Test urinaire PCA3 et diagnostic du cancer prostatique : étude à partir de 1015 patients

25 décembre 2015

Auteurs : V. Vlaeminck-Guillem, M. Devonec, D. Champetier, M. Decaussi-Petrucci, P. Paparel, P. Perrin, A. Ruffion
Référence : Prog Urol, 2015, 16, 25, 1160-1168
But

Evaluer la capacité du test urinaire PCA3 à prédire le résultat des biopsies prostatiques dans une large cohorte issue du centre hospitalier Lyon-Sud.

Patients et méthodes

Le score PCA3 a été déterminé prospectivement chez 1015 patients adressés pour biopsies prostatiques. La capacité prédictive du score PCA3 a été évaluée par la comparaison des aires sous les courbes ROC, de modèles de régression logistique et une analyse par decision curve analysis (DCA).

Résultats

Le score PCA3 médian était significativement plus élevé chez les patients avec biopsies positives. L’AUC était de 0,76, significativement plus élevée que celle du PSA à 0,55. Au seuil de 35, la sensibilité était de 68 %, la spécificité de 71 %, les valeurs prédictives positive et négative de 67 % et 71 %, et l’efficience de 69 %. En analyse multivariée, le score PCA3 était prédicteur indépendant du résultat des biopsies et son addition à un modèle de base comportant les données clinico-biologiques classiques apportait un gain diagnostique significatif. Au seuil de 20, près de la moitié des biopsies a posteriori inutiles auraient été évitées, tout en ayant ignoré 7 % des cancers avec score de Gleason7. Le score PCA3 n’apparaissait pas corrélé au score de Gleason, mais était bien corrélé au volume tumoral (évalué par la proportion de carottes envahies).

Conclusion

Le test urinaire PCA3 présente des performances diagnostiques élevées pour le diagnostic précoce du CaP. Sa corrélation avec l’agressivité du cancer s’exprime à travers le volume tumoral plus que par le score de Gleason.

Niveau de preuve

5.




 




Introduction


Plus de 10ans se sont écoulés depuis la première publication d'un test urinaire permettant la mesure du nombre de copies d'ARN du gène PCA3 dans les urines de patients avec suspicion de cancer de la prostate (CaP) [1]. Cet ARN n'est exprimé quasiment que dans le tissu cancéreux de la prostate, son expression étant nulle dans les tissus non prostatiques et très faible dans la prostate normale ou les pathologies prostatiques bénignes [1, 2, 3]. La découverte et l'utilisation diagnostique du PCA3 sont survenues dans le contexte du manque de spécificité du dosage sérique de l'antigène spécifique de la prostate (PSA) pour le diagnostic du CaP.


À ce jour, autour de 100 études cliniques explorant les applications cliniques de la mesure urinaire des ARN du PCA3 (test urinaire PCA3) ont été publiées, regroupant près de 30 000 patients [4, 5, 6]. Reste que si son utilisation diagnostique a été approuvée par la FDA en 2012, c'est uniquement dans le cadre d'une aide à la décision de re-biopsie chez des patients de plus de 50 ans avec au moins une série antérieure de biopsies négatives. En France, son utilisation est encore à l'heure actuelle réservée aux protocoles de recherche ou dans le cadre d'une démarche diagnostique volontaire financée par le patient lui-même (BHN 1111). Les études cliniques publiées, de qualité scientifique inégale, tendent à montrer que le test urinaire PCA3 constitue une aide significative pour la décision de (re-)biopsies prostatiques : le score PCA3 n'est pas, contrairement au PSA sérique, corrélé au volume prostatique, il n'augmente pas dans les pathologies prostatiques bénignes [7], il augmente avec le risque de biopsies positives et son utilisation permettrait de réduire de moitié ou des deux tiers le nombre de biopsies prostatiques finalement négatives et a posteriori inutiles [4, 5, 6]. Des corrélations sont supposées entre le score PCA3 et des critères histo-pronostiques identifiés sur les carottes biopsiques ou les pièces de prostatectomie.


Le but de cette étude est de rapporter l'expérience de notre centre dans l'utilisation diagnostique et pronostique du test urinaire PCA3 sur une large cohorte de patients adressés pour biopsies prostatiques du fait d'une suspicion de CaP.


Patients et méthodes


Patients


Pour cette étude prospective monocentrique menée au centre hospitalier Lyon-Sud, ont été inclus tous les patients consécutivement adressés dans le service d'urologie pour des biopsies prostatiques en raison d'une concentration sérique de PSA≥4ng/mL et/ou d'une anomalie du toucher rectal (TR) et/ou d'un antécédent familial de CaP. Ont été exclus de l'étude les patients avec antécédent de CaP, mais les patients ayant un ou des antécédents de biopsies prostatiques négatives ont été inclus. Cent soixante de ces patients ont déjà fait l'objet d'une étude partielle [8]. Le recueil écrit du consentement a été effectué pour tous les patients.


Après recueil des urines pour la réalisation du test PCA3, les patients ont eu une série de biopsies prostatiques selon les recommandations de l'Association européenne d'urologie : au moins 6 carottes latérales prélevées dans chaque lobe sous guidage par échographie transrectale permettant également l'évaluation du volume prostatique. Les données anatomopathologiques suivantes ont été recueillies : le score de Gleason, la proportion de carottes envahies, la proportion de tissu prostatique envahi, le caractère uni- ou bilatéral, la présence d'un engainement péri-nerveux et le franchissement capsulaire.


Recueil des échantillons et test urinaire PCA3


Le premier jet (25-30mL) des urines émises après un TR appuyé (appui ferme sur la prostate, de dehors en dedans avec 3 passages par lobe prostatique) [9] a été recueilli et transféré immédiatement dans un tube de transfert spécifique (Progensa Urine Specimen Transport Kit®, Gen-Probe). Les tubes ont été stockés à −20 ÌŠC jusqu'à la réalisation du test. Le test urinaire PCA3 a été réalisé selon les recommandations du fabricant (Progensa PCA3®, DTS400 system, Hologic Gen-Probe) dans le service de Biochimie du centre hospitalier Lyon-Sud. Le score urinaire PCA3 a été calculé comme le ratio, multiplié par 1000, entre le nombre de copies de PCA3 et de PSA. Lorsque la quantité mesurée d'ARNm de PSA était <10 000 copies, l'échantillon urinaire était considéré comme non informatif.


Analyses statistiques


La normalité de la distribution de toutes les variables quantitatives a été vérifiée pour pouvoir les comparer selon un test t de Student. Pour les variables qualitatives, les proportions ont été comparées par un test du Khi2. Les corrélations entre variables quantitatives ont été recherchées par régression linéaire.


Une courbe receiver operating characteristics (ROC) a été établie pour le score PCA3 afin de calculer l'aire sous la courbe (AUC). Pour un seuil donné, les performances du test ont été évaluées en termes de sensibilité, spécificité, valeurs prédictives positive et négative et efficience (proportion de patients bien classés), en comparant les scores PCA3 aux résultats histologiques des biopsies prostatiques. L'apport du score PCA3 par rapport aux données clinico-biologiques existantes a été évalué en analyse multivariée (régression logistique avec modèles emboîtés) et en analyse par courbe décision (DCA). Le logiciel Stata 11.0® a été utilisé avec un seuil de significativité retenu pour p <0,05.


Résultats


Caractéristiques de base


Du 20 décembre 2007 au 5 mai 2014, 1029 patients ont eu un test urinaire PCA3 avant la réalisation d'une série de biopsies prostatiques pour suspicion de CaP. L'échantillon urinaire était informatif chez 1015 patients (98,6 %). Les 14 patients avec échantillon non informatif ne se distinguaient des autres que par la plus grande fréquence de prise d'inhibiteurs de la 5-alpha-réductase : 21 % vs 2 % (p =0,003). Les analyses ultérieures ont été menées chez les 1015 patients avec échantillon informatif (Tableau 1). Les 480 patients (47 %) dont les biopsies ont été positives avaient, significativement, un âge et un PSA sérique plus élevés, un volume prostatique plus faible, des antécédents de biopsies négatives moins fréquents et plus souvent un TR suspect (Tableau 1).


Performances diagnostiques du test urinaire PCA3


Le score PCA3 médian était significativement plus élevé chez les patients avec biopsies positives : 53 vs 20 (p <0,0001) (Tableau 1). Le risque de biopsies positives augmentait avec le score PCA3 (Figure 1). L'AUC du score PCA3 était de 0,76 (IC95 % : 0,73-0,79), significativement plus élevée que celle du PSA à 0,55 (0,51-0,58) (Figure 2). Le seuil de 35, habituellement retenu dans la littérature, constituait effectivement un bon compromis entre sensibilité (68 %) et spécificité (71 %) pour une efficience de 69 % (Figure 2). Parmi les 482 patients (47 %) qui avaient un score PCA3≥35, le risque de biopsies positives (67 %) était plus de deux fois supérieur à celui des 533 patients avec un score PCA3<35 (p <0,001).


Figure 1
Figure 1. 

Le risque de biopsies positives augmente avec le score urinaire PCA3.




Figure 2
Figure 2. 

Performances comparées du PSA sérique et du score urinaire PCA3. AUC : aire sous la courbe ROC ; IC95 % : intervalle de confiance à 95 % ; Se : sensibilité ; Spé : spécificité ; VPP : valeur prédictive positive ; VPN : valeur prédictive négative ; Eff : efficience (proportion de patients bien classés).




Les performances diagnostiques restant similaires chez les patients sans ou avec antécédents de biopsies négatives : AUC respectivement à 0,76 (0,73-0,79) et 0,74 (0,67-0,82), p =0,643. Les performances du test PCA3 étaient en revanche modifiées selon les valeurs prises par le PSA. Elles étaient homogènes dans les groupes des patients avec un PSA entre 2,5 et 4, entre 4 et 10 ou ≥10ng/mL (AUC entre 0,73 et 0,76) mais elles étaient particulièrement élevées avec une AUC à 0,95 (0,85-1,00) dans le groupe des patients avec un PSA<2,5ng/mL.


Intégration du score PCA3 dans un nomogramme


L'âge, les données du TR (suspect vs non suspect), les antécédents de biopsies prostatiques négatives (pas d'antécédent vs au moins une série de biopsies négatives), le volume prostatique, les antécédents de traitement physique d'une HBP, le PSA sérique et le score PCA3 sont tous apparus comme des facteurs prédictifs du résultat des biopsies en analyse univariée (Tableau 2). Tous étaient également des facteurs prédictifs indépendants en analyse multivariée sauf les antécédents de traitement physique d'une HBP. Un modèle prédictif de base a été considéré, intégrant toutes les variables clinico-biologiques prédictives du résultat des biopsies en analyse multivariée (sauf le score PCA3). L'AUC de ce nomogramme était de 0,75 (0,72-0,78) (Tableau 2). L'addition du score PCA3 au modèle de base a permis d'augmenter l'AUC de façon statistiquement (p <0,001) significative à 0,80 (0,77-0,83) (Tableau 2). Pour comparer le bénéfice prédictif net du test urinaire PCA3, nous avons utilisé une analyse par courbe de décision (DCA). Comparé au modèle de base, le modèle ajoutant le score PCA3 produisait un bénéfice prédictif plus important (Figure 3).


Figure 3
Figure 3. 

Évaluation comparée du bénéfice clinique net (analyse par courbe décision : DCA) pour un modèle de base (incluant l'âge, les données du toucher rectal, les antécédents de biopsies prostatiques négatives, le volume prostatique et le PSA sérique) et un modèle ajoutant le score PCA3. La DCA identifie les possibles conséquences d'une décision, en l'occurrence la prise en compte ou non du score PCA3. La DCA est basée sur le calcul du bénéfice net en fonction de la probabilité de biopsie positive. Le calcul de ce bénéfice tient compte, pour chaque risque de biopsie positive, de la proportion de patients faux positifs et vrais positifs. Le graphique évalue alors le bénéfice net par patient par rapport à la stratégie de faire la biopsie chez tous les patients et la stratégie de ne la faire chez aucun patient.




Prédiction de l'agressivité du cancer de la prostate


Parmi les 480 patients avec biopsies positives, le score PCA3 médian n'était pas différent chez les 225 patients (47 %) dont le score de Gleason était de 6 et les 255 patients (53 %) avec un score de Gleason ≥7 (Tableau 3). De même, il n'y avait pas de différence selon la présence ou non d'un engainement périnerveux ou d'un franchissement capsulaire (Tableau 3). En revanche, le score PCA3 est apparu significativement plus élevé en cas d'atteinte bilatérale, de proportion de carottes envahies ≥33 % ou de tissus envahis ≥10 % (Tableau 3).


L'un des enjeux de la démarche diagnostique du CaP est la détection des seuls cancers significatifs. Si on avait utilisé le seuil de PCA3 de 20 pour décider ou non de la réalisation des biopsies, 332 biopsies n'auraient pas été réalisées (33 %). Un tiers des biopsies a posteriori inutiles aurait été évité, tout en ayant ignoré 67 des 480 cancers (14 %). Parmi ces 67 cancers avec score PCA3<20, 17 avaient un score de Gleason 7 et 2 un score de Gleason 8. Parmi les 48 cancers de Gleason 6 ignorés, un seul avait une proportion de carottes envahies≥33 %. Parmi les 67 patients avec cancer possiblement ignoré, 14 avaient un TR anormal et/ou un PSA≥10.


Discussion


Nous rapportons ici, à notre connaissance, la plus grande série française évaluant, sur plus de 1000 sujets, les performances du test urinaire PCA3 pour prédire les résultats des biopsies prostatiques. Les résultats confirment les données habituelles de la littérature pour le score PCA3 et en particulier son statut de biomarqueur prédictif du résultat des biopsies, indépendant des autres variables cliniques et biologiques disponibles en routine clinique lors de la décision de biopsie. Que ce soit en régression logistique multivariée ou lors de l'analyse par courbe de décision (DCA), nous avons montré que l'ajout du score PCA3 aux variables clinico-biologiques usuelles amène un gain diagnostique significatif. La principale limite de notre série est son caractère monocentrique apparent : les patients sont issus d'un même service d'urologie. Toutefois, les indications de biopsies prostatiques ont été posées chez les 1015 sujets par 20 urologues différents, aux pratiques différentes puisque le pourcentage de biopsies positives chez les 6 praticiens ayant inclus chacun au moins 75 patients dans la série varie de 36 à 65 %. Le recrutement reste donc très divers et probablement représentatif de plusieurs sensibilités urologiques.


Les performances diagnostiques identifiées dans cette étude pour le test PCA3 sont tout à fait conformes aux données de la littérature [4, 5, 6] avec une AUC de 0,76. Dans notre expérience, le seuil de 35 constitue effectivement un bon compromis entre sensibilité (68 %) et spécificité (71 %). Deux tiers des patients avec un score PCA3 ≥35 ont des biopsies positives contre moins d'un tiers des patients avec un score <35. Il reste que nos données montrent clairement qu'un score PCA3 élevé n'est pas toujours synonyme de cancer (faux positifs) et que certains cancers s'accompagnent d'un score PCA3 bas ou très bas (faux négatifs). Cela souligne l'importance d'utiliser les résultats du test en association avec les données clinico-biologiques habituelles en l'intégrant dans une réflexion globale, voire dans un nomogramme spécifique [10, 11]. Une partie des faux négatifs s'explique par le fait que 5 à 10 % des CaP n'expriment pas l'ARN du PCA3 [2, 12]. Pour les faux positifs, il n'y a pas à l'heure actuelle d'explication claire sur les mécanismes sous-jacents mais il est logique de considérer qu'ils doivent faire l'objet d'une surveillance spécifique car le risque de cancer reste élevé même s'il n'est pas certain [13, 14, 15]. Nous avons aussi confirmé l'augmentation continue du risque de biopsies positives avec le score PCA3 (Figure 1). L'utilisation d'un seuil est donc une démarche arbitraire qui ne doit reposer que sur un choix entre deux impératifs contradictoires : éviter le plus grand nombre de biopsies (diminuer les coûts en termes de santé publique, la morbidité et l'impact psychologique chez les patients) et ne pas ignorer un trop grand nombre de cancers, en particulier ceux mettant en jeu le pronostic vital. Le seuil de 20 est un meilleur compromis que le seuil 35 en évitant un tiers des biopsies (soit la moitié des biopsies qui se sont révélées finalement négatives). L'absence de corrélation entre le score PCA3 et le score de Gleason à la biopsie, en tout cas dans notre série (cf. infra), est cependant un obstacle à une amélioration du ratio biopsies évitées/cancers significatifs ignorés. Seule une étude médico-économique spécifique permettra de démontrer si la généralisation du score PCA3 est justifiée par l'importance des économies permises par la réduction des biopsies inutiles et de leurs complications.


Sur cette large série, le test PCA3 apparaît comme un test robuste, notamment du fait d'un taux d'échantillons informatifs élevé (plus de 98 %). Ce taux élevé est habituel avec l'utilisation du kit commercial qui inclut une étape de sélection préalable à l'amplification de l'ARN d'intérêt [9]. Seul un traitement par inhibiteur de la 5-alpha-réductase semble réduire le taux d'échantillons informatifs. Il s'agit d'un résultat logique puisque ce traitement induit une diminution de l'expression de l'ARN du PSA. Cependant, chez les patients traités, si l'échantillon est informatif, les performances diagnostiques du test PCA3 ne sont pas altérées, comme cela avait été montré dans le bras traité de l'essai REDUCE de prévention du cancer par le dutastéride [16].


La robustesse du test PCA3 est déduite aussi de l'absence d'influence des variables cliniques usuelles sur les performances : elles restaient bonnes quels que soient l'âge, le volume prostatique, les données du toucher rectal ou encore que les patients aient ou non des antécédents de biopsies négatives. A ce titre, la restriction de l'utilisation du test PCA3 aux seuls patients avec antécédent de biopsies négatives n'apparaît donc pas justifiée, comme l'ont montré les études récentes chez les patients avec primo-biopsies [11, 17]. Contrairement au PSA, le score PCA3 n'augmente pas avec le volume prostatique. Dans notre étude, nous avons identifié une corrélation inverse (le score PCA3 augmente quand le volume prostatique diminue), résultant en fait essentiellement de l'augmentation de la fréquence du cancer chez les patients au volume prostatique faible (le score PCA3 est un marqueur de cancer) par rapport à la fréquence de l'HBP chez les patients au volume prostatique élevé. Le seul facteur identifié dans notre étude comme influençant les performances du test PCA3 est le PSA lui-même. Plus exactement, si les performances diagnostiques du test restent les mêmes pour les différentes tranches du PSA au-delà de 2,5ng/mL, elles sont encore plus importantes en dessous de ce seuil (AUC à 0,95). Cette catégorie de patients concerne essentiellement ceux adressés à la biopsie du seul fait d'antécédent familial avéré de CaP. Dans cette population spécifique, le test PCA3 semble procurer un avantage certain, d'autant plus intéressant qu'il permettrait avec une grande efficience de limiter la réalisation de biopsies inutiles répétées longtemps chez ces sujets très souvent jeunes.


Les performances diagnostiques élevées du test PCA3 ont rapidement conduit à explorer aussi son intérêt pronostique. Des corrélations ont été suggérées entre le score PCA3 et le score de Gleason établi sur les biopsies [4]. Les résultats restent contradictoires et nous n'avons pas identifié une telle corrélation dans la présente étude, un résultat négatif qui ne peut être expliqué par un manque de puissance de notre série. Il ne peut pas non plus être expliqué par des différences de population étudiée (proportions de patients avec score de Gleason<ou ≥7 similaires). On peut noter que nous n'avons pas non plus retrouvé de corrélation entre le score PCA3 et le score de Gleason évalué sur des pièces de prostatectomie (étude chez 154 patients ayant eu une prostatectomie radicale et issus de la série étudiée ici) [18]. Les études d'expression tissulaire initiales n'avaient d'ailleurs pas montré de lien entre l'expression du gène PCA3 et la différenciation du cancer [2, 3, 19]. Les études sur les pièces de prostatectomie ont en revanche montré un lien entre le score PCA3 et le volume tumoral [18, 20], comme il est retrouvé dans les études biopsiques, comme celle-ci avec la proportion de carottes envahies ou de tissus prostatiques envahis.


Conclusion


Cette large série sur plus de 1000 patients retrouve les performances du test urinaire PCA3 pour la prédiction des résultats des biopsies prostatiques. Ces performances ne sont pas influencées par les variables clinico-biologiques classiques comme l'âge du patient, les données du TR, les antécédents de biopsies négatives, le volume prostatique ou le PSA sérique. D'autres études sont nécessaires pour évaluer l'intérêt de coupler (en utilisation simultanée ou séquentielle) le test PCA3 à l'IRM prostatique, qui intervient de plus en plus dans le diagnostic positif et le diagnostic d'agressivité du cancer de la prostate. Le bénéfice en termes de biopsies évitables est un enjeu important : évaluée pour la décision de refaire des biopsies après biopsies négatives, l'introduction du test PCA3 en pratique clinique pourrait permettre une économie de 1,7 à 5 millions d'euro lorsque l'on prend en compte le coût des complications liées aux biopsies [21]. Dans ce calcul, le coût des cancers ignorés par l'utilisation du score PCA3 pour la décision de biopsies devra être pris en compte. Reste à déterminer l'impact du test dans la démarche diagnostique globale, une donnée qui est actuellement en cours d'évaluation dans le cadre d'un programme de soutien aux technologies innovantes coûteuses financé par l'INCa.


Déclaration d'intérêts


Les auteurs déclarent ne pas avoir de conflits d'intérêts en relation avec cet article.



Remerciements


Nous remercions les Dr. M. Vinet, E. Briant, N. Gobeaux, J.L. Campos-Fernandez, E. Adam, S. Genevoix, C. De Vendin, R. Lardon, G. Pic, F.X. Buttin, F. Lalloue, M. Goris, X. Borgnat pour leur aide à l'inclusion des patients, Mme M. Cottancin et Mlle B. Grangier pour leur aide technique, et Mlle M. Dupuis pour l'aide au recueil des données.




Tableau 1 - Caractéristiques de base chez les 1015 patients avec échantillon urinaire informatif, selon la présence ou non de cancer sur les biopsies prostatiques réalisées.
  Population générale  Patients avec biopsies négatives  Patients avec biopsies positives  Significativité 
Effectif  n =1015  n =535 (53 %)  n =480 (47 %)   
Âge médian (n =1015)  64ans (59-69)
(moyenne : 64±7) 
63ans (58-67)
(moyenne : 63±6) 
66ans (61-70)
(moyenne : 66±7) 
p <0,0001 
 
Biopsies antérieures négatives  
n =825 (81 %)  n =406 (76 %)  n =419 (87 %)  p <0,001 
n =144 (14 %)  n =95 (18 %)  n =49 (10 %) 
n =31 (3 %)  n =22 (4 %)  n =9 (2 %) 
≥ 3  n =15 (1 %)  n =12 (2 %)  n =3 (1 %) 
 
Prise d'inhibiteurs de la 5-α-réductase  
Oui  n =20 (2 %)  n =11 (2 %)  n =9 (2 %)  p =0,836 
Non  n =995 (98 %)  n =524 (98 %)  n =471 (98 %) 
 
Toucher rectal  
Suspect  n =145 (14 %)  n =41 (8 %)  n =104 (22 %)  p <0,001 
Non suspect  n =870 (86 %)  n =494 (92 %)  n =376 (78 %) 
 
Volume prostatique médian
(n =1003) 
40mL (29-54)
(moyenne : 44±21) 
45mL (32-60)
(moyenne : 49±23) 
35mL (26-48)
(moyenne : 38±17) 
p <0,0001 
Nombre médian de carottes biopsiques  12 (12-12)
(moyenne : 12±1) 
12 (12-12)
(moyenne : 12±1) 
12 (12-12)
(moyenne : 12±1) 
p =1,000 
 
PSA total sérique  
Médiane  6,6ng/mL(5-9,4)
(moyenne : 6,2±4,3) 
6,4ng/mL (4,9-9)
(moyenne : 7,6±4,8) 
6,8ng/mL (5,1-10)
(moyenne : 16,4±57,2) 
p =0,0004 
<2,5ng/mL  n =25 (2 %)  n =17 (8 %)  n =8 (2 %)  p =0,018 
2,5-3,99ng/mL  n =67 (7 %)  n =36 (7 %)  n =376 (6 %) 
4-9,99ng/mL  n =697 (69 %)  n =382 (71 %)  n =315 (66 %) 
≥10ng/mL  n =226 (22 %)  n =100 (19 %)  n =126 (26 %) 
 
Score PCA3 médian   32 (16-66)
(moyenne : 57±67) 
20 (11-41)
(moyenne : 35±47) 
53 (28-100)
(moyenne : 81±78) 
p <0,0001 



Légende :
Pour les variables quantitatives apparaissent les valeurs médianes, l'IQR (inter-quartile range), la moyenne et l'écart-type.



Tableau 2 - Performances diagnostiques comparées d'un modèle de base constitué des variables clinico-biologiques disponibles avant la réalisation des biopsies prostatiques et d'un modèle ajoutant le score urinaire PCA3 (n =1015 patients).
  Analyse univariée 
Analyse multivariée 
        Modèle de base 
Modèle de base+score PCA3 
  OR (IC 95 %)  p   AUC  OR (IC 95 %)  p   OR (IC 95 %)  p  
Âge  1,06 (1,04−1,08)  <0,001  61,6 % (58−65)  1,07 (1,05−1,10)  <0,001  1,05 (1,02−1,07)  <0,001 
Antécédent de biopsies  0,46 (0,33−0,64)  <0,001  55,7 % (53−58)  0,45 (0,30−0,67)  <0,001  0,48 (0,31−0,75)  0,001 
Volume prostatique  0,97 (0,96−0,98)  <0,001  65,5 % (62−69)  0,97 (0,96−0,97)  <0,001  0,97 (0,96−0,97)  <0,001 
Toucher rectal  3,33 (2,27−4,90)  <0,001  57,0 % (55−59)  2,15 (1,39−3,34)  0,001  2,03 (1,31−3,15)  0,001 
PSA sérique total  1,04 (1,02−1,06)  <0,001  54,9 % (51−58)  1,07 (1,02−1,12)  0,005  1,07 (1,02−1,12)  0,006 
Score PCA3  1,02 (1,01−1,02)  <0,001  75,8 % (73−79)  −  −  1,01 (1,01−1,02)  <0,001 
Efficience de la prédictiona  74,6 % (72−78)  80,1 % (77−82) 
Augmentation des performances  + 5,5 % p <0,001 



Légende :
OR : odds ratio .

[a] 
Estimée par l'aire sous la courbe ROC, exprimée en pourcentage.


Tableau 3 - Variations du score urinaire PCA3 en fonction des critères histo-pronostiques identifiés sur les biopsies prostatiques.
Caractéristiques histologiques      Score PCA3
Médiane (IQR) 
 
Score de Gleason  
n =225 (47 %)  n =225 (47 %)  48 (26-96)  p =0,674 
n =208 (43 %)  n =255 (53 %)  60 (32-108) 
n =35 (7 %)     
n =12 (3 %)     
 
Proportion de carottes envahies  
Médiane (IQR)  25 % (14-48)       
<33 %  n =264 (55 %)    45 (23-85)  p =0,0001 
≥33 %  n =216 (45 %)    68 (39-132) 
 
Proportion de tissu envahi  
Médiane (IQR)  6 % (2-14)       
< 10 %  n =307 (64 %)    49 (24-93)  p =0,002 
≥ 10 %  n =171 (36 %)    65 (36-129) 
 
Latéralité          
Unilatéral  n =263 (55 %)    42 (23-82)  p <0,0001 
Bilatéral  n =217 (45 %)    72 (42-132) 
 
Engainements périnerveux  
Non  n =389 (81 %)    51 (28-97)  p =0,863 
Oui  n =91 (19 %)    61 (29-110) 
 
Franchissement capsulaire  
Non  n =464 (97 %)    52 (28-99)  p =0,200 
Oui  n =16 (3 %)    80 (25-141) 



Légende :
IQR : inter-quartile range .


Références



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