Résultats oncologiques de la cystectomie pour carcinome urothélial résistant au BCG comparés aux tumeurs invasives d’emblée

25 juin 2013

Auteurs : A. Masson-Lecomte, D. Vordos, R. Yiou, Y. Allory, C. Abbou, A. de la Taille, L. Salomon
Référence : Prog Urol, 2013, 7, 23, 456-463
But

Comparer les résultats oncologiques de la cystectomie pour tumeur résistante au BCG à ceux des tumeurs infiltrantes du muscle d’emblée.

Matériel

Tous les patients cystectomisés pour carcinome urothélial entre 2001 et 2011 ont été inclus rétrospectivement. Les données clinicopathologiques et de suivi ont été comparées entre les patients cystectomisés pour : survenue d’une récidive tumorale de haut grade inférieure à T2 sous BCG thérapie (ReNIM) ; survenue d’une récidive supérieure ou égale à T2 sous BCG thérapie (ReIM) ; et tumeur infiltrante d’emblée (IE).

Résultats

Deux cent patients ont été inclus, 155 IE, 21 ReNIM et 24 ReIM. Le suivi médian était de 42 mois (1,74–135,9). Le nombre moyen d’instillation de BCG était de 8±4,2 versus 9,5±4,3 pour les ReNIM et ReIM respectivement (p =0,24). Le taux d’upstaging (≥T2) dans le groupe ReNIM était de 33 %. Le taux de N+ était de 24 %, 42 % et 30 % pour les ReNIM, ReIM et IE respectivement (p =0,39). Il n’a pas été observé de différence entre les trois groupes pour le taux d’emboles, de rupture capsulaire, de marges et de chimiothérapie adjuvante. La survie spécifique (SS) à cinq ans était de 48 % pour les ReNIM, 18 % pour les ReIM et 47 % pour les IE (p =0,02). La progression sous BCG était un facteur pronostique péjoratif indépendant pour la SS (p =0,05).

Conclusion

Les tumeurs résistantes au BCG étaient de mauvais pronostic, en particulier en cas de progression vers l’invasion musculaire. Les tumeurs récidivantes non invasives du muscle sous BCG semblaient avoir un pronostique comparable à celui des tumeurs invasives d’emblée. La récidive tumorale sous BCG semble être une urgence thérapeutique.




 




Introduction


Le cancer de la vessie est le septième cancer en fréquence en France et la cinquième cause de mortalité par cancer en 2011 selon l'Institut national du cancer. Bien que non invasive du muscle au diagnostic dans 80 % des cas, 50 % des tumeurs récidivent et 10 % progressent vers une invasion musculaire [1]. Ce taux est beaucoup plus élevé s'agissant des tumeurs de haut grade (près de 30 % de progression). Bien que la BCG thérapie a considérablement modifié le pronostic des patients ayant une tumeur à haut risque [2, 3], ces dernières restent potentiellement létales [4, 5].


Les recommandations françaises et européennes reconnaissent trois principales indications oncologiques de cystectomie radicale (CR) : la récidive précoce d'une tumeur de vessie non invasive du muscle (TVNIM) de haut grade ou de carcinome in situ (CIS) après le traitement d'induction ou au cours du traitement d'entretien par BCG, la progression d'une TVNIM sous BCG thérapie vers un tumeur invasive du muscle [6] et la tumeur d'emblée envahissant le muscle [7]. Plusieurs auteurs ont montré que la résistance au BCG devait conduire à une cystectomie précoce compte tenu d'une mortalité spécifique bien supérieure en cas d'invasion musculaire [8, 9]. Une étude a par ailleurs montré que les tumeurs de vessie ayant progressé sous BCG vers une invasion musculaire étaient de bien moins bon pronostic que les tumeurs invasives du muscle d'emblée [10].


Notre équipe avait déjà comparé il y a dix ans, sur une cohorte incluant les cystectomies radicales réalisée entre 1987 à 1997, les résultats oncologiques des patients opérés pour tumeur invasive d'emblée ou résistante au BCG en séparant ces derniers en deux groupes en fonction du statut musculaire sur la dernière résection transurétrale de la vessie (RTUV) [11]. Aucune différence de pronostic n'avait été retrouvée entre tumeurs progressant sous BCG et tumeurs invasives d'emblée. Il s'agissait cependant d'un effectif réduit et aucun traitement d'entretien par BCG n'était réalisé à l'époque.


L'objectif principal de ce travail était de comparer, à l'époque du traitement d'entretien et sur une plus grande cohorte de patients, les résultats oncologiques (survie spécifique [SS] et globale à cinq ans) de la cystectomie pour tumeur résistante au BCG (récidive de haut grade ou progression) à ceux des tumeurs infiltrantes du muscle d'emblée.


Matériel et méthodes


Patients


Tous les dossiers de patients opérés d'une CR pour carcinome urothélial dans notre centre entre 2001 et 2011 ont été revus, soit 270 patients.


Ont été inclus dans l'étude les patients cystectomisés pour carcinome urothélial de haut grade résistant au BCG ou pour carcinome urothélial invasif du muscle d'emblée (IE). Les patients résistants au BCG ont été divisés en deux groupes en fonction de l'examen anatomopathologique de la dernière résection avant la chirurgie :

tumeur pTa/T1 de haut grade, sans invasion musculaire (récidivante non invasive du muscle [ReNIM]) ;
tumeur supérieure ou égale à pT2 (récidivante invasive du muscle [ReIM]).


Les cystectomies de « propreté » ou pour contre-indication (tuberculose active, cystite radique, déficit immunitaire ou traitement immunosuppresseur) ou refus de BCG ont été exclues de l'analyse. Tous les patients ont été évalués en préopératoire par RTUV et scanner thoraco-abdomino-pelvien. Il n'a pas été réalisé de protocole de chimiothérapie néoadjuvante.


Protocole de BCG thérapie


Tous les patients ayant au diagnostic initial ou au cours du suivi d'une tumeur de vessie initialement de bas grade, une TVNIM (pTa/T1) de haut grade ou du CIS ont été inclus dans un protocole de BCG thérapie après réalisation d'une RTUV second look selon les recommandations de l'AFU. Le traitement d'induction était débuté six semaines après la RTUV second look, et consistait en une instillation de 81mg de BCG par semaine pendant six semaines. Une cystoscopie était réalisée à trois mois pour s'assurer de l'absence de récidive tumorale. Les patients recevaient ensuite un traitement d'entretien prévu pour 36 mois selon le schéma de Lamm et al. [3]. La survenue d'une récidive tumorale à la fibroscopie à la fin du traitement initial ou sur les fibroscopies de contrôle réalisées au cours du traitement d'entretien conduisait à la réalisation d'une cystoscopie avec RTUV. En cas de récidive d'une tumeur de haut grade (pTa/T1 de haut grade ou CIS) ou de progression vers l'invasion musculaire (tumeur≥pT2), une cystectomie était proposée aux patients après s'être assuré de l'absence de maladie métastatique et discussion du dossier en réunion de concertation pluridisciplinaire.


Collection des données


Les données suivantes ont été recueillies : caractéristiques des patients (sexe, âge, BMI, score de Charlson), données clinicopathologiques préopératoires (résultats anatomopathologiques de la première et de la dernière résection, indication de la CR, délai entre première résection et dernière résection, délai entre dernière résection et chirurgie, nombre d'instillations de BCG, nombre de résections, TNM clinique), données pathologiques postopératoires (pT, pN, existence de CIS, existence d'une rupture capsulaire en cas de pN+, densité ganglionnaire envahie, statut des marges chirurgicales) et données de suivi (survenue d'une récidive tumorale, SS et globale).


L'examen anatomopathologique a été réalisé par deux uropathologistes. Les marges chirurgicales positives étaient définies par l'existence de tumeur au contact de la surface encrée de la pièce de cystectomie.


Suivi


Tous les patients étaient vus en consultation un mois après la sortie d'hospitalisation puis à trois, six, 12, 18, 24, 30 et 36 mois puis tous les ans pendant dix ans avec un bilan sanguin et un scanner thoraco-abdomino-pelvien.


Analyse statistique


Le test de Student a été utilisé pour comparer les moyennes deux à deux et le test de Kruskall-Wallis a été utilisé pour comparer plus de deux moyennes entre elles. Le test du Chi2 a été utilisé pour comparer les proportions. Les facteurs prédictifs de SS ont été analysés en univarié puis inclus dans une analyse multivariée si significatifs en univarié (modèle de Cox). Une analyse de Kaplan-Meier a été réalisée afin de comparer les survies spécifiques entre les groupes. Une valeur de p <0,05 était considérée comme significative. Les analyses statistiques ont été réalisées avec le logiciel SPSS version 19.


Résultats


Deux cents patients ont été inclus, 155 tumeurs IE, 21 tumeurs ReNIM et 24 tumeurs ReIM. Le suivi médian était de 42 mois pour l'ensemble de la cohorte (1,74-135,9). Les caractéristiques des patients sont résumées dans le Tableau 1. Il n'a pas été observé de différence significative entre les groupes pour l'âge, le sex-ratio, le BMI et le score de Charlson. Le nombre moyen d'instillations de BCG et de RTUV avant la cystectomie étaient de 8±4,2 vs 9,5±4,3 et de 4,2±3 et de 3,6±1,7 pour les ReNIM et ReIM respectivement (p =0,23 et 0,46). En revanche, le nombre de RTUV avant cystectomie était significativement inférieur dans le groupe IE (1,19±0,4 ; p <0,0001). Concernant les tumeurs résistantes au BCG, le délais moyen observé entre le diagnostic initial et la dernière résection avant la CR et le délai entre la dernière résection et la CR n'étaient pas différents entre les groupes (33 vs 36 mois et 2,5 vs 2,4 mois ; p =0,8 dans les deux cas).


Les caractéristiques histopronostiques au diagnostic des patients résistants au BCG sont présentées dans le Tableau 2. Le groupe ReNIM comprenait au diagnostic significativement plus de tumeurs pTa et de tumeurs multifocales que le groupe ReIM (33 % vs 4 %, p =0,01 et 57 % vs 25 %, p =0,02). En revanche, les tumeurs du groupe ReIM étaient significativement plus associées au CIS que le groupe ReNIM (29 % vs 5 %, p =0,02). Il n'a pas été observé de différence entre les groupes pour le grade des tumeurs, majoritairement de haut grade.


Les résultats anatomopathologiques sont rapportés dans le Tableau 3. Trente-trois pour cent des tumeurs du groupe ReNIM ont été upstagées en tumeurs supérieures ou égales à pT2 (14 % de pT2 et 19 % de pT3-T4). Le taux d'envahissement ganglionnaire était de 24 % dans le groupe ReNIM vs 42 % dans le groupe ReIM (p =0,2). Il y avait significativement plus de lésions de CIS sur les pièces de cystectomie du groupe ReNIM versus ReIM (57 % vs 25 % ; p =0,02). Le taux de tumeurs pT3/4 tendait à être significativement supérieur dans le groupe ReIM par rapport aux IE (75 vs 57 % ; p =0,08) mais aucune différence n'a été observée pour le taux d'envahissement ganglionnaire (42 % et 30 % respectivement ; p =0,3). Il n'a pas été observé de différence entre les trois groupes pour le taux d'emboles, de rupture capsulaire, de marges et de chimiothérapie adjuvante.


Avec un suivi médian de 42 mois, 29 % des patients ReNIM, 62,5 % des ReIM et 31 % des IE sont décédés de leur cancer de la vessie. La SS à cinq ans était de 48 % pour les ReNIM, 18 % pour les ReIM et 47 % pour les IE (p =0,02 ; Figure 1). La survie globale à cinq ans était de 41 % pour les ReNIM, de 15 % pour les ReIM, et de 43 % pour les IE (p =0,03 ; Figure 2).


Figure 1
Figure 1. 

Survie spécifique à cinq ans en fonction du mode de progression et du statut musculaire selon Kaplan-Meier. IE : invasif d'emblée ; ReNIM : récidive non invasive du muscle sur la dernière RTUV ; ReIM : récidive invasive du muscle (progression) sur la dernière RTUV.




Figure 2
Figure 2. 

Survie globale à cinq ans en fonction du mode de progression et du statut musculaire selon Kaplan-Meier. IE : invasif d'emblée ; ReNIM : récidive non invasive du muscle sur la dernière RTUV ; ReIM : récidive invasive du muscle (progression) sur la dernière RTUV.




En analyse univariée, le stade pT, pN, l'existence de marges chirurgicales envahies, d'emboles vasculaires, d'une progression vers l'invasion musculaire sous BCG et l'administration d'un traitement adjuvant étaient prédictifs de la SS (p <0,0001 ; <0,0001 ; <0,0001 ; 0,0001 ; 0,02 ; 0,002 respectivement) (Tableau 4). En analyse multivariée, le stade pT3-pT4 par rapport à pT2 (p =0,03 et 0,006), le statut ganglionnaire pN1-pN2 par rapport au pN0 (p =0,04 et 0,0003), l'existence d'une progression vers l'invasion musculaire sous BCG (p =0,05) et l'administration d'un traitement adjuvant (p =0,01) restaient significatifs.


Discussion


La CR est le traitement de référence des tumeurs de vessie invasives. Initialement proposée aux patients ayant une tumeur invasive du muscle, elle est aujourd'hui envisagée d'emblée au stade d'invasion du chorion, en raison du risque important de progression de ces tumeurs et d'une mortalité spécifique non négligeable des T1 [4]. L'instauration d'une BCG thérapie réduit le risque de progression, mais pose le problème d'une éventuelle perte de chance pour le patient en cas de résistance au traitement. L'objectif de cette étude était de comparer les résultats oncologiques de la CR en fonction des trois grandes indications établies de CR : la récidive précoce d'une tumeur de haut grade sous BCG thérapie, la progression d'une tumeur de haut grade sous BCG thérapie vers une tumeur invasive du muscle ou l'existence d'une tumeur invasive du muscle d'emblée.


Les caractéristiques histopronostiques des tumeurs des groupes résistants au BCG sont différentes selon que les malades aient récidivé ou progressé. Nous avons observé significativement plus de tumeurs pTa et multifocales dans le groupe récidive par rapport au groupe progression qui comportait plus de tumeurs pT1 et de CIS. Ces observations sont concordantes avec les critères histopronostiques prédictifs de récidive et progression publiés par Sylvester et al. à partir des essais de l'EORTC [1]. L'objectif de cette étude n'est toutefois pas de définir des critères prédictifs de récidive et progression sous BCG (car la population étudiée est celle des patients cystectomisés et non des patients sous BCG thérapie) mais de comparer les résultats oncologiques de la cystectomie chez ces patients par rapport à ceux présentant une tumeur d'emblée invasive.


Les caractéristiques anatomopathologiques des tumeurs résistantes au BCG semblent moins favorables que celles des tumeurs opérées d'emblées. Pour les TVNIM, un taux d'upstaging vers une tumeurs invasive du muscle a été observé dans 33 % des cas, avec 19 % de tumeurs pT3-T4. Les patients cystectomisés pour une tumeur Ta/T1 de haut grade résistante au BCG ont un taux d'envahissement musculaire (pT2 au moins sur la pièce) pouvant aller jusqu'à 50 % dans la littérature [12, 13]. Dans notre série, le taux d'envahissement ganglionnaire des patients ayant une récidive d'une tumeur de haut grade non invasive du muscle sous BCG thérapie était de 24 %. Dans les séries de cystectomies pour tumeurs T1, ce taux varie de 10 à 15 % [12, 13, 14, 15]. Cependant, il peut être supérieur : Wiesner et al. ont montré en 2005 que le taux d'envahissement ganglionnaire sur les pièces de cystectomie pour tumeur T1 en préopératoire était fonction du nombre de RTUV avant la cystectomie et du taux d'upstaging sur la pièce de cystectomie [16]. Le taux de pN+ était de 24 % pour les patients ayant été réséqués deux à quatre fois versus 8 % si une seule RTUV avait été réalisée et de 36 % si on observait des tumeurs pT2 au moins sur la pièce (4 % en l'absence d'upstaging ). Ces résultats vont dans le sens d'un risque d'envahissement ganglionnaire plus important en cas de résistance au BCG. Pour les TVIM, nous avons observé plus de pT3/T4 dans le groupe des tumeurs en progression sous BCG par rapport aux IE, cette différence n'étant cependant pas significative (75 vs 57 %, p =0,08). En revanche, nous n'avons pas observé de différence significative pour les autres caractéristiques anatomopathologiques.


L'analyse des données de survie a confirmé qu'il ne fallait pas attendre l'invasion musculaire pour proposer une cystectomie en cas de résistance au BCG. En effet, la SS à cinq ans des tumeurs ReIM était de 18 % versus 47 % pour les ReNIM (p =0,02). Plusieurs études ont montré que les tumeurs qui progressaient vers des tumeurs invasive étaient de bien moins bon pronostic que les tumeurs de haut grade non invasives du muscle [9, 17]. Une cystectomie précoce au moment de la récidive permettait de réduire le taux de progression vers une invasion musculaire et d'améliorer la survie des patients [8, 13, 18]. En revanche, en cas de retard à la cystectomie lors de la survenue d'une ReNIM sous BCG, le pronostic rejoint alors celui des tumeurs résistantes au BCG envahissant le muscle avec des taux croissants d'envahissement ganglionnaire et prostatique [14]. Par ailleurs, il n'a pas été observé de différence de SS entre les tumeurs non invasives du muscle de haut grade et les IE (47 vs 48 % de survie à cinq ans). Cela s'explique probablement par les caractéristiques anatomopathologiques déjà défavorables des ReNIM, avec un fort taux d'upstaging et d'envahissement ganglionnaire dans ce groupe.


Enfin, notre étude suggère que les tumeurs de vessie invasives du muscle n'ont pas le même pronostic en cas de progression sous BCG ou d'invasion musculaire d'emblée. En effet, la SS à cinq ans des tumeurs ReIM était de 18 % contre 48 % en cas d'IE. L'analyse multivariée a montré que la progression vers l'invasion musculaire sous BCG était un facteur de risque indépendant de mortalité spécifique. Ces tumeurs sont possiblement plus agressives biologiquement que les tumeurs invasives d'emblée. Ces résultats sont concordants avec ceux publiés par Schrier et al. en 2004 [10] : la survie des patients dont la tumeur avait progressé sous BCG était très inférieure à celle des IE (37 % vs 67 %) et la progression par rapport à l'invasion d'emblée était aussi un facteur pronostique indépendant pour la SS. Dans notre étude, le stade pT, pN et l'administration d'un traitement adjuvant étaient aussi des facteurs prédictifs indépendant de SS.


Notre précédente publication, portant sur la série de cystectomies réalisées entre 1987 et 1997 ne nous avait pas permis d'observer de différence significative entre ReIM et IE (SS à 10ans 47 vs 48 %). Même s'il est difficile de comparer les deux séries, les tumeurs du groupe ReNIM de notre série précédente étaient de meilleur pronostic que dans cette série (SS à dix ans 82 % dans la série précédente versus 47 % à cinq ans dans cette étude). La réalisation d'un traitement d'entretien peut être une des explications à la différence observée entre les résultats de la série de 2001 à 2011 et ceux de notre série antérieure. En effet, de 1987 à 1997, aucun patient n'avait reçu de traitement d'entretien après BCG thérapie d'induction. Il est possible que, entre 1987 et 1997, la récidive ait conduit à une cystectomie plus précoce dont on a vu précédemment qu'elle était associée à un meilleur pronostic. Il est possible également que les tumeurs qui progressent sous traitement d'entretien soient plus agressives.


Notre étude a présenté pour principales limites son caractère rétrospectif et un effectif très limité des groupes de tumeurs résistantes au BCG. Ces limites rendent difficiles des conclusions définitives. Seuls des protocoles prospectifs randomisés pourraient permettre d'apporter des conclusions sur l'impact pronostique réel de la progression sous BCG, et sur l'opportunité d'une cystectomie plus précoce. Cette étude pose la question d'une possible agressivité biologique supérieure des tumeurs progressant sous BCG par rapport aux tumeurs invasives d'emblée, et semble confirmer l'intérêt d'une surveillance rapprochée des patients sous BCG afin d'opérer le plus précocement possible les patients résistants. Ce travail renforce la nécessité d'établir de nouveaux critères pronostiques, clinicopathologiques ou moléculaires, afin de mieux stratifier les patients sous BCG thérapie et de mieux apprécier leur risque de progression et récidive.


Conclusion


Dans cette étude, les tumeurs résistantes au BCG étaient de mauvais pronostic, en particulier en cas de progression vers l'invasion musculaire. Les tumeurs récidivants après BCG sous une forme non invasive du muscle semblaient avoir un pronostic comparable à celui des tumeurs invasives d'emblée. La récidive sous BCG semble être une urgence thérapeutique nécessitant la cystectomie rapide.


Déclaration d'intérêts


Les auteurs déclarent ne pas avoir de conflits d'intérêt en relation avec cet article.



 Niveau de preuve : 5.





Tableau 1 - Caractéristiques des patients.
  ReNIM
n =21 
ReIM
n =24 
IE
n =155 
p  
Âge (ans)   63,4±10  68± 66,8±10,6  0,4 
 
Sex-ratio H/F   19/2  20/4  146/21   
 
IMC   26± 27± 26,3±4,5  0,7 
 
Score de Charlson   3±1,5  4±1,7  3,5±1,9  0,07 
 
Délais diagnostic-dernière RTUV          
Moyenne (mois)  33±56  36±41  0,8 
Médiane (mois)  16 (4-212)  18 (4-171)     
 
Nb instillations de BCG   8±4,2  9,5±4,3  0,23 
 
Nb RTUV   4,2± 3,6±1,7  1,19±0,4  <0,0001 
 
Délai dernière RTUV-CR (mois)   2,5±1,4  2,4±1,7  2,33±1,4  0,8 
 
cN0/N+   19/2 (9 %)  20/4 (16 %)  153/13 (9 %)  0,4 
 
Suivi médian   44,8 (1,8-128,4)  51,8 (14,3-126,5)  38,4 (1,7-135,9)  0,01 



Légende :
ReNIM : récidive non invasive du muscle ; ReIM : récidive invasive du muscle ; IE : invasive d'emblée ; IMC : indice de masse corporelle ; CR : cystectomie radicale ; Nb : nombre ; RTUV : résection transurétrale de vessie.



Tableau 2 - Critères histopronostiques au diagnostic des patients ayant récidivé ou progressé sous BCG.
  ReNIM
n =21 
ReIM
n =24 
p  
Mode de découverte        
Hématurie  18  19  0,5 
TUBA   
Autre   
 
1 re résection        
Stade       
pTa  7 (33 %)  1 (4 %)  0,01 
pT1a/pT1b  7/4  13/4   
CIS pur   
CIS associé  1 (5 %)  7 (29 %)  0,03 
Grade       
Bas grade  0,8 
Haut grade  19  21   
Multifocalité  12 (57 %)  6 (25 %)  0,02 
Localisation urétrale  0,54 



Légende :
ReNIM : récidive non invasive du muscle ; ReIM : récidive invasive du muscle ; CIS : carcinome in situ.



Tableau 3 - Résultats anatomopathologiques et oncologiques des 200 patients cystectomisés.
  ReNIM
n =21 
ReIM
n =24 
IE
n =155 
p  
pT n (%)          
0/is/1  14 (67 %)  3 (12,5 %)  37 (24 %)  0,0003 
3 (14 %)  3 (12,5 %)  30 (19 %)   
3/4  4 (19 %)  18 (75 %)  88 (57 %)  0,0005 
 
pN n (%)          
15 (71 %)  14 (58 %)  106 (68 %)  0,57 
1 (5 %)  1 (4 %)  17 (11 %)  0,39 
2/3  4 (19 %)  9 (38 %)  32 (21 %)   
 
Rupture capsulaire   3/5  5/10  21/49  0,7 
 
Densité ganglionnaire >20 %   4/5  3/10  23/49  0,18 
 
CIS n (%)   12 (57 %)  6 (25 %)  92 (59 %)  0,007 
 
Emboles vasculaires n (%)   4 (19 %)  9 (37,5 %)  48 (31 %)  0,4 
 
Marges chirurgicales positives   2 (9 %)  4 (16 %)  21 (13 %)  0,78 
 
Chimiothérapie adjuvante n (%)   5 (24 %)  9 (37 %)  34 (22 %)  0,25 
 
Nb de décès spécifiques n (%)   6 (29 %)  15 (62,5 %)  48 (31 %)  0,009 



Légende :
ReNIM : récidive non invasive du muscle ; ReIM : récidive invasive du muscle ; IE : invasive d'emblée ; Nb : nombre CIS : carcinome in situ ; is : in situ.



Tableau 4 - Analyse multivariée (modèle de Cox) des facteurs prédictifs de survie spécifique après cystectomie radicale.
  Univarié 
Multivarié 
Variable  p   HR  95 % CI  p   HR  95 % CI 
Âge <75ans   0,13  0,6  0,4-1,1       
 
Sexe féminin   0,06  1,9  0,9-3,6       
 
Delai RTUV-cystectomie <3 mois   0,15  0,6  0,3-1,2       
 
pT   <0,0001           
0,09  0,17  0,02-1,4       
0,4  0,62  0,2-1,9       
     
0,01  2,6  1,2-5,4  0,03  2,3  1,05-5 
0,0009  3,8  1,7-8,4  0,006  3,5  1,5-8,7 
 
pN   <0,0001           
     
0,04  3,02  1,4-6,3  0,04  2,2   
<0,0001  4,3  2,5-7,3  0,0003  4,1   
0,02  5,6  1,3-24  0,5   
 
Marges positives   <0,0001  3,2  1,8-5,4  0,7  1,12  0,5-2,2 
 
Emboles vasculaires   0,0001  2,6  1,6-4,1  0,4  1,2  0,7-2,1 
 
Récidive tumorale sous BCG              
TVNIM haut grade  0,34  0,66  0,3-1,5  0,5  1,4  0,5-3,6 
TVIM  0,02  1,98  1,1-3,5  0,05  1,9  0,99-3,7 
 
Traitement adjuvant   0,002  2,1  1,3-3,5  0,01  0,4  0,2-0,8 



Légende :
RTUV : résection transurétrale de la vessie.


Références



Sylvester R.J., van der Meijden A.P., Oosterlinck W., Witjes J.A., Bouffioux C., Denis L., et al. Predicting recurrence and progression in individual patients with stage Ta T1 bladder cancer using EORTC risk tables: a combined analysis of 2596 patients from seven EORTC trials Eur Urol 2006 ;  49 (3) : 466-475[discussion 75-7. Epub 2006/01/31].
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