Traitement de l'hyperplasie bénigne de prostate par Prostiva ® : à propos d'une série de 76 patients

25 juin 2011

Auteurs : S. Le Gal, S. Le Toquin-Bernard, S. Hurel, A. Doerfler, L. Salomon, A. De La Taille, H. Bensadoun
Référence : Prog Urol, 2011, 6, 21, 417-425
But

Évaluer l’efficacité et la morbidité du traitement de l’hyperplasie bénigne de prostate (HBP) par radiofréquence dans la population générale et tenter de mettre en évidence des facteurs de bon pronostic pour cette technique.

Méthode

Cette étude rétrospective a étudié 76 patients consécutifs d’âge moyen 68,9 ans ayant une HBP symptomatique en échec du traitement médical et traités au CHU de Caen entre avril 2004 et octobre 2008. Le statut mictionnel a été évalué avant et après traitement par radiofréquence par le score international symptomatique de la prostate (IPSS), le score de qualité de vie (QDV) lié aux symptômes urinaires, la mesure du débit urinaire maximal (Qmax) et du résidu postmictionnel (RPM). La fonction érectile a été évaluée par l’index international de la fonction érectile (IIEF-5). Le critère de jugement principal a été l’échec du traitement par radiofréquence considéré dès la réintroduction d’un traitement médical ou par la nécessité d’un traitement chirurgical. Les critères de jugement secondaires ont été l’amélioration des scores IPSS et de QDV, du Qmax et du RPM. La morbidité per- et postopératoire a également été évaluée.

Résultats

Dans la population générale, une amélioration significative du statut mictionnel a été observée avec un score IPSS moyen passant de 24,7 à 15,1 (p <0,0001), et un score de QDV passant de 5,2 à 2,9 (p <0,0001). Le Qmax et le RPM ont été significativement améliorés passant de 8,6 à 13,1mL/s (p <0,0001) et de 177 à 100mL (p =0,0002) respectivement. Le score IIEF-5 a été amélioré passant de 9,04 à 9,97 (p =0,0164). Vingt cinq pour cent de RAU, 7,9 % d’hématuries et 1,3 % de prostatites ont été observés en postopératoire. Le taux de retraitement global a été de 46 % après 14,6 mois de suivi moyen. Après stratification en groupes, les patients présentant les critères d’inclusion à ce traitement ont présenté un taux de retraitement de 34,8 % après 16,2 mois de suivi moyen contre 51 % après 13,8 mois de suivi chez les patients hors critères d’inclusion. Sans noter de différence significative entre les rétentionnistes et non rétentionnistes concernant l’amélioration des paramètres subjectifs et objectifs, le taux de retraitement a été plus important pour les patients rétentionnistes (51,2 % après 11,8 mois de suivi moyen contre 39,4 % après 18,4 mois) avec une différence significative selon la courbe actuarielle de survie cumulée sans retraitement. Il n’a pas été retrouvé de différence significative chez les patients ayant un lobe médian. L’amélioration du Qmax a été significativement plus importante dans le groupe ayant des prostates de moins de 60g sans pouvoir mettre en évidence de différence significative concernant les autres paramètres. Le taux de retraitement dans ce groupe a été de 44,4 % après 14,7 mois de suivi contre 53,8 % après 13,8 mois chez les patients ayant une prostate de plus de 60g. La composante irritative a présenté une meilleure réponse initiale à ce traitement avec une nécessité de retraitement qui a été retardée par rapport au groupe de patients ayant un syndrome obstructif pur sans noter de différence significative en termes d’amélioration des paramètres objectifs et subjectifs. Le taux de retraitement a été de 63,6 % après 16,4 mois de suivi moyen contre 51,6 % après 11,2 mois dans le groupe « obstructif ».

Conclusion

Le respect des critères d’inclusion pour le traitement par radiofréquence de l’HBP est important au risque de voir des taux élevés de retraitement.




 




Introduction


Le traitement par radiofréquence se développe depuis les années 1990 [1]. Initialement proposé en alternative du traitement chirurgical de référence, il a vu sa place évoluer au fil du temps pour devenir une alternative au traitement médical puisqu'il a été validé par l'haute autorité de santé (HAS) en février 2006 dans l'indication de l'hyperplasie bénigne de prostate (HBP) symptomatique non compliquée en cas d'échec ou d'intolérance au traitement médical bien conduit [2]. Il est devenu tarifié le 27 avril 2007 et inscrit à la classification commune des actes médicaux (CCAM) en septembre 2007 [3].


Cette étude réalisée chez 76 patients au CHU de Caen a tenté de mettre en évidence des facteurs pronostiques de bons résultats après traitement par radiofréquence en étudiant différents groupes de patients.


Patients et méthode


D'avril 2004 à octobre 2008, 76 patients d'âge moyen 68,9 ans (46–92 ans), ont été traités de leur HBP au CHU de Caen, par radiofréquence. Tous étaient considérés en échec du traitement médical, 21 ayant été traités par alphabloquant, sept par bithérapie associant alphabloquant et phytothérapie, 21 par une bithérapie associant alphabloquant et 5ARI et 27 étant porteurs d'une sonde à demeure (SAD) avec impossibilité de sevrage sous traitement médical.


De ces 76 patients, 43 étaient considérés comme rétentionnistes (56,6 %) et 33 comme non rétentonnistes (43,4 %). Vingt trois patients soit 30,3 % étaient traités par antiagrégant plaquettaire et 11 (14,5 %) par antivitaminique K.


Le choix du traitement par radiofréquence a été fait pour la majorité des cas par souhait de conserver une fonction sexuelle intègre et notamment des éjaculations antérogrades ou bien par refus de la chirurgie classique, notamment pour les patients les plus fragiles.


Évaluation préopératoire


Les paramètres évalués en préopératoire ont été les suivants :

le score fonctionnel International Prostate Symptom Score (IPSS) ;
le score de qualité de vie (QDV) ;
la fonction érectile par l'Index International de la fonction erectile (IIEF-5) ;
le débit urinaire maximal ;
le volume uriné ;
la mesure du résidu postmictionnel par échographie ;
un dosage du prostate specific antigen (PSA) ;
une mesure du volume prostatique par échographie endorectale qui estimait également le diamètre transverse ;
un examen cytobactériologique des urines réalisé de façon systématique une semaine avant le traitement, imposant dans le cas d'une positivité de celui-ci la mise en place d'un traitement antibiotique pendant sept jours.


Ces critères ont ensuite été réévalués après traitement hormis le PSA, le volume prostatique et le diamètre transverse. Il n'a pas été réalisé d'examen cytobactériologique des urines (ECBU) postopératoire.


Le PSA moyen était de 3,22ng/mL (0,03–11,8). Chez tous les patients ayant un PSA élevé, des biopsies de prostate ont été réalisées avant traitement afin d'éliminer un cancer de prostate. Le volume prostatique moyen et le diamètre transverse moyen étaient de 44cc (10–130) et de 48,1mm (38–62) respectivement. Trente et un de ces patients (40,8 %) avaient un lobe médian. Le débit maximal urinaire préopératoire était de 8,6mL/s (2–19,7) pour un volume uriné moyen de 183mL (17–657). Le résidu postmictionnel (RPM) était quant à lui de 177mL (0–603). L'IPSS et le score de QDV étaient de 24,7 (7–35) et de 5,2 (2–6) respectivement. Concernant l'IIEF-5, celui-ci était de 9,16 (1–25) en préopératoire.


Intervention


Le traitement par radiofréquence a été réalisé au CHU de Caen soit au cours d'une hospitalisation traditionnelle (33 patients, 43,4 %), soit dans une structure dédiée spécifiquement à la chirurgie ambulatoire dès que les patients regroupaient les critères d'éligibilité à celle-ci (43 patients, 56,6 %). Vingt trois traitements ont été réalisés sous anesthésie locale (30,3 %), six sous rachianesthésie (7,9 %) et 47 sous anesthésie générale (61,8 %).


Le système utilisé a été le système Précision plus de 2004 à 2008 puis le nouveau générateur Prostiva®. Le temps opératoire, la durée d'hospitalisation et les complications médicales et chirurgicales ont été étudiées.


Suivi postopératoire


Un traitement par alphabloquant a été laissé en place pendant le premier mois postopératoire.


L'ablation de la sonde vésicale a été faite au cas par cas, dès la fin de la procédure ou de façon différée. Si le dernier cas était envisagé, l'ablation de la sonde vésicale a été réalisée à domicile, tôt le matin, par une infirmière et le patient a été revu l'après-midi même en consultation afin de s'assurer d'une bonne reprise des mictions et de l'absence de résidu postmictionnel important.


Les consultations de suivi ont été réalisées à trois mois, six mois, 12 mois puis une fois par an avec réévaluation des paramètres cliniques subjectifs et objectifs.


Évaluation des résultats


Le critère de jugement principal a été l'échec du traitement par radiofréquence considéré dès la réintroduction d'un traitement médical ou par la nécessité de la réalisation d'une résection trans-uréthrale de la prostate (RTUP) ou de la mise en place d'une SAD dans le cas de patients trop fragiles et ne pouvant subir une RTUP.


Les critères de jugement secondaires ont été :

l'amélioration du Qmax ;
l'amélioration du RPM ;
l'amélioration des scores IPSS et de QDV.


L'analyse statistique a été réalisée à l'aide du logiciel Statview. Les résultats avant et après traitement ont été analysés selon le test de Student de séries appariées. Les différents groupes ont été comparés à l'aide du test de Student de séries non appariées. Les taux de retraitement ont été comparés par le test du Chi2. Les courbes de survie sans retraitement ont été réalisées selon la méthode actuarielle.


Résultats


Les données concernant le Qmax, le RPM, l'IPSS, la QDV et l'IIEF-5 ont été calculés en excluant pour chacun des groupes les patients sondés à demeure.


Résultats au sein de la population générale


L'ensemble des données préopératoires a été réuni dans le Tableau 1.


Le nombre de plans de traitement moyen a été de 3,2 (2–6). Le temps opératoire moyen a été de 24,6minutes (15–50).


Le sevrage de sonde vésicale (SV) a été réalisé à 4,8 jours en moyenne (0–31). La durée d'hospitalisation moyenne a été de 1,8 jours (1–6) et il n'y a eu aucune nécessité de réhospitalisation chez les patients traités en ambulatoire.


Concernant les complications postopératoires, ont été répertoriées 25 % de RAU, 7,9 % d'hématurie, 1,3 % de prostatite et aucune répercussion sur la fonction éjaculatoire ou érectile.


Ces patients ont été suivis sur une moyenne de 14,6 mois.


Résultats fonctionnels


L'ensemble des résultats fonctionnels concernant ces 76 patients a été reporté dans le Tableau 2.


La distribution des scores IPSS avant et après traitement a été représentée par la Figure 1.


Figure 1
Figure 1. 

Courbe de distribution du score IPSS avant et après traitement par Prostiva®.




Taux de retraitement


Le taux de retraitement global a été de 46 % après 14,6 mois de suivi moyen dont 11,8 % par alphabloquant, 13,16 % par combinaison d'un alphabloquant avec un 5ARI et 18,4 % par RTUP. Deux patients (2,63 %) ont par ailleurs conservé une sonde vésicale à demeure.


Comparaisons des résultats concernant les patients ayant les critères d'inclusion et les autres patients


Parmi nos patients, 23 regroupaient l'ensemble des critères d'inclusion requis pour le traitement par radiofréquence d'une HBP, c'est-à-dire un IPPS supérieur à sept, un Qmax supérieur à 7mL/s, un RPM inférieur ou égal à 150mL et un DT compris entre 36 et 80mm.


Les données pré-, per- et postopératoires concernant les deux groupes ont été retransmises dans le Tableau 3.


Résultats fonctionnels


Les résultats fonctionnels de ces deux groupes ont été répertoriés dans le Tableau 4.


Il n'a pas été retrouvé de différence significative entre les deux groupes concernant l'amélioration du Qmax et des scores IPSS et de QDV. Une différence significative a été notée concernant le RPM qui a été diminué de façon plus importante dans le groupe n'ayant pas les critères d'inclusion.


Taux de retraitement


Parmi les patients ayant les critères d'inclusion pour ce traitement, trois ont nécessité un retraitement par alphabloquant (13 %), deux par une bithérapie (8,7 %) et trois par une RTUP (13 %).


Le taux global de retraitement a donc été de 34,8 % après 16,2 mois de suivi moyen (3–48).


Concernant les autres patients, six ont été retraités par alphabloquant (11,3 %), huit par bithérapie (15,1 %), 11 par RTUP (20,8 %) et deux par sonde à demeure (3,8 %). Le taux de retraitement global a donc été de 51 % après 13,8 mois de suivi moyen (2–48).


Selon le test du Chi2 il n'a pas été mis en évidence de différence significative entre les deux groupes sur ce sujet.


La survie sans aucun traitement après intervention par radiofréquence a été représentée sur la Figure 2 selon la méthode actuarielle. Il n'a pas été mis en évidence de différence significative entre les deux groupes selon le Logrank sur ces deux courbes.


Figure 2
Figure 2. 

Survie cumulée sans retraitement tous confondus selon la méthode actuarielle en fonction de la présence ou non des critères d'inclusion requis pour ce traitement. Ligne bleue : présence des critères d'inclusion ; ligne verte : absence des critères d'inclusion.




Résultats en fonction du caractère rétentionniste ou non


Un patient a été considéré comme rétentionniste dès qu'il présentait un RPM supérieur à 150mL ou qu'il présentait un antécédent de RAU. Cela concernait 43 patients.


Résultats fonctionnels


Il n'a pas été mis en évidence de différence significative entre les deux groupes concernant l'amélioration des Qmax, volume uriné, scores IPSS et de QDV. La seule différence significative a été notée dans l'amélioration du RPM chez les patients rétentionnistes par rapport aux non rétentionnistes (p <0,0001).


Ces résultats ont été répertoriés dans le Tableau 5.


Taux de retraitement


Le taux de retraitement chez les patients rétentionnistes a été de 51,2 % à 11,8 mois de suivi moyen contre 39,4 % après 18,1 mois de suivi chez les non-rétentionnistes.


Il n'a pas été mis en évidence de différence significative entre les deux groupes selon le test du Chi2 (p =0,30) mais en revanche il a existé une différence significative de la survie sans nécessité de retraitement en faveur des patients non rétentionnistes selon le test du Logrank (p =0,043) tel que l'a représenté la Figure 3.


Figure 3
Figure 3. 

Survie cumulée sans retraitement tous confondus selon la méthode actuarielle en fonction du caractère rétentionniste ou non. Ligne bleu : patients non rétentionnistes ; ligne verte : patient rétentionnistes.




Résultats en fonction de la présence ou non d'un lobe médian


Résultats fonctionnels


Il n'a pas été mis en évidence de différence significative en termes d'amélioration du Qmax, du volume uriné, du RPM et des scores fonctionnels entre ces deux groupes.


Les variations des différents paramètres parmi les deux groupes ont été retransmises dans le Tableau 6.


Taux de retraitement


Le taux de retraitement de 51,6 % après 15,9 mois de suivi moyen chez les patients porteurs d'un lobe médian n'a pas été significativement différent des 44,2 % de retraitement après 13,6 mois de suivi chez les patients n'en ayant pas (test du Chi2, p =0,52).


La survie sans retraitement tous confondus dans les deux groupes a été illustrée selon la méthode actuarielle sur la Figure 4. Il n'a pas été montré de différence significative selon le Logrank entre ces deux groupes.


Figure 4
Figure 4. 

Survie cumulée sans retraitement tous confondus selon la méthode actuarielle en fonction de la présence ou non d'un lobe médian. Ligne bleue : absence de lobe médian ; ligne verte : présence d'un lobe médian.




Résultats en fonction du volume prostatique préopératoire


Résultats fonctionnels


Le Qmax a été amélioré de façon significativement supérieure chez les patients porteurs d'une prostate de moins de 60cc. Concernant les autres paramètres ils ont été améliorés de façon significative dans les deux groupes sans différence significative entre les deux groupes.


Le Tableau 7 a récapitulé les variations des différents paramètres parmi les deux groupes.


Taux de retraitement


Chez les patients porteurs d'une prostate de moins de 60cc le taux de retraitement a été de 44,4 % après 14,7 mois de suivi contre 53,8 % après 13,8 mois de suivi chez les patients porteurs de prostates plus volumineuses. Il n'a pas été retrouvée de différence significative entre ces deux groupes (test du Chi2, p =0,54). La Figure 5 a illustrée la survie sans nécessité de retraitement tous confondus en fonction du volume prostatique selon la méthode actuarielle. Selon le Logrank, il n'a pas été mis en évidence de différence significative entre les deux groupes.


Figure 5
Figure 5. 

Survie cumulée sans retraitement tous confondus selon la méthode actuarielle en fonction du volume prostatique. Ligne bleue : volume prostatique inférieur à 60cc ; ligne verte : volume prostatique supérieur ou égal à 60cc.




Comparaison de l'efficacité du traitement chez les irritatifs purs ou obstructifs purs


Résultats fonctionnels


Il n'a pas été noté de différence significative entre les deux groupes concernant l'amélioration du Qmax, du RPM et des scores IPSS et de QDV.


Les résultats des variations des différents paramètres entre les deux groupes ont été regroupés dans le Tableau 8.


Taux de retraitement


Le taux de retraitement a été de 63,6 % à 16,4 mois chez les patients présentant un syndrome irritatif pur et de 51,6 % à 11,2 mois chez les obstructifs purs. Il n'a pas été mis en évidence de différence significative entre les deux groupes (test du Chi2, p =0,48).


La Figure 6 a illustrée la survie cumulée sans retraitement tous confondus pour les deux groupes ainsi que pour le groupe présentant un syndrome mixte, selon la méthode actuarielle. Il n'a pas été retrouvé de différence significative entre ces deux groupes selon le test du Logrank.


Figure 6
Figure 6. 

Survie cumulée sans retraitement tous confondus selon la méthode actuarielle en fonction de la symptomatologie obstructive ou irritative. Ligne bleue : syndrome irritatif; ligne verte : syndrome mixte ; ligne jaune : syndrome obstructif.





Discussion


Il est actuellement reconnu que le traitement par radiofréquence de l'hyperplasie bénigne de prostate est une alternative thérapeutique pour les patients ayant une HBP symptomatique en échec du traitement médical et a fortiori pour ceux qui sont améliorés par le traitement par alphabloquant mais qui ne souhaitent pas prendre de traitement à vie ou qui présentent les effets secondaires de ce traitement. En effet, sa place au sein de l'algorithme thérapeutique s'est peu à peu modifiée. Initialement proposé comme alternative à la chirurgie ablative de référence (RTUP) en cas d'échec des traitements médicaux pour les adénomes de petit volume [1], il a récemment été retenu comme une alternative, mini-invasive, non ablative, aux traitements médicaux de l'HBP symptomatique non compliquée [3].


L'intérêt de cette technique serait tout d'abord de limiter les effets secondaires des traitements médicaux et par ailleurs de limiter le coût du traitement de l'HBP symptomatique non compliquée étant donné qu'un traitement par radiofréquence coûte moins de deux ans et sept mois de traitement médical par combinaison d'un alpha-bloquant à un 5ARI [4].


L'amélioration significative des paramètres objectifs et subjectifs de notre étude s'inscrit dans la continuité de nombreuses études déjà parues sur le sujet ayant trouvé une efficacité similaire [1, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11, 12, 13]. On note cependant un taux de retraitement important de 46 % après 14,6 mois de suivi moyen chez nos patients par rapport à ce qui a été retrouvé dans la littérature avec notamment l'étude de Zlotta et al. [13] qui présentait un taux de retraitement de 23 % à cinq ans mais il faut rester prudent sur l'interprétation de ces résultats. En effet, de nombreux patients de notre étude ne présentent pas les critères d'inclusion requis pour le traitement par radiofréquence d'une HBP symptomatique.


Le taux de succès de cette thérapie de 65 % chez les patients ayant les critères d'inclusion est en revanche tout à fait comparable aux grandes études [6, 7]. Même s'il n'est pas retrouvé de différence en termes de survie cumulée sans nécessité de retraitement, on note que la réponse des patients entrant dans ces critères est meilleure durant les 20 premiers mois de suivi. De plus, la morbidité postopératoire est moindre.


Sans mettre en évidence de différence significative en termes d'amélioration fonctionnelle entre les patients rétentionnistes et non rétentionnistes, le taux de retraitement est meilleur dans le premier groupe (39,4 % à 18,4 mois contre 51,2 % à 11,8 mois). Il existe d'ailleurs une différence significative concernant la courbe de survie cumulée sans nécessité de retraitement tous confondus en faveur de ce groupe (Logrank, p =0,043). La morbidité est également moindre notamment en termes de RAU postopératoire (15,2 % contre 32 %).


Parmis ces rétentionnistes, 27 étaient sondés à demeure en préopératoire. Certes, 81,5 % ont pu être désondés en postopératoire mais le taux de retraitement est rapidement très élevé de 59,3 % après 9,6 mois de suivi. Les patients rétentionnistes et a fortiori les porteurs d'une sonde à demeure ne sont pas de bons candidats à cette technique.


Le volume prostatique semble avoir une influence sur les résultats de cette technique. En effet, dans notre étude, il existe une différence significative concernant l'amélioration du Qmax en faveur du groupe de patients porteurs d'une prostate de moins de 60cc mais également au sein même du groupe ayant des prostates volumineuses avec un Qmax qui n'est pas amélioré de façon significative. Le taux de retraitement est également en faveur de ce groupe avec 44,4 % de retraitement après 14,7 mois de suivi contre 53,8 % de retraitement après 13,8 mois de suivi moyen. L'impact du volume prostatique est resté controversé dans la littérature [1, 6, 14, 15] mais dans notre étude il semblerait que l'efficacité de ce traitement soit moins bonne sur des prostates volumineuses. On pourrait se demander si le nombre de plans de traitement (3,12 plans de traitement pour un volume prostatique moyen préopératoire de 37,4cc dans le premier groupe contre 3,82 pour un volume prostatique moyen de 75,8cc dans le second groupe) est insuffisant concernant les prostates de plus de 60cc. Aucune étude n'a encore été réalisée sur l'efficacité du traitement en fonction du nombre de plans de traitement mais il pourrait être intéressant de voir si l'augmentation de celui-ci peut améliorer les résultats de cette technique sans en augmenter sa morbidité.


La présence d'un lobe médian, n'entrainant aucune différence concernant les résultats fonctionnels et le taux de retraitement, ne doit pas contre indiquer un traitement par radiofréquence [6, 14].


Même s'il n'a été mis aucune différence significative en évidence concernant les résultats fonctionnels entre les patients ayant une composante irritative pure ou obstructive pure, la composante irritative semble présenter une meilleure réponse au traitement par radiofréquence avec certes un taux de retraitement élevé mais retardé par rapport au groupe « obstructif » avec une différence nette si l'on observe la courbe de survie cumulée sans retraitement jusqu'à 24 mois de suivi. Il est à noter l'important taux de retraitement par RTUP dans le groupe « obstructif » qui s'élève à 22,6 % par rapport au groupe « irritatif » où les patients sont retraités dans 45,4 % des cas par alphabloquant seul.


Conclusion


Le traitement par radiofréquence de l'hyperplasie bénigne de prostate a sa place en alternative du traitement médical et doit être réservé aux patients ayant une HBP symptomatique non compliquée, et a fortiori aux patients améliorés par le traitement médical mais ne souhaitant pas prendre de traitement à vie ou à ceux qui présentent les effets secondaires de ces traitements.


Dans la continuité de nombreuses études parues depuis les années 90, notre expérience rétrospective sur une série de 76 patients a montré l'importance du respect des critères d'inclusion requis pour ce traitement au risque de voir des taux importants de retraitement. Le traitement par radiofréquence est une alternative au traitement médical et ne doit pas se substituer au traitement chirurgical de référence.


Conflit d'intérêt


Il n'y a aucun conflit d'intérêts.



 Niveau de preuve : 5.





Tableau 1 - Caractéristiques démographiques initiales des 76 patients inclus entre avril 2004 et octobre2008.
  Nb ou moyenne (valeurs extrêmes)  Médiane (valeurs extrêmes) 
Âge  68,9 (46–92)   
 
ASA 1–2  47   
ASA 2–3  10   
ASA 3–4  19   
 
Traitement AAP  23   
Traitement AVK  11   
 
Rétentionnistes  43   
 
Volume prostatique (cc)  44 (10–130)   
DT (mm)  48,1 (38–62)   
PSA (ng/mL)  3,22 (0,03–11,8)   
Lobe médian  31   
 
IPSS  24,7  24 (7–35) 
QDV  5,2  5,5 (2–6) 
 
IIEF-5  9,16 (1–25)   
 
Qmax (mL/s)  8,6  8 (2–19,7) 
Volume uriné (mL)  183 (17–657)   
RPM (mL)  177  108 (0–603) 



Légende :
IPSS : le score international symptomatique de la prostate ; QDV :le score de qualité de vie ; IIEF-5 : l'index international de la fonction érectile ; Qmax :la mesure du débit urinaire maximal ; RPM : résidu postmictionnel ; DT : diamètre transverse.



Tableau 2 - <Évolution des paramètres subjectifs et objectifs dans la population globale après traitement par radiofréquence.
  Préopératoire 
Postopératoire 
p  
   
 
 
  Moyenne  Médiane  Moyenne  Médiane   
Qmax  8,6  8 (2–19,7)  13,1  12 (2–40)  <0,0001 
Volume uriné  183    243,4    0,0006 
RPM  177  108 (0–603)  100  40 (0–560)  0,0002 
IPSS  24,7  24 (7–35)  15,3  12 (1–35)  <0,0001 
QDV  5,2  5,5 (2–6)  2,9  3 (0–6)  <0,0001 
IIEF-5  9,16    10,1    0,0164 



Légende :
IPSS : le score international symptomatique de la prostate ; QDV :le score de qualité de vie ; IIEF-5 : l'index international de la fonction érectile ; Qmax :la mesure du débit urinaire maximal ; RPM : résidu postmictionnel.



Tableau 3 - Données pré-, per- et postopératoires concernant les patients présentant les critères d'inclusion et les autres patients.
Critères d'inclusion  Présents
23 patients 
Absents
53 patients 
Âge moyen (années)   66,8  69,8 
 
Volume prostatique moyen (g)   41,2  45,2 
 
DT moyen (mm)   46,7  48,7 
 
Nombre de traitement moyen   3,3  3,2 
 
Durée d'hospitalisation (jours)   1,3  1,75 
 
Retrait de la SV (jours)   1,9  8,6 
 
Complications      
RAU (%)  17,4  28,3 
Hématurie (%)  8,7  7,5 
Prostatite (%)  1,9 





Tableau 4 - Résultats fonctionnels après traitement par radiofréquence en fonction de la présence ou non des critères d'inclusion.
  Critères d'inclusion présents n =23 
Critères d'inclusion absents n =26 
   
  Préopératoire 
Postopératoire 
p  
Préopératoire 
Postopératoire 
p  
p delta 
  Moyenne  Médiane  Moyenne  Médiane      Moyenne  Médiane  Moyenne  Médiane         
Qmax  10,6  8 (7–19)  14,1  12 (7–22)  0,0003  7,4  8 (2–19,7)  12,6  12 (2–40)  <0,0001  0,27 
RPM (mL)  60,3  115 (0–146)  45,2  49 (0–300)  0,2445  256,6  108 (10–603)  137,2  40 (0–560)  0,0002  0,01 
IPSS  18,3  24 (7–29)  9,7  12 (1–20)  <0,0001  23,7  24 (8–35)  13,3  12 (2–35)  <0,0001  0,37 
QDV  4,9  5 (3–6)  2,2  3 (1–4)  <0,0001  5,1  5,5 (2–6)  2,9  3 (0–6)  <0,0001  0,45 
IIEF-5  10,9  9 (1–24)  12,1  10,5 (1–24)  0,1379  11,7  8 (1–25)  13  10 (1–25)  0,143     



Légende :
IPSS : le score international symptomatique de la prostate ; QDV :le score de qualité de vie ; IIEF-5 : l'index international de la fonction érectile ; Qmax :la mesure du débit urinaire maximal ; RPM : résidu postmictionnel.



Tableau 5 - Comparaison des variations des différents paramètres après traitement par radiofréquence entre les patients rétentionnistes et non rétentionnistes.
  Rétentionnistes
n =16 
Non rétentionnistes
n =33 
p  
Qmax  +5,03  +4,14  0,5445 
Volume uriné  +88,25  +37,06  0,1216 
RPM  −156,54  −16,12  <0,0001 
IPSS  −9,46  −9,29  0,9272 
QDV  −2,08  −2,58  0,2033 



Légende :
IPSS : le score international symptomatique de la prostate ; QDV :le score de qualité de vie ; Qmax :la mesure du débit urinaire maximal ; RPM : résidu postmictionnel.



Tableau 6 - Comparaison des variations des différents paramètres après traitement par radiofréquence entre les patients porteurs d'un lobe médian et les autres patients.
  Présence d'un lobe médian
n =18 
Absence de lobe médian
n =31 
p  
Qmax  +4,42  +4,57  0,9193 
Volume uriné  +22,86  +79,47  0,0938 
RPM  −47,48  −91,44  0,2648 
IPSS  −7,96  −10,375  0,1953 
QDV  −1,964  −2,55  0,1397 



Légende :
IPSS : le score international symptomatique de la prostate ; QDV :le score de qualité de vie ; Qmax :la mesure du débit urinaire maximal ; RPM : résidu postmictionnel.



Tableau 7 - Comparaison des variations des différents paramètres après traitement par radiofréquence entre les patients porteurs d'une prostate de moins de 60cc et les autres.
  <60cc
(n =42) 
60cc
(n =7) 
p  
ΔQmax (mL/s)  +5,32  +1,15  0,0206 
ΔRPM (mL)  −66,46  −112  0,3454 
ΔIPSS  −9,63  −8,25  0,5692 
ΔQDV  −2,36  −2,08  0,5954 



Légende :
IPSS : le score international symptomatique de la prostate ; QDV :le score de qualité de vie ; Qmax :la mesure du débit urinaire maximal ; RPM : résidu postmictionnel.



Tableau 8 - Comparaison des variations des différents paramètres après traitement par radiofréquence entre les patients présentant un syndrome irritatif pur ou obstructif pur.
  Obstructifs
n =
Irritatifs
n =10 
p  
Qmax  +4,86  +4,78  0,9748 
Volume uriné  +105,2  −9,5  0,0431 
RPM  −147,1  −29,7  0,0968 
IPSS  −8,8  −9,1  0,9221 
QDV  −1,8  −2,5  0,1909 



Légende :
IPSS : le score international symptomatique de la prostate ; QDV :le score de qualité de vie ; Qmax :la mesure du débit urinaire maximal ; RPM : résidu postmictionnel.


Références



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