Suivi longitudinal de l’IPSS dans les cinq ans suivant un traitement d’un cancer de prostate localisé : analyse globale et par type de traitement

25 janvier 2014

Auteurs : R. Lorion, S. Guérif, P. Bouchaert, O. Celhay, B. Doré, G. Fromont, J. Irani
Référence : Prog Urol, 2014, 1, 24, 31-38
Objectifs

Le score International Prostate Score Symptom (IPSS) ainsi que la question sur la qualité de vie (Q-QDV) associée ont été utilisés dans cette étude rétrospective pour le suivi de patients pour un cancer de prostate localisé.

Patients et méthodes

Trois groupes traités par prostatectomie totale (PR), radiothérapie externe (RTE) ou curiethérapie (CURIE) ont rempli l’auto-questionnaire IPSS et la Q-QDV avant le traitement (pré-TT), à trois mois et une fois par an pendant cinq ans.

Résultats

L’étude comprenait 40 PR, 40 RTE et 40 CURIE. Il n’y avait pas de différence entre ces trois groupes en pré-TT pour l’IPSS et la Q-QDV ni pour les caractéristiques des patients et du CaP excepté l’âge et le PSA plus élevé dans le groupe RTE (70,6ans et 10,0ng/mL vs 66,5/66,2 et 7,1/6,2 pour la PR et la CURIE respectivement). L’impact tout traitement confondu était significatif au troisième mois puis revenait dès l’AN1 au niveau pré-TT. L’analyse par groupe de traitement ne mettait pas en évidence de différence significative entre les groupes à trois mois et durant les quatre premières années de suivi. À la cinquième année le groupe RTE avait un IPSS plus élevé que les groupes PR et CURIE (p <0,04).

Conclusion

Cette étude n’a pas mis en évidence de dégradation de l’IPSS ni de la Q-QDV à distance d’un traitement d’un cancer de prostate localisé. Le versant incontinence n’a été que partiellement exploré. Son étude aurait permis une meilleure analyse de la qualité de vie urinaire chez ces patients.




 




Introduction


Actuellement, chez les patients atteints d'un cancer de prostate (CaP) localisé et dont l'espérance de vie est de dix ans ou plus, les traitements recommandés de façon standard sont la prostatectomie totale (PR), la radiothérapie externe (RTE) et la curiethérapie (CURIE) [1, 2]. Ces modalités thérapeutiques entraînent des effets indésirables notamment urinaires [3] qui diffèrent en fonction du traitement. La chirurgie est principalement associée à des troubles de la continence [3, 4] contrairement à la RTE [3, 5] et à la CURIE [3, 4] qui sont plutôt associées à des urgenturies et des hématuries macroscopiques. Les délais avant apparition des troubles urinaires dépendent également du type de traitement : les effets sont maximum immédiatement après la chirurgie et vont en s'améliorant dans la première année postopératoire alors qu'ils apparaissent de façon plus progressive après irradiation avec une amélioration secondaire, plus tardive en moyenne [3, 4].


L'International Prostate Score Symptom (IPSS), associé à la question évaluant la qualité de vie liée aux symptômes urinaires (Q-QDV), est un auto-questionnaire structuré et validé qui évalue les troubles mictionnels du bas appareil urinaire (questionnaire consultable dans l'appendice). Introduit dans les années 1990, il s'est imposé comme l'instrument de mesure de la réponse au traitement des troubles mictionnels du bas appareil urinaire en particulier ceux associés à l'hypertrophie bénigne de la prostate [6, 7]. Il est cependant également utilisé dans différentes situations cliniques dont l'évaluation des troubles mictionnels dans le CaP [8]. Le questionnaire IPSS a été traduit et validé en plusieurs langues dont le français [7].


Le but de cette étude de cohorte rétrospective uni-centrique était d'évaluer de façon longitudinale l'état mictionnel évalué par le score IPSS - pré- puis post-thérapeutique sur cinq ans - de patients traités pour un CaP localisé.


Patients et méthodes


Dans notre centre hospitalier, les patients traités pour un CaP localisé remplissent systématiquement à la consultation pré-thérapeutique puis aux consultations de suivi un auto-questionnaire IPSS, ce qui a permis de faire cette étude rétrospective.


Population d'étude


Cent-vingt dossiers de patients traités dans le même centre hospitalier entre 2002 et 2008 pour un CaP localisé ont été analysés. Les patients avaient été traités soit par PR, soit par RTE, soit par CURIE avec une répartition égale - soit 40 patients - par type de traitement.


Toutes les PR ont été faites par voie laparoscopie extra-péritonéale selon la technique décrite par Baron et Chailley [9]. Les patients du groupe CURIE ont été traités par implantation de grains d'iode 125 utilisant un écho-guidage en temps réel [10]. Une hormonothérapie pouvait être associée à la CURIE soit pour une diminution de volume prostatique soit dans les CaP de risque intermédiaire de d'Amico (3 mois avant et 3 mois après l'implantation). Les patients du groupe RTE ont été traités par radiothérapie conformationnelle en trois dimensions. Ils ont tous reçu 46Gy fractionnés en séances de 2Gy, cinq fois par semaine sur la prostate et les vésicules séminales dans un premier temps. Secondairement, ils recevaient 24Gy sur la prostate pour les tumeurs à faibles risques ou 32Gy dans les autres cas [11]. Une hormonothérapie de trois ans était donnée dans le cas des tumeurs à hauts risques.


Critères de jugement


Le critère de jugement principal a été l'évolution du score IPSS associé à la Q-QDV sur une durée de cinq ans après le traitement, toutes modalités confondues. Les critères de jugements secondaires ont été l'analyse de cette évolution par sous-groupe thérapeutique, la variation des scores IPSS et QDV entre la période pré-thérapeutique et la consultation à cinq ans ainsi que la nécessité de prise de traitements pour troubles mictionnels à cinq ans.


Données recueillies


Les caractéristiques recueillies concernaient :

le patient : âge, poids, taille, antécédent de diabète ;
les antécédents de traitement pour troubles mictionnels :
∘
chirurgical (résection trans-urétral de prostate, adénomectomie voie haute, électro-incision cervico-prostatique),
∘
médical pour des troubles mictionnels obstructifs (extraits végétaux, alpha-bloquants, inhibiteurs de la 5-alpha réductase), ou des troubles mictionnels irritatifs (anticholinergiques) ;


les antécédents de rétention vésicale aiguë (RVA) ;
la continence du groupe PR en préopératoire, à trois mois, à un an puis tous les ans ;
la prostate et le cancer :
∘
volume prostatique au moment de la biopsie (mesure échographique),
∘
stade clinique (classification TNM 2010),
∘
PSA au moment de la biopsie,
∘
score biopsique de Gleason,
∘
PSA total et pourcentage de PSA libre,
∘
date et type de traitement ;


le score IPSS associé au score Q-QDV :
∘
avant le traitement,
∘
trois mois après le traitement (M3) qui correspond à la première visite (V1) post-thérapeutique,
∘
tous les ans pendant cinq ans (de AN1 à AN5) ;


la survenue d'une rétention aiguë d'urine, la prise de traitement pour troubles mictionnels au cours du suivi, la pose d'un sphincter artificiel ou l'injection de macroplastique sous-urétral en cas d'incontinence urinaire d'effort.


Analyses statistiques


Les données qualitatives ont été exprimées en pourcentage et comparées à l'aide du test du Chi2. Les données quantitatives distribuées de façon normale ont été exprimées en moyennes et comparées à l'aide du test-t de Student pour deux variables et à l'aide du test Anova pour plus de deux variables. En cas de distribution non normale ou de données ordinales semi-quantitatives, les résultats ont été exprimés en médianes et comparées à l'aide du test de Mann-Whitney pour les séries non appariées et le test de Wilcoxon pour séries appariées. Le test de Kruskal-Wallis était utilisé s'il y avait plus de deux variables à comparer. Une régression logistique a permis de prendre en compte simultanément plusieurs variables d'intérêt. Le seuil de significativité était de 5 %.


Résultats


Les caractéristiques de la population de cette étude au moment du diagnostic (n =120) sont reportées dans le Tableau 1. Il n'y avait pas de différence entre les sous-groupes de patients par type de traitement excepté pour l'âge : les patients du groupe RTE étaient significativement plus âgés (moyenne 69,2ans alors que pour les groupes PR et CURIE les moyennes étaient de 64,9 et 65,7 respectivement). Dans le groupe CURIE, aucun patient n'avait eu de chirurgie prostatique pour troubles mictionnels dans ses antécédents, contrairement aux groupes PR et RTE (2 et 5 patients respectivement). Les caractéristiques de la prostate (volume de la glande prostatique) et du cancer (stade clinique, score de Gleason, PSA total, taux de PSA libre) au moment du diagnostic sont reportés dans le Tableau 2. La comparaison entre les sous-groupes de patients par type de traitement mettait en évidence un PSA plus élevé et une proportion plus importante de stades cliniques extra-prostatique (cT3) dans le groupe RTE.


Les résultats des scores IPSS et de QDV de la population globale et des sous-groupes par type de traitement sont rapportés dans le Tableau 3 et sur la Figure 1a et b. Le score IPSS et le score QDV de la population globale augmentaient de façon significative entre la période pré-thérapeutique et M3 (Wilcoxon pour séries appariées ; p <0,0001 pour les 2 scores). Ces scores revenaient au niveau pré-thérapeutique dès la première année et continuaient à diminuer au cours du suivi pour atteindre à la cinquième année des valeurs significativement inférieures à celles notées en pré-thérapeutique (p <0,002 pour les 2 scores). Lorsque cette analyse était appliquée aux sous-groupes, les mêmes constatations de diminution significative du score IPSS et du score QDV étaient faites jusqu'à la quatrième année. À la cinquième année le groupe RTE (p =0,3) et le groupe PR (p =0,007) avaient des scores significativement plus élevés par rapport aux autres groupes, cela concernait l'IPSS pour le groupe RTE et la QDV pour le groupe PR.


Figure 1
Figure 1. 

a et b : diagrammes en boîtes représentant les scores International Prostate Score Symptom (IPSS) (a) et qualité de vie (QDV) (b) en pré-thérapeutique (pré-TT), à la première visite à trois mois (V1), à un an et à cinq ans par sous-groupes en fonction du type de traitement. Les boîtes représentent les valeurs allant du premier quartile au troisième quartile et coupé par la médiane. Les segments aux extrémités mènent aux valeurs extrêmes.




L'évolution par question du questionnaire IPSS (questions 1 à 7) est représentée sur la Figure 2 : l'analyse par question mettait en évidence dans l'ensemble la même tendance que l'analyse globale. La comparaison des trois groupes ne mettait pas en évidence de différence significative des variations de scores par question entre la période pré-thérapeutique et la cinquième année sauf pour la question 7 (p =0,02) en faveur de la PR comparée à la CURIE et la RTE (moyenne de la variation IPSS pré-thérapeutique-IPSS cinq ans de −0,26 ; +0,28 et +0,12 respectivement).


Figure 2
Figure 2. 

Q1 à Q7 : diagrammes en boîtes représentant les scores par question du questionnaire International Prostate Score Symptom (IPSS) (questions 1 à 7) en pré-thérapeutique (pré-TT), à la première visite à trois mois (V1), à un an et à cinq ans par sous-groupes en fonction du type de traitement. La variation entre le score pré-thérapeutique et celui à cinq ans par question n'est pas significativement différent entre les modalités thérapeutiques sauf pour la question 7 en faveur de la PR (p =0,02).




Quatorze patients du groupe CURIE (35 %) et 15 patients du groupe RTE (37,5 %) avaient reçu un traitement hormonal (suppression androgénique par administration d'analogues de la LH-RH) concomitant pour une durée médiane post-thérapeutique de trois à 36 mois (médiane 6 mois).


Parmi les patients du groupe PR, 13,9 % avaient une augmentation du score IPSS à la cinquième année comparé au score IPSS avant traitement. Cette proportion était significativement inférieure (p =0,02) à celle qui existait dans les groupes RTE et CURIE (38,9 % dans les 2 groupes). Cette différence n'était plus significative si l'on considérait une augmentation du score IPSS de quatre points minimum qui correspondrait à une augmentation cliniquement significative (8,3 % ; 5,6 % et 13,9 % pour les groupes PR, CURIE et RTE respectivement). Il n'y avait pas de modification des résultats en ajustant à l'âge et au traitement hormonal concomitant dans une régression logistique.


Les traitements pour troubles mictionnels à cinq ans sont rapportés dans le Tableau 4. Les épisodes de RVA sont restés rares au cours du suivi. Cinq patients étaient en RVA à M3 (un dans le groupe CURIE, un dans le groupe PR et trois dans le groupe RTE). Un seul patient (groupe CURIE) était en RVA à la cinquième année.


Les résultats concernant la continence postopératoire du groupe PR sont regroupés dans le Tableau 5. Avant la chirurgie 100 % des patients n'avaient pas de fuite urinaire. À trois mois 26 (55 %) patients n'avaient pas de fuite ou des fuites modérées ne nécessitant qu'au plus le port d'une garniture par jour. À un an ce chiffre passe à 29 (72,5 %) et à deux ans 36 (90 %), les années suivantes cette proportion reste stable. On observe au cours de la première année une amélioration spontanée et globale de la continence dans la population de notre étude. Deux patients (5 %) du groupe PR ont nécessité la pose d'un sphincter artificiel urétral (dans ces 2 cas la pose s'est faîte dans la deuxième année après la PR), deux autres patients du même groupe ont nécessité des injections sous-urétral de macroplastique (le premier dans la deuxième année après la PR, l'autre dans la troisième année).


Discussion


Notre étude a évalué rétrospectivement des patients traités pour un CaP localisé par les trois modalités les plus utilisées actuellement. Nous n'avons pas mis en évidence d'altération à cinq ans de la qualité mictionnelle telle qu'évaluée par le score de l'IPSS. L'analyse mettait en évidence une évolution comparable pour les trois traitements : altération précoce des scores IPSS et de la Q-QDV associée, avec un retour aux scores pré-thérapeutiques dès la première année post-thérapeutique et même une amélioration des scores à cinq ans. Le groupe RTE présentait une amélioration moins marquée que les groupes CURIE et PR. Cela doit être modulé par le fait que le groupe RTE était significativement plus âgé au moment du traitement. Par ailleurs, l'analyse de l'évolution par question du questionnaire IPSS ne mettait pas en évidence de différence entre les trois groupes exceptée pour la question 7 (fréquence des levers nocturnes dans le mois précédent le remplissage du questionnaire) dont le résultat était significativement meilleur dans le bras PR. De même, les patients de ce groupe prenaient significativement moins de traitement pour les troubles mictionnels (obstructifs ou irritatifs) comparés aux bras CURIE et RTE. À la cinquième année le groupe PR avait une QDV moins bonne, cependant ce résultat était principalement dû à quelques valeurs extrêmes au sein de ce groupe.


Actuellement, les traitements validés de CaP localisé ont des résultats carcinologiques similaires. Le choix du traitement, fait conjointement par le patient et le praticien, repose donc principalement sur les effets secondaires des thérapeutiques. Du point de vue urinaire, on sait que la principale complication après PR est l'incontinence d'effort, contrairement à la RTE et à la CURIE qui entraînent plutôt des syndromes irritatifs et obstructifs. La diversité des effets secondaires explique qu'il soit difficile de trouver un test permettant de comparer efficacement les effets de ces trois modalités thérapeutiques. Dans notre institution l'IPSS associé à la QDV est utilisé de façon courante dans le suivi des patients traités pour un CaP localisé. Il a l'avantage d'être un questionnaire bien connu des urologues. Cependant il présente des imperfections. En effet, il explore de façon efficace les troubles irritatifs (question 2, 4, 7) et obstructifs (question 1, 3, 5, 6) mais il est peu adapté aux troubles liés à l'incontinence. Ainsi il paraît bien adapté pour suivre les patients traités par RTE et CURIE mais le semble moins pour les patients traités par PR.


D'après les données de la littérature, l'état de la continence post-PR varie peu après la première année postopératoire [12]. Dans son étude, Erauso [12] a étudié de façon prospective l'évolution de la continence post-PR chez 300 patients. À trois mois, 78,5 % des patients portaient zéro ou un protection par jour et à un an 97,5 %. Ces résultats semblent ainsi supérieurs à ceux de notre étude. Malheureusement, ce mode d évaluation de la continence n'est pas parfait et l'utilisation d'auto-questionnaire (type Urinary Symptom Profile [USP] ou ICS male SF) et de PAD test auraient permis une évaluation beaucoup plus précise [13].


L'évaluation de la qualité de vie après traitement d'un CaP localisé peut se faire à l'aide d'échelles qui évaluent les différents aspects de la vie du patient. Dans leur étude de mesure de l'impact sur la qualité de vie du traitement d'un CaP localisé, Rébillard et al. [14] ont notamment retenu le questionnaire EORTC QLQ C30 pour l'évaluation globale de la qualité de vie. Il est composé de cinq échelles fonctionnelles (capacité à accomplir toute forme de travail et d'activité de loisir...), de plusieurs échelles de symptômes (fatigue...) et d'une échelle de santé globale et de qualité de vie globale. En complément du questionnaire QLQ C30, ils conseillent l'utilisation d'un questionnaire spécifique du CaP localisé le QLQ-PR25. Ce questionnaire évalue les symptômes urinaires (9 questions), les symptômes intestinaux (4 questions), les symptômes liés au traitement (6 questions) ainsi que le fonctionnement sexuel (6 questions). En ce qui concerne les troubles de la continence ils proposent le questionnaire ICS male SF. Ce questionnaire de 14 questions comporte six items en relation avec l'incontinence, cinq avec le syndrome obstructif, une concerne le nombre de mictions quotidienne diurne et une le nombre de mictions nocturne, enfin la dernière question explore la qualité de vie mictionnelle générale.


Le questionnaire ICS male SF a été évalué, en comparaison à l'IPSS, chez des patients atteints d'hyperplasie bénigne de prostate par Perrin et al. [15]. Dans cette étude les auteurs n'ont pas trouvé d'intérêt à préférer l'ICS male SF à l'IPSS. Cependant, dans leur population d'étude, le taux d'incontinence urinaire était faible (3,7 % des patients) ce qui peut expliquer ce résultat. En revanche, après PR le taux d'incontinence (tous grades confondus) à deux ans varie de 10 à 15 % [16]. L'ICS male SF semble donc y avoir sa place, au moins en complément de l'IPSS.


Un autre score intéressant aurait été le score USP. Ce score, développé par l'AFU, permet en dix questions l'évaluation de la continence urinaire, de la dysurie et des troubles irritatifs.


Un point faible de notre étude a été son caractère rétrospectif. Même si les questionnaires ont été remplis de façon prospective (pas de biais de souvenir), les cas ont été extraits d'une base de données. Le nombre de patient n'était pas suffisant pour procéder à des appariements. Cependant les caractéristiques des groupes sont représentatives de notre recrutement (population RTE plus âgée et/ou avec des cancers à plus haut risque). Enfin, l'hormonothérapie qui a été dans certains cas associée à la CURIE ou à la RTE pourrait affecter la qualité de la miction. Cependant, l'analyse faite à cinq ans était bien à distance de l'hormonothérapie standard associée à la RTE pour les CaP à haut risque et l'ajustement en analyse multivariée incluant l'hormonothérapie ne modifiait pas les résultats de la variation de l'IPSS.


Peu d'études ont comparé différentes modalités thérapeutiques du CaP localisé au moyen du questionnaire IPSS. Il n'existe, à notre connaissance, aucune étude comparant simultanément PR, CURIE et RTE. Plusieurs études cependant ont comparé la PR et la CURIE. Krupski et al. [17] ont comparé la qualité de vie de 138 patients traités par PR ou CURIE (seule ou associée à une RTE) en utilisant plusieurs questionnaires dont l'IPSS. Les auteurs ont mis en évidence une diminution progressive des scores IPSS dans les neuf mois qui suivent la PR ou la CURIE isolée contrairement aux scores des patients traités par CURIE et RTE combinées qui restaient élevés voire en augmentation. Le même type de comparaison a été entrepris par Wyler et al. [18] qui ont évalué la qualité de vie de 212 patients traités par PR ou CURIE en utilisant là aussi plusieurs questionnaires dont l'IPSS. Au cours du suivi de 24 mois, ils ne mettaient pas en évidence de différence entre les deux modalités thérapeutiques.


Conclusion


Cette étude n'a pas mis en évidence de dégradation des scores de l'IPSS et de la Q-QDV à cinq ans d'un traitement d'un CaP localisé, quelle que soit le traitement : PR, CURIE ou RTE. Les trois modalités entraînaient une augmentation précoce de l'IPSS et de la Q-QDV dans le premier semestre avec un retour aux valeurs pré-thérapeutiques à un an. Les années suivantes ont été marquées par une stabilité des scores, voire une légère diminution.


L'analyse par sous-groupes mettait en évidence à cinq ans un IPSS plus élevé chez les patients ayant eu une RTE mais ces patients étaient significativement plus âgés et leur maladie était significativement plus évoluée. L'analyse par question du questionnaire IPSS mettait en évidence un meilleur résultat pour la question 7 (fréquence nocturne) dans le groupe PR comparé aux deux autres groupes. Il n'y avait pas de différence entre les trois modalités pour les autres questions.


Le versant concernant l'incontinence urinaire n'a été que partiellement exploré dans cette étude. L'utilisation de scores type USP ou ICS male SF dans des études ultérieures permettra une meilleure vision de la qualité de vie urinaire après traitement du CaP localisé.


Déclaration d'intérêts


Les auteurs déclarent ne pas avoir de conflits d'intérêts en relation avec cet article.



☆  Niveau de preuve : 5.





Tableau 1 - Caractéristiques de la population au moment du diagnostic de cancer de la prostate.
  Total
(n =120) 
PR
(n =40) 
RTE
(n =40) 
CURIE
(n =40) 
p  
Âge (années)
Moyenne [DS] 
66,6
[4,6] 
64,9
[5,7] 
69,2
[6,0] 
65,7
[6,7] 
0,005 
IMC (kg/m2)
Moyenne [DS] 
26,8
[3,4] 
26,3
[2,3] 
27,7
[1,3] 
26,9
[3,7] 
0,36 
Diabète (%)  11,0  10,3  15,0  7,7  0,57 
ATCD chirurgie prostatique (%)  5,9  5,1  12,5  0,0  0,06 
Rétention vésicale aiguë (%)  0,8  2,5  0,0  0,0  0,35 
Anticholinergiques (%)  0,0  0,0  0,0  0,0 
Tt médical pour TUBA (%)  19,5  20,5  28,2  10,0  0,23 
Délai Tt-V1 (mois)
Moyenne [DS] 
3,7
[2,2] 
3,8
[1,8] 
4,0
[2,5] 
3,2
[2,2] 
0,20 
IPSS
Médiane [extrêmes] 
5,0
[0 ; 27] 
5,0
[0 ; 24] 
6,5
[0 ; 24] 
4,5
[0 ; 27] 
0,11 
QDV
Médiane [extrêmes] 
2,0
[0 ; 6] 
2,0
[0 ; 6] 
2,0
[0 ; 5] 
1,0
[0 ; 6] 
0,22 



Légende :
DS : déviation standard ; TUBA : troubles urinaires du bas appareil ; Tt : traitement ; V1 : première consultation de suivi ; IPSS : International Prostate Score Symptom ; PR : prostatectomie totale ; RTE : radiothérapie externe ; CURIE : curiethérapie.



Tableau 2 - Caractéristiques de la prostate et du cancer au moment du diagnostic.
  Total (n =120)  PR (n =40)  RTE (n =40)  CURIE (n =40)  p  
Volume prostate (cm3)
Moyenne [DS] 
40,8
[21,9] 
43,3
[21,8] 
42,1
[28,1] 
36,8
[9,14] 
0,39 
Stade T3-T4 (%)  7,7  7,5  15,8  0,0  0,03 
Score de Gleason
Médiane [extrêmes] 
6
[3-9] 
6
[4-7] 
6
[4-9] 
6
[3-7] 
0,60 
PSA total (ng/mL)
Moyenne [DS] 
10,1
[6,9] 
8,2
[4,7] 
15,0
[6,14] 
7,2
[1,9] 
0,003 
Taux de PSA libre
Moyenne [DS] 
14,5
[5,6] 
15,0
[5,5] 
12,8
[3,5] 
14,5
[7,0] 
0,70 



Légende :
PR : prostatectomie totale ; RTE : radiothérapie externe ; CURIE : curiethérapie.



Tableau 3 - Scores International Prostate Score Symptom (IPSS) et qualité de vie (QDV) au cours du suivi. Analyse de la population globale et par sous-groupe en fonction du type de traitement. Les résultats sont exprimés en médiane (interquartile).
  Pré-Tt  M3  AN1  AN2  AN3  AN4  AN5 
Total                
IPSS  5,0 (6,0)  9,0 (9,0)  5,0 (5,0)  4,0 (5,0)  4,0 (6,0)  3,0 (5,0)  3,0 (4,0) 
QDV  2,0 (2,0)  2,0 (3,0)  1,0 (1,0)  1,0 (1,0)  1,0 (1,0)  1,0 (1,0)  1,0 (1,0) 
 
PR                
IPSS  5,0 (6,5)  8,5 (7,5)  5,0 (5,0)  4,0 (4,0)  2,5 (6,0)  3,0 (3,75)  3,0 (2,5) 
QDV  2,0 (2,0)  3,0 (2,0)  1,5 (2,0)  1,0 (2,0)  1,0 (1,0)  1,0 (1,0)  1,5 (2,0) 
 
RTE                
IPSS  6,5 (7,0)  7,5 (9,0)  5,0 (5,0)  5,0 (6,25)  5,0 (9,0)  4,0 (7,0)  5,0 (7,0) 
QDV  2,0 (2,0)  2,0 (2,0)  1,0 (1,0)  1,0 (1,0)  2,0 (1,75)  1,0 (1,0)  1,0 (1,0) 
 
CURIE                
IPSS  4,5 (5,0)  11,0 (11,0)  5,0 (7,5)  3,0 (3,0)  4,5 (4,0)  3,0 (6,0)  3,0 (3,0) 
QDV  1,0 (1,0)  2,0 (3,0)  1,0 (1,5)  1,0 (0,25)  1,0 (1,0)  1,0 (1,5)  1,0 (1,5) 



Légende :
PR : prostatectomie totale ; RTE : radiothérapie externe ; CURIE : curiethérapie.



Tableau 4 - Traitements pour troubles mictionnels à cinq ans. Analyse de la population globale et par sous-groupe en fonction du type de traitement. Les résultats sont exprimés en proportion (pourcentage).
  Total (%)  PR (%)  RTE (%)  CURIE (%) 
Traitement pour troubles obstructifsa  18/112 (16,1)  0/37 (0)  12/38 (31,6)  6/37 (16,2) 
Traitement pour urgenturieb  3/112 (2,7)  0/37 (0)  2/38 (5,3)  1/37 (2,7) 



Légende :
PR : prostatectomie totale ; RTE : radiothérapie externe ; CURIE : curiethérapie.

[a] 
Alpha-bloquants, inhibiteurs de la 5-alpha-réductase, phytothérapie.
[b] 
Anticholinergiques.


Tableau 5 - Évolution de la continence dans le groupe prostatectomie totale (PR). Les résultats sont exprimés en proportion (pourcentage).
  Pré-Tt (%)  M3 (%)  AN1 (%)  AN2 (%)  AN3 (%)  AN4 (%)  AN5 (%) 
Pas de fuite  40/40 (100)  11/40 (27,5)  15/40 (37,5)  21/40 (52,5)  19/40 (47,5)  25/40 (62,5)  24/40 (60) 
Incontinence effort : quelques gouttes, ne nécessite pas de garniture ou 1 garniture par jour  0/40 (0)  15/40 (37,5)  14/40 (35)  15/40 (37,5)  16/40 (40)  11/40 (27,5)  13/40 (32,5) 
Incontinence effort : nécessite plusieurs garnitures par jour  0/40 (0)  12/40 (30)  6/40 (15)  1/40 (2,5)  1/40 (2,5)  1/40 (2,5)  1/40 (2,5) 
Incontinence mixte : effort et urgenturie, nécessite plusieurs garnitures par jour  0/40 (0)  2/40 (5)  2/40 (5)  1/40 (2,5)  1/40 (2,5)  1/40 (2,5)  1/40 (2,5) 
Absence de données  0/40 (0)  0/40 (0)  3/40 (7,5)  2/40 (5)  3/40 (7,5)  2/40 (5)  1/40 (2,5) 




Références



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