Traitement de l'incontinence urinaire d'effort par Surgimesh ® Sling, évolution de la qualité de vie et de la qualité de la sexualité des patientes sur une période de 12 mois

25 septembre 2011

Auteurs : J.-F. Hermieu, J. Bron, W. Momper, P. Dessard, X. Roumier, C.O. Devins, W. Wiecek, G. Sorba
Référence : Prog Urol, 2011, 8, 21, 554-561
Objectifs

Évaluer l’évolution de la qualité de vie (QdV) et de la sexualité après mise en place d’une bandelette sous-urétrale (BSU) Surgimesh® Sling pour incontinence urinaire d’effort féminine (IUEF).

Patientes et méthodes

Registre de suivi longitudinal prospectif, multicentrique, d’une durée de 12 mois. Cent soixante-huit patientes âgées de 53,5±12,5 ans, ayant un indice de masse corporelle (IMC) moyen de 26,26kg/m2, ayant une incontinence urinaire d’effort (IUE) pure (82 %) ou mixte à effort prédominant (18 %), ont subi l’implantation d’une bandelette Surgimesh® Sling par voie transobturatrice après échec de rééducation périnéale. Dix-sept patientes ont été opérées simultanément d’un prolapsus génital de niveau supérieur à 2. La QdV a été appréciée par la question 5 du questionnaire International Consultation Continence Questionnaire (ICIQ). La sexualité a été évaluée par la pratique ou non de rapports sexuels, la recherche de douleurs ou de fuites lors des rapports sexuels et par une échelle analogique allant de 0 à 10. Ces données ont été enregistrées en préopératoire, à trois et à 12 mois. Parallèlement, les résultats en termes de continence ont été notés.

Résultats

La QdV a été significativement très améliorée sur l’échelle ICIQ avec un passage du score moyen de 2,79±1,75 en préopératoire, à 8,57±1,76 à trois mois et à 8,48±1,7 à 12 mois (p <0,05). Le pourcentage de patientes ayant des rapports sexuels ne présentait pas de variation significative au cours de l’étude (environ 80 % dans le groupe de femmes opérées de leur incontinence et 50 % pour celles opérées d’une incontinence urinaire et d’un prolapsus génital). Curieusement, le nombre de patientes déclarant des douleurs lors des rapports sexuels a diminué significativement (15 % versus 3 % versus 2,1 %). Si 17,7 % des femmes déclaraient des fuites urinaires lors des rapports sexuels en préopératoire, aucune femme n’avait ce symptôme après l’intervention. Enfin, le score de qualité de sexualité s’est amélioré significativement en postopératoire (7,84 versus 8,89 versus 9,20 ; p =0,001). Parallèlement, en termes de continence à 12 mois, 75,6 % des femmes déclaraient être guéries et 23,53 % être améliorées. Hormis le pourcentage de femme déclarant avoir des rapports sexuels (80 % versus 50 %), aucune différence significative de résultats n’a été notée entre le groupe de femmes opérées exclusivement de leur incontinence ou de leur incontinence et d’un prolapsus de haut grade.

Conclusion

La correction de l’IUEF par la bandelette Surgimesh® Sling a entraîné une amélioration très significative de la QdV et de la sexualité.




 




Introduction


Les séries publiées sur les bandelettes sous-urétrales (BSU) se sont intéressées principalement aux résultats globaux de ces interventions, à des séries comparatives des voies d'abord, à la morbidité induite, aux moyens de la prévenir et de la prendre en charge. Peu de publications ont abordé l'aspect fonctionnel pourtant essentiel chez des femmes opérées de plus en plus jeunes pour lesquelles fonction et qualité de vie (QdV) sont au premier plan. Par ailleurs, ces patientes avaient souvent une sexualité active et il paraissait indispensable d'évaluer le retentissement de cette chirurgie réalisée par voie vaginale et nécessitant l'utilisation d'un implant de renfort synthétique.


Le but de cette étude a été de déterminer les caractéristiques préopératoires des patientes traitées de leur incontinence urinaire d'effort féminine (IUEF) par la BSU Surgimesh® Sling et d'observer l'évolution de leur QdV liée à leur confort mictionnel et à leur sexualité.


Patientes et méthodes


Cette étude a consisté à réaliser un registre de suivi longitudinal prospectif, multicentrique, d'une durée de 12 mois. Ce registre était une étude non interventionnelle respectant la législation française sur l'anonymat des données et l'information des patientes. Aucune modification de traitement ni de suivi n'a été induite par l'étude. Le protocole de cette étude a été élaboré et validé dans le respect de la norme Afnor concernant les implants de renfort mis en place par voie vaginale pour cure d'IUEF. Les centres ont été monitorés afin de vérifier la cohérence entre les données recueillies sur le cahier d'observation électronique et le dossier source.


Caractéristiques générales des patientes à l'inclusion


Cent soixante-huit patientes ont été incluses.


Les patientes étaient âgées de 53,5±12,5ans (28 à 87ans). Le poids moyen était de 69kg pour une taille moyenne de 1,62m, soit un indice de masse corporelle (IMC) moyen de 26,26kg/m2. Les patientes ont eu en moyenne 2,32±0,97enfants : (un enfant : 14 % ; deux enfants : 43 % ; trois enfants : 32 %). Au total, 93,5 % des patientes ont accouché par voie basse. Le poids des bébés à la naissance était de 3600±500g.


Les patientes avaient à l'inclusion une IUEF pure pour 138 d'entre elles (82 %), mixte à effort prédominant pour 30 d'entre elles (18 %). L'incontinence urinaire était principalement provoquée par un effort modéré pour 111 d'entre elles (66 %) et dans 20 % des cas par un effort faible (Figure 1).


Figure 1
Figure 1. 

Sévérité de l'incontinence urinaire à l'inclusion.




Deux patientes avaient une pollakiurie diurne (1,2 %) et 11 une pollakiurie nocturne (6,5 %).


Sur les 168 patientes de l'étude, 35 (20,8 %) utilisaient au moins une protection par 24heures et 26 (15,5 %) au moins deux protections par 24heures. Alors que le protocole prévoyait l'évaluation des symptômes par le questionnaire MHU (mesure du handicap urinaire), cette évaluation n'a pu être effectuée, les praticiens déclarant ne pas les réaliser systématiquement, que ce soit en partie ou en totalité. Seul le score mesurant l'impériosité de la fuite a été documenté pour 24 patientes avec des scores de 1 ou de 2.


À l'examen clinique, la toux provoquait des fuites urinaires chez 163 patientes (97 %). La manœuvre de soutènement de l'urètre était toujours positive. Les patientes ayant au moins un élément de prolapsus génital étaient au nombre de 41 (24,4 %). Trente-huit patientes (23 %) avaient une cystocèle, sept (4 %) une hystérocèle et 20 (12 %) une rectocèle. Les 17 patientes (10 %) qui avaient un stade 3 ou 4 ont eu une cure de prolapsus dans le même temps opératoire. Quatre patientes avaient une atrophie vulvovaginale. Un bilan urodynamique a été réalisé en préopératoire chez 109 patientes (65 %). Ce bilan urodynamique n'a révélé aucune hyperactivité détrusorienne. La moyenne des pressions maximales de clôture urétrale (PCMU) était de 68cm d'eau (±27) et la débitmétrie montrait un débit maximal mictionnel de 29±12,19mL/s.


Qualité de vie à l'inclusion


La QdV était évaluée par une échelle analogique allant de 0 (mauvaise) à 10 (excellente) (question 5 de l'International Consultation Continence Questionnaire [ICIQ]). À l'inclusion, les patientes avaient une QdV nettement altérée : 84 % des patientes avaient un score inférieur à 5. Les patientes n'ayant pas de prolapsus de niveau 3 ou 4 avaient un score moyen préopératoire de 2,72±1,64 contre 3,41±2,48 pour celles ayant un prolapsus extériorisé.


Qualité de la sexualité à l'inclusion


À l'inclusion, 113 patientes (77 % des patientes qui ont répondu) ont déclaré avoir régulièrement des rapports sexuels (80 % dans le groupe des patientes n'ayant pas de prolapsus de niveau 3 ou 4 contre 46 % dans le groupe ayant un prolapsus extériorisé).


La qualité de la sexualité était évaluée par une échelle analogique allant de 0 (mauvaise) à 10 (excellente). Cent quarante-trois patientes (85 %) exprimaient une satisfaction supérieure ou égale à 5 sur l'échelle visuelle analogique sans différence significative entre les groupes ayant ou n'ayant pas de prolapsus de niveau supérieur à 2.


Sur les 113 patientes ayant répondu avoir régulièrement des rapports sexuels, 17 (15 %) avaient des douleurs et 20 (17,7 %) des fuites urinaires lors des rapports sexuels.


Procédure opératoire et suivi postopératoire


Surgimesh® Sling a été commercialisée en décembre 2005. Il s'agit d'une bandelette non résorbable, non fixée, en polypropylène tricoté monofilament, à larges mailles, atraumatique, sans relarguage, à élongation minimale, sans effet corde. Elle est implantée par voie d'abord rétropubienne ou plus souvent par voie transobturatrice, à l'aide d'ancillaires restérilisables ou à usage unique.


Les 168 patientes ont été opérées entre le 29/09/2004 et le 03/08/2009. L'intervention a été réalisée essentiellement sous anesthésie générale pour 113 patientes (67 %). La technique chirurgicale employée a été la voie transobturatrice, principalement de dehors en dedans (135 patientes, 80 %), de dedans en dehors pour les autres patientes. Un ancillaire en queue de cochon (ATOT-RL) a été principalement utilisé. L'implant a été mis en place avec une gaine protectrice pour 147 patientes (87 %). Les complications peropératoires ont été notées.


Les patientes ont été revues par leur opérateur entre un et trois mois postopératoire. La continence à l'effort par l'interrogatoire et par l'examen clinique, l'existence d'autres troubles mictionnels, les douleurs, d'éventuelles complications (érosion urétrale, vaginale...) ont été évalués. La QdV a été évaluée par la question 5 de l'ICIQ. Concernant la sexualité, il a été demandé si les patientes avaient des rapports sexuels et si elles se plaignaient de douleurs ou de fuites urinaires lors des rapports sexuels. La qualité de la sexualité a été évaluée par échelle analogique. Une évaluation des résultats fonctionnels à un an a été effectuée par un opérateur indépendant lors d'un entretien téléphonique. Cette évaluation portait sur la continence, la QdV et de la sexualité par des questionnaires analogiques. Les données concernant les patientes avec ou sans prolapsus de niveau 3 ou 4 ont été analysées séparément.


Résultats


Résultats obtenus sur l'incontinence urinaire d'effort féminine


Trois mois après l'intervention, 129 patientes (77 %) déclaraient une disparition totale de l'IUEF et 37 (22 %) une réduction de l'IUEF. À 12 mois, 127 (75,6 %) des patientes déclaraient une disparition totale de l'IUEF et 39 (23 %) une réduction des fuites à l'effort (Figure 2). Une seule patiente n'avait pas d'amélioration de ses fuites à l'effort trois mois et 12 mois après l'intervention. Il n'y avait pas de différence significative entre les patientes opérées exclusivement de leur incontinence urinaire et celles opérées de leur incontinence et de leur prolapsus génital.


Figure 2
Figure 2. 

Évaluation de l'incontinence urinaire d'effort en postopératoire (à 3 et 6 mois).




Complications postopératoires


Les douleurs postopératoires étaient peu fréquentes, immédiatement après l'opération, et d'intensité légère (de 1 à 3 sur une échelle analogique allant de 0 à 10). Elles disparaissaient rapidement pour devenir nulles à trois et à 12 mois. Vingt-six patientes avaient des douleurs postopératoires. Chez 18 d'entre elles, le siège déclaré était : la cuisse (huit cas, 44,44 %), le muscle obturateur (six cas, 33,33 %), les adducteurs (trois cas, 16,67 %), le périnée (un cas, 5,56 %).


Le traitement proposé (n =26) était : du paracétamol (neuf cas, 35 %), l'association dextropropoxyphène–paracétamol (sept cas, 27 %), aucun traitement (six cas, 23 %), l'association d'anti-inflammatoires non stéroïdiens et de paracétamol (quatre cas, 15 %).


Aucune réintervention chirurgicale pour dysurie postopératoire n'a été notée.


Il est à noter un seul cas d'érosion vaginale trois mois après l'intervention et aucune douleur sur le trajet de la bandelette.


Il n'a pas été décrit de complication particulière telle que réadmission, saignement, plaie digestive, vasculaire ou nerveuse, érosion urétrale, signe d'infection, section/ablation partielle ou totale de la bandelette.


Évolution de la qualité de vie des patientes


L'évaluation de la QdV par échelle analogique a été résumée sur la Figure 3.


Figure 3
Figure 3. 

Évolution de la qualité de vie par échelle analogique.




La QdV a été nettement améliorée. De manière globale, le score moyen est passé de 2,79±1,75 (sur 10) en préopératoire, à 8,57±1,76 à trois mois et 8,48±7,7 à 12 mois (p <0,05). Pour les patientes opérées exclusivement de leur incontinence, le score moyen est passé de 2,72±1,64 en préopératoire, à 8,55±1,76 à trois mois et 8,47±1,68 à 12 mois. Pour les patientes opérées de leur incontinence et de leur prolapsus génital, le score moyen est passé de 3,41±2,48 en préopératoire, à 8,71±1,76 à trois mois et 8,57±1,91 à 12 mois. L'écart n'était pas significatif entre ces deux groupes de patientes.


L'augmentation du score de QdV a été significative aux visites de suivi à trois mois et à 12 mois (p <0,05) (Figure 4).


Figure 4
Figure 4. 

Évolution du score de qualité de vie.




Il n'a, en revanche, pas été noté de différence significative selon le type de l'incontinence en préopératoire et à trois mois de suivi. En revanche, après 12 mois, les patientes ayant une incontinence pure ont eu un score de QdV plus élevé que les patientes ayant une incontinence mixte (8,60±1,68 versus 7,83±1,69 ; p <0,05).


Il n'existait, par ailleurs, pas de différence significative selon la sévérité de l'incontinence relevée en préopératoire, à trois mois et à 12 mois.


Évolution de la qualité de la sexualité des patientes


L'évaluation de la sexualité a été résumée sur les Tableau 1, Tableau 2 et sur la Figure 5.


Figure 5
Figure 5. 

Évolution du pourcentage de patientes ayant des rapports sexuels.




Le pourcentage de patientes ayant des rapports sexuels est resté quasiment le même tout au long du suivi des patientes, ce pourcentage étant de l'ordre de 80 % dans le groupe des femmes n'ayant pas de prolapsus de haut grade contre 50 % pour les autres.


Les patientes ont déclaré une quasi-disparition des douleurs (baisse du taux significative aux visites de suivi, p <0,05 aux tests exacts de Fisher) et une disparition des fuites urinaires lors des rapports sexuels.


À trois mois, 26 patientes (27,37 %) ont déclaré avoir une sexualité améliorée et 23 patientes (25,84 %) à 12 mois.


La qualité de la sexualité s'est améliorée avec le temps avec une augmentation significative du score de qualité, trois mois et 12 mois après la chirurgie (p <0,05 aux tests de Wilcoxon signé sur les rangs) (Figure 6).


Figure 6
Figure 6. 

Évolution du score de qualité de sexualité.





Discussion


L'efficacité des BSU pour corriger une IUEF n'est plus à démontrer [1]. Les publications portent essentiellement sur les résultats subjectifs et objectifs en matière de continence urinaire ainsi que sur leurs principales complications. Quelques publications abordent les résultats des BSU sur le plan fonctionnel et leur impact sur la QdV. Il est en effet essentiel que cette chirurgie « fonctionnelle » corrige les fuites urinaires d'effort sans induire d'autres troubles mictionnels à fort impact négatif sur la QdV.


Lors de la mise en place par voie vaginale d'une BSU, il paraît aussi opportun d'évaluer les conséquences sexuelles positives ou négatives de ces interventions.


Cette étude incluant 168 patientes montre un taux de correction de l'IUEF à 12 mois de 75,6 % et d'amélioration de 23 %. Ces taux sont conformes à ce qui est observé dans la littérature rapportant des taux de succès compris entre 76 et 97,3 % [2, 3]. Les complications observées avec la bandelette Surgimesh® Sling, posée par voie transobturatrice, de dehors en dedans, sont superposables à celles décrites avec des bandelettes du même type.


L'évaluation du retentissement de l'incontinence urinaire sur la QdV n'est pas toujours aisée. Entre un questionnaire validé trop exhaustif, souvent incomplètement, rempli par les patientes et un questionnaire simplifié n'évaluant pas tous les domaines, le choix est souvent difficile.


Dans de précédentes publications, les questionnaires choisis étaient l'IIQ-7 et l'UDI-6 [4, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11, 12], Ditrovie, Contilife et MHU [13], SUDI, SIIQ, EuroQol, échelle visuelle analogique et verbale [14], King's Health Questionnaire et SF36 [15], IQol, PSQ et UPS [16], Contilife [17]. La majorité des études a utilisé les questionnaires IIQ-7 et UDI-6 adaptés aux patientes de langue anglaise. Dans cette série, la QdV a été évaluée par la question 5 du questionnaire ICIQ.


L'incontinence urinaire a un impact sévère sur la QdV. Ducarme et al. [13] rapportent un score MHU préopératoire à 6,74 et un score Contilife à 82,1 ; Holmgren et al. [7], un score IIQ-7 à 43,7 et un score UDI-6 à 54,2 ; Lim et al., un score SUDI à 45,51 et un score SIIQ à 51,74. Notre étude confirme cet impact très péjoratif de l'incontinence urinaire sur la QdV, les patientes ayant un score moyen de 2,79 plus ou moins 1,75 à la question 5 de l'ICIQ. L'impact positif de l'intervention sur cet item est très significatif puisque, un an après l'intervention, le score moyen enregistré est de 8,48±1,70. Cette amélioration est conforme à ce qui a été publié. De nombreux auteurs rapportent, en effet, une amélioration significative des scores IIQ-7 et UDI-6 après mise en place d'une bandelette type TVT (tension-free vaginal tape ) [4, 5, 6, 8, 12]. Pour Holmgren et al. [7], les scores IIQ-7 passent de 43,7 à 11,5 et UDI-6 de 54,2 à 24. Ducarme et al. [13] rapportent un score MHU à 6,74 en préopératoire contre 1,4 en postopératoire, le score Contilife passant quant à lui de 82,1 à 38,8.


Cette amélioration de la QdV s'observe également et avec la même importance avec la voie transobturatrice [10, 14].


L'impact des fuites urinaires et de la chirurgie vaginale sur la sexualité est particulièrement difficile à évaluer. Les fuites urinaires lors des rapports sexuels sont particulièrement gênantes, entraînant une réduction ou un arrêt de l'activité sexuelle chez de nombreuses patientes [18]. On peut ainsi estimer que la correction de l'incontinence urinaire est un facteur d'amélioration de la sexualité. Parallèlement, la mise en place d'une BSU par voie vaginale peut avoir des conséquences délétères (défaut de cicatrisation vaginale, fibrose, effet corde, dyspareunie à la pénétration). Une sexualité satisfaisante est enfin le résultat de nombreux paramètres indépendants du statut de continence et de l'intervention chirurgicale.


L'évaluation de la sexualité passe par l'utilisation de questionnaires validés (MFSQ, BISF, FSFI, DISF, PISQ), pas toujours disponibles en langue française. Ces questionnaires validés évaluent plutôt la sexualité dans son ensemble mais sont peu adaptés à l'évaluation spécifique des conséquences mécaniques de la mise en place d'une BSU. Plutôt que d'utiliser des questionnaires peu adaptés, nous avons préféré évaluer la sexualité par l'existence ou non d'une activité sexuelle, sa qualité en utilisant une échelle analogique de 0 à 10, l'existence ou non de fuites urinaires et/ou de douleurs lors des rapports sexuels.


Concernant la sexualité, 77 % des patientes incluses dans cette étude déclaraient avoir régulièrement des rapports sexuels. Ce taux élevé s'explique par une population féminine globalement jeune (53,5ans en moyenne). Cette sexualité est satisfaisante quantitativement mais aussi qualitativement. Au total, 85 % des femmes interrogées ont un score de satisfaction de leur sexualité supérieur ou égal à 5 (7,84 en moyenne). Parmi ces femmes déclarant avoir une activité sexuelle, près de 20 % des femmes se plaignaient de fuites urinaires lors des rapports.


Après l'intervention, le même pourcentage de femmes ayant des rapports sexuels est observé. Aucune femme ne se plaignait de fuites urinaires lors des rapports. Le gain en score de qualité de sexualité était en moyenne de 1 point.


Ces résultats sont similaires aux études évaluant l'impact des BSU sur la sexualité.


Jha et al. [19] rapportent une amélioration significative après TVT de l'impact des troubles mictionnels sur la sexualité (66 % versus 16 %), une réduction de l'incontinence à la pénétration (33 % versus 6 %), une réduction de l'anxiété de la fuite (69 % versus 20 %). Elzevier et al. [20] rapportent une amélioration de la qualité de la relation sexuelle pour 26 % des patientes après mise en place d'une BSU.


Murphy et al. [10] ne notent pas de différence significative en termes de sexualité entre la correction de l'incontinence urinaire par bandelette par voie rétropubienne TVT ou par voie transobturatrice de dedans en dehors (TVT-O), évaluation effectuée à l'aide du questionnaire PISQ-12.


Elzevier et al. [21] rapportent plus de douleurs lors des rapports sexuels lorsque la bandelette est mise en place par voie transobturatrice, de dehors en dedans, que ce qui n'apparaît pas dans notre série. Il faut noter néanmoins que la bandelette utilisée dans cette publication est la bandelette Obtape® retirée du marché en raison de sa mauvaise tolérance.


Conclusion


La bandelette Surgimesh® Sling posée par voie transobturatrice, de dehors en dedans, a conduit à un taux de correction de l'IUEF conforme à ceux obtenus avec d'autres bandelettes actuellement commercialisées. Cette correction s'est accompagnée d'une amélioration très significative de la QdV et de la sexualité.


Déclaration d'intérêts


J.-F Hermieu : consultant pour Aspide.


J. Bron, C. Devins, P. Dessard, W. Momper, X. Roumier : investigateur pour Aspide.



Remerciements


La société Clinact a assuré le contrôle et l'analyse des données sur site et dans son système de base de données. Les contrôles qualité réalisés l'ont été sur l'ensemble de la population de l'étude.



 Niveau de preuve : 3.





Tableau 1 - Qualité de la sexualité des patientes opérées d'incontinence urinaire d'effort isolée.
(n =151)  Statistique  Préopératoire  À trois mois  À 12 mois 
Rapports sexuels  n (%)  107 (79,84)  93 (83,04)  88 (82,24) 
DM  17  39  44 
 
Douleurs lors des rapports sexuels  n (%)  16 (14,95)  2 (2,15)  1 (1,14) 
Comparaison versus Préopératoire  p   –  0,0016  0,0007 
 
Fuites urinaires lors des rapports sexuels  n (%)  19 (17,76) 
 
Échelle de qualité de la sexualité         
(de 0=mauvaise à 10=excellente)  n   107  93  88 
n (%)  7 (6,54)  3 (3,23)  1 (1,14) 
n (%)  1 (0,93)  1 (1,14) 
n (%)  1 (0,93)  1 (1,08)  1 (1,14) 
n (%)  3 (2,80) 
n (%)  4 (3,74) 
n (%)  7 (6,54)  4 (4,30)  2 (2,27) 
n (%)  10 (9,35)  2 (2,15)  1 (1,14) 
n (%)  1 (0,93)  2 (2,15)  1 (1,14) 
n (%)  9 (8,41)  7 (7,53)  5 (5,68) 
n (%)  2 (1,87)  7 (7,53)  5 (5,68) 
10  n (%)  62 (57,94)  67 (72,04)  71 (80,68) 
  DM 
 
  Moyenne  7,85  9,00  9,33 
  e.t.  3,11  2,23  1,87 
  Min 
  Médiane  10  10  10 
  Max  10  10  10 
  DM 
Comparaison versus Préopératoire  p   –  0,0008  0,0006 
 
Évolution de la qualité de la sexualité         
Améliorée  n (%)  –  24 (26,67)  22 (25,88) 
Inchangée  n (%)  –  60 (66,67)  58 (68,24) 
Dégradée  n (%)  –  6 (6,67)  5 (5,88) 
  DM   





Tableau 2 - Qualité de la sexualité des patientes opérées d'incontinence urinaire d'effort et de prolapsus.
(n =17)  Statistique  Préopératoire  À trois mois  À 12 mois 
Rapports sexuels  n (%)  6 (46,15)  7 (50,00)  6 (46,15) 
DM 
 
Douleurs lors des rapports sexuels  n (%)  1 (16,7)  1 (14,3)  1 (16,7) 
Comparaison versus Préopératoire  p   –  1,00  1,00 
 
Fuites urinaires lors des rapports sexuels  n (%)  1 (16,7) 
 
Échelle de qualité de la sexualité         
(de 0=mauvaise à 10=excellente)  n  
n (%)  1 (16,67)  1 (14,29)  1 (16,67) 
n (%) 
n (%) 
n (%) 
n (%) 
n (%)  1 (14,29)  1 (16,67) 
n (%) 
n (%) 
n (%)  2 (33,33)  1 (14,29) 
n (%)  1 (14,29)  1 (16,67) 
10  n (%)  3 (50,00)  3 (42,86)  3 (50,00) 
  DM 
 
  Moyenne  7,67  7,43  7,33 
  e.t.  3,88  3,74  4,08 
  Min 
  Médiane  9,50 
  Max  10  10  10 
  DM 
Comparaison versus Préopératoire  p   –  1,00  1,00 
 
Évolution de la qualité de la sexualité         
Améliorée  n (%)  –  2 (40,00)  1 (25,00) 
Inchangée  n (%)  –  3 (60,00)  3 (75,00) 
Dégradée  n (%)  – 
  DM   




Références



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