Résultats de la radiothérapie de rattrapage pour récidive biologique après prostatectomie radicale dans la population africaine-caribéene de la Guadeloupe

25 février 2013

Auteurs : N.G. Agoua, E. Vian, M. Dumoulin, P. Blanchet
Référence : Prog Urol, 2013, 2, 23, 128-136




 




Introduction


Les populations d’origine africaine ont les incidences du cancer de la prostate les plus élevées au monde. La récidive biologique qui survient dans 10 à 15 % des cas est traitée par une radiothérapie de rattrapage. Nous avons étudié les résultats de cette radiothérapie dans la population de la Guadeloupe, dont la particularité est d’être majoritairement d’origine africaine [1].


Les particularités du cancer de la prostate dans les populations d’origine africaine ont été très étudiées, notamment dans la population africaine-américaine (A-A) des États-Unis : incidence, épidémiologie [2], agressivité, difficultés des traitements chirurgicaux, récidives biologiques [3, 4], mortalité [2]. Dans cette population, l’incidence du cancer est l’une des plus élevée au monde et le diagnostic est fait à un stade souvent avancé, souvent pour des raisons socioéconomiques [2]. La mortalité par cancer de la prostate y serait plus élevée que dans la population d’origine caucasienne [2], mais cela est encore controversé [5]. Cette surmortalité n’a pas d’explication claire pour l’instant, elle pourrait venir d’une moindre efficacité des traitements, d’une plus grande agressivité du cancer, ou de la difficulté économique d’accès aux soins qui est fréquente dans la population A-A [2].


Dans le cadre du traitement du cancer de la prostate dans la population d’origine africaine, aucune série n’a encore rapporté les résultats de la radiothérapie de rattrapage pour récidive biologique après prostatectomie radicale. Le but de notre étude était d’évaluer dans cette population les résultats de la radiothérapie de rattrapage en termes de survie sans récidive biologique (SSRB) et de facteurs pronostiques. Elle concernait la population de la Guadeloupe, archipel français des Caraïbes, dont les habitants majoritairement d’origine africaine ont la même incidence très élevée [1] du cancer de la prostate que les autres populations d’origine africaines étudiées aux États-Unis d’Amérique et aux Royaume-Unis. En Guadeloupe, 90 % des habitants descendent des Africains déportés pour l’esclavage aux xviie, xviiie, xixe siècle et des migrants d’Afrique Centrale de la seconde moitié du xixe siècle. L’autre partie de la population descend d’immigrants venant de l’Inde du Sud (5 %), et de l’Europe de l’Ouest (5 %) [1]. Dans cette population, grâce au système de santé disponible en France, l’accès aux soins de santé n’est pas limité par des facteurs économiques. Il n’y avait donc pas de disparité de prise en charge entre les personnes d’origine africaine et les autres composantes de la population, à l’inverse des africains-américains.


Patients et méthodes


La série monocentrique des patients traités par radiothérapie de rattrapage au centre hospitalo-universitaire de Pointe-à-Pitre/Abymes en Guadeloupe a été étudiée de façon rétrospective. Ces patients avaient un adénocarcinome de la prostate localisé, initialement traité par prostatectomie radicale rétropubienne ou cœlioscopique. Ils ont secondairement eu une récidive biologique exclusive qui a été traitée par une radiothérapie de rattrapage.


Les données initiales ont été extraites de la base de données « KARU-PROSTATE » qui contenait les informations relatives à la pathologie initiale et à son traitement.


Il s’agissait d’une base de données exhaustive, prospective, initiée en 2000 par le service d’urologie du CHU de Pointe-à-Pitre/Abymes pour la surveillance des cancers de prostate de la Guadeloupe. Les données concernant les patients traités par radiothérapie ont ensuite été recueillies de façon rétrospective dans les dossiers de chaque patient.


Les critères d’inclusion étaient : l’antécédent de radiothérapie de rattrapage réalisée après une récidive biologique exclusive définie par un taux de PSA supérieur ou égal à 0,2ng/mL sur deux prélèvements successifs, l’absence d’arguments en faveur d’une atteinte ganglionnaire histologique ou scannographique. Tous les patients inclus avaient après la prostatectomie une cinétique du taux de PSA descendante jusqu’à un nadir <0,2 ng/ml suivi d’une phase d’ascension. L’absence d’indétectabilité du PSA sérique postopératoire n’était pas un critère d’exclusion car cette indétectabilité différait selon les seuils de sensibilité des examens des différents laboratoires. Les critères d’exclusion étaient l’hormonothérapie concomitante à la radiothérapie, le manque de données dans le suivi, et la radiothérapie adjuvante.


Le suivi après la radiothérapie a été réalisé conjointement par les radiothérapeutes et les urologues. Les patients ont été revus tous les six mois avec un contrôle du PSA et un toucher rectal. La surveillance pouvait être plus rapprochée en cas d’élévation du PSA, à la discrétion du praticien.


Les perdus de vue étaient les patients dont le dernier PSA recueilli ne correspondait pas à une situation de récidive biologique et était antérieur au 01/03/2010, soit daté de plus d’un an à la fin du recueil des données. Ces patients ont été inclus dans la série si les données de suivi étaient complètes jusqu’au dernier contrôle, sinon ils en ont été exclus. La date de leur dernier PSA documenté a été la date de fin de suivi. La date de fin de recueil a été fixée au 01/03/2011.


La radiothérapie a été réalisée sur CLINAC 2100, en mode bidimensionnel ou en mode conformationnel, les aires ganglionnaires ont été exclues des champs d’irradiation. La dose minimale délivrée était de 64Gy.


L’échec du traitement par radiothérapie de rattrapage était défini par le seuil de PSA après irradiation de nadir +0,1ng/mL.


L’objectif principal de l’étude était le calcul de la durée de SSRB après radiothérapie de rattrapage. Cette durée était le délai entre les dates de fin d’irradiation et d’apparition d’un taux de PSA correspondant à l’échec thérapeutique. L’analyse statistique a été réalisée selon la méthode de Kaplan-Meier. L’objectif secondaire de l’étude était l’identification des facteurs pronostiques indépendants qui conditionnaient les résultats du traitement. Ils ont été identifiés en utilisant les analyses univariée et multivariée du modèle de Cox. Le seuil de significativité a été fixé à p <0,05. Les analyses statistiques ont été réalisées à l’aide du logiciel SPSS v17.0.


Résultats


Au total, 936 prostatectomies radicales, réalisées de juillet 1993 à avril 2009, ont été extraites de la base de données KARU-PROSTATE. Il y avait 178 cas de récidives ou de progressions biologiques, 122 avaient été traitées par radiothérapie postopératoire. Il y avait 12 radiothérapies adjuvantes, et sur les 110 cas de radiothérapie de rattrapage, seuls 90 étaient éligibles pour notre étude. Il y a eu 20 perdus de vue, ou sans données suffisantes.


Parmi les 90 inclus, 78 ont eu un suivi complet et 12 ont été perdus de vue, mais avec des données complètes. Les 90 cas étudiés représentaient 9,61 % des patients traités par prostatectomie radicale entre les mois d’août 1998 et de novembre 2007. Les radiothérapies de rattrapage ont été réalisées d’avril 2003 à décembre 2008.


Les caractéristiques initiales des patients avant irradiation (Tableau 1) étaient une moyenne d’âge de 65,39ans avec une majorité de patients (69,2 %) qui avaient une maladie de score de Gleason inférieur à 7 (3+4), ce qui correspondait à des maladies de pronostic favorable et intermédiaire. Seuls 13,3 % avaient un score de Gleason supérieur à 8. Les tumeurs étaient extraprostatiques (pT3a+pT3b) dans 42,7 % des cas, et les vésicules séminales étaient envahies (pT3b) dans 20,2 % des cas.


Le traitement par radiothérapie a délivré une dose médiane de 64 Gy sur une durée moyenne de sept semaines et demie (52,96jours). Cela correspondait à cinq séances par semaine avec une dose fractionnée de 2Gy par séance. Seuls 33,3 % des patients ont été traités par de la technique conformationnelle.


À la fin du recueil de données et avec un suivi médian de 24,63mois, 35 (38,9 %) patients ont été en échec thérapeutique, tandis que 55 (61,1 %) sont restés en rémission de leur maladie. La médiane de SSRB par la méthode de Kaplan-Meier était de 55,3mois (Figure 1). Les probabilités qu’un patient soit en rémission biologique à 12, 24, 36 et 48mois étaient respectivement de 88,1, 70,3, 61,9 et 56,1 %. L’échec de la radiothérapie de rattrapage est survenu majoritairement (62 % des échecs) dans les deux premières années qui ont suivi l’irradiation.


Figure 1
Figure 1. 

Courbe de Kaplan-Meier de la probabilité du taux de survie sans récidive biologique après radiothérapie de rattrapage.




Le test du Chi2 a montré que les patients en échec thérapeutique après la radiothérapie de rattrapage différaient significativement des autres pour les critères initiaux de la maladie (Tableau 2). Le taux de PSA moyen au début de la radiothérapie était significativement plus élevé parmi les patients en échec thérapeutique : 1,22ng/mL (±1,71) en cas d’échec et 0,41ng/mL (±0,36) en cas de réussite (p =0,001). L’invasion des vésicules séminales était significativement plus fréquente parmi les patients en échec thérapeutique (p =0,02). La présence d’un grade histologique élevé supérieur ou égal à 7 (4+3) dans le score de Gleason était plus fréquent parmi les patients en échec thérapeutique.


Le risque relatif d’échec du traitement augmentait d’autant plus que le taux de PSA en début d’irradiation était élevé (Figure 2).


Figure 2
Figure 2. 

Risque relatif (RR) de survenue d’un échec de la radiothérapie de rattrapage en fonction du taux de PSA au début du traitement (PSA-RT), intervalle de confiance de 95 %, seuil de sensibilité p <0,05.




Les résultats des analyses uni et multivariée selon le modèle de Cox, avec un seuil de significativité p <0,05 et un intervalle de confiance de 95 % ont été résumés dans le Tableau 3.


En analyse univariée, plusieurs facteurs avaient un lien avec la survenue de l’échec thérapeutique : le score de Gleason, le stade tumoral pT, le taux de PSA et la vélocité de croissance du PSA avant irradiation. Le statut de la marge chirurgicale, le type de radiothérapie et la dose d’irradiation n’avaient pas de lien significatif avec la survenue de l’échec thérapeutique.


L’analyse multivariée a identifié les facteurs prédictifs indépendants de la survenue de l’échec thérapeutique : l’invasion des vésicules séminales (p =0,0094, Hazard ratio=2,63 CI 95 % : [1,28–5,55]), la vélocité du PSA avant irradiation supérieure ou égale à 0,75ng/mL par an (p =0,0002, Hazard ratio=3,88 CI95 % : [1,86–7,75]) et le taux de PSA au début de l’irradiation supérieur ou égal à 1,5ng/mL (p =0,0093, Hazard ratio=2,89 CI95 % : [1,30–6,45]).


Discussion


Cette étude est la première analyse rétrospective qui ai évalué les résultats de la radiothérapie de rattrapage au sein d’une population africaine-caribéenne (A-C). Cette population A-C constitue numériquement la majorité des habitants de la Guadeloupe, et par son origine africaine est comparable à la population A-A.


Le cancer de la prostate dans les populations d’origine africaine a certaines particularités sur les plans épidémiologique et clinique. L’incidence y est plus élevée que dans les populations d’origine caucasienne : 169/100000 en Guadeloupe, 184/100000 chez le A-A, et 109,8/100000 chez les européens-américains (E-A) [1]. L’âge de découverte est plus précoce, et le diagnostic est fait à un stade plus avancé chez les A-A [2]. D’autres critères sont plus controversés malgré plusieurs méta-analyses : le risque de récidive après traitement curatif initial, le pronostic et la mortalité [5] Le système de santé aux États-Unis d’Amérique crée des disparités d’accès aux soins pour les personnes à revenus modeste. Chez les A-A qui ont plus fréquemment des revenus modestes, ce critère économique a un impact important sur l’épidémiologie du cancer de la prostate, en particularité sur la mortalité [2, 6]. Notre étude concernait la population de la Guadeloupe, d’origine majoritairement africaine [1] dont l’accès aux soins dans le système de santé français n’est pas limité par des considérations économiques. Elle a permit d’évaluer les résultats de la radiothérapie de rattrapage dans un exemple de population d’Afro-descendants, qui est comparable à la population A-A sur le plan des origines.


La méthodologie de notre étude a été la même que celles publiées dans la littérature sur le même sujet : analyse rétrospective, calcul de la probabilité de survie selon la méthode de Kaplan-Meier, analyse de Cox pour identifier les facteurs prédictifs indépendants. Le recul médian de notre série de 24,63mois était un peu plus court que ceux de la littérature.


Dans la population A-C de la Guadeloupe, la radiothérapie de rattrapage après récidive biologique du cancer de la prostate suivant une chirurgie d’exérèse s’est caractérisée par un taux d’échec de 38,9 %. La médiane de SSRB après ce traitement était de 55,3mois. La probabilité de survie sans récidive était à 12, 24, 36, 48 et 60 mois respectivement de 88,1 %, 71,8 %, 61,9 %, 56,1 % et 46,1 %. Ces taux étaient similaires à ceux déjà rapportés dans la littérature : 75–79 % à 12 mois, 55–68 % à 24 mois, 50–52 % à 36 mois, 42–50 % à 48mois, 35–67 % à 60mois [7]. Les facteurs prédictifs indépendants de l’échec de la radiothérapie de rattrapage identifiés dans notre étude étaient l’invasion des vésicules séminales, la vélocité de croissance du PSA supérieure ou égale à 0,75ng/mL par an et la valeur du taux de PSA avant irradiation supérieure à 1,5ng/mL.


La collection non exhaustive des 27 autres séries publiées sur le même sujet (Tableau 4) a monté que l’invasion séminale, le taux de PSA avant irradiation et la présence d’un score de Gleason supérieur ou égal à 7 étaient les facteurs prédictifs les plus souvent identifiés, cela malgré la disparité dans le seuil de PSA qui avait défini l’échec thérapeutique.


Dans la limite du faible niveau de preuve de ces études – niveau 4 – les résultats de la radiothérapie de rattrapage sont similaires dans les populations d’origine caucasienne et A-C.


Aujourd’hui, la place de la radiothérapie après prostatectomie radicale fait l’objet de débat : doit-elle être faite en situation adjuvante en complément de la chirurgie ou plutôt en situation de rattrapage ?


Trois études prospectives randomisées (SWOG 8794, EORTC 22911, ARO 96-02) qui incluaient des patients à des stades localement avancés pT3 pN0±R1 ont démontré que la radiothérapie adjuvante améliorait la survie sans récidive biologique [8, 9, 10, 11], la survie sans progression clinique [8, 9, 10], la survie sans métastases [8, 9], et la survie globale [8, 9] par rapport à la chirurgie seule. Mais parmi les patients traités par radiothérapie adjuvante, environ la moitié n’aurait pas présenté de récidive biologique, et la chirurgie seule les auraient guéris [12]. La radiothérapie adjuvante réalisée de façon systématique après la chirurgie pourrait être un surtraitement de certains cancers de la prostate.


Deux études de cas-témoins appariés 1:1 ont comparé les taux de SSRB après radiothérapie adjuvante et après radiothérapie de rattrapage dans les cancers de prostate à haut risque dans la classification d’Amico.


La première [13] a comparé les taux de SSRB après irradiations adjuvante et de rattrapage pour les cancers aux stades pT3-4 N0. Avec un recul médian de 73 mois après irradiation, les taux de SSRB à cinq ans étaient respectivement de 73 % et 50 % (HR : 2,3, Log-Rank p =0,007) pour les irradiations adjuvante et de rattrapage. En analyse multivariée, l’irradiation de rattrapage et le score de Gleason supérieur ou égal à 8 étaient des facteurs indépendants de baisse de SSRB.


La seconde [14] a comparé après la prostatectomie radicale l’effet de l’irradiation en modulation d’intensité en mode adjuvant (A-IMRT) à celui de l’irradiation en mode rattrapage (R-IMRT) chez des patients à haut risque dans la classification d’Amico. Avec un recul médian de 36 mois pour chaque groupe, la survie sans récidive biologique trois ans après la fin de l’irradiation était respectivement de 90 % et 65 % pour l’A-IMRT et la R-IMRT (p <0,005). Les doses délivrées médianes étaient respectivement de 74 et 76Gy En analyse multivariée les facteurs prédictifs de la baisse de survie étaient la R-IMRT, le score de Gleason supérieur ou égal à 4+3, le stade pT3, le taux de PSA préopératoire supérieur à 10ng/mL et l’absence d’hormonothérapie concomitante.


La somme des conclusions de ces deux études rétrospectives – niveau de preuve 3 – et des trois études prospectives [8, 9, 10, 11] citées plus haut était que la radiothérapie en mode adjuvant après prostatectomie radicale améliorait la survie biologique des cancers de la prostate à haut risque pT3a-b±R1 – niveau de preuve 1 –, mieux que ne pouvait le faire l’irradiation de rattrapage – niveau de preuve 3 – [13, 14]. En revanche, l’efficacité de la radiothérapie de rattrapage ne semblait exister que pour les cancers à risques évolutifs faible et intermédiaire [12] : Gleason inférieur à 8, doublement du PSA supérieur à six mois, stade T inférieur à pT3 – niveau de preuve 4.


À ce jour, aucune étude ayant un haut niveau de preuve ne permet de recommander la place de chaque technique [15]. Trois études randomisées prospectives sont en cours pour répondre à cette question : GETUG-17, RAVES et RADICALS.


La première, GETUG-17 (NCT00667069), inclus les cancers aux stades pT3 R1 pNo ou pNx, et va comparer la radiothérapie adjuvante à la radiothérapie de rattrapage, toutes deux associées à une hormonothérapie courte. L’objectif sera la mesure de la survie sans évènement à cinq ans.


La seconde, RAVES (NCT00860652), menée par le Tasman Radiation Oncology Group de Tasmanie, inclus les cancers aux stades R1±pT3a-b, et va comparer le délai de récidive biologique après radiothérapies adjuvante et de rattrapage, sans hormonothérapie.


La troisième, RADICALS (NCT00541047), menée par le Medical Research Concil Britannique et le Canada Clinical Trial Group, inclut des cancers aux stades pT3, et va comparer la survie spécifique à dix ans dans un bras radiothérapie adjuvante seule et dans un bras radiothérapie adjuvante+hormonothérapie courte de six mois.


Les résultats de ces trois études permettront de préciser les places respectives des deux modes d’irradiations postopératoires.


Pour l’instant, compte tenu des données disponibles, les patients à hauts risques, aux stades pT3a-b et/ou R1, Gleason supérieur ou égal à 8, sont ceux qui auront le plus de bénéfice à recevoir une irradiation adjuvante – niveau de preuve 1 – par rapport à ceux qui ne sont traités par la chirurgie seule. Mais les patients aux stades pT2-R0, Gleason inférieur ou égal à 7 ou avec un risque évolutif faible ou intermédiaire bénéficierons plus d’une irradiation de rattrapage, afin d’éviter les effets secondaires d’une irradiation adjuvante quand celle-ci n’est pas nécessaire – niveau de preuve 4 – [12].


Conclusion


Le cancer de la prostate est actuellement le second cancer chez l’homme, et son incidence est beaucoup plus importante dans les populations d’ascendance africaine. L’efficacité comparée des différents traitements de ce cancer entre populations d’origines africaine et caucasienne est toujours l’objet de controverse. Les résultats de la radiothérapie de rattrapage pour récidive biologique du cancer de la prostate dans une population d’origine africaine ont été présentés ici pour la première fois. La médiane de survie sans récidive biologique obtenue était de 55,3mois. Les facteurs de risques indépendants de l’échec thérapeutique étaient l’invasion des vésicules séminales, la vélocité de croissance du PSA supérieure ou égale à 0,75ng/mL par an et la valeur absolue du taux de PSA avant irradiation supérieure à 1,5ng/mL. Ces résultats étaient similaires à ceux observés dans les populations caucasiennes.


Déclaration d’intérêts


Les auteurs déclarent ne pas avoir de conflits d’intérêts en relation avec cet article.



 Niveau de preuve : 5.





Tableau 1 - Description de la population initiale.
Variables  Valeurs 
Âge (années)    
Moyenne  65,39 (±6,6) 
 
Marges    
Négatives R0  98 (42,2 %) 
Positives R1  52 (57,8 %) 
 
Score de Gleason sur pièce    
7 (3+4)  65 (72,2 %) 
7 (4+3)  25 (27,8 %) 
 
PSA avant prostatectomie (ng/mL)    
Médiane  8,39 [2,4–37,7] 
 
PSA au début de l’irradiation (ng/mL)    
Moyenne  0,72 (±1,16) 
Médiane  0,37 [0,003a–9,49] 
 
Stade pT    
pT2  50 (51,3 %) 
pT3a  20 (22,5 %) 
pT3b  10 (20,2 %) 
 
PSADT (mois)    
Médiane  6,7 [0,29–46,82] 
 
Vélocité (ng/mL/an)    
Médiane  0,25 [0,027–7,30] 
<0,75  73 (81,1 %) 
0,75  17 (18,9 %) 
 
Délai de récidive après prostatectomie (mois)    
Médiane  13,06 [0,7–79] 
3ans  75 (83,3 %) 
>3ans  15 (16,6 %) 
 
Dose (Gy)    
Médiane  64 [60–72] 
 
Type de traitement    
Non conformationnel  60 (66,7 %) 
Conformationnel  30 (33,3 %) 



[a] 
Un patient est traité avec un PSA d’inclusion de 0,003ng/mL. Il s’agit d’un patient pT2c R1 Gleason 6 (3+3) irradié cinq mois après la prostatectomie et dont le PSA n’a pas été recontrôlé car l’opérateur a estimé le reliquat tumoral suffisamment important pour justifier à lui seul d’un traitement complémentaire.


Tableau 2 - Étude comparative de la population sur la base de facteurs initiaux et en fonction de leur réponse au traitement. Test du Chi2 et de Student. Seuil de significativité : p <0,05.
Variables  Rémission (n =55)  Échec (n =35)  p  
Âge (moyenne, années)   65,44  65,32  0,93 
 
Marges        
R0  22  16  0,30 
R1  33  19   
 
Gleason        
7 (3+4)  44  21  0,02 
7 (4+3)  11  14   
 
PSA initial (moyenne, ng/mL)   10,03 (±5,49)  10,73 (±6,94)  0,59 
 
PSA avant irradiation (moyenne en ng/mL)   0,41 (±0,36)  1,22 (±1,71)  0,001 
 
Stade pT        
pT2  38  13  0,02 
pT3a  11   
pt3b  12   
 
PSADT (moyenne, mois)   10,09 (±8,73)  8,67 (±8,04)  0,44 
 
Vélocité du PSA (médiane, ng/mL/an)   0,16  0,59  0,06 
 
Délai de récidive post-prostatectomie radicale (médiane, mois)   14,33  10,16  0,16 
 
Dose (Gy)        
63  14  11  0,06 
64  21   
>64  20  18   
 
Type        
Non conformationnel  33  27  0,049 
Conformationnel  22   





Tableau 3 - Résultats des analyses univariées et multivariées selon le modèle de Cox. Seuil de significativité de l’analyse : p <0,05.
Variables  Résultats d’analyses 
  Univariées  Multivariées 
  p   p   HR  CI 95 % 
Score de Gleason          
7 (3+4)  0,0029       
7 (4+3)         
 
Stade tumoral pT          
pT2    ref.  ref.  ref. 
pT3a  0,043       
pT3b  0,035  0,0094  2,63  [1,28–5,55] 
 
Marge tumorale          
R0  0,73       
R1         
 
Seuil PSA a(ng/mL)          
≤0,2 vs >0,2  0,07  ref.  ref.  ref. 
0,5 vs >0,5  0,011       
1 vs > 0,0023       
>1,5  0,0089  0,0093  2,89  [1,30–6,45] 
 
Seuil PSADT b(mois)          
3 vs > 0,40       
≤6 vs > 0,06       
12 vs >12  0,83       
 
Seuil de vélocité (ng/mL/an)          
<0,75  0,00  ref.  ref.  ref. 
0,75    0,0002  3,88  [1,86–7,75] 
 
Dose (Gy)          
64  0,23       
<64         
>64         
 
Type c         
Non conformationnel  0,53       
Conformationnel         



Légende :
HR : Hasard ratio, calculé dans le modèle multivarié de Cox, défini l’augmentation du risque de survenue de l’évènement « Échec » thérapeutique après la radiothérapie ; CI 95 % : intervalle de confiance à 95 % du résultat du Hasard ratio ; « ref. » : les variables étudiées sont catégorisées pour l’analyse multivariée, la valeur à laquelle les autres valeurs possibles de la variable sont comparées est la valeur de référence notée « ref. ».

[a] 
Taux de PSA au début du traitement par radiothérapie (RT).
[b] 
Temps de doublement du PSA après la récidive biologique.
[c] 
Type de la radiothérapie : conformationnelle ou non conformationnelle.


Tableau 4 - Récapitulatif des facteurs pronostiques indépendants de l’échec thérapeutique de la radiothérapie de rattrapage pour récidive biologique après prostatectomie radicale ; d’après les données de la littérature.
Définitions de l’échec  Séries  n   Gleason
pT3  pT3b  Marges positives  Vélocité
0,75ng/mL/an 
N+  Récidive
2ans 
PSADT  PSA-RT  Dose
>60Gy 
Nadir+3 élévations successives (Astro)  Quero  59                   
  Jacinto  43                   
  de la Taille A  52                   
  Peyromaure M  62                   
 
Nadir+0,1ng/mL  Stephenson  501           
  Brooks  114                 
 
Nadir+0,2ng/mL  Maier J  170                   
  Stephenson AJ  1540             
  Katz MS  70               
 
Nadir+0,3ng/mL  Pisanky TM  166               
 
Nadir+0,4ng/mL  Buskirk SJ  368               
 
Nadir+2ng/mL (Phoenix)  Quero  59                   
 
Indétectable ou ≥0,1  Peschel R  39                 
  Song DY  61                 
  Liauw SL  51                   
  Taylor N  71                     
  Patel R  48                     
 
>0,2ng/mL  Quero L  59                   
  Tomita N  51               
  Catton C  59                 
  Koppie TM  67                   
  Kalapurakal JA  41                   
 
>0,3ng/mL  McDonald OK  102                 
  Pazonna JF  223                   
 
>0,4ng/mL  Quero  59                   
  Pacholke HD  56                   
  Leventis A  49                 
 
Nadir±0,1ng/mL  Agoua et al.  90               
 
Total  28    10  10  16 



Légende :
pT3b : invasion des vésicules séminales ; N+ : invasion ganglionnaire ; PSADT : temps de doublement du PSA avant radiothérapie ; PSA-RT : taux de PSA au début de la radiothérapie.


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