Traduction en langue française et validation linguistique de l'auto-questionnaire Bladder Cancer Index évaluant la qualité de vie dans les tumeurs de vessie

25 mai 2012

Auteurs : N. Gaunez, S. Larré, C. Pirès, B. Doré, J. Wei, C. Pfister, J. Irani
Référence : Prog Urol, 2012, 6, 22, 350-353




 




Introduction


Le cancer de vessie est fréquent : en France, c’est le deuxième cancer urologique en fréquence [1]. En 2010, 2,7 millions de nouveaux cas dans le monde ont été diagnostiqués. La prise en charge est variable en fonction des facteurs pronostiques, essentiellement le stade et le grade.


Quelle que soit la prise en charge des tumeurs vésicales, la qualité de vie (QDV) du patient peut être altérée, souvent de façon significative. La prise en charge du patient ne peut ignorer cette composante. L’évaluation de l’impact de la prise en charge sur la QDV nécessite un outil validé spécifique qui aurait essentiellement un rôle dans la recherche clinique plutôt que dans la pratique clinique de routine. Cet outil n’existe pas actuellement en langue française. Pourtant les applications seraient nombreuses et on peut citer comme exemples les comparaisons de différentes prises en charge à différents stades de la tumeur vésicale :

l’intensité de l’évaluation de la surveillance cystoscopique ainsi que l’apport des marqueurs ;
les différents types d’instillations endo-vésicales et les schémas d’administration ;
les différents abords de chirurgie radicale et dérivations urinaires ;
les alternatives thérapeutiques comme la radio-chimiothérapie concomitante.


Un tel outil validé n’existe pas actuellement en langue française. L’équipe de l’université de Michigan a développé et validé un auto-questionnaire en langue anglaise, le Bladder Cancer Index (BCI), dont l’objectif était d’évaluer l’impact des différents traitements des tumeurs de vessie sur la QDV des patients [2]. Ce questionnaire à été validé pour les tumeurs de vessie infiltrantes ou non, ainsi que pour différents procédés de prise en charge incluant la cystoscopie avec ou sans instillations endo-vésicales et la cystectomie avec dérivation par urétérostomie cutanée trans-iléale (Bricker) ou vessie de remplacement.


Le but de ce travail était de traduire en langue française le BCI et de le valider sur le plan linguistique de façon à pouvoir proposer à la communauté francophone le premier outil de ce type.


Matériels et méthodes


Validation et structure de l’auto-questionnaire BCI original


Le BCI a été développé par Gilbert et al. en trois phases successives. La première phase a consisté en une revue de la littérature, la deuxième en l’élaboration du questionnaire et la troisième en sa validation. Celle-ci est passée par les étapes habituelles d’évaluation de la cohérence et de la reproductibilité. Elle a été faite auprès de 315 patients traités à l’université du Michigan en 2004 d’une tumeur de vessie [2].


Le BCI est composé de trois parties et d’un supplément :

la première partie explore l’état général du patient (7 items) ;
la deuxième partie explore la fonction urinaire (9 items) ;
la troisième partie explore la fonction digestive (6 items) ;
le supplément, optionnel, apporte des précisions supplémentaires sur la fonction sexuelle, l’image corporelle et le bien-être en général (21 items).


Un score de 1 à 5 est attribué à chaque réponse de chaque item.


Traduction en langue française et validation linguistique qualitative du BCI


Les cinq étapes successives, prospectivement fixées, étaient identiques à celles que nous avions utilisées antérieurement pour la traduction et validation de l’auto-questionnaire USSQ [4]. Elles visaient à obtenir une traduction de qualité optimale et l’évaluation de cette qualité par une contre-traduction (français à l’anglais) faite par une société de traduction médicale professionnelle :

obtention de l’autorisation de la part des auteurs de traduire et d’utiliser le questionnaire original en langue française – le BCI étant protégé par un copyright ;
traduction du BCI de l’anglais au français par deux urologues ayant une bonne connaissance des deux langues ;
soumission de la version traduite en français à un comité de lecture multidisciplinaire qui devait évaluer la clarté et la cohérence du texte ;
soumission de la version française modifiée en fonction des différents commentaires à une société de traduction médicale professionnelle pour s’assurer de l’absence de distorsion entre les deux questionnaires lors de la traduction inverse français-anglais (forward-backward translation sequence ) ;
validation linguistique qualitative du document obtenu auprès de cinq patients au minimum, issus de milieux socioprofessionnels différents atteints d’une tumeur de vessie à des stades variables. Cette validation qualitative consistait en un entretien individuel de chaque participant avec un investigateur (NG) explorant les critères suivants :
facilité de compréhension et accessibilité du vocabulaire de façon globale et par item,
difficultés et ambiguïtés,
présentation et mise en forme du questionnaire,
pertinence des questions,
commentaires divers du participant.


Résultats


L’autorisation de traduire et d’utiliser le questionnaire en langue française a été obtenue en 2008 auprès des responsables de l’équipe de l’université de Michigan qui ont développé le BCI.


La traduction du BCI (questionnaire principal et supplément) de l’anglais au français a été faite par deux urologues ayant une connaissance satisfaisante des deux langues et ayant déjà exercé l’urologie en Grande-Bretagne et en France (SL et JI).


Le comité de lecture qui a évalué la clarté et la cohérence du texte était composé de trois urologues (BD, CP, CPf), d’une infirmière (NB) et d’une secrétaire (AL).


La version obtenue a été adressée à la société de traduction médicale professionnelle (Nagpal, Paris).


Le document a été enfin testé auprès de six patients atteints d’une tumeur de vessie traités dans le service. Chacun de ces patients a eu un entretien avec un des investigateurs (NG). Il s’agissait d’une femme de 65ans et de cinq hommes de 31, 57, 64, 73 et 76ans, de différentes catégories socioprofessionnelles (4 retaités, 1 représentant commercial, 1 fonctionnaire). Ils ont tous répondu au questionnaire sans rencontrer de difficulté de compréhension ni de remplissage. De ce fait, aucune modification n’a été apportée suite à cette évaluation qualitative.


Discussion


Une évaluation de la QDV dans le domaine des tumeurs de vessie est particulièrement utile : d’une part, de nombreuses controverses séparent actuellement les défenseurs de différentes prises en charge pour une situation donnée (nous citerons comme exemples l’intensité de la surveillance cystoscopique, l’apport des marqueurs urinaires, le type et la fréquence des instillations endovésicales, le type de l’abord et la technique de la chirurgie d’exérèse ainsi que la dérivation urinaire, le rôle des traitements alternatifs) et, d’autre part, de nouvelles prises en charge vont être proposées dans un avenir proche et devront être évaluées non seulement sur le plan de leur efficacité thérapeutique mais également sur le plan de leur tolérance et de leur impact sur la QDV.


Peu d’études ont décrit l’impact et le retentissement des tumeurs vésicales et de ses traitements sur la QDV et/ou les stratégies pour atténuer ce retentissement. Cette recherche nécessite un outil validé fournissant des critères de jugement mesurables et reproductibles. Cette évaluation utilisant un outil validé n’existe pas en français à notre connaissance. L’équipe du département d’urologie de l’université du Michigan a développé et validé en anglais le questionnaire BCI qui évalue l’impact des tumeurs de vessie sur les fonctions urinaires, digestives et sexuelles, ainsi que sur l’état général, la vie professionnelle et la qualité de la vie en général. Les deux avantages de traduire ce questionnaire anglophone déjà validé [3] et utilisé plutôt que de développer un outil de novo étaient, d’une part, une économie de moyens qui évitait de dupliquer un travail déjà fait et, d’autre part, de faciliter pour les équipes françaises qui l’utiliseraient la publication dans des revues internationales.


Cependant la traduction du BCI a dû passer par une méthodologie prospective qui devait permettre de réduire au maximum les erreurs, coquilles, ambiguïtés et contre-sens lors du passage de l’anglais au français : traduction par deux personnes, comité de lecture pluridisciplinaire, traduction inverse du français vers l’anglais par des traducteurs professionnels et enfin évaluation qualitative par interview d’un échantillon pilote de patients. Nous avons reproduit la même méthodologie, que nous avons utilisée pour la traduction de l’USSQ [4].


Cet outil d’évaluation de la QDV dans les tumeurs vésicales ne devrait avoir un rôle limité dans la pratique clinique quotidienne à notre avis. Le BCI est un questionnaire exhaustif et donc long à remplir et à analyser et son utilisation devrait être plus appropriée pour la recherche clinique afin d’appréhender de façon objective la dimension de la QDV dans la comparaison de différentes stratégies de prises en charge. Les investigateurs devront évaluer en fonction de leurs objectifs dans quelle mesure le BCI principal est suffisant ou si le supplément devrait également être utilisé. Cela correspond aux conseils des auteurs du BCI original.


Les limites du BCI traduit en français (BCI-FR) sont l’absence de processus de validation de novo (en dehors de la validation linguistique). Cette première publication permettra de donner un socle pour l’utilisation de ce questionnaire dans de futures études cliniques qui pourront également évaluer son caractère discriminant, sa cohérence et sa reproductibilité.


Conclusion


Cette version française du questionnaire BCI, le BCI-FR, permettra aux chercheurs francophones d’utiliser un outil de mesure validé et reconnu sur le plan international pour évaluer la QDV et la répercussion sur les fonctions urinaires, digestives, et sexuelles des différentes stratégies de prise en charge des tumeurs de vessie.


Déclaration d’intérêts


Les auteurs déclarent ne pas avoir de conflits d’intérêts en relation avec cet article.



Annexe A. Matériel complémentaire


(111 Ko)
  



 Niveau de preuve : NA.




Références



Pfister C., et al. Recommandations en onco-urologie 2010 : tumeurs urothéliales Prog Urol 2010 ;  Suppl. 4 : S255-S274 [inter-ref]
Gilbert S.M., Dunn R.L., Hollenbeck B.K., Montie J.E., Lee C.T., Wood D.P., et al. Development and validation of the Bladder Cancer Index: a comprehensive, disease specific measure of health-related quality of life in patients with localized bladder cancer J Urol 2010 ;  183 : 1764-1770 [cross-ref]
Gilbert S.M., Wood D.P., Dunn R.L., Weizer A.Z., Lee C.T., Montie J.E., et al. Measuring health-related quality of life outcomes in bladder cancer patients using the Bladder Cancer Index (BCI) Cancer 2007 ;  109 (9) : 1756-1762 [cross-ref]
Puichaud A., Larré S., Bruyère F., Auger J., Bret N., Chevreste A., et al. Validation en langue française du questionnaire « Ureteric Stent Symptom Questionnaire » Prog Urol 2010 ;  20 : 210-213 [cross-ref]






© 2011 
Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés.