Small Intestinal Submucosa (SIS) : perspectives en chirurgie urogénitale

02 septembre 2005

Mots clés : Small Intestinal Submucosa, matrice acellulaire, cystoplastie, incontinence urinaire d'effort, maladie de La Peyronie, uréthroplastie, prolapsus génital.
Auteurs : DEDECKER F., GRYNBERG M., STAERMAN F.
Référence : Prog Urol, 2005, 15, 405-410
Le SIS (Small Intestinal Submucosa) est une matrice extracellulaire isolée de l'intestin de porc. Depuis sa découverte en 1987, de nombreuses études se sont intéressées à sa structure et ont démontré ses intéressantes propriétés de biointégration et de régénération tissulaire. Il apparaît également comme un substrat résistant et peu propice aux infections. La place de cette matrice est encore à l'heure actuelle en voie d'exploration pour de nombreux domaines chirurgicaux. Son intérêt est clairement établi en chirurgie urogynécologique. Plusieurs travaux expérimentaux et cliniques rapportent d'intéressants résultats dans les cystoplasties, les cures d'incontinence urinaire d'effort par soutènements sous-uréthraux, les uréthroplasties ou encore les courbures de verges. Ce matériel reste à évaluer dans les troubles de la statique pelvienne et en particulier dans la chirurgie du prolapsus.



Alors que la chirurgie reconstructrice de l'appareil urogénital par des prothèses synthétiques est limitée par la biocompatibilité de ceux-ci (infection, érosion, rejet), l'utilisation de biomatériaux tels que les matrices acellulaires, voit ses indications se développer rapidement. Le SIS (Small Intestinal Submucosa) est l'une de ces matrices. Isolé de l'intestin de porc, le SIS a été découvert en 1987 à l'université de Purdue aux Etats-Unis. Quinze années de recherche ont permis ensuite d'établir sa compatibilité aux tissus humains ainsi que ses propriétés d'assise pour la régénération tissulaire au travers d'études sur modèle animal puis humain [2-9, 11, 14, 15, 17-20, 22-31, 33, 34]. La place du SIS est encore à l'heure actuelle, en voie d'exploration pour de nombreux sites anatomiques tels que le tractus urinaire, l'appareil génital, les structures musculo-squelettiques, la paroi abdominale, la peau ou encore le réseau vasculaire. Ce matériel devrait prochainement voir son application se développer dans les troubles de la statique pelvienne et en particulier dans la chirurgie du prolapsus.

COMPOSITION, STRUCTURE, PROPRIETES

Le SIS est un biomatériau acellulaire naturel dérivé de la sous muqueuse du jéjunum de porc d'une épaisseur d'environ 100 microns (Figures 1 et 2). Il est composé de plus de 90% de collagène avec prédominance de collagène de type I [2]. Cette matrice extracellulaire se compose également d'autres substances : des glycoaminoglycanes (chondroitine sulfate A et B, acide hyaluronique, héparane sulfate, héparine sulfate), des glycoprotéines (fibronectine), et certains facteurs de croissance de type cytokines (TGF-b, VEGF, FGF-2) [14, 23, 33]. Les composants glucido-lipidiques représentent 10% du poids sec du SIS et la fibronectine constitue 1,1% des glycoprotéines [3, 23].

Figure 1 : Schéma illustrant une coupe transversale d'intestin de porc.
Figure 2 :Etude microscopique d'une coupe transversale de jéjunum de porc.

Ses particularités biochimiques associées à sa structure tridimensionnelle et non réticulée en font un substrat propice à la régénération tissulaire. Ce phénomène n'est pas encore complètement élucidé même si la fibronectine semble être impliquée dans ce processus [3]. Il a été démontré une prolifération cellulaire, notamment de fibroblastes, de cellules épidermiques, de cellules endothéliales et de monocytes, au contact de la matrice [22]. En pratique, la mise en place du SIS est immédiatement suivie d'une réaction de granulation et d'inflammation minime et transitoire. Ensuite, ce tissu réactionnel néoformé ou "smart tissue remodeling" est remplacé progressivement par un tissu fibroblastique. Baddylak compara les réactions cytologiques et histologiques locales suivant la mise en place de matériaux sur des parois abdominales de chiens et de rats [4]. Les prothèses étudiées étaient le Dexon®, le Marlex®, le Perigard® et le SIS. Pour ce dernier, un infiltrat significativement plus élevé de polynucléaires et de monocytes fut constaté durant la première semaine post-opératoire. A trois mois, cette concentration cellulaire (réaction inflammatoire) était considérée comme nulle alors qu'elle persistait pour les autres matériaux. D'autre part, l'organisation du tissu cellulaire (ou conjonctif) de soutien était supérieure en terme de qualité et de durabilité. Il n'a pas été démontré de différence en ce qui concerne l'angiogénèse périprothétique ou la survenue de processus infectieux.

La bio-intégration du SIS a fait l'objet de nombreux travaux. Record a étudié sa biodégradation en réalisant plusieurs cystoplasties chez le chien avec du SIS marqué au carbone 14 [26]. Ils pratiquèrent ensuite des dosages sanguins et urinaires. L'évolution de la radioactivité de ces prélèvements renseignait alors sur la dégradation et l'incorporation du SIS. A trois mois, cette radioactivité fut considérer comme nulle et le matériel comme complètement intégré.

Enfin, le SIS possède des qualités mécaniques intéressantes en terme de résistance à l'étirement et à la suture. Elles ont été étudiées notamment à l'occasion de plasties abdominales et achilléennes chez l'animal [5, 6]. Des propriétés de résistance supérieure à celle des organes concernés ont été constatées durant la phase d'incorporation puis, une fois cette dernière achevée, les qualités mécaniques du SIS étaient semblables aux résistances physiologiques de ces mêmes organes.

Les caractéristiques mécaniques et de biocompatibilité (absence de risque allergique et d'encapsulation) du SIS, permettent aujourd'hui de proposer ce matériau, initialement indiqué dans les pertes limitées de substance, au cours de reconstructions urogénitales plus complexes. Il est commercialisé sous forme de plaques mono (SURGISISTM) ou multicouches (SURGISISTMES) ou de bandelettes (STRATASISTMTF) de différentes tailles.

LES UTILISATIONS DU SIS EN UROLOGIE

Cystoplastie

La plupart des cystoplasties ou des agrandissements vésicaux est réalisée à partir de greffons intestinaux. Cette technique a largement démontré son efficacité depuis plusieurs décennies. Cependant, certaines complications sont parfois rencontrées : infections, désordres électrolytiques, production excessive de mucus, survenue de processus lithiasique, perforation ou plus rarement cancérisation du segment intestinal.

Quelques équipes ont étudié l'intérêt de greffons synthétiques et non biodégradables tels que le silicone ou le polypropylène. Les résultats furent très décevants [1, 7, 8, 21, 31].

Depuis l'apparition de biomatériaux intégrables, notamment le SIS, le monopole unique des greffons intestinaux dans les agrandissements de vessie peut être discuté. Dans cette indication, le SIS fut utilisé pour la première fois chez le rat en 1995 [17]. Ces résultats furent prometteurs. En effet, la biointégration du matériel fut constatée semaine après semaine : épithélialisation complète à deux semaines, régénération musculaire partielle à douze semaines et enfin présence des trois tuniques (urothélium, détrusor et adventice) à quarante-huit semaines. Puis d'autres travaux, cette fois menés chez le chien, ont suivi. Les résultats ont été obtenus au bout de quinze mois. Non seulement les propriétés d'intégration du SIS furent confirmées, mais on démontra également une compliance et une capacité de ces néovessies égales à la normale [19]. Dans le même temps, il fut constaté une régénération nerveuse puis une innervation comparable à celle de vessies saines [20].

Ces résultats, encourageants sur modèle animal, seront naturellement à confirmer chez l'homme.

Troubles de la statique pelvienne et incontinence urinaire d'effort

L'utilisation des matériaux prothétiques en gynécologie occupe, depuis une vingtaine d'années, une place de plus en plus importante dans la chirurgie réparatrice de la statique pelvienne et de l'incontinence urinaire d'effort. Si les bandelettes sous-uréthrales de polypropylène donnent d'excellents résultats dans les cures d'incontinence urinaire d'effort, le treillis idéal pour le traitement des prolapsus génitaux, dont les caractéristiques ont été décrites par Cumberland [35] et Scales [36], n'a toujours pas été trouvé.

Le phénomène d'intolérance aux matériaux synthétiques a été étudié par Bent au cours de frondes et de sacrocolpopexie avec du ePTFE [37]. Les symptômes les plus fréquemment rencontrés sont: douleur, écoulement vaginal, saignement, induration de la cicatrice abdominale, granulome de la cicatrice vaginale, fistule abdominale ou vaginale, absence de cicatrisation, extériorisation de la prothèse.

Troubles de la statique pelvienne

La tolérance des tissus synthétiques semble proportionnelle à la surface exposée et à la distance qui sépare la prothèse de la cicatrice vaginale [38, 39, 47].

Des cas d'érosions vaginales ont été décrits dans les suites de promontofixations utilisant des matériaux synthétiques en polypropylène. Visco a rapporté 5.5% d'érosions dans une série de 273 interventions contre 8.8% pour Kohli dans une série de 57 patientes [32, 16].

Les premières publications faisant état de l'utilisation de treillis dans la cure prolapsus par voie vaginale sont relativement récentes. En dépit du risque septique théorique de cette chirurgie, plusieurs auteurs ont publié des résultats sur la cure de cystocèle avec renforcement prothétique par voie vaginale. Le polypropylène est le matériaux le plus utilisé, avec des phénomènes d'intolérance à type de cicatrisation retardée ou d'érosions, présents dans environ 6% (2 à 12%) [40-43].

Debodinance, dans son article de synthèse sur les matériau prothétiques fournit ses résultats dans des cures de cystocèle par voie vaginale utilisant différents types de prothèses [44] : le prolène, avec fixation par un fil non résorbable à l'arc tendineux du fascia pelvien, est mal toléré dans 15% (Gynemesh®). L'intolérance est de 8,3% pour la même intervention avec du Vypro® (Vicryl® + polypropylène) et des fils résorbables. Le Prolène® avec passage transobturateur, donnerait moins de problèmes locaux. La tolérance du Vicryl® composite est très bonne, mais son utilisation est source de récidives dans 20 à 25% des cas [45, 46]. L'intolérance du Dacron® est de 52% [47].

La place du SIS dans le traitement des troubles de la statique pelvienne, et notamment dans la chirurgie du prolapsus est en cours de développement et d'évaluation. Utilisé comme prothèse de soutènement antérieure et/ou postérieure dans la cure du prolapsus pelvien, le SIS peut être mis en place par voie vaginale ou au cours de promontofixations, coelioscopiques ou par laparotomie (Figure 3).

Figure 3 : Promontofixation coelioscopique : mise en place d'une bandelette de SIS.

Les séries en cours de promontofixations coelioscopiques utilisant le SIS ne montrent pas d'infection, de migration ou de récidive après la fin de la période de biointégration (3 à 6 mois) [17].

Un autre biomatériau dérivé du derme de porc (Pelvicol®) est également disponible. Contrairement au SIS, le Pelvicol® est une prothèse non résorbable. La procédure visant à obtenir la conversion du derme de porc en Pelvicol® consiste en une série d'extractions organiques et enzymatiques, permettant d'éliminer les graisses ainsi que les matériels cellulaires [48, 49]. Le Pelvicol® constitue donc une matrice tridimensionnelle faïte de collagène et d'élastine. La bonne tolérance de ce biomatériau a été démontrée aussi bien chez le rat que chez l'humain, avec, en particulier une absence de cytotoxicité, de réaction cutanée, d'hémolyse, de réaction pyrogénique, de réaction systémique et d'action mutagène [48, 50, 51]. Le Pelvicol® a été étudié dans divers types de chirurgie telles que la chirurgie maxillofaciale, où il donnerait de bons résultats dans la prévention des récidives du syndrome de Frey, après chirurgie des glandes salivaires [52].

En ce qui concerne la chirurgie du prolapsus, Salomon a étudié le Pelvicol® dans la cure de cystocèle par voie vaginale, chez 27 patientes [54]. La prothèse était fixée par voie transobturatrice. 81% des patientes avaient une correction anatomique optimale à une moyenne de 14 mois (8-24) alors qu'une cystocèle de grade I asymptomatique persistait chez 19% des patientes. Une récidive fut observée. Une étude similaire menée par Ruparelia retrouvait un taux de récidives de 6% une moyenne de 20 mois [55]. Gomelsky a également rapporté de bons résultats dans la cure de cystocèles de haut grade par voie basse, avec interposition de Pelvicol®. En effet, à un recul moyen de 24 mois, chez 70 patientes, 8,6% et 4,3% ont eu une récidive de cystocèle respectivement de grade II et de grade III. Ils en concluent que le Pelvicol® utilisé dans la cure de cystocèles de haut grade par voie vaginale, permet d'une part de réduire le taux de récidives, et d'autre part, lorsque ces récidives existent, de les rendre moins importantes et moins symptomatiques [56].

Dans une étude menée par Ross, l'utilisation de plaques SIS multicouches dans la cure de prolapsus du mur vaginal postérieur, donne une résistance satisfaisante et une tolérance locale supérieure aux matrices collagènes provenant du derme porcin [27].

Incontinence urinaire d'effort

Aujourd'hui, l'incontinence urinaire d'effort se traite par soutènement sous-uréthral, classiquement réalisé par voie rétropubienne (TVT), même si la voie transobturatrice (TOT), récemment proposée par Delorme se développe largement [10]. L'évaluation du SIS dans ce type de chirurgie est en cours. Rutner a dernièrement rapporté la première série de cure d'incontinence urinaire d'effort par voie rétropubienne utilisant une bandelette de SIS [29]. Il s'agissait d'une population de 152 patientes. Dans 93.4% des cas, aucune récidive de l'incontinence n'a été constatée à 4 ans et aucune infection, érosion, ou rejet n'ont été à déplorer dans la série, durant cette même période. D'autres travaux sont en cours. Le SIS présente indéniablement certains avantages de biocompatibilité et de biointégration par rapport aux bandelettes classiques de polypropylène, parfois cause d'érosions vaginales, d'infections voire de rejets [12]. Cependant, l'évaluation de cette nouvelle matrice doit se poursuivre. On ne connaït pas à l'heure actuelle son éventuelle implication dans la survenue de rétentions ou de dysuries post opératoires, puisque l'on ne connaït pas exactement son degré de rétraction. Des cas d'inflammation locale ont par ailleurs été décrits [13].

Le Pelvicol® est également utilisable dans les cures d'IUE, et Arunkalaivanan a rapporté, dans une étude randomisée comparant des bandelettes en Pelvicol® et des TVT dans cette indication, des taux de succès similaires avec, pour la matrice collagène issue du derme porcin, une moindre incidence des dysuries et des impériosités mictionnelles post-opératoires [53].

En conclusion, les prothèses dérivées de produits animaux utilisées pour la cure des troubles de la statique pelvienne, auraient théoriquement pour avantage de réduire le risque de rejet. Les prothèses résorbables, qu'elles soient d'origine synthétique ou animale, engendreraient plus de récurrences [57, 58]. Il semble, aux vues de notre expérience avec le SIS, ainsi que des résultats publiés avec le Pelvicol®, que les prothèses d'origine animale puissent constituer une bonne alternative aux prothèses synthétiques, dans la correction chirurgicale des troubles de la statique pelvienne, autant par voie abdominale que vaginale. Les diverses études ne retrouvent pas d'augmentation du risque d'infection ou d'érosion avec ces biomatériaux. Le SIS, résorbable en 3 à 6 mois, aurait théoriquement un moindre risque infectieux que le Pelvicol®. Cet avantage se fait-il au détriment de la solidité ? Le manque de recul des études avec ces deux prothèses ne permet pas encore de définir leur place réelle dans les cures chirurgicales des prolapsus pelviens et de l'incontinence urinaire d'effort, même si les premiers résultats sont encourageants.

Des études visant à comparer SIS et Pelvicol® en chirurgie pelvienne permettraient d'évaluer l'intérêt ou non de la résorption des ces bioprothèses.

Courbure de verge (Maladie de La Peyronie)

Le traitement chirurgical de la maladie de La Peyronie est habituellement indiqué lorsque l'importance de la courbure de verge ne permet plus la pénétration ou s'accompagne de douleurs pour la partenaire lors des rapports. Pour les angulations péniennes supérieures à 60°, une plicature de l'albuginée s'accompagne d'un raccourcissement conséquent de la verge. Dans ces circonstances, l'excision ou au mieux l'incision de la plaque de fibrose est indiquée [9]. En dehors de la veine, aucun matériel n'a donné de résultats satisfaisant à ce jour. Le SIS est une alternative possible dans cette indication (Figure 4). En effet, il présente certains avantages par rapport au greffon veineux : facilité d'obtention, maniabilité, longueur supérieure et raccourcissement du temps opératoire.

Figure 4 : Maladie de La Peyronie : mise en place d'un patch de SIS après incision de la partie fibrosée.

Knoll rapporta une série de 97 patients opérés selon cette technique [15]. Le recul moyen était de 20 mois. Dans 90% des cas, la courbure fut corrigée et seuls 6 patients ont présenté une courbure résiduelle de 10°. Les capacités érectiles induites ou spontanées étaient tout à fait satisfaisantes. Enfin, il n'a été rapporté aucun raccourcissement de verge ni infection, hématome ou rejet en période post opératoire. La résistance et l'étanchéité du SIS permettent ainsi d'éviter la suppression des érections post-opératoires et, au contraire permet la reprise rapide d'érections afin de permettre une cicatrisation sans rétraction.

Uréthroplastie

Le SIS est une option thérapeutique envisageable dans la reconstruction de l'urèthre masculin au cours des hypospadias complexes, où il existe, le plus souvent, une insuffisance de couverture cutanée.

La première évaluation du SIS dans cette indication, a été réalisée par Kropp en 1998 [18]. Cette étude, réalisée sur modèle animal, a démontré l'intérêt de cette matrice dans la régénération uréthrale. Ces résultats ont été confirmés ultérieurement [28]. En 2003, Weiser a rapporté 9 cures d'hypospadias complexes chez l'enfant utilisant le SIS monocouche [34]. Avec un recul de 16 à 21 mois post-opératoire, la correction était complète pour tous. Une fistule a été constatée et reprise chirurgicalement avec succès. Cependant, le SIS quatre couches ne semble pas donner d'aussi bons résultats. Soergel, sur une série de 12 patients, retrouve 2 complications majeures conduisant à l'ablation du matériel [30]. Le SIS monocouche paraït donc être le plus approprié pour les uréthroplasties.

D'intéressantes perspectives

Le SIS est un biomatériau utilisable dans de nombreuses indications chirurgicales. En chirurgie urogynécologique, son avenir est prometteur.

Les prothèses dérivées de produits animaux telles que le SIS ou le Pelvicol®, auraient pour principal avantage la réduction du risque de rejet. Les résultats des premières publications sur l'utilisation du SIS et du Pelvicol® en chirurgie uro-gynécologique, sont encourageants et paraissent faire de ces deux biomatériaux une alternative aux prothèses synthétiques dans le traitement chirurgical de l'incontinence urinaire d'effort et des prolapsus génitaux, aussi bien par voie abdominale que par voie basse. Le SIS aurait théoriquement, de part sa résorption en 3 à 6 mois, un risque infectieux moindre que le Pelvicol®, même si d'après les publications actuelles, l'incidence des infections avec ce dernier semble faible. Seules les études comparatives entre prothèses d'origine synthétique et animale permettront d'établir que cette propriété du SIS, n'est pas responsable d'un manque de solidité.

Outre les indications précédemment détaillées, d'autres applications du SIS ont été envisagées notamment dans les remplacements du tractus urinaire. En 2002, O'Connor a décrit la première urétéroplastie chez une patiente de 55 ans ayant présenté, au décours d'une cystectomie pour carcinome vésical, une sténose urétérale distale d'origine ischémique avec urétérohydronéphrose [25]. Après résection de cette portion sténosée, un patch tubulisé de SIS mesurant 6 cm de long et 1,5 cm de diamètre fut suturé entre la partie distale de l'uretère et le greffon intestinal. Après 15 mois post-opératoire, aucune fistule ni sténose n'a été à déplorer. Lorsque la longueur urétérale s'avère insuffisante pour assurer une réimplantation correcte, l'utilisation d'un patch de SIS apparaît donc comme une issue possible. D'autre part, ce même auteur a rapporté une série de 24 néphrectomies partielles pour cancer où, pour des raisons d'ordre carcinologique, la voie collectrice pyélocalicielle fut ouverte voire partiellement réséquée [24]. Un patch de SIS fut alors employé pour assurer l'étanchéité du bassinet. Aucun patient ne présenta de complication post opératoire majeure et notamment aucune fistulisation. Le recul moyen était de 18.4 mois.

Enfin, on peut supposer l'intérêt à venir de cette matrice dans les reconstructions vaginales ou dans les cures de fistules vésico-vaginales avec interposition d'une plaque SIS entre la vessie et le vagin.

Si les résultats des études comparatives entre biomatériaux d'origine synthétique et animale confirment les avantages supposés du SIS, ce dernier devrait connaïtre un développement rapide dans la chirurgie reconstructrice de l'appareil urogénital.

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