Résultats et satisfaction à long terme de la bandelette sous-urétrale trans-obturatrice chez la femme

25 décembre 2016

Auteurs : F. Story, T. Tricard, P. Mouracadé, C. Saussine
Référence : Prog Urol, 2016, 16, 26, 1159-1162
But

La bandelette sous-urétrale (BSU) s’est imposée comme un des traitements courants de l’incontinence urinaire d’effort (IUE) féminine. Le but de cette étude était d’évaluer les résultats de la BSU trans-obturatrice après un recul fixe de 10 ans.

Matériel

Étude rétrospective réalisée sur une cohorte de patientes suivies entre novembre 2002 et novembre 2004. Soixante-treize patientes opérées d’une bandelette sous urétrale-transobturator tape (BSU-TOT) pendant cette période et ayant un recul d’au moins 10 ans ont été incluses dans notre étude. L’indication chirurgicale était posée sur une IUE mais 26 (35,6 %) patientes présentaient une incontinence urinaire mixte. L’appréciation du résultat de BSU-TOT était recueillie par un questionnaire téléphonique. Les questions portaient sur la présence ou non de fuites urinaires, leur abondance, sur le caractère à l’effort ou non, le nombre de protections par jour et par nuit, la satisfaction de l’intervention. Un questionnaire Ditrovie a également été envoyé par courrier postal.

Résultats

Sur les 73 patientes, 5 patientes ont été exclues. Soixante-huit patientes ont été contactées. Le taux de réponse était de 72 %. Trente-quatre patientes (69,3 %) décrivaient des épisodes d’incontinence urinaire (52,9 % à l’effort et 47,1 % par urgenturie). Quinze patientes (30,7 %) étaient continentes. Parmi les 34 patientes qui avaient des fuites, 26 (76,5 %) portaient des protections la journée et 18 (52,9 %) devaient la changer au moins une fois. Douze (35,3 %) patientes devaient porter des protections la nuit et trois (8,8 %) devaient la changer au moins une fois. Trente-neuf patientes (79,6 %) se disaient satisfaites de l’intervention. Vingt-neuf patientes ont rempli le questionnaire Ditrovie (42,6 %). La moyenne du score Ditrovie à 10 ans était de 1,6±0,7 avec une nette amélioration par rapport au score Ditrovie préopératoire. Les limites de l’étude étaient le caractère rétrospectif, l’absence de questionnaire validé, le caractère déclaratif exclusif.

Conclusion

Cette étude aux limites nombreuses a montré un taux de satisfaction élevé 10 ans après un traitement par BSU de type TOT malgré un taux subjectif de récidive de l’incontinence urinaire important.

Niveau de preuve

4.




 




Introduction


L'incontinence urinaire (IU) d'effort correspond à une fuite involontaire d'urine par le méat urétral lors de l'élévation de la pression abdominale à l'effort [1].


La prévalence de cette pathologie varie selon la littérature de 2 à 58 % des femmes adultes, tous les articles s'accordent à dire que la prévalence augmente avec l'âge [2].


Le diagnostic repose sur l'interrogatoire, un ECBU éliminant une infection urinaire, l'examen clinique confirmant l'incontinence urinaire d'effort en évaluant la mobilité urétrale et la mesure du résidu post-mictionnel pour éliminer une rétention urinaire chronique entraînant des fuites par regorgement [1].


L'IU affecte tous les domaines personnels, sociaux, sexuels, relationnels, mentaux, hygiénique, etc. Comme il s'agit d'une pathologie fonctionnelle, il existe également dans l'évaluation de celle-ci de nombreux questionnaires. Le questionnaire Ditrovie est un questionnaire validé, très souvent utilisé pour évaluer la perturbation de la qualité de vie liée aux troubles urinaires [3].


L'autre type d'incontinence est l'IU par urgenturie, celle-ci atteint plus de 400 millions de personnes dans le monde [4]. Les 2 types d'IU peuvent être associés.


La bandelette sous-urétrale (BSU) s'est imposée comme un des traitements courants de l'incontinence urinaire d'effort (IUE) féminine. Il existe 2 types de BSU : rétropubienne (RP) et trans-obturatrice (TO).


La TO a séduit les chirurgiens devant le moindre risque de perforation vésicale. Néanmoins, contrairement à la RP, il n'existe pas d'étude évaluant cette BSU à long terme.


Le but de cette étude était d'évaluer les résultats de la bandelette sous-urétrale (BSU) trans-obturatrice après un recul fixe de 10 ans.


Matériel et méthodes


Il s'agissait d'une étude rétrospective réalisée sur une cohorte de patientes suivies entre novembre 2002 et novembre 2004. Soixante-treize patientes opérées d'une BSU-TO pendant cette période ont été incluses dans notre étude. Quarante-sept patientes présentaient une incontinence urinaire à l'effort pur et 26 patientes présentaient une incontinence urinaire mixte.


L'incontinence urinaire à l'effort était objectivée par un test à la toux vessie pleine réalisé en consultation chez toutes les femmes. Un test de soutènement sous-urétral permettant de contrôler les fuites urinaires suffisait pour poser l'indication de la pose de BSU. Le test validé Ditrovie était rempli par les patientes en préopératoire. La pose de la BSU était réalisée principalement sous diazanalgésie ou anesthésie générale en fonction du souhait de la patiente.


Une sonde vésicale a été posée en systématique en fin d'intervention. Les complications peropératoire et postopératoire ont été relevées dans le dossier médical et classées selon la classification de Clavien.


L'ensemble des dossiers a été analysé. Les données concernant l'âge, les antécédents, les facteurs de risque d'IUE (grossesse, parité), antécédents de kinésithérapie, sévérité de l'IU (estimé par le nombre de protection porté par jour et par nuit), résultat du bilan urodynamique (pression de clôture, capacité vésicale fonctionnelle), le type d'anesthésie utilisé, le type de BSU, la date de la dernière consultation ainsi que la satisfaction à cette date.


Le suivi postopératoire précoce était réalisé entre 1 et 3 mois et le suivi tardif à 12 mois. Les résultats fonctionnels étaient appréciés par le remplissage d'auto-questionnaire et par la plainte de la patiente. La continence était définie par l'absence de fuite selon l'appréciation des patientes.


Après un recul fixe de 10 ans, l'appréciation du résultat de BSU-TO était recueillie par un questionnaire téléphonique (Annexe A). Les questions portaient sur la présence ou non de fuites urinaires, leur abondance, sur le caractère à l'effort ou non, le nombre de protections par jour et par nuit, la satisfaction de l'intervention ainsi que par le remplissage du questionnaire Ditrovie adressé par courrier postal.


Résultats


La population de l'étude était exclusivement composée de femme. L'âge moyen de ces patientes le jour de l'intervention était de 59±13 ans.


Au total, 23 (31,5 %) patientes avaient un antécédent d'hystérectomie, 7 (9,6 %) patientes avaient dans leurs antécédents une cure de prolapsus, 6 (8,2 %) patientes avaient déjà bénéficié dans le passé d'une intervention pour leur incontinence urinaire, 51 (69,8 %) patientes avaient eu au moins 1 grossesse et 22 (30 %) patientes étaient nullipares.


Sur les 73 patientes, 34 (46,5 %) patientes avaient bénéficié de séances de kinésithérapie en préopératoire.


Le nombre médian de protections en préopératoire était de 2 [1-3] protections le jour et de 1 [0-2] protections la nuit.


Au total, 47 (64,4 %) patientes présentaient une IU d'effort pure et 26 (35,6 %) une IU mixte.


Les données de pression de clôture urétrale (PCU) du bilan urodynamique (BUD) ont été relevées. On retrouvait une moyenne de PCU de 50,3±27,1cm H2 O. La valeur de capacité maximale fonctionnelle (CMF) moyenne au BUD était de 417,4±170,3mL. Le residu postmictionnel (RPM) préopératoire médian était de 55mL [0-100].


La moyenne du score Ditrovie préopératoire était de 3,0±0,9.


Parmi les 73 patientes, 71 ont bénéficié de la pose d'une bandelette Obtape®, 1 Monarc® et 1 Aris.


Pour 8 (10,9 %) patientes, le geste a été réalisé sous anesthésie générale et pour 65 (89,1 %) sous diazanalgésie. La durée moyenne d'hospitalisation était de 2,8±1,5jours. L'ablation de la sonde avait lieu à j1, sauf chez une patiente à j0, et à j4 et j3 chez 2 patientes ayant bénéficié d'une cure de prolapsus dans le même temps.


Le résidu post-mictionnel postopératoire médian après ablation de la SV était de 50mL [0-175]. Il n'y a eu aucune complication peropératoire. Une patiente a dû pratiquer des auto-sondages en postopératoire et pendant 3 semaines en raison de RPM autour de 175mL. Aucune autre complication n'a été relevée.


Au dernier suivi clinique, soit après un recul moyen de 20±12 mois, 55 patientes étaient continentes, soit un taux de continence de 75 %.


Après un recul de 10 ans, sur les 73 patientes suivies, 68 (93 %) patientes ont été contactées par appel téléphonique et par courrier postal, tandis que 5 ont été exclues pour causes de décès, cystectomie, pose de sphincter artificiel urinaire (SAU) et maladie d'Alzheimer. Le taux de réponse au questionnaire téléphonique était de 72 % (49 patientes) et le taux de réponse au questionnaire Ditrovie était de 42,6 % (29 patientes).


Réponses au questionnaire téléphonique (49 réponses)


Au total, 34 patientes (69,3 %) décrivaient des épisodes d'incontinence urinaire (52,9 % à l'effort et 47,1 % par urgenturie) et 15 patientes (30,7 %) se considéraient continentes.


Parmi les 34 patientes qui avaient des fuites, 26 (76,5 %) portaient des protections la journée et 18 (52,9 %) devaient la changer au moins une fois. Douze (35,3 %) patientes devaient porter des protections la nuit et 3 (8,8 %) devaient la changer au moins une fois.


Sur les 49 patientes répondants au questionnaire téléphonique, 39 patientes (79,6 %) se disaient satisfaites de l'intervention et la conseilleraient.


Réponses au questionnaire Ditrovie (29 réponses)


Au total, 29 patientes ont rempli le questionnaire Ditrovie (42,6 %). La moyenne du score Ditrovie à 10 ans était de 1,6±0,7, avec une nette amélioration par rapport au score Ditrovie préopératoire (p <0,05).


Discussion


Le traitement de référence de l'incontinence urinaire d'effort par mobilité urétrale reste les BSU.


Les résultats des BSU à long terme ont été évalués sur des séries de TVT (transvaginal tape ) [5] ; néanmoins, les résultats des TO à long terme ne sont pas connus.


Les différentes publications retrouvaient des taux de continence subjectif entre 92 et 73 % et objectif de l'ordre de 80 % avec des reculs de 2 à 3 ans [6, 7]. Les résultats à 5 ans étaient moins spectaculaires avec un taux de continence de 43 % et un taux de satisfaction qui restait stable à 85 % [8].


Nous n'avons pas, dans notre série, de chiffre disponible correspondant au recueil à 5 ans car la plupart des patientes n'ont plus été vues après la consultation postopératoire à 1 an. Notre suivi clinique moyen était de 20±12 mois, le taux de continence était de 75 % comparable à ce que l'on trouve dans la littérature pour un même suivi moyen.


Alors que seulement 36 % des patientes présentaient en préopératoire une incontinence urinaire par urgenturie, on retrouve au suivi téléphonique de 10 ans que 69,3 % des patientes décrivaient lors du questionnaire téléphonique des épisodes d'incontinence urinaire dont 52,9 % à l'effort et 47,1 % par urgenturie. Notre étude n'a pas permis d'identifier l'étiologie de ce taux élevé d'incontinence urinaire par urgenturie. Certes, la part préexistante est importante (36 %), néanmoins, celle améliorée par la TO, celle de novo ou d'apparition tardive liée à l'âge ne sont pas connues.


La satisfaction est un paramètre particulièrement subjectif. Nous avons trouvé au suivi téléphonique de 10 ans un taux de satisfaction très élevé malgré le taux important d'incontinence urinaire, ce taux élevé a été retrouvé par d'autres auteurs, 92 % de satisfaction après un suivi moyen de 6,5 ans [9]. Ce qui peut expliquer ce taux élevé, le fait que les patientes mettaient probablement en avant la faible morbidité de cette intervention, qui certes, n'était pas totalement efficace mais qui n'avait aggravé ni la pathologie ni l'état général (anesthésie locale (AL), faible durée hospitalière, faible complication, temps de sondage court).


Conclusion


Le taux de satisfaction était élevé de 79,6 %, 10 ans après un traitement par BSU de type TO malgré un taux important de récidive de l'incontinence urinaire. Il s'agissait d'une étude rétrospective et téléphonique, avec une faible cohorte et un manque d'informations sur des critères objectifs tel que le pad test. Il serait intéressant de pouvoir les suivre en prospectif et de façon régulière pour pouvoir en tirer des conclusions.


Déclaration de liens d'intérêts


Les auteurs déclarent ne pas avoir de liens d'intérêts.



Annexe A. Questionnaire téléphonique


1.
Avez-vous actuellement des fuites urinaires ?
2.
Combien : un peu ? moyen ? beaucoup ?
3.
Ces fuites surviennent-elles à l'effort ? ou non ?
4.
Si non, quand surviennent-elles ?
5.
Combien de protection portez-vous par jour ?
6.
Combien de protection portez-vous par nuit ?
7.
Êtes-vous satisfaite de l'opération ?
8.
La recommanderiez-vous à une amie ?



Références



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