Sévérité des troubles colorectaux associés aux maladies neurologiques et évaluation pratique par questionnaire à un item (PGI-S)

25 septembre 2016

Auteurs : J.G. Prévinaire, J.M. Soler, H. Bordji, M.C. Fiolet, M.A. Navaux, P.E. Mortier
Référence : Prog Urol, 2016, 10, 26, 573-581
Introduction

Les troubles colorectaux (TCR) sont fréquents chez les patients présentant une lésion neurologique, mais leur évaluation rarement systématique en centre de rééducation.

Objectif

Étudier la prévalence des TCR chez ces patients, et leur sévérité à l’aide du PGI-S (Patient Global Impression of Severity).

Matériel

Étude prospective sur la sévérité des TCR dans 2 centres de rééducation, par questionnaire, avec notamment utilisation du Neurogenic Bowel Dysfunction Score (Score NBD, de 0 à 47), du PGI-S, questionnaire à 1 item pour évaluer la gêne liée aux TCR (absente, légère, modérée ou sévère), et l’échelle de Bristol (consistance des selles). Les patients devaient présenter plus de 2 mois d’évolution de la maladie neurologique.

Résultats

Cent soixante-neuf patients ont été inclus : 97 patients blessés médullaires, 42 scléroses en plaques et 30 hémiplégiques. Dans chaque population, les prévalences respectives étaient de 67 %, 45 % et 17 % pour la constipation, de 82 %, 45 % et 27 % pour la dyschésie, et de 74 %, 48 % et 43 % pour les fuites (gaz ou selles). Les TCR modérés à sévères étaient retrouvés chez 61 % des patients médullaires, 43 % des scléroses en plaques et 23 % des hémiplégiques, avec des scores NBD respectifs de 11,9±6,5, 5,7±4,9 et 3,7±4,2 (p <0,01). On retrouvait un lien significatif entre PGI-S et score NBD (p <0,01). Les scores NBD les plus bas étaient associés aux consistances de selles normales (Bristol type 3 ou 4) (p <0,01).

Conclusion

Le PGI-S et l’échelle de Bristol sont des outils cliniques simples permettant une évaluation rapide des TCR.

Niveau de preuve

4.




 




Introduction


Les troubles colorectaux (TCR) sont fréquents au cours des maladies neurologiques [1, 2]. La constipation affecterait jusqu'à 80 % des patients blessés médullaires (BM), 70 % des patients avec une sclérose en plaques (SEP), et 60 % des patients hémiplégiques ; l'incontinence fécale toucherait jusqu'à 75 % des patients BM, 70 % des patients SEP, et 23 % des patients hémiplégiques [1, 3]. L'incontinence fécale et la constipation coexistent fréquemment, et altèrent de façon considérable la qualité de vie de ces patients. Ils provoquent une gêne d'expression polymorphe (douleurs abdominales et/ou anorectales, ballonnements, saignements...) et une détresse psychique qui entravent et menacent la vie sociale et les relations personnelles des patients [1, 2, 4, 5].


L'utilisation de questionnaires, qu'il s'agisse de scores de symptômes ou de qualité de vie, est rentrée dans la pratique quotidienne pour l'évaluation des troubles sphinctériens. Pour les TCR des patients neurologiques, 2 questionnaires sont plus fréquemment utilisés : le Bristol Stool Chart (échelle de Bristol) [6] et le Neurogenic Bowel Dysfunction Score (Score fonctionnel digestif des maladies neurologiques, ou Score NBD) [7]. L'échelle de Bristol est un auto-questionnaire employé dans l'analyse visuelle des selles permettant d'approcher les modalités de transit et l'existence d'une éventuelle constipation ou diarrhée [8]. Le score NBD permet une évaluation chiffrée de la sévérité des TCR, et d'objectiver les progrès suite aux traitements spécifiques [7, 9]. Pour l'évaluation des TCR en pratique clinique, il est important d'également développer des outils simples et à passation rapide. Le PGI-S (Patient Global Impression of Severity) est un questionnaire à 1 item, qui demande au patient d'évaluer la sévérité d'une condition spécifique à un moment donné. Le PGI-S a été validé par Yalcin et Bump dans le cadre de l'incontinence urinaire à l'effort de la femme [10] puis par Viktrup et al. pour les troubles urinaires liés à l'hypertrophie bénigne de la prostate [11] et a été utilisé en français dans l'insuffisance sphinctérienne de la femme [12] ; il n'a jamais été utilisé ni validé dans l'évaluation des TCR.


L'arsenal thérapeutique de la prise en charge des TCR s'est récemment enrichi avec des techniques peu invasives comme l'irrigation transanale [1, 9] ou la neurostimulation tibiale postérieure [13], ou invasives comme la cæcostomie (intervention de Malone) chirurgicale [1] ou percutanée endoscopique [14] et a permis de préciser l'intérêt des traitements dits de première intention qui incluent règles hygiéno-diététiques, utilisation adaptée des laxatifs et autres traitements facilitant l'exonération [1].


Les objectifs de cette étude étaient :

étudier la fréquence et la sévérité des TCR dans la population de patients présentant une maladie neurologique chronique, pris en charge en centre de rééducation ;
évaluer l'intérêt d'un questionnaire à 1 item, le PGI-S [10] - impression globale du patient de la sévérité des TCR.


Patients et méthodes


L'étude a été menée de façon prospective dans deux centres de rééducation, le centre Calvé, fondation Hopale (Berk-sur-Mer), et le centre Bouffard-Vercelli (Cerbère), sur une période de 3 mois débutée le 1er décembre 2013.


Critères d'inclusion et d'exclusion


Tous les patients BM, SEP ou hémiplégiques par accident vasculaire cérébral hospitalisés en rééducation depuis au moins une semaine et présentant une lésion neurologique chronique (plus de deux mois d'évolution) ont été inclus dans l'étude.


Les malades porteurs de colostomies ou effectuant les irrigations coliques antégrades (intervention de Malone) ou rétrogrades (irrigations transanales) ont été exclus de l'étude.


Étude


L'étude comprenait :

un questionnaire sur la prise en charge des TCR du patient :
∘
fréquence des selles, et aides à la défécation, autonomie du patient dans le soin, symptômes associés et complications proctologiques (présence d'hémorroïdes ou de saignement), port de protections... ;


des échelles :
∘
l'échelle de Bristol pour la consistance des selles, de type 1 (selles très dures) à 7 (selles très molles), les types 3 ou 4 correspondant à des selles « normales » [6],
∘
score NBD qui comprend 10 items, permettant de quantifier la sévérité des TCR de 0 (absence de gêne) à 47 (gêne maximale),
∘
le PGI-S pour évaluer la gêne liée aux TCR (gêne absente, légère, modérée ou sévère) ;


un catalogue de selles était systématiquement réalisé par les soignants de l'unité la semaine précédant l'étude ;
un examen clinique neurologique.


Dans tous les cas, l'évaluation des TCR était réalisée sous traitement de première intention inchangé depuis au moins une semaine : pour les patients hospitalisés dans les suites immédiates d'une affection aiguë, ces traitements étaient systématiquement mis en place dans les services concernés. Pour les patients hospitalisés pour reprise de rééducation, la prise en charge des TCR était systématiquement réévaluée à l'entrée du patient, et si nécessaire, les traitements de première intention modifiés.


L'évaluation pour cette étude était donc réalisée au mieux la 2e semaine de présence du patient, et portait sur les TCR la semaine précédente.


Le questionnaire et les échelles étaient remplis par le patient lors de la deuxième semaine en rééducation. L'infirmière référente du service concerné s'assurait que tous les items avaient été bien compris et remplis par le patient, et vérifiait la cohérence des données sur base du catalogue de selles rempli la semaine précédente.


Le médecin colligeait la sévérité de l'atteinte par le score AIS (ASIA Impairment Scale) pour les patients BM [15], et par l'échelle EDSS (Expanded Disability Status Scale) pour les patients SEP (de 0 à 10) [16].


Statistiques


La méthode paramétrique Anova a été utilisée pour les variables quantitatives, le test du Chi2 pour les comparaisons de plusieurs variables qualitatives, et le coefficient de corrélation de Pearson pour l'analyse entre 2 variables quantitatives.


Tous les patients ont donné leur accord verbal pour la participation à cette étude, qui ne modifiait pas la prise en charge habituelle.


Résultats


Au total, 169 patients consécutifs ont été inclus (Tableau 1) : il s'agissait de 97 patients BM (64 tétraplégiques et 33 paraplégiques), 42 patients SEP et 30 patients hémiplégiques. Il y avait 100 hommes pour 69 femmes, d'un âge moyen de 52,8ans, et d'une durée moyenne d'évolution de 93,3 mois.


L'évaluation a été réalisée au cours de la deuxième semaine d'hospitalisation chez 38 patients (30 BM, 6 SEP et 2 hémiplégiques) et à la 3e semaine ou au-delà chez les 131 patients restants. Les 169 dossiers étaient correctement remplis, à l'exception de 4 scores de Bristol manquants. Cinquante-trois pour cent des malades étaient autonomes pour leurs traitements colorectaux : 76 % des patients SEP, 57 % des patients hémiplégiques et 42 % des patients BM (79 % de paraplégiques et 22 % de tétraplégiques).


Prévalence des TCR et symptômes


Les symptômes et manifestations cliniques associés aux TCR et les traitements de première intention sont repris dans le Tableau 2. La prévalence de la constipation était appréciée par l'existence d'au moins un symptôme lié à la constipation (ballonnement, spasticité, douleur, fécalome, hyperréflexie autonome, difficultés respiratoires, hémorroïdes) est de 52 % pour l'ensemble de la population, se répartissant en 67 % des patients BM, 45 % des patients SEP, et 17 % des patients hémiplégiques.


La prévalence des fuites de selles (au moins une par mois, question 7 du Score NBD) ou de gaz (présence de pertes incontrôlées de gaz, question 9 du Score NBD) était de 62 % pour l'ensemble de la population, se répartissant en 74 % des patients BM, 48 % des patients SEP et 43 % des patients hémiplégiques. Les fuites (selles ou gaz) étaient significativement plus fréquentes chez les patients BM (Tableau 2) (p <0,01). Trente-trois patients portaient des protections, parmi lesquels 26 patients BM et seulement 3 patients SEP et 4 patients hémiplégiques.


Les complications proctologiques (hémorroïdes) étaient significativement plus fréquentes chez les patients BM et SEP que chez les patients hémiplégiques (p <0,01) (Tableau 2).


La prévalence de la dyschésie, appréciée par la nécessité de recours à une manÅ“uvre par voie basse (évacuation digitale des selles, suppositoires, micro-lavement, stimulation digitale), était de 63 % pour l'ensemble de la population, se répartissant en 82 % des patients BM, 45 % des patients SEP et 27 % des patients hémiplégiques (Tableau 3).


Au moins un traitement de première intention était pris par 91 % des patients BM (moyenne=2,7), 76 % des patients SEP (moyenne=1,9) et 57 % des patients hémiplégiques (moyenne=1,2). Le test Anova retrouve une association significative entre score NBD (p <0,01) et l'utilisation de traitements et la présence de complications (p <0,01).


Score NBD


Les scores NBD moyens étaient de 11,9±6,5 pour les patients BM, 5,7±4,9 pour les patients SEP et 3,7±4,2 pour les patients hémiplégiques.


Le score NBD était significativement différent au sein de chaque pathologie (p <0,01), sans effet de l'âge (p =0,29) du sexe (p =0,43), ou de la durée d'évolution de la maladie (p =0,33).


Au sein de la population BM, on ne retrouvait pas de différence significative entre score NBD et niveau de la lésion médullaire (paraplégie ou tétraplégie) (p =0,33). Par contre, il était retrouvé un lien très fort entre score NBD et sévérité de la lésion médullaire (Anova, p <0,01), les moyennes de chaque variable étant différentes l'une de l'autre [AIS A (sensitivomotrice complète) : 13,8±6,0 ; AIS B (motrice complète et sensitive incomplète) : 11,7±5,3 ; AIS C (motrice incomplète et testing musculaire <3) : 8,9±5,0 ; AIS D (motrice incomplète et testing musculaire≥3) : 4,7±7,6].


Au sein de la population SEP, on ne retrouvait pas de corrélation entre score NBD et EDSS (r =0,11 et p =0,51).


PGI-S


La gêne exprimée était modérée à sévère chez 61 % des patients BM, 43 % des patients SEP et 23 % des patients hémiplégiques (Tableau 4). On retrouvait une différence significative entre chaque population (p <0,01).


L'étude Anova retrouvait un lien très fort entre PGI-S et score NBD (p <0,01), les moyennes de chaque variable étant différentes l'une de l'autre, de façon globale et dans chaque sous-population (Tableau 5).


Échelle de Bristol


L'étude Anova retrouvait un lien très fort entre score NBD et Bristol (p <0,01). En particulier, les selles « normales » (Bristol types 3 et 4) étaient systématiquement associées aux scores NBD moyens les plus bas, et ce de façon globale, et dans chaque sous-population (Tableau 6).


Le même lien était retrouvé entre PGI-S et Bristol, avec 71 % des Bristol types 3 et 4 associés à une gêne absente ou légère (Chi2, p <0,01).


Discussion


Cette étude met en évidence :

la grande prévalence des TCR chez les patients présentant une maladie neurologique chronique en centre de rééducation ;
le lien entre score NBD et consistance des selles, les TCR les moins sévères étant retrouvés en cas de selles « normales » ;
le lien entre PGI-S et score NBD montrant la pertinence de l'évaluation des TCR avec ce questionnaire à 1 item.


Prévalence et sévérité


Cette étude confirme la fréquence élevée des TCR dans la population neurologique, avec des prévalences globalement conformes aux données de la littérature. Au stade chronique, la constipation serait retrouvée chez 40 à 80 % des patients BM [1, 5, 17], 20 à 70 % des patients SEP [1, 4, 18], et 30 à 60 % des patients hémiplégiques [3, 19] ; l'incontinence fécale affecterait 40 à 75 % des patients BM [1, 5, 17], 20 à 75 % des patients SEP [1, 4, 18], et 11 à 22 % des patients hémiplégiques [3, 19]. Les différences entre les prévalences sont liées aux définitions utilisées pour l'incontinence et la constipation, et à la diversité des atteintes des populations neurologiques étudiées [1]. Dans notre étude, nous nous sommes basés sur la présence de symptômes liés à la constipation (relevés par l'interrogatoire) et sur la présence de fuites (gaz et selles) rapportées au questionnaire NBD. Nous retrouvons une prévalence importante de ces fuites de gaz, rarement rapportées en tant que telles dans la littérature.


Les TCR sont plus fréquents et plus sévères chez les patients BM que dans les autres populations neurologiques. Les TCR apparaissent dès le début de la lésion médullaire, et évoluent dans le temps : il a été montré que la constipation était plus fréquente et plus gênante à 10ans d'une lésion médullaire [20]. Les TCR, notamment de par la formation de fécalomes, représentent la 5e cause de réhospitalisation pour complications médicales chez les tétraplégiques (après les problèmes urinaires, cutanés, respiratoires et liés à la spasticité) [21].


Dans la SEP, la fréquence des TCR au stade initial de la maladie est probablement sous-estimée mais toucherait 30 % des individus. La constipation et incontinence fécale coexistent fréquemment, et sont souvent associés aux troubles vésico-sphinctériens [4, 22]. Il n'y a pas de corrélation entre les troubles digestifs, l'âge et le sexe [4, 22, 23]. Certaines études retrouvent un lien entre la durée de l'évolution de la maladie et la sévérité des TCR [22, 24].


Nos résultats confirment le lien entre la sévérité de l'atteinte neurologique et de la gêne occasionnée par les TCR chez les patients BM (évalués par l'AIS) [5]. Chez les patients SEP, ce lien est retrouvé dans certaines études (évalué par l'EDSS) [22, 24], alors que d'autres, comme nous, ne le retrouvent pas [23]. Les patients SEP dans notre étude présentent un EDSS entre 3,5 et 8,5 (moyenne 6,2), bien plus élevé que dans d'autres études comme celle de Preziosi et al., où la signification est retrouvée pour des EDSS beaucoup plus faibles et des patients au stade initial de leur maladie (EDSS de 0,5-4,5, moyenne 3) [22].


Les TCR des patients BM et SEP sont probablement induits par une altération du fonctionnement du système nerveux autonome et cérébro-spinal, responsable du ralentissement colique et de la perte de synergie anorectale. La constipation de transit (confirmée par l'étude du temps de transit colique) et la constipation terminale (véritable dyssynergie anorectale) coexistent fréquemment chez ces patients [1, 5, 22, 23, 25].


Une majorité des patients hémiplégiques (57 %) ont recours à un traitement de première intention, alors que seuls 7 patients sur 30 (23 %) expriment une gêne modérée à sévère. Les symptômes sont plus marqués au niveau de la dyschésie (27 %) et des fuites de gaz (33 %). Les patients de cette étude sont relativement âgés (67ans) avec une évolution chronique longue (22 mois), et sont partiellement dépendants. Dans ce contexte, les causes semblent plus multifactorielles que neurologique, à l'inverse des patients BM et SEP.


Les facteurs liés au handicap seraient plus déterminants que l'atteinte encéphalique elle-même, notamment le degré de mobilité et l'accès aux toilettes. Au stade aigu, Robain et al. trouvent un lien significatif entre score de Barthel et TCR [19].


Dans tous les cas, les TCR peuvent être majorés par les traitements médicaux (anticholinergiques), une hydratation insuffisante, un apport de fibres insuffisant, et une diminution de l'activité physique [1, 4, 23, 26].


Symptômes/complications


Les symptômes liés à la constipation de transit sont bien connus (Tableau 2) : ils résultent à la fois de la stase stercorale et de la fermentation des selles à l'origine de ballonnements gênants. Les douleurs abdominales ressenties sont parfois difficiles à dissocier des douleurs neuropathiques souvent concomitantes [27]. Difficultés respiratoires et hyperréflexies autonomes sont plus fréquentes chez les patients présentant une lésion médullaire haute (tétraplégie). La présence de fuites fécales contraint souvent au port de protection, mais les fuites de gaz sont également très gênantes sur le plan social, tant chez les patients SEP que BM.


Les atteintes proctologiques sont liées à la sévérité des atteintes, plus fréquentes chez les patients BM. Sans réelle gravité, ils sont néanmoins souvent à l'origine d'un inconfort, soit en tant qu'épine irritative qui peut aggraver la spasticité ou déclencher des phénomènes d'hyperréflexie autonome, soit par les douleurs qu'elles provoquent, surtout en cas de fissure anale.


Échelles d'évaluation


Le questionnaire NBD a été conçu et validé pour les patients présentant une lésion médullaire [7]. Son utilisation systématique a permis de mieux apprécier la gêne des patients et l'amélioration des symptômes grâce à différents traitements, notamment les irrigations transanales, et est considérée comme l'outil de référence [9]. Pour des évaluations simples et rapides de la perception globale du patient de son état de santé, l'échelle visuelle analogique est largement diffusée, notamment pour l'évaluation de la douleur. Récemment, elle a été également testée pour évaluer la sévérité des TCR chez les patients SEP, et a montré une excellente relation avec le score NBD [22].


Nous avons montré que le PGI-S, questionnaire à 1 item, avait également une excellente relation avec le score NBD et pouvait être utilisé pour une évaluation rapide et simple de l'impact des TCR chez les patients présentant une maladie neurologique. En cas de gêne modérée à sévère, l'interrogatoire ou l'utilisation de questionnaires plus spécifiques permettra de cerner les symptômes les plus gênants et d'orienter la prise en charge.


Traitement de première intention et l'échelle de Bristol


L'apparition de nouvelles techniques de prise en charge des TCR, peu invasives comme l'irrigation transanale [1, 9] ou la neurostimulation tibiale postérieure [13] ou invasives comme le Malone chirurgical [1] ou endoscopique [14], a donné un regain d'intérêt à l'évaluation et a permis de mieux codifier les stratégies thérapeutiques. Différentes sociétés savantes ont ainsi proposé des recommandations tant pour le traitement de l'incontinence que de la constipation [29, 1, 28]. Les traitements de première intention (règles diététiques, utilisation des laxatifs, manÅ“uvres de défécation...) doivent ainsi être mis en place pour tout patient en centre de rééducation afin de faciliter l'exonération régulière et de diminuer la gêne liée aux TCR [29, 1]. En particulier, l'utilisation des règles diététiques et des laxatifs répond à un objectif précis, l'obtention de selles moulées, qui à la fois facilite le transit et leur exonération.


L'échelle de Bristol est un outil de l'aspect des selles par rapport à un référentiel visuel [6]. Il permet l'analyse de la qualité du transit. Une étude récente confirme la pertinence de l'échelle de Bristol en termes de reflet exact de la réalité des produits de l'exonération ainsi que sa facilité de scoring, et le caractère aisé et facilement compréhensible du support visuel [8]. De façon très intéressante, nous mettons en évidence que l'obtention de selles moulées (valeur 3 ou 4 sur l'échelle de Bristol) est corrélée aux scores NBD les plus bas et à une gêne absente ou légère au PGI-S, confirmant l'attention que les patients et soignants doivent porter à cet aspect, et la nécessité d'une éducation adaptée pour appliquer les règles hygiéno-diététiques et comprendre l'utilisation des traitement laxatifs et facilitant la défécation.


Conclusion


Les TCR sont fréquents chez les patients neurologiques, et évoluent avec le temps : ils doivent donc être systématiquement évalués, tant en centre de rééducation que dans le cadre du suivi de ces patients. Notre étude souligne l'intérêt d'utiliser de façon conjointe 2 questionnaires qui s'avèrent complémentaires : le PGI-S et l'échelle de Bristol. Le PGI-S permet une évaluation rapide de la sévérité des TCR, et l'échelle de Bristol renseigne sur l'aspect des selles, reflet du fonctionnement colorectal et de l'efficacité des traitements de première intention. Nous confirmons qu'une attention toute particulière doit être portée à l'obtention de selles « normales » (type 3-4 sur l'échelle de Bristol).


Déclaration de liens d'intérêts


JGP, JMS et PEM sont consultants et speakers pour Coloplast.


Les autres auteurs déclarent ne pas avoir de liens d'intérêts.



Remerciements


Dr Bernard Vincke pour le traitement statistique des données.




Tableau 1 - Caractéristiques des patients.
  Population totale  Blessés médullaires  Sclérose en plaques  Hémiplégies 
Nombre  169  97  42  30 
Sex-ratio (femmes/hommes)  69/100  24/73  28/14  17/13 
Âge (ans)  52,8 (16,4)
[17-85] 
47,1 (16,4)
[17-82] 
55,9 (12,5)
[17-79] 
66,9 (10,2)
[47-85] 
Évolution (mois)  93,3 (117,5)
[3-600] 
88,4 (117,8)
[3-576] 
155,8 (122,7)
[5-600] 
21,6 (40,4)
[3-200] 
    64 tétraplégiques
33 paraplégiques 
EDSS    6,2 (3,5)
[3,5,5-8] 



Légende :
EDSS : Expanded Disability Status Scale. Valeurs exprimées en moyenne, déviation standard (), et extrêmes [].



Tableau 2 - Symptômes et manifestions cliniques liés aux troubles colorectaux.
  Ballonnement  Spasticité  Douleur  Fécalome  Hyperréflexie autonome  Difficultés respiratoires  Saignement  Hémorroïdes  Fuites selles  Fuites gaz 
Blessés médullaires (n =97)  45  18  19  10  20  42  29  62 
Sclérose en plaques (n =42)  14      10  16 
Hémiplégies (n =30)        10 
n total  63  19  27  10  10  25  54  37  88 



Légende :
Résultats exprimés en nombre de patients (n )



Tableau 3 - Prise en charge des troubles colorectaux (première intention).
  Évacuation manuelle selles  Suppositoire  Laxatif  Micro-lavement  Régime  Stimulation digitale  Massage abdominal 
Blessés médullaires (n =97)  66  53  51  53  12  17 
Sclérose en plaques (n =42)  17  19  16  15 
Hémiplégies (n =30)  13 
n total  73  78  83  77  29  23  11 



Légende :
Résultats exprimés en nombre de patients (n ).



Tableau 4 - Gêne exprimée par le PGI-S.
  Gêne 
  Absente  Légère  Modérée  Sévère  p  
Blessés médullaires  17  21  25  34  <0,01 
      61 %   
Sclérose en plaques  17  11  <0,01 
      43 %   
Hémiplégies  17  <0,01 
      23 %   
Population générale  51  34  42  42  <0,01 
      50 %   



Légende :
PGI-S : Patient Global Impression of Severity. Résultats exprimés en nombre de patients



Tableau 5 - Lien entre le score NBD et la gêne exprimée par le PGI-S.
  Gêne (PGI-S) 
  Absente  Légère  Modérée  Sévère  p  
Blessés médullaires  5,6 (4,4)  9,5 (3,9)  12,5 (6,2)  16,0 (5,7)  <0,01 
Sclérose en plaques  2,6 (2,4)  5,3 (3,1)  6,3 (3,6)  13,0 (5,3)  <0,01 
Hémiplégies  1,6 (1,9)  4,3 (3,5)  7,5 (5,2)  13,0 (-)  <0,01 
Total  3,3 (3,5)  7,7 (4,3)  10,2 (6,1)  15,4 (5,6)  <0,01 



Légende :
PGI-S : Patient Global Impression of Severity ; NBD : Neurogenic Bowel Dysfunction. Valeurs exprimées en moyenne et déviation standard ().



Tableau 6 - Lien entre le score NBD et le score de Bristol.
Type de selles  Blessés médullaires  Sclérose en plaques  Hémiplégies  Total  n  
14,0 (8,7)  9,0 (7,4)  13,0 (-)  12,2 (8,1)  23 
13,4 (5,7)  8,0 (2,3)  3,8 (3,0)  10,0 (6,2)  39 
10,0 (5,1)  2,2 (2,4)  2,2 (3,1)  6,7 (5,7)  38 
9,9 (6,5)  4,0 (3,0)  2,8 (4,3)  6,7 (6,1)  40 
11,3 (6,1)  8,5 (3,7)  3,7 (4,7)  9,5 (6,0)  19 
18,5 (4,4)  7,0 (8,5)  14,7 (7,8) 
15,5 (2,1)  15,5 (2,2) 



Légende :
NBD : Neurogenic Bowel Dysfunction. Valeurs exprimées en moyenne et déviation standard () ; n : nombre de patients.


Références



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