d'une seconde utilisation de sunitinib après échec du sorafénib avec une médiane de survie sans progression de 8,7mois. L'efficacité du sunitinib en seconde ligne a aussi été confirmée après échec du bévacizumab avec un bénéfice clinique de 82 % et une médiane de survie sans progression de 30,4 semaines [69]. Sur les 61 patients, 23 % ont eu des réponses partielles avec une médiane de survie sans progression de 44 semaines (Tableau 2). Rini et al. [70] ont rapporté l'utilisation d'axitinib, inhibiteur des récepteurs du VEGF, chez des patients n'ayant pas répondu au sorafénib [70]. Sur les 62 patients, 74 % avaient reçu d'autres formes de thérapie avant le sorafénib. Un taux de réponse objective de 22,6 % a été rapporté avec une maladie stable dans 17,7 % des cas. La médiane de survie sans progression était de 7,4 mois.


Ces résultats indiquent que l'evérolimus [54], le sunitinib [63, 64, 66, 68, 69, 70], l'axitinib et le sorafénib [63, 64, 65, 66, 67] sont des thérapies séquentielles efficaces. Toutes peuvent être administrées, compte tenu du contexte, après échec des autres TC. La faisabilité de l'administration du temsirolimus après échec du sunitinib a été évaluée [71] mais les données ne sont pas actuellement disponibles compte tenu des essais en cours [58].


Place de la néphrectomie de réduction tumorale depuis l'avènement des thérapies ciblées


En 2001, deux essais contrôlés randomisés avec le même schéma d'étude ont mis en évidence l'efficacité de la NRT associée à l'IFN⍺ par rapport à l'IFN⍺ seul. Au sein du Southwest Oncology Group (SWOG), Flanigan et al. [72] ont étudié une cohorte de 241 patients et ont rapporté un bénéfice de trois mois en SG (p =0,05) pour la NRT plus IFN⍺ comparé à l'IFN⍺ seul. Mickisch et al. [73] pour le compte de l'European Organisation for Research and Treatment of Cancer (EORTC) ont montré un bénéfice de dix mois de survie globale dans le groupe NRT plus IFN⍺ (n =83). Les analyses statistiques combinées de ces deux études ont mis en évidence un bénéfice de survie de 5,8mois (p =0,002) [74]. Plus récemment, le bénéfice en termes de survie de la NRT a été démontré dans une large série de 2447 patients [2]. Malgré les biais liés à ce type d'étude, les survies globale et spécifique étaient améliorées de dix mois pour les patients traités ayant eu une NRT comparé aux patients non traités chirurgicalement.


Par ailleurs, le bénéfice de survie de la NRT (5,8mois dans les essais contrôlés randomisés et dix mois dans une étude de cohorte) [2, 74] est supérieur à celui du traitement par fortes doses d'IL-2, en analyse de sous-groupe. De plus, le bénéfice de survie lié à la NRT a été supérieur à celui du traitement par IFN (2,8mois) [25, 74].


Mais ces données, comme d'autres [41, 42, 43], ont précédé l'arrivée des TC.


En 2008, Karakiewicz et al. [75] ont rapporté un Thrombus Tumoral Atrial ayant régressé jusqu'au niveau de la veine cave sous-hépatique après deux cycles de sunitinib. D'autres études avec des données identiques ont montré que les tumeurs localement avancées pouvaient être plus facilement réséquées [76, 77, 78]. Van der Veldt et al. [79] ont montré que quatre des 17 patients traités par sunitinib ayant un CR avancé sans néphrectomie première ont eu des réponses rénales partielles, pendant que 12 patients avaient une maladie stable et un une progression. Il s'agit donc d'un bénéfice limité avec une amélioration tumorale locale qui semble concerner 20–25 % des patients [80]. Ces données ont montré que les TC avaient un effet sur la tumeur primitive, même en l'absence de maladie métastatique. En conséquence, les tumeurs localement avancées non résécables pourraient devenir résécables après un ou plusieurs cycles de TC [75, 76, 77, 79].


Dans le contexte des CRm, les TC en néoadjuvant pourraient permettre au clinicien de confirmer leur efficacité et de réduire l'extension de la maladie [80]. De fait, une NRT associée pourrait être mieux tolérée en seconde intention. Mais l'instauration d'un traitement par TC avant une NRT pourrait aussi présenter certains désavantages. La présence de la tumeur primaire en place, cause d'immunosuppression, peut diminuer l'efficacité de la TC [81]. On peut de plus, en théorie, assister à une progression de la tumeur primitive pendant le traitement médical accompagné d'une augmentation du risque de morbidité périopératoire et de complications [82, 83, 84, 85]. Toutefois, une analyse rétrospective des complications chirurgicales comparant 44 patients ayant reçu une TC avant réalisation de la NRT à 58 patients traités par NRT seule n'a pas mis en évidence de différence statistiquement significative pour les paramètres chirurgicaux, les complications périopératoires, la durée d'hospitalisation et la durée post-opératoire avant l'instauration d'une thérapie systémique [86].


De manière à répondre de manière concrète à toutes ces questions, deux études sont actuellement en cours : The Clinical Trial to Assess the Importance of Nephrectomy (CARMENA) est une étude de phase 3 qui évalue la place de la NRT chez les patients traités par sunitinib en première ligne [87]. L'autre étude est menée par l'EORTC et étudie les modalités séquentielles de la NRT et du sunitinib en première ligne [88]. Le bénéfice de la NRT devrait idéalement s'ajouter à celui des thérapies systémiques.


En attendant ces résultats, les patients avec un bon « performance status » (ECOG 0–1) chez qui la majorité des sites tumoraux (supérieurs ou égaux à 75 %) peuvent être efficacement réséqués sans morbi-mortalité lourde pourrait être traités par une NRT préalable avec TC adjuvante. Cette prise en charge est suivie par la plupart des centres européens et nord américains [89, 90]. Dans ce contexte, la NRT est associée à une réponse partielle à la TC ou à la prolongation d'une maladie stable. À l'inverse, les patients chez qui la résection des sites tumoraux ne peut pas être effectuée de façon complète (inférieure à 75 %) sont habituellement mieux traités par TC néoadjuvante. Le National Comprehensive Cancer Network (NCCN) nord-américain recommande la réalisation d'une NRT pour les CRm avec tumeur primaire résécable et plusieurs sites métastatiques [91].


De même, dans le but d'optimiser la sélection des patients candidats à la NRT, Halbert et al. ont mis au point un algorithme [92]. La NRT semble appropriée aux patients avec un risque chirurgical faible, une tumeur primitive symptomatique et des métastases pulmonaires ou osseuses. Elle est réalisable chez les patients avec un faible risque chirurgical chez qui une thérapie par cytokines est prévue, des lésions métastatiques limitées et une tumeur primaire asymptomatique ou chez les patients symptomatiques sans tenir compte des lésions métastatiques [92].


Les contre-indications formelles d'une NRT incluent les co-morbidités sévères cardiaques ou pulmonaires, une tumeur non résécable et un mauvais état général [93]. En outre, compte tenu du manque d'études avec des effectifs suffisants prouvant un bénéfice de survie par la NRT pour les patients atteints d'un CRm à cellules non claires, il est questionnable d'exposer ces patients à la morbidité de la NRT avant un traitement systémique [93]. Il est également important de considérer les comorbidités et les causes potentielles de mortalité chez le patient âgé. Une mortalité périopératoire augmentée (21 %) a été rapportée dans une étude comparant les suites de NRT entre patients jeunes et âgés (supérieurs à 75ans) [94]. Une sélection rigoureuse des patients et des objectifs précis sont nécessaires en cas de NRT réalisée chez les patients âgés.


Nouvelles thérapies ciblées – nouvelles approches


Depuis la publication des premières études montrant l'efficacité des TC en première ou seconde lignes, plusieurs nouvelles molécules sont apparues. La majorité des nouvelles TC fait partie des inhibiteurs du récepteur VEGF TK [95]. Celles-ci comprennent le pazopanib [56], l'axitinib [96], le vandetanib [97] et le cédiranib [98]. D'autres molécules, telles que le volociximab [99] et le vitaxin [100] sont des inhibiteurs de l'intégrine [95]. L'aflibercept empêche l'action du VEGF et prévient la néoangiogénèse tumorale [101]. Le XL880 inhibe la voie de c-met qui est atteinte dans des formes sporadique et héréditaire de formes de cancer du rein papillaire [102].


Le développement de ces molécules montre les progrès permanents dans la compréhension des voies de signalisation, éléments indispensables dans la pathogénèse du CR. Une meilleure compréhension de la physiopathologie pourrait permettre le développement d'agents plus efficaces et moins toxiques.


La combinaison des TC semble aussi être une voie à explorer. Deux approches différentes ont été proposées et expérimentées. La première, le « blocage horizontal », consiste à bloquer deux ou plusieurs voies différentes par deux ou plusieurs molécules administrées simultanément [103, 104]. Par exemple, la voie du VEGF pourrait être bloquée par le bévacizumab et la voie du TGF-⍺ pourrait être la cible de l'erlotinib. Malheureusement, les résultats préliminaires rapportés avec cette combinaison n'ont pas été confirmés dans un essai randomisé contrôlé contre placebo [105].


Une approche différente consiste à combiner plusieurs molécules selon un « schéma vertical » [106, 107, 108]. Par exemple, HIF1-⍺ pourrait être la cible d'un inhibiteur de mTOR, pendant que le VEGF est piégé simultanément par le bévacizumab et le récepteur du VEGF inhibé par le sunitinib ou le sorafénib. Les essais portant sur l'efficacité et la tolérance des blocages verticaux n'en sont qu'à leurs débuts [106, 107, 108, 109]. Mais ces combinaisons verticales semblent avoir des effets secondaires importants [108].


L'efficacité et la toxicité d'autres combinaisons vont être évaluées lors d'un essai de phase 2 bévacizumab, sorafénib et temsirolimus (BeST) (bévacizumab vs bévacizumab plus temsirolimus vs bévacizumab plus sorafénib vs bévacizumab plus sunitinib) [110], ainsi que dans l'essai sponsorisé par Wyeth concernant la comparaison bévacizumab plus IFN vs bévacizumab plus temsirolimus [111].


Conclusions


Depuis l'avènement des TC, la médiane de survie des patients ayant un CRm s'est améliorée pour atteindre 40mois. Actuellement, la première ligne de traitement pour les patients ayant un CRm à cellules conventionnelles est le sunitinib ou le bévacizumab (niveau 1b) et le temsirolimus pour les patients à haut risque. Le temsirolimus a eu également des résultats prometteurs pour les CRm à cellules non conventionnelles. L'evérolimus a montré son efficacité en seconde ligne (niveau 1b). Cependant, le sunitinib et le sorafénib sont également efficaces pour les sous-types histologiques à cellules non conventionnelles et après échec des premières lignes de traitement. Le bénéfice en termes de survie sans progression des premières lignes et suivantes de traitement a été confirmé lors d'analyses de sous-groupes. Des bénéfices ajoutés en termes de survie pour les patients traités par sunitinib et bévacizumab pourraient résulter de la NRT comme ce qui avait été démontré avec les cytokines. Les résultats des essais de phase III en cours pourraient confirmer l'importance de la NRT, ainsi que fournir des données importantes sur les modalités de combinaison des traitements médicamenteux et chirurgicaux dans la stratégie thérapeutique des patients ayant un CRm.


Conflit d'intérêt


Aucun.




Tableau 1 - Études de phase III des thérapies ciblées pour le cancer du rein avancé ou métastatique.
Protocole  n   Efficacité (médiane en mois)  Réponse tumorale (%)  AII (%)  Bénéfice de la néphrectomie ?  Étude 
Sunitinib vs interféron  750  SSP : 11,0 vs 5,0 (p <0,001) S  MS : 48  8 vs 13  Oui  Motzer et al. (2007) [27
G : 26,4 vs 21,8 (p =0,052)  RP : 31 
  RC : 0 
 
Sunitinib vs interféron  750  SG : 26,4 vs 20,0c (p =0,036)  MS : 40  19 vs 23  Oui  Motzer et al. (2009) [28
  RP : 44 
  RC : 3 
 
Sunitinib  4,564a  SSP : 10,9  MS : 59b  Oui  Gore et al. (2009) [36
SG : 18,4  RP : 16 
  RC : 1 
 
Sorafénib vs placebo  903  SSP : 5,5 vs 2,8 (p <0,01) SG : 17,8 vs 15,2 (p =0,15)  MS : 74  10 vs 8    Escudier et al. (2007) [42
  RP : 10   
  RC : <  
 
Sorafénib vs placebo  903  SG : 17,8 vs 14,3 (p =0,029)c  NA  NA  ND  Escudier et al. (2009) [43
 
Bévacizumab plus interféron vs interféron  649  SSP : 10,2 vs 5,4 (p <0,001)  MS : 46  19 vs 6  ND  Escudier et al. (2007) [30
RP : 30 
RC : 1 
 
Bévacizumab plus interféron vs interféron  649  SG : 23,3 vs 21,3 (p =0,1)  NA  NA  ND  Escudier et al. (2009) [48
 
Bévacizumab plus interféron vs interféron  732d  SSP : 8,5 vs 5,2 (p <0,001)  ORR : 25,5  24 vs 19  Oui  Rini et al. (2008) [49
 
Temsirolimus vs interféron vs temsirolimus plus interféron  626  SSP : 3,8 vs 1,9 vs 3,7 (p <0,001) SG : 10,9 vs 7,3 vs 8,4 (p =0,008)  MS : 32,1  7 vs 14 vs 20  Non  Hudes et al. (2007) [29
 
Evérolimus vs placebo  410  SSP : 4,0 vs 1,9 (p <0,001)  MS : 63  10 vs 4  ND  Motzer et al. (2008) [54
RP : 1 
 
Pazopanib vs placebo  435  SSP : 9,2 vs 4,2 (p <0,001)  MS : 38  14 vs 3  ND  Sternberg et al. (2010) [56
RP : 30 
RC : <
             



Légende :
RC : réponse complète ; AII : arrêt pour effets indésirables ; NA : non applicable ; ND : non déterminé ; SG : survie globale ; SSP : survie sans progression ; RP : réponse partielles ; MS : maladie stable.

[a] 
Étude étendue.
[b] 
Trois mois.
[c] 
Patients censures au cross-over.
[d] 
Cancer and Leukemia Group B trial (CALGB).


Tableau 2 - Études sur le traitement séquentiel.
Étude  n   Bénéfice cliniquea (%) 
Sunitinib Sorafénib  
Sablin et al. [63 22  64 
Tamaskar et al. [64 80 
Dudek et al. [66 20  35 
Di Lorenzo et al. [65 52  77 
Shepard et al. [67 18  41 
 
Sorafénib Sunitinib  
Sablin et al. [63 68  66 
Tamaskar et al. [64 50 
Dudek et al. [66 29  59 
Eichelberg et al. [68 30  50 
 
Bévacizumab Sunitinib  
Rini et al. [69 61  82 
 
Bévacizumab Sorafénib  
Shepard et al. [67 13  33 
 
Sorafénib Axitinib  
Rini et al. [70 62  21 



[a] 
Réponse partielle plus maladie stable.


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