Traitement de l'incontinence urinaire d'effort pure par bandelette sous-urétrale sans tension (TVT). Résultats à moyen terme d'une étude prospective sur 124 cas

03 juillet 2002

Mots clés : Incontinence d'urine, T.V.T.
Auteurs : VILLET R., ATALLAH D., COTELLE-BERNEDE O., Pierre GADONNEIX, SALEE-LIZEE D., VAN DEN AKKER M.
Référence : Prog Urol, 2002, 12, 70-76
Buts: Depuis 1994, le rôle du soutien de l'urètre dans la continence a été mis en exergue, aboutissant à une nouvelle technique de cure de l'incontinence urinaire d'effort (IUE) 'Tension free Vaginal Tape'(TVT). Cette technique est réalisée en France depuis 1996 et nous analysons ses résultats chez 124 patientes consécutives traitées pour IUE dominante. Matériel et Méthode: Les 124 patientes n'avaient pas de prolapsus nécessitant un geste chirurgical et avaient des fuites cliniques à l'effort après remplissage de la vessie avec 250 ml de sérum physiologique (stress-test). 29 patientes avaient déjà été opérées d'un trouble de la statique pelvienne, 22 fois avec un geste urinaire ; toutes les patientes ont eu un bilan urodynamique. 54 patientes présentaient, en plus de l'IUE, des signes cliniques d'impériosité et 6 avaient une traduction à la cystomanométrie. La moyenne de la pression de clôture urétrale maximale était de 47 cm d'H2O (12-120). Toutes les patientes ont été opérées sous anesthésie locale (xylocaine 0,25 adrénalinée) suivant le même protocole standardisé.
Le suivi moyen était de 35. 2 mois (18-54). La morbidité per et périopératoire, le résultat objectif par stress-test, le résultat subjectif par questionnaire de satisfaction et les complications à long terme ont été analysés.
Résultats : 110 patientes (88,7%) étaient totalement sèches, 10 (8%) améliorées et 4 (3.3%) étaient des échecs. 117 patientes (94.3 %) étaient satisfaites. Les signes d'impériosité ont disparu chez 38 patientes sur 54 (63%). La pression de clôture n'influence pas le résultat. Il y a eu 11 perforations vésicales (8,8%), 3 hématomes dont aucun n'a nécessité une reprise. La reprise de la miction a été simple chez 122 patientes. Il y a eu 2 rétentions respectivement jusqu'à J2 et J3. Chez 76 patientes (61,3%) le premier résidu post-mictionnel a été inférieur à 100 ml.
A long terme il n'y a eu aucun rejet de la prothèse mais 3 érosions vaginales traitées par simple plastie.
Conclusion : Avec trois ans de recul et une expérience de 5 ans, nous montrons l'intérêt de la technique TVT dans la cure de l'IUE de la femme en raison des bons résultats (objectif : 89% - subjectif : 95%), de la reproductibilité, de la simplicité et de la faible morbidité.

L'incontinence urinaire d'effort est définie comme une perte involontaire d'urine à travers l'urètre, sans activité du détrusor , suffisamment sévère pour devenir un handicap social et hygiénique [1]. C'est une situation très fréquente et souvent non rapportée par les patientes. Aux U.S.A. seulement 20% d'entre elles rapportent leur fuite urinaire à leur médecin [7]. Malgré les conséquences médicales, psychologiques et financières, l'importance de ce problème reste sous estimé. Ainsi, seul un tiers des médecins traitants demande des explorations complémentaires dans cette situation. L'incontinence urinaire d'effort est la résultante d'une association d'altération nerveuse, musculaire et conjonctive du plancher pelvien. Le support de l'urètre, la fonction du col vésical et des muscles péri-urétraux ainsi que celle des élévateurs de l'anus sont des déterminants majeurs de la continence.

De nombreux progrès ont été faits depuis le début du siècle en matière de chirurgie de la continence. Kelly et Dumm [9] ont noté le manque de coaptation du col vésical chez les femmes avec une incontinence urinaire majeure et ont haubané le col vésical par un fil de soie pour pallier à cette défaillance. Quelques années plus tard Bonney [2] a attiré l'attention sur la perte du support urétral chez les patientes incontinentes et a proposé de plicaturer le fascia sous urétral. En 1949, Marshall [11] a, de façon empirique, fixé le tissu péri-urétral au pubis pour diminuer l'incontinence urinaire d'effort. Plusieurs auteurs ont ensuite imaginé des interventions anti-incontinence par fixation indirecte du col vésical et des tissus péri-urétraux à l'aide du vagin (colpopexie rétro-pubienne selon Burch, colpopexie simplifiée selon Pereira, Raz...) En 1976, Richardson [20] a proposé un traitement adapté à chaque cas selon la physiopathologie. En effet à la même époque ont été distinguées les incontinences par défaut sphinctérien avec béance cervicale et les incontinences par défaut de support urétral avec hypermobilité urétrale [12]. A partir de 1994 De Lancey a insisté sur l'importance du support de l'urètre [4, 5]. Parallèlement Petros et Ulmsten [16, 17] ont décrit un système de soutènement de l'urètre 'dynamisé ', qui fut à la base de la technique de la TVT (Tension free Vaginal Tape).

Nous avons publié en 1998 nos résultats concernant les 22 premières patientes d'une série prospective [26] présentant une incontinence urinaire d'effort pure traitée par cette technique (TVT) sans geste associé. Le but de ce travail est de rapporter les résultats des 124 premières patientes traitées pour incontinence urinaire d'effort dominante par TVT sous anesthésie locale entre octobre 1996 et octobre 1999.

PATIENTES ET METHODES

Cent vingt quatre patientes consécutives ont été opérées par la technique TVT isolée pour incontinence urinaire d'effort. L'âge moyen était de 60,71 ans (34-87; DS :10,67); 55% avaient plus de 60 ans. Soixante quatre patientes (51,6%) étaient obèses (Body Index supérieur à 20% du poids idéal) et vingt neuf (23,4%) avaient un excès pondéral (Body Index supérieur à 10% du poids idéal). Quarante cinq patientes avaient déjà subi une chirurgie pelvienne et chez vingt neuf d'entre elles cette chirurgie avait été faite pour trouble de la statique pelvienne avec un geste urinaire dans 22 cas. (Tableaux I et II). Toutes les patientes incluses avaient une incontinence urinaire d'effort : 24,7%, 68,8% et 6,5% survenant respectivement pour un effort faible, modéré ou important et toutes avaient une fuite urinaire en jet à la toux lors de l'examen clinique, après remplissage de la vessie avec 250 ml de sérum physiologique. Cinquante quatre patientes (43,5%) avaient des signes d'instabilité vésicale clinique (pollakiurie, impériosité et incontinence par impériosité). Toutes ont eu un bilan urodynamique avant l'intervention (cystomanometrie, débimétrie, profilométrie) et seulement six avaient une traduction urodynamique de leurs troubles d'instabilité clinique et ont été incluses dans l'étude car les fuites d'effort qu'elles présentaient étaient dominantes. La capacité vésicale moyenne était de 450 cc (250-1000; DS=128). La moyenne de la pression de clôture urétrale maximale était de 47 cm d'H2O (12-120; DS=20,53). Onze patientes avaient une pression de clôture maximale inférieure ou égale à 20 cm H2O. La moyenne du débit maximal était de 27 ml/sec (7-87; DS=14,64) avec trente huit patientes présentant un débit maximal inférieur à 20ml/sec. Durant cette même période vingt six patientes avec prolapsus génito-urinaire associé, atteignant le 1/3 inférieur du vagin et nécessitant un geste chirurgical en plus de la TVT, étaient exclues de l'étude. Toutes les patientes ont été opérées par la même équipe avec le même protocole d'anesthésie locale et selon la même procédure chirurgicale déjà détaillée et décrite auparavant [26].

Toutes les patientes ont reçu une information détaillée sur la procédure et ont donné leur accord. Les patientes ont été revues un mois après l'intervention, six mois plus tard et régulièrement jusqu'en mai 2001. Un interrogatoire personalisé de satisfaction et un test d'effort ont été effectués chez chacune d'elles après remplissage de la vessie avec 250 ml de sérum physiologique comme lors de l'inclusion dans l'étude. Le vagin était examiné pour détecter toute érosion ou tout rejet de la prothèse. Il n'y a pas eu de bilan urodynamique postopératoire systématique.

Le suivi moyen était de 35,2 mois (18-54, DS : 8-8)

Résultats

Cent dix patientes (88,7%) étaient totalement sèches à l'interrogatoire et lors de l'examen clinique. Dix (8%) ont été améliorées et quatre (3,3%) étaient des échecs. Ceci explique que sur un interrogatoire personnalisé cent dix sept patientes (94,3%) se disaient satisfaites de l'intervention.

Parmi les quatre échecs, une patiente avait comme antécédent une irradiation pelvienne pour cancer et une autre patiente avait eu une chirurgie de statique pelvienne et d'incontinence urinaire d'effort (hystérectomie subtotale conservatrice avec promonto-fixation et colpopexie rétro-pubienne selon Burch). Les deux autres patientes n'avaient pas d'antécédent de chirurgie pelvienne. L'une d'elles a été reprise quatre mois après l'intervention initiale pour une seconde TVT, la première TVT semblant avoir été mise, sans tension, mais trop proche du méat. Cette patiente était continente seize mois après la deuxième intervention. La quatrième enfin avait une incontinence mixte et faisait partie des six patientes avec une instabilité vésicale au bilan urodynamique préopératoire. Parmi les cinq autres avec une instabilité vésicale préopératoire, une a été améliorée et était satisfaite alors qu'elle conservait des besoins urgents, enfin quatre ont été guéries. Les quatre échecs et six sur dix des patientes améliorées avaient plus de soixante ans. Trente huit des cinquante quatre patientes se plaignant en préopératoire de signes cliniques d'instabilité vésicale ne se plaignaient plus en postopératoire et étaient guéries de leur incontinence d'effort, seize conservaient des signes cliniques d'instabilité mais étaient quand même satisfaites. Les résultats comparatifs à un mois et à 35,2 mois sont résumés dans la Figure 1. La pression de clôture n'influence pas le résultat; toutes les patientes avec une pression de clôture inférieure à 20 cm d'H2O sont totalement sèches (Tableau III). De même les résultats sont identiques qu'il y ait ou non surcharge pondérale (Tableau IV).

Figure 1 : Résultats.

Le temps opératoire était de 30 minutes en moyenne.

Cent vingt deux patientes étaient capables de reprendre une miction normale dès la première miction ou après l'ablation de la sonde urinaire pour les patientes chez lesquelles une sonde avait été mise en place (voir plus loin). Seulement deux patientes, dysuriques en préopératoire, ont présenté un épisode de rétention urinaire aiguë. Ces deux patientes sont sorties à J2 et J3 avec sondage intermittent. La miction a repris dans la semaine. Les premiers résidus post-mictionnels des cent vingt quatre patientes étaient de 163,9 ml (0-850). Soixante seize patientes (61,3%) ont eu un premier résidu inférieur à 100 ml. La durée d'hospitalisation postopératoire était de 2,08 jours (0-7).

Onze perforations vésicales (8,8%) ont été notées dont trois d'entre elles avaient des antécédents de chirurgie pelvienne (Burch, Stamey avec voie basse et hystérectomie abdominale par Pfannenstiel). Toutes ces patientes ont été capables d'uriner d'emblée après ablation de la sonde urinaire laissée en place pendant 48 heures pour la circonstance. Le premier résidu post-mictionnel moyen chez ces onze patientes était de 38.6 ml (10-100). La durée d'hospitalisation chez ces onze patientes était de 4.2 jours (2-7).

Trois hématomes péri-opératoires ont été diagnostiqués cliniquement et à l'échographie. Ils ne dépassaient pas 300 ml. Aucune reprise et aucune transfusion n'ont été nécessaires. Toutes ces patientes ont repris leur miction après l'ablation de la sonde vésicale. La sortie de ces patientes n'a pas été altérée par cet épisode de saignement.

Quatre déchirures vaginales ont été notées. Ces déchirures ont été suturées avec un fil résorbable juste après la mise en place de la bandelette.

Lors des consultations de surveillance trois érosions ont été notées, sans signe d'infection ou de rejet de la prothèse, et ne concernaient pas les patientes ayant eu une déchirure vaginale peropératoire. Chez ces trois patientes, il a été nécessaire de recouvrir la prothèse par un lambeau vaginal avec un résultat satisfaisant.

Discussion

La technique TVT consiste à soutenir l'urètre sans tension par une bandelette de Prolène® dans le but de recréer des ligaments pubo-urétraux et de renforcer le hamac pubo-vaginal défaillant [16, 17, 23, 24]. Cette technique a été importée de Suède en France en octobre 1996 [8, 26] et s'est développée de manière exponentielle (plus de 50 000 TVT posées en France à la date du 30.06.2001 ’Äì communication Gynecare-). La série que nous rapportons est homogène puisqu'il n'y a pas eu d'autres gestes associés qui auraient pu interférer avec le procédé TVT. Toutes les patientes avaient une incontinence urinaire d'effort socialement invalidante, recueillie par un interrogatoire validé et, de plus, celles-ci présentaient des fuites en jet retrouvées à l'examen clinique lors de l'effort de toux, en position gynécologique après remplissage de la vessie avec 250 ml. Ce dernier critère d'inclusion est en accord avec la publication de Wall [27] qui a montré que la mise en évidence clinique d'une fuite à l'effort, lors d'un simple remplissage de la vessie, était prédictive de la présence d'une incontinence urinaire d'effort authentique lors du bilan urodynamique et qu'inversement, l'absence de fuite était corrélée avec l'absence d'incontinence urinaire authentique lors d'un bilan urodynamique plus complexe. Toutes les interventions se sont déroulées sous anesthésie locale 'assistée'. Le choix était d'emblée justifié puisqu'il n'y avait pas d'autre geste chirurgical à faire. Cette 'assistance' se traduit par les mesures préopératoires habituelles de toute intervention chirurgicale, l'administration d'une prémédication et enfin la participation peropératoire de l'anesthésiste qui, par sa présence et sa connaissance du déroulement de la procédure, rassure la patiente et peut, le cas échéant, compléter l'anesthésie locale par une injection titrée de benzodiazépine plus ou moins complétée de morphiniques. Nous avons conservé la technique d'anesthésie locale décrite précédemment qui utilise un volume important (135 ml) avec des doses faibles de xylocaine® (33,5 mg). Nous n'avons eu à déplorer aucune complication imputable à l'anesthésie locale et nous pensons comme d'autres [29] que ce mode d'anesthésie bien mené a deux avantages : une hydrodissection de l'espace de Retzius refoulant ainsi les éléments rétro-pubiens et diminuant la morbidité résultant du passage de l'aiguille ; une participation active de la patiente au déroulement de la procédure avec un réglage, en fin d'intervention, fonction de la mobilité urétrale et de l'importance de la fuite.

Dans cette série, il n'y avait aucun prolapsus clinique atteignant ou dépassant le tiers inférieur du vagin, c'est à dire supérieur au stade I. En cas de doute, un colpocystogramme [31] était pratiqué. Il est possible que, chez les patientes avec un prolapsus inférieur ou égal au stade I, l'intervention TVT, par son absence de traction antérieure et la conservation de la mobilité du col vésical [26] ne modifie pas l'équilibre antéro-postérieur du pelvis et n'augmente pas ainsi le risque de prolapsus des étages moyen et postérieur comme cela est le cas après une colpopexie rétro-pubienne [30].

La plaie vésicale est la complication la plus fréquente de cette technique, elle est de 8,87 % dans notre série ce qui est identique à celle rapportée dans la littérature où elle se situe entre 2 et 23% [13, 22, 25, 28]. Toutes les plaies siégeaient au niveau du dôme et nous n'avons eu aucune plaie de l'urètre, du trigone ou des uretères. Une plaie vésicale a été observée chez 10,1% (8/79) des patientes jamais opérées et 6,7% (3/45) des patientes avec des antécédents de chirurgie pelvienne et 6,9 % des patientes opérées au préalable d'un trouble de la statique pelvienne. Nous n'avons donc pas retrouvé comme d'autres [22] une plus grande fréquence avec des antécédents chirurgicaux d'abord de l'espace de Retzius. Cette absence de différence s'explique sans doute parce que les cas récidivés sont opérés dans notre équipe par l'opérateur ayant la plus grande expérience alors que les patientes de première main sont volontiers opérées par les chirurgiens débutant la technique, or les plaies vésicales diminuent avec la courbe d'apprentissage [6]. La plaie vésicale n'a pas de conséquence si elle est reconnue pendant l'intervention puisqu'elle se fait dans un espace de Retzius non disséqué avec une pointe d'aiguille non tranchante. Nous n'avons pas observé de plaie diagnostisquée secondairement mais nous réalisons toujours une cystoscopie peropératoire avec un cystoscope optique 70 degrés et nous reposons également toutes les bandelettes ayant un trajet sous-muqueux ou dans le détrusor. Cet état se caractérise par une plicature de la muqueuse vésicale lors d'une traction verticale sur l'aiguille. En cas de plaie vésicale, toutes les interventions ont pu être terminées en réalisant un nouveau passage plus médian et lors du réglage de la bandelette nous insistons peut-être encore plus sur la nécessité d'être 'sans tension' pour permettre une ablation rapide de la sonde vésicale et une reprise mictionnelle normale, sans résidu, à la 48ème heure, ce qui a été le cas chez nos 11 patientes.

L'intervention TVT doit être faite sans tension, la bandelette soutenant l'urètre mais ne le comprimant pas. Ceci explique sans doute que la reprise mictionnelle se fasse plus facilement après TVT qu'après intervention de Burch ou de Marshall Marchetti Krantz où la reprise spontanée de la miction se fait respectivement à 8.5 ± 7 jours et 13.4 ± 6.9 jours [3]. Dans notre série 76 patientes (61,3%) ont, en postopératoire immédiat ou après ablation de la sonde, une première miction normale avec un résidu post-mictionnel inférieur à 100 ml. Chez 31 patientes (25%) le résidu a été inférieur à 100 ml après la deuxième miction. 122 des 124 patientes avaient une miction normale avec un résidu post-mictionnel en moyenne inférieur à 20 ml à leur sortie de l'hôpital. Seulement 2 patientes ont quitté l'hôpital avec des sondages intermittents et la miction est redevenue normale après une semaine. Après colpopexie rétro-pubienne selon Burch, le taux de rétention urinaire et d'auto-sondage atteint 20% [3, 10].

Les 2 patientes en rétention pendant une semaine avaient une capacité vésicale à 450 et 560 ml et une débitmétrie maximale à 11 et 20 ml / seconde respectivement, avec des courbes mictionnelles témoignant d'une miction par poussée abdominale. Il faudra peut-être se méfier de ces patientes et discuter d'une rééducation mictionnelle préopératoire. Dans le suivi nous avons noté 12 dysuries cliniques mais aucune n'étant véritablement invalidante pour les patientes. Nous n'avons pas fait de débitmétrie systématique ni de courbe pression/débit. Certaines patientes se plaignant d'une diminution de leur jet mictionnel postopératoire ont quand même eu une débitmétrie pour comparer le débit postopératoire au débit préopératoire. Nous avons souvent constaté que le débit maximum préopératoire était fort élevé et que le débit postopératoire était diminué par rapport à celui-ci mais restait souvent supérieur à 20 ml /seconde. Les résultats de la littérature sur la dysurie postopératoire sont variables. Pour le promoteur de la méthode, l'intervention est peu dysuriante [15, 25], pour d'autres la diminution du débit postopératoire est minime mais s'accompagne d'une augmentation significative de la pression du détrusor au débit maximum [13].

Avec un recul moyen de 35,2 mois (18-54) nous retrouvons les résultats de la littérature [15, 18, 21] avec 88,7% de patientes totalement sèches et 8% de patientes nettement améliorées, ne conservant que quelques fuites à vessie pleine. Toutes ces patientes sont satisfaites du résultat. Lors des consultations successives après plus de trois ans, nous n'avons pas noté de dégradation du résultat [26]. Il y a eu quatre échecs (3,2%), les patientes avaient plus de soixante ans. Un des échecs est sans doute lié à la radiothérapie reçue par la patiente, posant le problème de l'indication de cette technique chez les patientes dont l'urètre est rigide voire figé. Nous n'avons pas noté de différences de résultat en fonction de la pression de clôture mais toutes nos patientes avaient des pressions de clôture supérieures à 12. Or, la majorité des échecs rapportés dans la littérature surviennent pour des pressions de clôture inférieures à 10 cm d'H2O [19] posant le problème de l'indication de la TVT dans les grandes insuffisances sphinctériennes. L'incontinence urinaire mixte, même si l'instabilité vésicale a une traduction urodynamique, n'est pas une contre-indication à la TVT si l'incontinence urinaire d'effort est dominante puisque nous avons eu 70% de patientes satisfaites après leur TVT (38 patientes sur cinquante quatre). Il n'y a pas eu de phénomène d'infection ou de rejet de la bandelette. Aucun cas de rejet n'a d'ailleurs été publié dans la littérature témoignant de la remarquable tolérance du polypropylène ce qui n'était pas le cas du Gore Tex [14, 23], du Téflon [23] ou du Mersilène [23]. Les érosions vaginales que nous avons notées n'ont jamais entraïné d'infection de la bandelette et n'ont jamais compromis le devenir de celle-ci. La simple recouverture par une plastie vaginale a toujours été suffisante.

Conclusion

Avec trois ans de recul moyen et une expérience de cinq ans, nous pouvons conclure que l'intervention TVT améliore 95% des patientes présentant une incontinence urinaire d'effort. Cette intervention, parfaitement tolérée avec une morbidité opératoire faible, peut être pratiquée sous anesthésie locale. Il nous semble donc logique que, en dehors de tout phénomène passionnel ou marketing, la TVT devienne la technique de référence dans le traitement de l'incontinence urinaire d'effort de la femme. Il nous faudra à l'avenir :

1) mieux définir les limites d'indication de la méthode, notamment en cas d'insuffisance sphinctérienne, de syndrome d'urgence mictionnelle et de dysurie, sans doute par une meilleure analyse de ces différents troubles.

2) préciser sa place et sa mise en oeuvre dans la prise en charge de l'incontinence urinaire, notamment lorsqu'elle est associée à un prolapsus génital.

Après cinq ans, nous restons convaincus que cette technique ne disparaïtra plus de notre arsenal thérapeutique.

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