Traitement de l’hyperactivité vésicale d’origine idiopathique chez la femme : électrostimulation transcutanée du nerf tibial postérieur transcutanée seule versus combinée à la rééducation périneale

06 décembre 2020

Auteurs : R. Baati, S. Balhi, A. Saadi, R. Kraiem, B. Kennou, H. Ayed, M. Chebil
Référence : Prog Urol, 2020, 17, 30, 1126-1133
Introduction

Le traitement du syndrome d’hyperactivité vésicale (SHAV) par stimulation nerveuse électrique transcutanée (TENS) du nerf tibial postérieur est habituellement recommandé en troisième intention. Le but de ce travail était de comparer la TENS seule sur le SHAV d’origine idiopathique chez la femme contre un traitement combinant TENS et rééducation périnéale.

Méthodes

Il s’agissait d’une étude rétrospective comparative de 58 patientes, suivies à l’unité d’urodynamique. Trente patientes ont reçu une TENS seule et 28 ont eu une TENS+rééducation périnéale. Le critère principal d’évaluation s’est basé sur les données du calendrier mictionnel.

Résultats

L’âge moyen de nos patientes était de 55,2 ans. Dans le groupe TENS, on a objectivé une amélioration significative de la pollakiurie (6 mictions quotidiennes après TENS versus 10 avant, p <0,001), de la nycturie (1,08 levers nocturnes après TENS versus 1,75 avant, p =0,003), des urgenturies (7 épisodes quotidiens après TENS versus 11 avant (p <0,001) et du volume mictionnel maximum (378mL après TENS vs 306mL avant, p =0,004). Le score Ditrovie ainsi que les scores USP (HAV et IUE) ont diminué de façon significative. Dans le groupe TENS+rééducation, une amélioration significative a été notée pour les critères : pollakiurie (5,7 mictions quotidiennes après TENS+rééducation versus 7,56 avant, p <0,001), nycturie (1,4 levers nocturnes après TENS+rééducation versus 2,3 avant, p =0,001), nombre de mictions journalières (7 après TENS+rééducation versus 9 avant, p <0,001) et des urgenturies (4,5 épisodes quotidiens après TENS+rééducation versus 7 avant (p <0,01). Les scores USP (HAV et IUE) ainsi que le score Ditrovie ont diminué significativement après TENS+rééducation (score IUE de 1,2 après versus 3,4 avant [p <0,001], score HAV de 5,2 après versus 10,4 avant [p <0,001]). Il n’y avait pas de différence significative d’amélioration des paramètres du catalogue mictionnel et des scores USP (Dysurie, IUE et HAV et Ditrovie entre les deux groupes (TENS et TENS+rééducation).

Conclusion

Nous n’avons pas observé de différence de résultat entre un traitement par TENS et un traitement combiné avec TENS et rééducation périnéale pour des femmes ayant un SHAV.

Niveau de preuve

3.




 




Introduction


L'International Continence Society (l'ICS) définit l'hyperactivité vésicale (HAV) comme une entité clinique caractérisée par l'existence d'une urgenturie responsable ou non d'incontinence urinaire (IU), habituellement associée à une pollakiurie et nycturie [1, 2]. Le diagnostic d'HAV est un diagnostic basé sur l'interrogatoire et le calendrier mictionnel [3]. L'HAV touche 14 % de la population totale avec un sex-ratio de 1 [4]. L'HAV chez la femme peut être la conséquence de causes locales, de troubles neurologiques centraux ou de troubles psychologiques [5, 6]. Le plus souvent, aucune cause n'est retrouvée et l'HAV est appelée idiopathique (HAVI). Le syndrome d'HAVI est considéré comme un vrai handicap social.


Divers traitements sont disponibles pour ce syndrome. À ce jour, le traitement anti-muscarinique est considéré comme le traitement de référence de l'HAV prescrit en deuxième intention si résistance à la rééducation et aux règles hygiéno-diététiques [7, 8]. La stimulation électrique transcutanée du nerf tibial postérieur (TENS) fait aujourd'hui partie intégrante de l'arsenal thérapeutique des troubles mictionnels à type d'HAVI chez la femme. Selon les recommandations actuelles, il s'agit d'un traitement de troisième ligne après échec des mesures comportementales, de la rééducation périnéale et/ou des médicaments anticholinergiques [7, 8, 9].


L'objectif de cette étude était de comparer l'efficacité à court terme de la TENS seule versus celle combinée à la rééducation périnéale manuelle sur l'HAVI chez la femme après un test thérapeutique de 12 séances.


Méthodes


Schéma de l'étude


Il s'agit d'une étude rétrospective comparative sur une série de cas de femmes souffrant d'HAVI. Les patientes étaient réparties en deux groupes selon le traitement reçu :

le groupe 1 : les patients ayant bénéficié d'une TENS seule ;
le groupe 2 : les patientes ayant reçu un traitement associant la rééducation périnéale manuelle à la TENS.


L'étude s'est étalée durant 2 ans, du mois de décembre 2016 au mois de décembre 2018. Elle a été conduite au service d'urologie à l'hôpital Charles Nicolle (HCN) de Tunis au sein de l'unité d'urodynamique.


Population de l'étude


Les patientes incluses dans cette étude étaient celles dont l'âge est≥18 ans, qui souffraient d'une HAV depuis plus de 6 mois réfractaire au traitement anticholinergique, et les patientes traitées par TENS seule ou associée à une rééducation.


Les critères de non-inclusion étaient : le diabète sucré mal équilibré ; les antécédents d'accident vasculaire cérébral, de maladie neurologique ou de neuropathie secondaire ; la consommation des anti-cholinergiques ou agonistes cholinergiques pendant la cure de stimulation ; la vessie rétentioniste chronique, le prolapsus grade III ou IV ; et des troubles psychologiques sévères.


Recueil des données


Le recueil des données a été fait de manière exhaustive à partir des dossiers médicaux des patientes et de leurs fiches de rééducation. Les dossiers médicaux utilisés à l'unité d'urodynamique sont des fiches établies par l'équipe médicale et paramédicale de l'unité en se basant sur la terminologie ICS [1, 2]. Ces fiches ont été établies par l'équipe depuis 2015 pour éviter toute omission de donnée clinique guidant le personnel de l'unité dans la démarche diagnostique et thérapeutique.


La rééducation périnéale a été indiquée chez les patientes porteuses d'HAVI associées à un des critères suivants :

incompétence de la contraction volontaire. Cette incompétence inclut :
∘
la mauvaise ou fausse connaissance du périnée,
∘
la mauvaise proprioception avec inversion de la commande motrice,
∘
l'insuffisance de puissance, d'endurance du mouvement diagnostiquée lors du testing des muscles releveurs de l'anus avec une cotation inférieure ou égale à 3,
∘
la fatigabilité en position debout ou en marchant ;
lésions musculaires ;
présence d'un prolapsus grade 1 ou 2 ;
hypertonie - absence de relaxation des muscles du planche pelvien ;
incontinence urinaire à l'effort.


La rééducation a été réalisée, après la prise de l'accord des patientes, à l'unité d'urodynamique avant la séance de TENS par un même rééducateur. Les patientes ont bénéficié d'une cure de 12 séances de rééducation périnéale manuelle d'une durée de 20 à 30minutes chacune, à raison de 3 fois par semaine. Le protocole de rééducation manuelle comportait trois techniques associées les unes aux autres.


Ce protocole a associé : l'information aux patientes, la technique comportementale, la rééducation manuelle et l'apprentissage à l'auto-rééducation à domicile.


L'information aux patientes


Cette étape a eu pour but de rassurer les patientes, de dédramatiser les situations, de les familiariser quant à leur anatomie intime à l'aide de planches anatomiques simples. Ce premier contact permettait d'obtenir le consentement éclairé des patientes.


La technique comportementale


Elle consistait en une reprogrammation des bonnes habitudes mictionnelles par la tenue d'un carnet mictionnel, permettant de noter la fréquence des mictions, le degré d'urgenturie, le type d'incontinence et les volumes urinés. Ainsi, elle permettait une prise de conscience du problème, première étape d'un déconditionnement.


La rééducation manuelle


Elle avait pour but de restaurer le tonus et la force des muscles périnéaux. Elle a comporté :

une prise de conscience du périnée avec apprentissage de la qualité de contraction musculaire ;
un renforcement musculaire à travers des séries de contractions des muscles périnéaux en augmentant progressivement la notion de maintien, la notion de non-fatigabilité et la notion d'opposition ;
un réentraînement à l'effort avec intégration de l'utilisation de système musculaire lors de différents efforts. Le principe consistait à vérifier le bon verrouillage périnéo-sphinctérien avant et pendant l'effort et à obtenir progressivement une automatisation de ce geste.


L'apprentissage à l'auto-rééducation à domicile


Les exercices du plancher pelvien ont été effectués systématiquement associés à un travail avec le rééducateur de l'unité d'urodynamique. Le rééducateur prescrivait ces exercices par la suite à domicile, à raison de deux à trois fois par jour selon la motivation de la patiente.


La TENS a été prescrite seule en l'absence de dysfonction des muscles du plancher pelvien, d'IUE, de prolapsus uro-génital ou de refus de la rééducation périnéale. Elle a été également prescrite chez des patientes avec une dysfonction des muscles du plancher pelvien ; et chez qui la rééducation périnéale a été différée 1 mois après la cure de TENS pour des raisons organisationnelles liées à l'activité de l'unité. Les patientes ont bénéficié d'une cure de 12 séances de durée de 20minutes chacune, à raison de 3 fois par semaine. Les paramètres de stimulation sont une fréquence de 10Hz, une intensité infra-douloureuse entre 10 et 50mA et des impulsions de durée de 200μs. L'appareil utilisé est l'urostim 2. Le choix de la durée de la séance ainsi que l'intensité et la fréquence utilisée est décrit dans le livret de l'appareil.


Critère de jugement


Le critère principal d'évaluation s'est basé sur les données du calendrier mictionnel (niveau 3). Les informations recueillies étant : la fréquence mictionnelle diurne, nycturie, fréquence mictionnelle journalière, diurèse de 24h, polyurie, diurèse nocturne, volume mictionnel maximal.


Le critère de jugement secondaire est basé sur le score Urinary Symptom Profile (USP) [10, 11] et le score de la qualité de vie Ditrovie [12].


Analyses statistiques


La saisie des données a été faite à l'aide du logiciel SPSS (Statistical Package for the Social Sciences ; IBM Corp. Armonk, NY, USA) version 21.0 pour Microsoft Windows. Les variables qualitatives ont été décrites avec des effectifs absolus et des pourcentages, les variables quantitatives à l'aide de moyenne±écart-type. Pour chaque patiente, nous avons comparé la moyenne des scores avant et après traitement par des tests de comparaison sur séries appariées. Dans tous les tests statistiques, le seuil de signification (p ) a été fixé à 5 %.


Résultats


Caractéristiques des patientes


Cinquante-huit patientes suivies à l'unité d'urodynamique pour HAVI réfractaires aux traitements anticholinergiques ont été incluses. Toutes les patientes qui avaient une dysfonction des muscles du plancher pelvien ont eu recours à la stimulation combinée à la rééducation périnéale manuelle. Aucun refus n'a été signalé auprès des patientes.


Au total, trente patientes ont reçu une TENS seule et 28 patientes ont reçu une TENS associée à la rééducation périnéale manuelle (Figure 1).


Figure 1
Figure 1. 

Diagramme en fléau des patientes.




Les patientes étaient âgées de 55,22 ans (min=23 ; max=79). La tranche d'âge la plus représentée était celle de 50 à 59 ans. Quarante-neuf patientes (84,48 %) étaient ménopausées, trois patientes étaient en péri-ménopause et six étaient en activité génitale.


Le syndrome d'hyperactivité vésicale était associé à une incontinence urinaire par urgenturie chez 53 des patientes (91 %), et à une incontinence urinaire à l'effort chez 39 femmes (67 %). Des symptômes de la phase mictionnelle à type de miction hachée, ou de jet hésitant ou miction trainante ont été retrouvés chez 9 patientes. L'examen neuro-périnéal était normal dans tous les cas. Trente et un cas de prolapsus (53,4 %) ont été objectivés : 21 patientes avaient une cystocèle, 7 patientes une hystérocèle et 17 patientes une rectocèle. Le RPM vérifié pour chaque patiente à l'échographie rénale effectuée à toutes les patientes et/ou à la fin de la débitmétrie était nul ou non significatif dans tous les cas.


Le Tableau 1 résume les caractéristiques fonctionnelles et cliniques des patientes incluses à l'étude.


Stimulation électrique percutanée du nerf tibial postérieur seul


Chez les patientes qui ont reçu une TENS seule (n =30), on a noté une amélioration de tous les paramètres du calendrier mictionnel. Le Tableau 1 résume l'évolution des données du calendrier mictionnel avant et après traitement par TENS seul.


Pour les critères subjectifs, on a noté une diminution significative du score HAV et du score IUE de l'auto-questionnaire USP. Il n'existe pas une amélioration significative pour le score de Dysurie (p =0,229). Le score Ditrovie a marqué une diminution significative passant de 3,2 à 2,17 (p <0,001).


Stimulation du nerf tibial postérieur associé à la rééducation périnéale manuelle


Dans le groupe TENS avec rééducation périnéale manuelle, une amélioration significative a été notée pour les critères : cotation au testing des muscles du plancher pelvien (de 2,2 à 3,5), pollakiurie, nycturie, nombre de mictions journalières et urgenturies diurnes (p <0,01). Il n'y avait pas d'amélioration significative pour le volume mictionnel maximal (p =0,315), le nombre d'urgenturies nocturnes et le score Dysurie. Les scores HAV et IUE ainsi que le score Ditrovie ont diminué significativement (p <0,001). Les Tableau 2, Tableau 3 présentent l'évolution des critères objectifs et subjectifs avant et après traitement de l'HAVI par stimulation du nerf tibial postérieur associé à la rééducation périnéale.


Comparaison TENS seule versus TENS combinée à la rééducation périnéale manuelle


La comparaison des critères objectifs n'a révélé aucune différence significative entre les 2 groupes. Tous les paramètres du calendrier mictionnel tels que la pollakiurie, la nycturie, le nombre des urgenturies et les volumes minimal et maximal urinés par jour en mL n'ont pas montré de modification significative entre les 2 groupes avec un p >0,05 pour toutes les variables (Tableau 4).


Les données du score USP n'ont pas changé significativement entre les 2 groupes (p >0,05). Il n'existe pas de différence significative pour le score de la qualité de vie Ditrovie (p =0,874) (Tableau 5, Tableau 6).


Discussion


Notre hypothèse stipulait que la TENS combinée à la rééducation périnéale manuelle serait plus efficace que la TENS seule sur le traitement de l'HAVI réfractaire. La comparaison des résultats entre le groupe TENS seule et le groupe TENS combinée à la rééducation périnéale manuelle a démontré une absence de différence significative pour la prévalence et l'évolution aussi bien de l'HAVI, de l'incontinence urinaire à l'effort et la qualité de vie globale. La TENS serait aussi efficace sur l'HAVI prescrite seule que combinée à la rééducation périnéale manuelle. Notre étude rétrospective est comparative sur une série de cas de 58 femmes atteintes d'HAVI, suivies à l'unité d'urodynamique de l'hôpital Charles Nicole. Nous avons réparti ces femmes en deux groupes à l'effectif restreint, mais comparable et exploitable. Dans notre étude, malgré la méthodologie rétrospective, les données étaient suffisamment extensives. Cependant, le biais de sélection, en raison de la nature rétrospective de l'étude, pourrait encore se produire en dépit de tous les efforts pour les prévenir. Ce facteur est reconnu comme une incontournable limitation de ce type d'étude.


Cependant, nous avons aussi constaté certaines autres limites à notre étude.


La première est celle du mode de collection des données, qui est basé sur des échelles subjectives. Bien que cette méthode fût utilisée par la plupart des études à large échelle, il a été mis en évidence la difficulté de caractériser pour la personne une urgenturie [13]. Deuxièmement, le protocole pour le traitement par stimulation électrique du nerf tibial postérieur (SNTP) n'est pas standardisé, il diffère d'une étude à une autre. Nos patientes ont bénéficié d'une cure de 12 séances de durée de 20minutes chacune, à raison de 3 fois par semaine. Le rythme des séances est adopté par quelques équipes [14, 15, 16]. L'efficacité de la stimulation du nerf tibial sur le syndrome hyperactivité vésicale a été objectivée dès la sixième, huitième séance [17].


Aussi, une autre limite liée à l'évaluation de l'efficacité de la rééducation périnéale, c'est que son succès dépend de l'adhésion du patient au protocole d'exercice, aussi ce protocole peut différer d'une patiente à l'autre. Aussi bien, la motivation que l'observance des patientes à l'auto-rééducation à domicile n'ont pas été évaluées.


L'âge moyen trouvé dans notre étude était de 55,22 ans. Plus de 2/3 des patientes avaient plus de 50 ans. Il existe une augmentation significative de la prévalence de l'HAV en fonction de l'âge. Ceci concorde avec la plupart des résultats de la littérature qui montrent que la prévalence de l'HAV est corrélée positivement à l'âge [18, 19].


Aussi, il existe un lien physiopathologique de l'HAV et l'IUE, considérant le facteur urétrogènique comme origine de la voie afférente de la vessie hyperactive [20]. Cette IUE a été retrouvée dans les deux groupes sans différence significative.


Efficacité de STNP


Dans notre étude, les données du calendrier mictionnel ont objectivé une amélioration significative de tous les paramètres. Pour les critères subjectifs, il existe une amélioration significative des scores de l'HAV et de l'IUE (p <0,001). Aucune amélioration n'a été notée pour le score de Dysurie (p =0,229). Nos résultats concordent avec ceux d'une méta-analyse publiée en 2015 par Wibisono et al. [21] qui a montré l'efficacité de la STNP à court terme dans le traitement de l'hyperactivité vésicale d'origine non neurologique avec des taux de réponse variables (37,3-81,8 %).


Efficacité de la rééducation périnéale


La rééducation périnéale est une alternative thérapeutique indiquée dans cette étude en cas d'HAVI réfractaire aux traitements anticholinergiques associée à une dysfonction des muscles du plancher pelvien.


Une revue systématique de la littérature publiée en 2018 [22] a évalué les femmes qui ont pratiqué la rééducation périnéale comme traitement de l'hyperactivité vésicale associée ou non à une incontinence urinaire. Elle a démontré des améliorations dans la plupart des résultats analysés dans les essais cliniques. Par contre, les données de cette étude provenaient d'essais de petite à moyenne taille, avec des méthodologies différentes et incohérentes, ce qui aurait pu avoir un impact sur les résultats finaux.


Efficacité de la rééducation périnéale associée à la SNTP


Dans cette étude, on a noté une amélioration significative de plusieurs paramètres de leurs calendriers mictionnels tels que la pollakiurie, la nycturie, le nombre de mictions journalier et le nombre d'urgenturies diurnes (p <0,01), chez les patientes qui ont reçu une rééducation périnéale manuelle associée à une TENS. Par contre, il n'existait pas d'amélioration significative pour le volume mictionnel maximal moyen uriné par jour en mL (p =0,315) et le nombre d'urgenturies nocturnes (p =0,1). Les scores HAV, IUE et Ditrovie ont marqué une amélioration significative (p <0,001). Des résultats similaires ont été trouvés dans une étude conduite par Bykovienne et al. [23] comparant 3 groupes de 61 femmes souffrant d'HAV : le groupe 1 n'a reçu que des règles hygiéno-diététiques. Le groupe 2 a reçu des règles hygiéno-diététiques et une rééducation périnéale et le groupe 3 a reçu des règles hygiéno-diététiques, une rééducation périnéale et la SNTP. Cette étude a montré une amélioration significative de l'urgenturie dans les 3 groupes sans différence significative entre les groupes. Par contre, l'évaluation subjective de l'amélioration de la qualité de vie (Qol) faite par le questionnaire KHQ [24], qui est validé par l'association européenne d'urologie, n'a montré d'amélioration significative que dans le groupe 3, montrant ainsi l'intérêt de la stimulation du nerf tibial postérieur dans l'HAV.


Comparaison de la SNTP seule versus la SNTP combinée à la rééducation périnéale


La comparaison des deux groupes n'a pas montré de différence significative (p >0,05) par rapport aux critères du calendrier mictionnel (pollakiurie, nycturie, urgenturies, volume minimal et maximal uriné), et aux critères subjectifs (scores USP et Ditrovie). À notre connaissance, il n'existe pas à ce jour, dans la littérature, des études faites comparant le traitement de l'HAVI par SNTP seule par rapport à celle combinant la SNTP et la rééducation périnéale.


Limite de l'étude


Notre étude présente des limites qui doivent être signalées. Ces limites sont liées à la petite taille de l'échantillon, la collecte des données basées sur des échelles subjectives et l'existence de plusieurs protocoles quant à la procédure de la SNTP ou aux exercices de rééducation périnéale.


Force de l'étude


Premièrement, à notre connaissance, il n'existe pas à ce jour, dans la littérature, des études faites comparant le traitement de l'HAV par SNTP seule par rapport à celle combinant la SNTP avec la rééducation périnéale. Deuxièmement, malgré la méthodologie rétrospective, les données étaient suffisamment extensives. Finalement, pour des préoccupations liées au potentiel biais de l'évaluateur, la patiente a été utilisée comme seul évaluateur de ses résultats.


Conclusion


Nos résultats permettraient de conclure que traiter les patientes avec stimulation du nerf tibial postérieur seule a de très bons résultats à court terme sur les symptômes cliniques et la qualité de vie de la patiente, et que combiner la rééducation périnéale à la stimulation électrique comme choix thérapeutique de troisième intention serait sans bénéfice secondaire au choix d'employer la stimulation seule, à court terme. Cependant, d'autres études prospectives randomisées sont nécessaires pour appuyer nos conclusions.


Déclaration de liens d'intérêts


Les auteurs déclarent ne pas avoir de liens d'intérêts.




Tableau 1 - Comparaison des caractéristiques cliniques des patientes : groupe TENS seule vs groupe TENS combinée à la rééducation périnéale.
Caractéristiques des patientes  Groupe SNTP seule  Groupe SNTP associée à la rééducation périnéale  p
Âge  54,07±9,16  57,29±10,36  0,215 
BMI en kg/m2 (moyenne±écart-type)  30,26±8,4  31,22±5,7  0,811 
Ménopause (%, effectif)  93,3 % (28)  92,9 % (26)  0,86 
IUE (%, effectif)  73,3 % (22)  60,7 % (17)  0,09 
Cotation au testing des muscles releveurs<3 (% n effectif)  70 % (21)  46 % (13)  0,04 
Moyenne  2,8  2,2  0,2 
Présence de cystocèle (%, effectif)  56,7 % (17)  39,3 % (11)  0,185 



Légende :
*p <0,05 : significatif.



Tableau 2 - Évolution des données du calendrier mictionnel après traitement par TENS seule.
  Avant traitement (min-max)  Après traitement (min-max)  p  
Fréquence mictionnelle diurne  10,04 (5-17)  6,75 (4-10)  <0,001 
Fréquence mictionnelle nocturne  1,75 (0-4)  1,08 (0-3)  0,003 
Nombre moyen de mictions par 24 11,72 (6-20)  7,72 (4-13)  <0,001 
Volume mictionnel minimal moyen en mL  59,09 (10-160)  110,91 (20-230)  <0,001 
Volume mictionnel maximal moyen en mL  306 36 (120-500)  378 18 (220-600)  0,004 
Fréquence moyenne des urgenturies par 24 11,78 (3-30)  7 (0-15)  <0,001 





Tableau 3 - Évolution des données du calendrier mictionnel après traitement par TENS combinée à la rééducation périnéale.
  Avant traitement  Après traitement  p  
Fréquence mictionnelle diurne  7,56 (0-13)  5,7 (2-9)  <0,001 
Fréquence mictionnelle nocturne  2,3 (0-5)  1,41 (0-4)  0,001 
Nombre moyen de mictions par 24 9,85 (4-15)  7,11 (3-11)  <0,001 
Volume mictionnel minimal moyen en mL  63,52 (20-140)  105 56 (30-300)  0,001 
Volume mictionnel maximal moyen en mL  385 56 (120-1600)  413 89 (180-1100)  0,315 
Fréquence moyenne des urgenturies par 24 7,04 (4-15)  4,54 (0-10)  <0,001 





Tableau 4 - Évolution des scores USP et Ditrovie après traitement par TENS combinée à la rééducation périnéale.
  Avant traitement (min-max)  Après traitement (min-max)  p  
Score Incontinence urinaire à l'effort  3,54 (0-9)  1,29 (0-9)  <0,001 
Score Hyperactivité vésicale  10,43 (3-20)  5,21 (0-20)  <0,001 
Score Dysurie  0,71 (0-5)  0,25 (0-2)  0,21 
Score Ditrovie  3144 (1,5-5)  2074 (0,6-5)  <0,001 





Tableau 5 - Comparaison des paramètres du calendrier mictionnel : SNTP seule VS TENS combinée à la rééducation périnéale .
  Stimulation seule  Stimulation+rééducation  p  
Moyenne (min-max)  Moyenne (min-max) 
Fréquence mictionnelle diurne  6,75 (4-10)  5,7 (2-9)  0,091 
Fréquence mictionnelle nocturne  1,08 (0-3)  1,41 (0-4)  0,205 
Nombre moyen de mictions par 24 7,72 (4-13)  7,11 (3-11)  0,154 
Volume mictionnel minimal moyen (mL)  110 91 (20-230)  105 56 (30-300)  0,141 
Volume mictionnel maximal moyen (mL)  378 18 (220-600)  413 89 (180-1100)  0,297 
Fréquence moyenne des urgenturies par 24 7 (0-15)  4,54 (0-10)  0,385 





Tableau 6 - Comparaison des scores USP et Ditrovie : SNTP seule VS SNTP combinée à la rééducation périnéale.
  Stimulation seule  Stimulation+rééducation  p  
Moyenne (min-max)  Moyenne (min-max) 
Score Incontinence urinaire à l'effort  2,13 (0-8)  1,29 (0-9)  0,751 
Score Hyperactivité vésicale  5,9 (0-19)  5,21 (0-20)  0,975 
Score Dysurie  0,33 (0-3)  0,25 (0-2)  0,235 
Score Ditrovie  2,176 (1-4,7)  2,074 (0,6-5)  0,874 




Références



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