Tasquinimod : ou comment agir sur le microenvironnement dans le cancer métastatique de la prostate

25 mai 2015

Auteurs : N. Houédé, J. Irani
Référence : Prog Urol, 2015, 6, 25, 298-305

Malgré l’introduction récente de nouveaux médicaments, le cancer métastatique de la prostate, résistant à la castration (mCPRC) est une affection de mauvais pronostic, pour laquelle le besoin de nouvelles approches thérapeutiques reste important. Le tasquinimod est une molécule originale, administrée par voie orale, en cours d’évaluation en phase III dans le mCPRC. Le tasquinimod cible le microenvironnement tumoral, au niveau de ses composantes immunitaires et angiogéniques. Son action spécifique sur la protéine S100A9 restaure les défenses immunitaires et réduit l’angiogenèse tumorale. Une étude de phase II randomisée en double-aveugle contre placebo, a montré une amélioration de plus de 50 % de la survie sans progression des patients atteints de mCPRC traités par le tasquinimod. À la dose de 1mg/jour, la tolérance du produit est apparue acceptable. Dans cette revue, nous présentons les résultats précliniques et cliniques obtenus avec le tasquinimod, avec un regard particulier sur l’originalité de son mode d’action.




 




Introduction


Le cancer de la prostate est le cancer masculin le plus fréquent en France [1] et dans les pays occidentaux. Lorsqu'un cancer de la prostate n'est pas contrôlé par le traitement local, ou s'il est diagnostiqué à un stade d'emblée métastatique, la suppression androgénique est le traitement de référence. Cette castration peut être médicale (avec des analogues ou des antagonistes de la LH-RH) ou chirurgicale. Elle permet une rémission de la maladie chez la plupart des patients. Cependant, après quelques mois ou années de suppression androgénique, l'évolution naturelle se fait avec l'apparition d'une résistance à la castration, qui se traduit par une nouvelle progression de la maladie malgré une testostéronémie inférieure au seuil de castration (50ng/dL). L'évolution du cancer prostatique vers le stade métastatique résistant à la castration (mCPRC) est un véritable tournant dans l'histoire naturelle et le pronostic de la maladie, et constitue la cause de la plupart des décès par cancer de la prostate. Avec environ 8900 décès en 2012 en France [2], le cancer de la prostate représente la troisième cause de mortalité par cancer chez l'homme, après le cancer du poumon et le cancer colorectal.


Traitements disponibles au stade de cancer métastatique, résistant à la castration


Depuis l'autorisation de mise sur le marché (AMM) du docétaxel en 2004, l'arsenal des traitements utilisables pour les mCPRC s'est considérablement enrichi ces dernières années. Sont en effet arrivées des hormonothérapies de nouvelle génération : l'acétate d'abiratérone, un inhibiteur de la biosynthèse des androgènes ciblant spécifiquement le cytochrome CYP17A1 et l'enzalutamide, un inhibiteur non stéroïdien des récepteurs aux androgènes. On dispose aussi d'une nouvelle ligne de chimiothérapie : le cabazitaxel, taxane semi-synthétique à l'action différente du docétaxel ou du paclitaxel, pourvu d'un effet de stabilisation des microtubules et actif sur des modèles de résistance au docétaxel. Enfin, ont été plus récemment approuvés en Europe un vaccin à base de cellules dendritiques activant les lymphocytes T (sipuleucel-T) et une radiothérapie α injectable par voie veineuse, le radium 223. À l'exception du sipuleucel-T, encore non disponible en France à ce jour, et du radium 223, ces thérapeutiques ciblent la cellule cancéreuse prostatique. Dans ce contexte, et compte tenu de l'enjeu de santé publique représenté par le mCPRC, il est essentiel de développer des approches thérapeutiques novatrices, susceptibles de représenter une alternative aux traitements existants, et/ou d'offrir la possibilité de nouvelles associations thérapeutiques plus efficaces. Le besoin thérapeutique reste important car aucun de ces nouveaux traitements n'est curatif, leur efficacité reste limitée dans le temps et on manque de facteurs prédictifs de l'efficacité pour telle ou telle approche pharmacologique [3]. Quelques séries rétrospectives suggèrent même d'éventuelles résistances croisées entre ces traitements [4, 5].


Le microenvironnement tumoral


Les progrès récents dans la connaissance de la biologie des cancers de la prostate, de leur progression, du processus d'implantation métastatique ont conduit à la mise au point de nouveaux agents pharmacologiques. Certains ciblent la cellule cancéreuse, d'autre ciblent le microenvironnement tumoral. En effet, les tumeurs, primitives ou métastatiques, sont constituées de cellules malignes, mais également d'un microenvironnement qui leur est propre et constitue le lieu principal d'interactions entre les cellules cancéreuses et l'organisme. Dans les cancers, le microenvironnement tumoral est anormal : anomalies des vaisseaux sanguins et lymphatiques, de différents types de cellules, et de la matrice extracellulaire [6]. Ces anomalies contribuent à la progression tumorale, à la résistance aux traitements [7] et protègent les cellules cancéreuses de la réponse immunitaire censée les détruire [8]. Plusieurs types cellulaires du microenvironnement apparaissent dérégulés dans les cancers, comme les cellules endothéliales et les péricytes, impliquées dans la néo-angiogenèse [9]. D'autres cellules, impliquées dans la défense immune anti-tumorale, sont aussi qualitativement ou quantitativement anormales dans les cancers, et en particulier les lymphocytes T et NK, les macrophages « associés aux tumeurs » (tumor associated macrophages [TAM]), et les myeloid derived suppressor cells (MDSC). Les MDSC sont des cellules myéloïdes immatures qui ne sont pas allées au bout de leur processus de différentiation ; elles présentent un profil immunosuppresseur, pro-angiogénique et facilitent le développement tumoral. Les MDSC sont recrutées dans le microenvironnement par les cytokines tumorales et péri-tumorales [9, 10] (Figure 1).


Figure 1
Figure 1. 

Le microenvironnement tumoral.




En conséquence, le microenvironnement tumoral ne remplit plus son rôle de barrière à l'invasion et à la diffusion des cellules tumorales, mais peut au contraire devenir facilitateur du développement du cancer. Ainsi, en ce qui concerne la régulation immunitaire, les cellules myéloïdes régulatrices, notamment les MDSC [11] et les TAM de phénotype M2 (TAM-M2) [12] exercent une puissante activité immunosuppressive, empêchant la destruction des cellules tumorales par les cellules immuno-compétentes au premier rang desquelles les lymphocytes T et NK [13]. Les TAM M2 sont retrouvés dans les tumeurs et ont des effets immunosuppresseurs, pro-angiogéniques et pro-métastatiques. En revanche, les TAM M1 favorisent les réponses immunitaires et inhibent l'angiogenèse [14]. De plus, les MDSC favorisent les processus d'angiogenèse, de croissance tumorale et de métastase à distance [10]. Enfin, une néo-angiogenèse se met en place pour apporter les nutriments nécessaires à la croissance tumorale ou métastatique, à travers la coopération entre des facteurs humoraux (VEGF, HIF1α), et cellulaires (cellules endothéliales, péricytes,...) [7].


Mécanisme d'action


Le tasquinimod est une petite molécule (poids moléculaire=406), active par voie orale, dérivée des quinoline-carboxamides, série de composés chimiques connus pour leurs propriétés immunomodulatrices et anti-cancéreuses. Le tasquinimod, en tant que quinoline-carboxamide de deuxième génération, a été conçu pour une activité anti-cancéreuse augmentée, et une activité inflammatoire diminuée par rapport aux quinoline-carboxamides de première génération [15] (Figure 2). Son mécanisme d'action complet est encore inconnu.


Figure 2
Figure 2. 

Structure chimique du Tasquinimod.




En préclinique, le tasquinimod a des effets anti-tumoraux et anti-métastatiques. Ces effets apparaissent liés à l'action du médicament sur le microenvironnement tumoral, et en particulier sur ses composantes immunologiques et sur l'angiogenèse [16, 17].


La cible pharmacologique de la molécule de tasquinimod est la protéine S100A9 [18].


S100A9 est une protéine inflammatoire produite par les cellules myéloïdes, endothéliales et tumorales, capable de recruter les MDSC ainsi que les TAM-M2 [12, 19]. C'est en se liant aux récepteurs cellulaires TLR4 et RAGE, que S100A9 génère une réponse inflammatoire de certains types cellulaires [18]. De plus, l'expression de S100A9 dans les tissus favorise une modification du microenvironnement, propice à l'implantation métastatique [20]. En clinique, les taux circulants de S100A9 sont plus élevés chez les patients atteints de cancer de la prostate que chez des sujets contrôles [21].


La liaison de tasquinimod à la protéine S100A9 empêche celle-ci d'interagir avec les cellules myéloïdes régulatrices, et de les recruter au voisinage de la tumeur [18] (Figure 3).


Figure 3
Figure 3. 

Mode d'action de Tasquinimod.





Effets immuno-modulateurs


Du fait de son interaction avec S100A9, le tasquinimod modifie le phénotype des deux catégories de cellules régulatrices de l'immunité évoquées plus haut, les MDSC et les TAM. Les MDSC perdent leur fonction immunosuppressive, pro-angiogénique et pro-tumorale et adoptent un phénotype de granulocyte plus immunoactif [18]. De plus, dans certains modèles animaux, le tasquinimod réduit la quantité de MDSC présentes au sein de la tumeur.


Quant aux TAM, dans plusieurs modèles, y compris des modèles de tumeurs prostatiques chez la souris, ils passent d'un phénotype M2, immunosuppresseur et pro-angiogénique, à un phénotype M1, immunocompétent et antitumoral [18, 22].


Effets anti-angiogéniques


Le tasquinimod a un effet anti-angiogénique mis en évidence dans différents modèles [15]. In vitro, il inhibe la croissance des cellules endothéliales et la formation des capillaires sanguins. Dans des modèles in vivo, l'administration de tasquinimod réduit la densité des micro-vaisseaux et le flux sanguin intra-tumoral. À la différence des médicaments anti-angiogéniques classiques, l'effet de tasquinimod ne passe ni par une inhibition directe des récepteurs du VEGF, ni par un effet sur le VEGF lui-même. Les effets anti-angiogéniques de tasquinimod passent vraisemblablement par ses effets modulateurs sur les cellules myéloïdes régulatrices. D'autres mécanismes ont été décrits, notamment un effet d'inhibition des gènes contrôlant le facteur angiogénique HIF1α, ainsi qu'un effet d'augmentation des taux de thrombospondine 1 (TSP1) [23]. La TSP1 a un effet anti-angiogénique qui passe notamment, là encore, par une modification du phénotype des TAM au profit du phénotype M1. Enfin, des mécanismes complémentaires de type anti-angiogéniques ont été proposés [24].


Effets anti-tumoraux in vivo


Les effets anti-tumoraux de tasquinimod ont été objectivés dans différents modèles animaux comprenant aussi bien des tumeurs animales que des tumeurs humaines xénogreffées chez l'animal [15, 25, 26].


Dans tous les modèles, le tasquinimod a permis d'obtenir, dès la dose de 1 mg/kg/jour, une réduction du volume tumoral ou un ralentissement de la croissance tumorale ; l'activité anti-tumorale était potentialisée par la déplétion androgénique, quel que soit l'ordre d'administration des traitements [25].


Dans des études associant tasquinimod et radiothérapie, l'effet des rayons a été augmenté par l'administration de tasquinimod, notamment sur les xénogreffes de cancer de prostate humain. L'effet était plus marqué lorsque le tasquinimod était administré après la radiothérapie, suggérant une inhibition des mécanismes de réparation [26].


Le tasquinimod a également montré des effets anti-métastatiques [27]. Dans un modèle de CPRC humain xénogreffé, le tasquinimod administré une semaine après la greffe empêche totalement la formation de métastases pulmonaires (présentes chez 92 % des animaux contrôles) et réduit fortement les métastases ganglionnaires. De plus, le tasquinimod diminue la formation de métastases osseuses après implantation intra-tibiale de cellules tumorales.


Résultats cliniques


La phase I de tasquinimod a été conduite à travers deux études portant sur un total de 32 patients atteints de CPRC, naïfs de chimiothérapie [28]. Les patients ont été traités avec le tasquinimod soit à doses fixes (0,5 ou 1mg par jour), soit à doses croissantes, de 0,25 à 1mg/jour, en une prise orale quotidienne. Vingt et un patients ont reçu le traitement pendant au moins 4 mois.


Les toxicités dose-limitantes à 1mg/jour ont été un cas de tachycardie sinusale et un cas d'élévation asymptomatique de l'amylasémie.


Les autres effets indésirables décrits étaient : anomalies biologiques transitoires (marqueurs d'inflammation), anémie, nausées, fatigue, myalgies, autres douleurs. L'administration de doses croissantes aux patients (titration) a permis d'améliorer la tolérance et de conclure que la dose orale de 1mg/j en une prise était bien tolérée.


Il n'a pas été noté d'effet de l'alimentation sur la pharmacocinétique de tasquinimod.


Sur 15 patients présentant des métastases osseuses, et avec un suivi médian de 34 semaines, seuls 3 patients ont présenté de nouvelles lésions, suggérant une efficacité clinique.


Efficacité


Dans une étude de phase II randomisée 2/1, contrôlée contre placebo, en double-aveugle, 134 patients ont été traités par tasquinimod et 67 par placebo, soit un total de 201 patients [29]. Pour être inclus, les patients devaient avoir un cancer de la prostate résistant à la castration, en situation métastatique confirmée radiologiquement, en progression, asymptomatiques ou peu symptomatiques. Les patients n'avaient pas reçu de chimiothérapie préalable et étaient en bon état général (Karnofsky ≥ 70).


La dose de tasquinimod était de 1mg/jour en une prise orale, obtenue par titration à partir d'une dose initiale de 0,25mg/jour pendant deux semaines, puis 0,5mg/jour pendant encore deux semaines. La durée de traitement en double aveugle était de 6 mois. À la progression ou au terme des 6 mois de double insu, les patients sous placebo peu symptomatiques pouvaient recevoir tasquinimod. Les patients du groupe tasquinimod pouvaient avoir une prolongation du traitement en l'absence de progression.


Le paramètre d'évaluation principal était le taux de survie sans progression à 6 mois de traitement, en intention de traiter. La progression de la maladie était définie par la survenue de l'un au moins des évènements suivants : une aggravation significative des douleurs néoplasiques, une progression métastatique en fonction des critères RECIST, l'apparition de nouvelles métastases osseuses en scintigraphie, en fonction des critères du groupe de travail international PCWG2 ou la survenue d'un évènement osseux pathologique nécessitant radiothérapie ou chirurgie [30].


Les résultats ont montré un taux de survie sans progression à 6 mois de 69 % dans le groupe tasquinimod, contre 37 % dans le groupe placebo (risque relatif 0,49 ; IC à 95 % [0,36-0,67 ; p <0,001]). La PFS médiane était de 7,6 mois dans le groupe tasquinimod et de 3,3 mois dans le groupe placebo (HR 0,57 ; IC à 95 % [0,39-0,85 ; p =0,0042]). La PFS radiologique (rPFS) a été évaluée de manière centralisée. La rPFS médiane était de 8,4 mois dans le groupe tasquinimod et de 3,8 mois dans le groupe placebo (HR 0,51 ; IC à 95 % [0,32-0,80 ; p =0,0029]).


Pour tous les patients, quels que soient leurs facteurs de risque, la survie sans progression a été systématiquement meilleure sous tasquinimod que sous placebo : 12,1 mois vs 5,4 mois dans le sous-groupe des patients atteints de métastases osseuses exclusives, 6,1 mois vs 3,1 mois dans le sous-groupe des patients atteints de métastases ganglionnaires et 6,0 mois vs 3,0 mois dans le sous-groupe des patients atteints de métastases viscérales. Chez les patients avec une tumeur mesurable, le taux de réponse objective (critères RECIST) était de 7 % dans le groupe tasquinimod et de 0 % dans le groupe placebo ; et les taux de maladie stable respectivement de 52 et 31 %.


Les données de survie globale ont été recueillies en tant que critère d'évaluation secondaire [31]. Au moment de l'analyse 111 décès étaient enregistrés sur les 201 patients de l'étude. La médiane de survie globale pour l'ensemble des patients était de 33,4 mois pour tasquinimod vs 30,4 mois sous placebo. Pour les patients porteurs de métastases osseuses (n =136) les chiffres de survie globale étaient respectivement de 34,2 vs 27,1 mois. Ces résultats ont été obtenus malgré le cross-over vers le tasquinimod pour 41 patients du groupe placebo. Une analyse multivariée a permis de montrer un effet traitement avec pour la survie globale un Hazard Ratio de 0,64 (IC à 95 % 0,42-0,97 ; p =0,034) en faveur de tasquinimod.


Dans cette étude, le temps jusqu'à progression du PSA n'a pas été modifié significativement dans le groupe tasquinimod par rapport au groupe placebo. L'absence d'effet notable sur le PSA corrobore le mécanisme d'action de tasquinimod passant par une interaction avec le microenvironnement tumoral et l'absence d'effet direct sur la voie de signalisation des récepteurs androgéniques. Cette caractéristique le différencie des hormonothérapies comme l'acétate d'abiratérone ou l'enzalutamide, mais aussi des taxanes qui, dans le cancer de prostate, agissent en partie en inhibant le transport nucléaire et la signalisation du récepteur androgénique [32].


Tolérance


Le tasquinimod a montré une tolérance acceptable [29], avec un taux d'interruptions de traitement pour effets indésirables de 22 % ; il s'agissait essentiellement d'effets de grade 1-2. Les effets indésirables les plus fréquents étaient les troubles digestifs (nausées, constipation, diminution de l'appétit), la fatigue, les douleurs musculaires et/ou articulaires. Dans la plupart des cas les effets indésirables étaient transitoires, survenant essentiellement au cours des deux premiers mois de traitement. Ils pouvaient être résolus par une interruption transitoire du traitement, une réduction de dose et/ou une prise en charge symptomatique. Les effets indésirables les plus souvent en cause dans des interruptions de traitement étaient les douleurs musculaires ou articulaires. Les arrêts de traitement pour effets indésirables d'intensité modeste (grades 1-2) peuvent dans ce premier essai de phase II s'expliquer par la population de l'étude relativement âgée (22 % des patients avaient plus de 80ans), et asymptomatique avant le début du traitement. Les principaux effets indésirables de grade 3-4 décrits avec le traitement par tasquinimod ont été : élévation de la lipase, faiblesse musculaire, thrombose veineuse, anémie, asthénie, insuffisance rénale, pneumonie.


Le risque de survenue d'effets indésirables est apparu plus prononcé chez les sujets âgés de 75ans ou plus, probablement du fait d'une clairance réduite de tasquinimod dans cette population [31]. Chez ces patients âgés, la titration progressive des doses semble particulièrement adaptée.


Perspectives d'utilisation et de suivi


Le tasquinimod est développé prioritairement pour le traitement des patients atteints de cancer de la prostate métastatique, résistant à la castration. Il est administré par voie orale, à une dose maximale de 1mg/jour. La dose de traitement journalier est adaptée à chaque patient grâce à une titration, sous la forme d'une augmentation progressive des doses avec un premier pallier de 0,25mg/jour puis, au bout de deux semaines, un deuxième pallier à 0,50mg/jour. Lorsque la dose de 1mg/jour n'est pas bien tolérée, le patient poursuit le traitement à une dose inférieure bien tolérée. Ce système de titration permet d'adapter les posologies aux variations pharmacocinétiques interindividuelles et aux différences de sensibilité des patients à certains effets indésirables.


L'absence d'effet significatif de tasquinimod sur le PSA suggère que l'efficacité du produit devra être monitorée sur la base du suivi clinique et radiologique.


Perspectives de développement et d'enregistrement


Une étude de phase III à objectif d'enregistrement (NCT01234311) est en cours, chez des patients atteints de mCPRC (présence de métastases osseuses), asymptomatiques ou peu symptomatiques, non traités par chimiothérapie. L'étude est contrôlée contre placebo (ratio 2/1) et a un double objectif principal : démontrer l'efficacité de tasquinimod aussi bien en survie globale qu'en survie sans progression. Mille deux cent patients environ ont été inclus ; les premiers résultats sont attendus courant 2015.


Le profil d'efficacité et le ratio bénéfice/risque déduits de cet essai permettront de définir la place exacte de tasquinimod dans le traitement du CPRC métastatique.


Une autre étude de phase III dans la même indication mais chez des patients asiatiques est en cours de recrutement (NCT02057666).


Une étude de phase I d'association avec le cabazitaxel est en cours (NCT01513733), chez des patients présentant un CPRC en échec de docétaxel. Dans cet essai, le cabazitaxel à la dose de 25mg/m2 toutes les 3 semaines est associé au tasquinimod à des doses croissantes comprises entre 0,25 et 1mg.


Enfin est également en cours une étude de phase II de maintenance de l'efficacité du docétaxel (NCT01732549). Il s'agit d'une étude randomisée contre placebo, portant sur 140 patients. L'objectif principal est la démonstration d'un gain en PFS radiologique, chez des patients en réponse ou stabilisés après docétaxel.


Conclusions


Le tasquinimod se présente aujourd'hui comme un produit innovant au sein des thérapeutiques médicamenteuses du cancer de la prostate. Son action spécifique sur la protéine S100A9 modifie le microenvironnement tumoral, en restaurant la fonction de défense immunitaire altérée par le développement de la tumeur. En clinique, une étude de phase II randomisée en double-aveugle contre placebo, a montré une réduction de 51 % du risque de progression à 6 mois pour les patients atteints de mCPRC traités par le tasquinimod. La tolérance du produit est apparue acceptable, notamment lorsque les doses maximales de tasquinimod étaient atteintes progressivement (titration).


Les résultats des études de phase III seront bientôt disponibles, permettant de définir la place de tasquinimod dans la prise en charge des mCPRC. D'autres études, en monothérapie ou en association, viendront compléter le profil d'utilisation possible de tasquinimod dans le cancer de la prostate.


Déclaration d'intérêts


Les auteurs déclarent être membre du Board ISPEN sur le tasquinimod.


Cet article est réalisé avec le soutien institutionnel du laboratoire Ipsen et le soutien rédactionnel de Remy Defrance Consultants.



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