Traitement de la cystite interstitielle par instillation intravésicale d'acide hyaluronique : étude prospective sur 31 patientes

25 mars 2011

Auteurs : S. Van Agt, F. Gobet, L. Sibert, A.-M. Leroi, P. Grise
Référence : Prog Urol, 2011, 3, 21, 218-225
Objectif

Évaluer l’efficacité du traitement de la cystite interstitielle par instillation intravésicale de hyaluronate de sodium.

Patientes et méthodes

De mars 2008 à août 2009, une étude prospective, en intention de traiter, a inclus 31 patientes. Les patientes répondaient à la définition de la cystite interstitielle établie par l’ICS en 2002, le bilan comportait un examen des urines, une cystoscopie, un test d’hydrodistension et des biopsies vésicales. Les patientes ont reçu six instillations hebdomadaires de 40mg (50ml) de hyaluronate de sodium en intravésical. Nous avons évalué l’efficacité et la tolérance du traitement par deux questionnaires spécifiques de la cystite interstitielle remplis avant et après six semaines de traitement : l’O’Leary-Sant et le pelvic pain and urgency/frequency (PUF).

Résultats

Quatre groupes ont été définis : bonne réponse, réponse partielle, faible réponse, absence de réponse au traitement. Ils étaient composés respectivement de 14 patientes (45 %), deux (7 %), sept (22 %) et huit patientes (26 %). Nous avons obtenu 52 % de réponse positive (bonne réponse et réponse partielle) après six semaines de traitement. Les patients dont la cystoscopie et l’histologie étaient anormales avaient un taux de réponse de 60 %. Aucun effet secondaire grave n’a été observé.

Conclusion

Le hyaluronate de sodium a sa place dans l’arsenal thérapeutique de la cystite interstitielle avec une efficacité comparable aux autres traitements et une bonne tolérance. Le taux de réponse au traitement aurait pu être amélioré par une meilleure sélection des patientes notamment celles dont la cystoscopie comportant un test d’hydrodistension et l’histologie étaient anormales.




 




Introduction


Il existe une multitude d'expressions cliniques, cystoscopiques et histologiques de la cystite interstitielle (CI) allant de la simple hypersensibilité vésicale à la CI sévère.


En août 1987, le National Institute of Diabetes, Digestive and Kidney Disease (NIDDK) a établi des critères diagnostiques de la CI à utiliser dans le cadre de la recherche clinique [1].


Cependant ces critères se sont avérés trop restrictifs, il a été démontré que l'application de ces critères dans la pratique clinique courante excluait 60 % des patients atteints de CI [2].


En 2002, l'International Continence Society (ICS) proposa une nouvelle terminologie de la CI et de nouveaux critères diagnostiques.


La CI devint l'Interstitial Cystitis/Painful Bladder Syndrome (IC/PBS) traduit en français par : cystite interstitielle/syndrome de la vessie douloureuse (CI/SVD) et donna une définition plus large :

« Le syndrome de la vessie douloureuse est caractérisé par une douleur sus-pubienne en relation avec le remplissage vésical et accompagné de symptômes tels qu'une pollakiurie et/ou une nycturie, en l'absence d'autres pathologies tissulaires ou infection urinaire. La CI fait partie du syndrome de la vessie douloureuse avec, en plus, des caractéristiques typiques cystoscopiques et histologiques. » [3].


Cette nouvelle définition a récemment été critiquée par une étude réalisée sur 156 patients ayant une CI, en effet 26 % des patients considérés comme ayant une CI ont été exclus principalement en raison de la localisation de la douleur en région « sus-pubienne ».


Les auteurs proposaient d'étendre la localisation de la douleur sus-pubienne à une simple gène pelvienne [4].


Enfin en 2008, l'European society for the study of intestitial cystitis (ESSIC) publia un article dans lequel il proposait d'abandonner le terme de CI/SVD, dont la signification était variable d'un centre à l'autre, au profit du syndrome de la douleur vésicale [5].


De nombreux traitements ont été proposés avec une efficacité variable [6]. Les études étaient hétérogènes et leur faible degré de preuve justifiait une meilleure connaissance de l'efficacité de ces traitements et de leur tolérance.


Le but de notre étude était d'évaluer l'efficacité et la tolérance du traitement d'attaque par instillation de hyaluronate de sodium, chez les patients atteints de CI/SVD.


Patients et méthodes


Notre étude a été réalisée dans le service d'urologie au CHU de Rouen. De mars 2008 à août 2009, nous avons inclus 31 patientes de manière prospective.


Les critères d'inclusion étaient les patientes souffrant de CI dont le diagnostic était posé par un clinicien expert selon la définition de l'ESSIC de 2005, c'est-à-dire la définition donnée par l'ICS [3] en 2002 mais avec des caractéristiques cystoscopiques et/ou histologiques pour définir la CI. Les critères d'exclusions étaient les infections urinaires, les cystites radiques ou médicamenteuses, le carcinome in situ ou toute autre pathologie tumorale vésicale, le syndrome d'hyperactivité vésicale. Le bilan complémentaire comportait un examen cyto bactériologique des urines (ECBU), une cystoscopie avec biopsie vésicale systématique et une hydrodistension vésicale. Le bilan urodynamique n'était pas systématique, il était proposé lorsque nous avions un doute diagnostique.


Deux patientes ont été exclues, l'un en raison d'un ECBU positif, l'autre en raison d'un antécédent d'entérocystoplastie d'agrandissement.


Le schéma thérapeutique proposé était une instillation par semaine pendant six semaines. Le protocole comprenait une toilette locale à la bétadine. Les patientes étaient en position gynécologique et sondés avec une sonde charrière 12 afin de vidanger la vessie.


L'infirmière vérifiait la stérilité des urines par une bandelette urinaire. L'acide hyaluronique était préalablement préparé dans une seringue de 60mL. Les patientes recevaient 40mg de hyaluronate de sodium contenu dans 50ml de NaCl en instillation intravésicale.


Le produit devait être gardé au mieux deux heures et au minimum 30minutes pour les patientes présentant une pollakiurie sévère.


Les patientes étaient hospitalisées la journée en « hôpital de jour », la sortie était autorisée après la visite du médecin.


Une visite de contrôle auprès d'un médecin était prévue à un mois après la dernière des six instillations.


La tolérance était vérifiée lors de l'hospitalisation de jour et lors de la visite médicale.


Les patientes remplissaient le questionnaire de O'Leary-Sant [7] et le pelvic pain and urgency/frequency (PUF) [8] avant et après les six instillations. Ils pouvaient être aidés d'une infirmière pour remplir les questionnaires (Annexe A). Nous avons également noté l'âge, le sexe, le nombre de traitements antérieurs, les résultats de la cystoscopie et de l'histologie des biopsies.


Chaque questionnaire était sur 35 points, nous avons classé les patientes en quatre catégories : absence de réponse au traitement pour les patientes présentant une diminution du score cumulé inférieure à cinq points, faible réponse (5–9 points), réponse partielle (10–14 points), bonne réponse (>14 points).


Nous avons également évalué la pollakiurie, la douleur et l'urgenturie avant et après le traitement.


Nous avons utilisé les résultats du questionnaire PUF. La pollakiurie était évaluée sur huit points (questions 1 et 2a), la douleur sur six points (questions 5 et 6a) et l'urgenturie sur six points (questions 7 et 8a).


Résultats


Nous avons inclus 31 patientes dont la moyenne d'âge était de 60 ans (31–81 ans). Notre population était composée exclusivement de femmes.


Les patientes souffraient de CI depuis en moyenne deux ans et demi (6 mois–10 ans). Plusieurs patientes avaient déjà reçu d'autres traitements avant les instillations d'acide hyaluronique : anticholinergiques, antibiotiques au long cours pour des infections urinaires à répétition, antihistaminiques et antidépresseurs avec respectivement 17, sept, sept et quatre patientes.


Onze patientes ont eu des instillations intravésicales de diméthylsulfoxide (DMSO).


Six patientes avaient reçu des traitements plus invasifs tels que l'hydrodistension thérapeutique (deux patientes), la neuromodulation (deux patientes) ou les injections de toxine botulique A (deux patientes).


Enfin trois patientes n'avaient jamais été traitées pour leur CI.


Avant le traitement, les patientes avaient en moyenne un score de 25 sur 35 points pour le questionnaire de O'Leary et de 22 sur 35 points pour le PUF.


Après le traitement, le score était de 18 sur 35 points pour le questionnaire de O'Leary et de 17 sur 35 points pour le PUF.


La moyenne des scores cumulés des deux questionnaires avant et après le traitement était respectivement de 47 et 35 sur 70 points.


Sur un total de 31 patientes, huit patientes (26 %) n'ont pas répondu au traitement, sept patientes (22 %) ont eu une faible réponse, deux patientes (7 %) une réponse partielle et 14 patientes (45 %) une bonne réponse (Figure 1).


Figure 1
Figure 1. 

Répartition des patientes en fonction de leur réponse au traitement.




Le taux de réponse positive (bonne réponse et réponse partielle) était de 52 % après six instillations.


Nous avons également évalué sur quels symptômes le traitement était efficace et dans quelle proportion. Les instillations agissaient sur les trois principaux symptômes : la pollakiurie, la douleur et l'urgenturie (Figure 2).


Figure 2
Figure 2. 

Moyenne des scores de la pollakiurie, de la douleur et de l'urgenturie avant (bleu) et après (rouge) le traitement.




La pollakiurie enregistrait une baisse de 1,45 points, la douleur une baisse d'un point et l'urgenturie une baisse de 0,81 points.


Nous avons examiné le taux de réponse en fonction des caractéristiques de notre population (Tableau 1).


Chez les patientes ayant reçu deux ou plus de deux traitements antérieurs, 56,2 % ont bien répondu au traitement contre 46,6 % lorsque les patientes avaient reçu moins de deux traitements antérieurs.


La cystoscopie était considérée comme anormale lorsque nous mettions en évidence dans la vessie des zones inflammatoires, des pétéchies, des glomérulations ou un ulcère de Hunner.


L'histologie était considérée comme anormale lorsque l'anatomopathologiste décrivait des infiltrats inflammatoires ou un aspect de fibrose de la paroi vésicale.


Le taux de réponse était de 54,4 % lorsque la cystoscopie était anormale, de 59,1 % lorsque l'histologie était anormale et de 60 % lorsque les deux étaient anormales.


Nous avons observé un seul effet indésirable : une patiente a présenté, à la deuxième instillation, une réaction allergique cutanée à type d'érythème de la moitié inférieure de l'abdomen associé à un prurit. Cet effet secondaire fut spontanément résolutif après une semaine de surveillance. Notre étude étant en intention de traiter, nous l'avons inclus dans nos résultats comme un échec.


Les instillations intravésicales ont été bien tolérées par les patientes. Nous n'avons pas observé de douleur ni d'exacerbation des symptômes après traitement ni d'événement indésirable grave.


Discussion


Plusieurs théories ont tenté d'expliquer la physiopathologie de la CI.


La théorie selon laquelle la CI était due à un défaut d'imperméabilité de la paroi vésicale par destruction de la couche protectrice de glycominoglycanes (GAG) a été la mieux étayée. Le test au potassium fut un argument pour cette théorie, l'instillation intravésicale d'une solution de KCl reproduisait les douleurs [9].


L'acide hyaluronique est un mucopolysaccharide, composant majeur de la matrice extracellulaire, qui contribue à la reconstitution de la barrière protectrice de GAG ainsi qu'à la prolifération et à la migration cellulaire [10].


Le hyaluronate de sodium a été utilisé en instillation dans d'autres pathologies que la CI notamment dans la cystite radique et les infections urinaires récidivantes avec de bons résultats.


L'étude de Leppilahti et al. [11] a mis en évidence que l'acide hyaluronique avait en plus la capacité de réguler la réponse inflammatoire en bloquant les récepteurs ICAM-1.


Les récepteurs ICAM-1 étaient exprimés entre autres par les cellules endothéliales de vaisseaux. Ils agissaient comme une molécule-clé de la fixation des leucocytes à la paroi des vaisseaux grâce à l'antigène LFA-1 exprimé à la surface des leucocytes. Cette fixation permettait la migration transendothéliale des cellules de l'inflammation. En temps normal, l'expression de ce récepteur était basse. Dans de nombreuses pathologies dont la CI, ce récepteur était surexprimé. Lorsque l'acide hyaluronique était instillé dans la vessie, il se liait aux récepteurs ICAM-1 et inhibait la fixation des leucocytes et leur migration, il prévenait ainsi l'activation des cellules de l'inflammation.


Dans notre étude, nous n'avons inclus de manière fortuite que des femmes. Nous l'avons expliqué en partie par le fait que le diagnostic de CI était plus facilement évoqué chez les femmes en raison d'un sex-ratio largement en leur faveur.


Nos résultats, sur le traitement de la CI par instillation de hyaluronate de sodium, ont été plus faibles que ceux retrouvés dans la littérature.


Nous avons trouvé un taux de réponse au traitement de 52 % alors qu'il était de 55 à 85 % selon les études (Tableau 2).


Cependant les résultats des études étaient difficilement comparables entre eux, car les schémas thérapeutiques ainsi que les moyens d'évaluation des traitements étaient différents d'une étude à l'autre.


Seuls trois traitements de la CI ont eu un haut niveau de preuve de leur efficacité : la cimétidine, l'amytriptyline et les instillations de DMSO.


On a regroupé les articles de la littérature concernant les études sur le traitement de la CI par instillation d'acide hyaluronique dans le Tableau 2. Elles étaient toutes de faible niveau de preuve.


La première étude sur les instillations d'acide hyaluronique dans le traitement de la CI a été publiée en 1996 par Morales et al. [12].


L'étude était prospective, non contrôlée, sur 25 patientes ayant une CI et suivis pendant 48 semaines. Les patientes recevaient une instillation hebdomadaire pendant quatre semaines, puis une instillation mensuelle pendant un an pour les répondeurs.


La réponse au traitement était évaluée par un questionnaire et par l'échelle visuelle analogique (EVA) sur les douleurs et les urgenturies.


Le taux de répondeurs était de 46 % à quatre semaines, 67 % à huit semaines et 71 % à un an puis décroissance progressive jusqu'à deux ans.


À deux ans, l'étude recensait neuf patientes « perdus de vue » sur 25 (36 %). Si on considérait l'étude en intention de traiter, le taux de réponse tombait à 32 % (8/25).


Daha et al. [13] avaient dans leur étude 41 répondeurs sur 48 patients souffrant de CI à six mois. Le taux de réponse était donc de 85 %.


Par ailleurs l'étude mettait en évidence l'absence de différence significative sur l'efficacité du traitement chez les patients à vessie de petite capacité (inférieure à 350cm3) par rapport aux patients à vessie de plus grande capacité (supérieure à 350cm3). Le taux de réponse était respectivement, dans les deux groupes, de 84 % et 87 %.


Dans le sous-groupe de patients ayant un test au potassium positif, les patients avaient un meilleur taux de réponse que le sous-groupe à test négatif.


Le test au potassium était peut être un facteur prédictif positif sur l'efficacité du traitement par instillation de hyaluronate de sodium.


L'étude de Gupta et al. [14] parvenait aux mêmes conclusions que dans l'étude de Daha et al., l'efficacité du traitement était plus importante dans le groupe de patients ayant eu un test au potassium positif.


Le taux de réponse global était de 55 %. Dans le groupe test positif, le taux de réponse était de 74 % contre 23 % dans le groupe de patients ayant un test au potassium négatif.


Le protocole utilisé dans l'étude de Leppilahti et al. [11] associait à la fois une hydrodistension et quatre instillations d'acide hyaluronique. Le taux d'efficacité retrouvé était de 63 %.


Cependant l'hydrodistension pouvait avoir des effets thérapeutiques sur la CI. L'efficacité de l'acide hyaluronique seul était difficilement appréciable.


Les méthodes d'évaluation de l'efficacité du traitement étaient variables selon les études.


Seules trois études [13, 15, 16] n'ont utilisé que l'EVA comme moyen d'évaluation avec une réponse considérée comme positive lorsqu'elles observaient une diminution de deux points ou plus sur l'EVA.


C'était dans ces trois études que les taux d'efficacité étaient les plus élevés avec respectivement 85, 70 et 85,7 %.


Nous avons mis en évidence dans notre étude que les instillations d'acide hyaluronique agissaient sur les trois principaux symptômes de la CI. La moyenne du score de la pollakiurie enregistrait la plus grande diminution de 1,45 sur huit points.


Dans l'étude initiale de Morales et al. [12], il existait également une amélioration des trois principaux symptômes de la CI.


Dans l'étude de Porru et al. [17], l'amélioration de la douleur et de la pollakiurie était identique, ils ont observé une diminution significative de 30 % de ces deux symptômes chez les dix patients inclus dans l'étude.


Cependant on ne pouvait pas comparer cette étude aux autres car l'efficacité du traitement n'était pas donnée en taux de réponse au traitement.


Nous avons également remarqué dans notre étude que le taux de réponse positive au traitement était plus faible (33,3 %) chez les patientes souffrant de CI classée PBS 1A selon la classification de l'ESSIC de 2008 (Tableau 3) [5]. Le stade PBS 1A était caractérisé par une cystoscopie et une histologie des biopsies vésicales normales.


Nous avons regroupé les aspects 2 et 3 de la classification de l'ESSIC pour les patientes ayant une cystoscopie considérée comme anormale.


Chez les patientes avec une cystoscopie et une histologie anormales, le taux de réponse positive montait à 60 %. Le taux de réponse au traitement pourrait donc être amélioré par une meilleure sélection des patientes.


Le nombre de traitements antérieurs avant les instillations d'acide hyaluronique ainsi que le nombre d'année de suivi des patientes ne semblaient pas influencer le taux de réponse positive au traitement.


Le mécanisme d'action de l'acide hyaluronique étant différent des autres traitements de la CI, il paraissait logique qu'il n'y ait pas de relation entre le nombre de traitements antérieurs et l'efficacité de l'acide hyaluronique. Il pourrait donc être proposé chez des patients après de multiples essais thérapeutiques.


Notre étude a manqué de puissance, de plus nous n'avons pas réalisé d'étude statistique étant donné qu'elle comportait un nombre insuffisant de patientes. La faible efficacité des traitements de la CI nécessiterait un grand nombre de patients à inclure, rendu difficile par la faible incidence de la maladie. Notre étude comportait 31 patientes, ce qui correspondait en moyenne aux effectifs des études de la littérature.


Nous ne pouvions pas affirmer qu'il existait une différence significative en termes d'efficacité avant et après le traitement. Cependant nos résultats allaient dans le sens de ceux de la littérature.


Le suivi de notre étude fut court. Nous nous sommes intéressés uniquement au traitement d'attaque de l'acide hyaluronique d'une durée de six semaines. Le devenir à long terme des patientes ayant eu des instillations d'acide hyaluronique est peu connu. Une seule étude, celle de Kallestrup et al. [18], avait un long suivi avec 55 % de répondeurs à trois ans.


Le rythme et le nombre d'instillations n'étaient pas définis. Nous avons choisi une instillation par semaine pendant six semaines de manière empirique en se basant sur le rythme des instillations du DMSO et sur le protocole décrit par Morales et al. [12]. Aucune étude n'a pour l'instant apporté de réponse sur le protocole à utiliser.


Le traitement a été bien toléré, aucun effet secondaire grave n'a été relevé.


Dans la littérature, peu d'effets secondaires ont été répertoriés sur l'acide hyaluronique.


Cependant l'étude de Constantinides et al. [19] sur les instillations d'acide hyaluronique dans le cadre d'infections urinaires récidivantes a mis en évidence 23 % d'irritation vésicale jusqu'à six heures après l'instillation. Elles étaient spontanément résolutives. Ces irritations vésicales pouvaient être expliquées par la mise en place du cathéter sur une vessie inflammatoire.


Dans l'étude de Gupta et al. [14], trois patients s'étaient plaints de douleurs pelviennes, deux patients ont eu une infection urinaire post-instillation et un patient a présenté une hématurie spontanément résolutive.


Conclusion


La CI est une maladie dont la prise en charge est difficile.


Cependant l'importance des symptômes décrits par les patients et les conséquences sur leur qualité de vie doivent motiver notre implication.


Le terme de CI est amené à disparaître pour devenir le SVD. Sa définition est plus simple et sa classification est utilisable à la fois dans la pratique courante mais aussi dans les études cliniques.


Les instillations d'acide hyaluronique ont leur place dans l'arsenal thérapeutique de la CI avec une bonne tolérance et une efficacité comparable aux autres traitements.


Les résultats obtenus pourraient être améliorés par une indication plus restreinte des instillations. Le traitement pourrait être réservé aux patients dont la cystoscopie et l'histologie sont anormales, quel que soit le nombre de traitements antérieurs qu'ils aient reçu.


Les études sur l'acide hyaluronique souffrent d'un faible niveau de preuve. Une étude prospective, randomisée, en double insu, contre placebo serait souhaitable pour mieux préciser l'efficacité des instillations.


Conflit d'intérêt


L'auteur Simon Van Agt déclare n'avoir aucun conflit d'intérêt.



Annexe A. Matériel complémentaire


(13 Ko)
  
(42 Ko)
  



 Niveau de preuve : 3.





Tableau 1 - Taux de réponse en fonction des caractéristiques de notre population.
Critères  n (%)  Taux de réponse (%) 
Âge  
<65 ans  17 (54,8)  41,2 
>65 ans  14 (45,2)  64,3 
 
Nombre de traitements antérieurs  
16 (51,6)  56,2 
< 15 (48,4)  46,6 
 
Suivi  
2 ans  14 (45,2)  57,1 
<2 ans  17 (54,8)  47 
 
Cystoscopie  
Normale  9 (29)  44,4 
Anormale  22 (71)  54,4 
 
Histologie  
Normale  9 (29)  33,3 
Anormale  22 (71)  59,1 
 
Cystoscopie et histologie  
Anormale  20 (64,5)  60 
Normale  6 (19,3)  33,3 





Tableau 2 - Ensemble des articles de la littérature sur les instillations d'acide hyaluronique dans le traitement de la cystite interstitielle (CI).
  Année  n   Schéma thérapeutique  Évaluation  Suivi (mois)  Résultats 
Morales et al.  1996  25  6 instillations hebdomadaires  Scores symptômes  11  Réponse positive si diminution de plus 
      Puis 1 mois sur 1 an  EVA sur les douleurs eturgenturie    de 50 % des symptômes 
            46 % réponses positives à 4 semaines 
            67 % à 8 semaines 
            71 % à 1 an puis décroissance jusqu'à 2 ans 
 
Porru et al.  1997  10  6 instillations hebdomadaires  Scores symptômes  24  Diminution de 30 % des symptômes dès la 6e semaine jusqu'à la 24e 
      Puis 6 instillations mensuelles  Calendrier mictionnel     
 
Kallestrup et al.  2005  20  4 instillations hebdomadaires  Questionnaire  48  13/20 répondeurs à 3 mois (65 %) 
      Puis 2 instillations mensuelles  EVA    11/20 répondeurs à 3 ans (55 %) 
      Possibilité de poursuivre les instillations 1 par mois  Calendrier mictionnel     
 
Leppilahti et al.  2002  11  Hydrodistension puis  EVA  12  7/11 répondeurs à 1 an (63 %) 
      4 instillations hebdomadaires  Calendrier mictionnel     
 
Daha et al.  2005  48  10 instillations hebdomadaires  EVA (répondeurs si diminution du score de l'EVA>2)  41/48 répondeurs à 6 mois (85 %) 
            27/32 (84 % dans groupe 1 : C max<350cm3
            14/16 (87 % dans groupe 2 : C max>350cm3
            Pas de différence entre les 2 groupes 
 
Gupta et al.  2005  38  Test au potassium puis 6 instillations hebdomadaires possibilité de poursuivre les instillations 1 par mois  Questionnaires O'Leary-Sant  1,5  20/36 répondeurs (55 %) après 6 semaines 
            17/23 (74 %) dans le groupe test au K+ 
            3/13 (23 %) dans le groupe test au K− 
 
Sanchez Marcias et al. (poster)  2005  21  6 instillations hebdomadaires  EVA (répondeurs si diminutiondu score de l'EVA>2)  8,2  70 % de répondeurs à 10 mois 
      Puis 9 instillations mensuelles       
 
Xu Gang et al. (poster)  2004  20  4 instillations hebdomadaires puis 2 instillations mensuelles  EVA  10/19 (52,6 %) de répondeurs à 4 mois (réponse partielle et complète) 
 
Riedl et al. (poster)  2003  70  1 par semaine jusqu'à amélioration  EVA (répondeurs si diminution du score de l'EVA>2)  85,7 % de répondeurs 



Légende :
EVA : échelle visuelle analogique.



Tableau 3 - Nouvelle classification de la cystite interstitielle (CI) selon l'ESSIC.
Classification cystoscopique et histologique des syndromes de la vessie douloureuse (SVD) après hydrodistension 
Symbole 1 : donnée cystoscopique  Symbole 2 : donnée histologique 
X : non fait  X : non fait 
1 : normal  A : normal 
2 : glomérulations grade 2 ou 3  B : non contributive 
3 : ulcère de Hunner avec ou sans glomérulations  C : infiltration inflammatoire, tissu de granulation, mastocytose ou fibrose intrafasciculaire 




Références



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