Résultats de la chirurgie des métastases surrénaliennes par voie laparoscopique

25 octobre 2011

Auteurs : G. Crenn, B. Delaunay, A. Salloum, D. Vezzosi, L. Bellec, M. Thoulouzan, A. Bennet, P. Rischmann, P. Plante, P. Caron, M. Soulie, E. Huyghe
Référence : Prog Urol, 2011, 9, 21, 607-614
Introduction

La surrénalectomie laparoscopique pour métastase surrénalienne reste controversée. Notre but était d’analyser ses résultats carcinologiques.

Matériel et méthodes

Sur 332 surrénalectomies laparoscopiques, 13 étaient pour métastase surrénalienne (rein=5, poumon=3, mélanome=3, sein=1, œil=1). L’indication était curative (métastase unique) dans neuf cas (69 %), les quatre autres patients (31 %) ayant une maladie polymétastatique. Tous les patients vivants ont été recontactés en août 2010 afin de réaliser une analyse de survie et du statut de la maladie.

Résultats

La durée opératoire moyenne était de 174±102minutes, les pertes sanguines de 351±136mL. Trois conversions (23 %) ont été pratiquées pour perforation gastrique, plaie de veine cave et impossibilité de dissection. Les marges chirurgicales étaient positives dans six cas (46 %). Le risque de marges positives était plus faible en cas de métastase d’un carcinome rénal (Fischer, p =0,02). La médiane de survie globale était de 14 mois (3–45). La survie des métastases de carcinome rénal était significativement supérieure (p =0,035) à celle des métastases des autres tumeurs, respectivement 24 mois (11–36) contre six mois (3–45). Il n’y avait pas de différence en fonction de la technique laparoscopique employée, ni en fonction de l’âge, ni en fonction de la taille tumorale.

Conclusion

La chirurgie laparoscopique n’offrait pas de garantie suffisante pour être considérée comme un traitement standard des métastases surrénaliennes. Cependant, avec un taux de survie de 60 % et un taux de marges faible, les métastases des carcinomes rénaux ont semblé être de bonnes indications de surrénalectomie laparoscopique.




 




Introduction


La surrénalectomie pour métastase surrénalienne est une situation relativement rare, correspondant à 2,5–12,7 % des séries de surrénalectomie [1, 2, 3], les tumeurs qui métastasent le plus souvent à la glande surrénale étant les cancers du poumon, du sein, de l'estomac, du rein, le mélanome malin et l'hépatocarcinome [4, 5]. Les patients peuvent rarement présenter une métastase surrénalienne isolée, situation où la surrénalectomie peut être curative [5]. Depuis le premier rapport par Gagner et al. en 1992 [6], la surrénalectomie laparoscopique a été adoptée comme standard de traitement chirurgical de la plupart des tumeurs surrénaliennes. Les indications courantes de surrénalectomie laparoscopique incluent les tumeurs fonctionnelles (cortico- ou médullosurrénaliennes) et les tumeurs non fonctionnelles excédant 4–6 cm en diamètre maximum [7, 8, 9]. Cependant, le rôle de la laparoscopie dans le traitement des tumeurs malignes de la surrénale (primitive ou secondaire) demeure controversé. En 2006, Sebag et al. publiaient les résultats d'une série unicentrique de 16 patients traités entre 1997 et 2003 pour une métastase surrénalienne par chirurgie laparoscopique et concluaient qu'en cas de métastase surrénalienne, la chirurgie laparoscopique donne une survie de cinq ans « acceptable » (33 %), comparable à la chirurgie ouverte, mais avec un meilleur confort postopératoire [10].


Cependant, cette étude rétrospective et unicentrique se présentait comme une étude de faisabilité, et n'avait pas identifié de facteurs prédictifs de la récidive de la maladie. Nous avons donc souhaité analyser les résultats des surrénalectomies laparoscopiques réalisées pour métastase surrénalienne dans notre institution, afin d'en étudier plus en détail les résultats carcinologiques et d'y déterminer les facteurs pronostiques.


Patients et méthodes


Population


Sur une série de 367 surrénalectomies réalisées chez 338 patients entre mai 1996 et janvier 2010 au sein de la fédération d'urologie du CHU Toulouse-Rangueil, 14 l'ont été pour une métastase surrénalienne (surrénalectomies réalisées dans le cadre d'une néphrectomie élargie ou pour une tumeur extrasurrénalienne à extension locale exclue).


Suivant les critères proposés par Castillo et al. [11], toutes les tumeurs ayant une taille inférieure à 10cm et n'ayant ni infiltration péritumorale, ni thrombus veineux sur le scanner préopératoire étaient considérées en intention de traiter comme des indications de surrénalectomie laparoscopique. Cependant, un patient (patient no 2) ayant une récidive métastatique homolatérale surrénalienne de 2,7cm d'un carcinome rénal opéré cinq ans auparavant par néphrectomie ouverte a été récusé pour la chirurgie laparoscopique et a eu une surrénalectomie par voie ouverte.


Les 13 autres patients ont été opérés en laparoscopie, sept par laparoscopie rétropéritonéale et six par laparoscopie transpéritonéale et constituaient notre population d'étude.


Les caractéristiques de la population étudiée sont résumées dans le Tableau 1.


Le primitif était un carcinome rénal pour cinq patients, une tumeur bronchique pour trois patients, un mélanome pour trois patients, un carcinome mammaire pour un patient et un carcinome glandulaire indifférencié de l'œil pour un patient.


La lésion surrénalienne a été découverte :

dans le bilan d'extension initial de deux cancers bronchiques (diagnostic synchrone=deux cas) ;
au cours du suivi de sept tumeurs initialement localisées avec un délai médian de 36 mois (10–132) par rapport au diagnostic du primitif et ;
au cours du suivi de quatre tumeurs polymétastatiques (diagnostic métachrone=11 cas).


Aucune métastase n'a été diagnostiquée comme un incidentalome surrénalien. L'aspect scanographique était celui d'une masse surrénalienne homogène dans 11 cas et d'une masse hétérogène dans deux cas, dont une contenait des calcifications. Un PET scan avait été demandé chez cinq patients : dans trois cas afin de confirmer la nature de la masse surrénalienne, chez deux patients qui avaient un primitif donnant des métastases de manière inhabituelle (cancer mammaire et cancer oculaire), et chez un patient qui avait un mélanome. Chez les deux autres patients, le PET scan a été réalisé dans le bilan d'extension initial de leur primitif (cancer pulmonaire) et a permis de porter le diagnostic de métastase surrénalienne unique synchrone. Toutes les métastases hyperfixaient au PET scan.


Une biopsie de la lésion a été effectuée dans deux cas (le primitif oculaire et un primitif rénal).


L'indication était curative (métastase unique) dans neuf cas (69 %), les quatre autres patients (31 %) ayant une maladie polymétastatique.


Méthodologie


L'analyse anatomopathologique a été réalisée par un uropathologiste dans le service d'anatomopathologie du Pr Delisle, CHU Toulouse-Rangueil.


Les caractéristiques socio démographiques des patients, les données chirurgicales, carcinologiques (y compris les dates et raisons de décès) ont été étudiées à partir des sources de données des dossiers des patients (dossiers papier et électronique).


Le statut du patient a été obtenu par entretien téléphonique avec le patient et le médecin traitant en août 2010 pour tous les patients vivants. Ont été renseignés systématiquement : le score OMS et les signes d'altération de l'état général, les éventuels signes fonctionnels et complications postchirurgicales, le statut actuel de la maladie en précisant la date et le résultat du dernier scanner.


Analyse statistique


L'analyse statistique a été réalisée avec le logiciel Stata (Stata Corp., College Station, Texas, États-Unis) après avoir converti la base de données Excel en base de données Stata à l'aide du logiciel Stat/Transfer (Circle Systems, Inc., Seattle, États-Unis).


Les tests utilisés pour la comparaison des variables qualitatives entre les groupes sont les tests du Chi2 (χ2) ou de Fischer (F) en fonction des critères de réalisation de ces tests.


Les tests utilisés pour la comparaison des distributions des variables quantitatives au sein des variables qualitatives sont le test t de Student ou Mann-Whitney, Anova ou Kruskal-Wallis, en fonction des conditions d'application des dits tests.


Les fonctions de survie sont estimées à l'aide de Kaplan-Meyer. La comparaison des fonctions de survie entre les sous-groupes est faite par la statistique du log rank.


Résultats


Les données chirurgicales et oncologiques sont résumées dans le Tableau 2.


Variables peropératoires


La durée opératoire moyenne des surrénalectomies laparoscopiques était de 174±102minutes (60–450). Une intervention (patient no 7) a comporté un curage lomboaortique dans le cadre de prise en charge d'un mélanome polymétastatique. Cette chirurgie a duré 210minutes, dont 120minutes pour la surrénalectomie.


Les pertes sanguines moyennes étaient de 351±736mL (10–2400).


Trois conversions (23 %) ont été réalisées (patients 3, 4, 12) pour perforation gastrique, plaie de veine cave (avec saignement de 2400mL) et impossibilité de dissection au contact de la veine cave inférieure. Il n'y a pas eu de mortalité peropératoire.


Nous avons créé une variable « chirurgie difficile » si le saignement peropératoire était supérieur à 1000mL ou la durée d'intervention avait excédé 300minutes ou présence d'une complication grave. Quatre patients respectaient cette définition (31 %).


Anatomopathologie


Le diagnostic de métastase surrénalienne a été confirmé dans tous les cas. Les marges chirurgicales étaient positives dans six cas (46 %), impliquant des métastases de mélanome (n =2), poumon (n =2), sein (n =1) et un carcinome glandulaire indifférencié de l'œil (n =1). Les marges étaient considérées comme R1 dans cinq cas et R2 dans un cas. Le risque de marge positive était plus faible en cas de métastase d'un carcinome rénal, comparé aux autres types tumoraux (Fischer, p =0,02), mais n'était pas lié à la taille de la tumeur, ni à la technique chirurgicale, ni au caractère « difficile » de la chirurgie.


Évolution postopératoire précoce


Le nombre de jours en surveillance continue était en moyenne de 2,1±1,9jours (0–5) avec une reprise alimentaire en moyenne à 1,4±1,9jours (1–4). Un des patients ayant eu une conversion est décédé à j4 postopératoire des suites de sa chirurgie (patient no 12).


Évolution à long terme et statut actuel des patients


L'évolution et le statut de chaque patient sont résumés dans le Tableau 3.


Métastase unique (n =9)


Avec un recul moyen de 25±9 mois (22–36), deux patients étaient vivants en rémission de leur maladie (deux pathologies rénales) et un était vivant avec une maladie évolutive (carcinome rénal évolutif du côté controlatéral). Six patients étaient décédés de leur maladie, le décès étant survenu 17±13 mois (3–45) après la chirurgie. Trois patients ont eu une survie supérieure à 24 mois.


Un seul patient (no 2) a eu une récidive locale sous forme de carcinose rétropéritonéale cinq mois après une laparoscopie rétropéritonéale et a eu une évolution terminale de sa maladie un mois plus tard.


Patients polymétastatiques (n =4)


Tous les patients étaient décédés, trois de leur maladie en moyenne 7±6 mois (4–14) après la chirurgie, et un des suites du traitement (à j4 postopératoire).


Analyse de survie


Les Figures 1 à 7 représentent les courbes de survie selon la méthode de Kaplan-Meyer de la population et des différentes sous-populations étudiées.


Au 1er août 2010, la survie médiane de l'ensemble de la population (Figure 1) était de 14 mois (3–45).


Figure 1
Figure 1. 

Courbe de survie selon la technique de Kaplan-Meyer de l'ensemble de la population.




La survie médiane des métastases de carcinome rénal était significativement supérieure (p =0,035) à celle des métastases des autres tumeurs, respectivement 24 mois (11–36) contre six mois (3–45) (Figure 2). Cette différence reste significative dans le sous-groupe des patients en situation de métastase unique.


Figure 2
Figure 2. 

Courbe de survie selon la technique de Kaplan-Meyer en fonction de l'histologie.




Il existait une tendance non significative pour une meilleure survie médiane chez les patients ayant une métastase surrénalienne unique, comparé aux patients polymétastatiques, respectivement 24 mois (3–45) contre cinq mois (4–14) (Figure 3).


Figure 3
Figure 3. 

Courbe de survie selon la méthode de Kaplan-Meyer en fonction du caractère unique ou multiple des métastases.




De même, il existait une tendance non significative pour une survie médiane plus faible chez les patients respectant la définition de « chirurgie difficile », comparés au reste de la population, respectivement cinq mois (3–18) contre 14 mois (4–45) (Figure 4).


Figure 4
Figure 4. 

Courbe de survie selon la méthode de Kaplan-Meyer en fonction de la difficulté chirurgicale.




Il n'y avait pas de différence en fonction de la technique laparoscopique employée (Figure 5), ni en fonction de l'âge (Figure 6), ni en fonction de la taille tumorale (Figure 7).


Figure 5
Figure 5. 

Courbe de survie selon la méthode de Kaplan-Meyer en fonction de la technique chirurgicale.




Figure 6
Figure 6. 

Courbe de survie selon la méthode de Kaplan-Meyer en fonction de l'âge.




Figure 7
Figure 7. 

Courbe de survie selon la méthode de Kaplan-Meyer en fonction de la taille de la tumeur.





Discussion


La chirurgie d'exérèse des métastases de la surrénale a mis en évidence des gains de survie dans plusieurs situations carcinologiques. Dans le cancer bronchique non à petites cellules, Luketich et al. ont obtenu sur une série de 14 patients ayant une métastase unique du poumon un gain de survie dans le groupe surrénalectomie ouverte avec chimiothérapie par rapport au groupe chimiothérapie seule (31 mois vs 8,5 mois ; p =0,03) [12]. Concernant le carcinome rénal, Marangos et al. ont obtenu des survies prolongées après chirurgie d'une métastase unique surrénalienne, avec des survies moyennes de 46±17 mois [13]. Dans le mélanome, analysant les données de 154 mélanomes ayant une métastase surrénalienne, dont 22 avaient eu une surrénalectomie, Mittendorf et al. ont rapporté que la réalisation d'une chirurgie de la métastase surrénalienne améliorait la survie comparé au groupe n'ayant pas eu de geste (20,7 mois vs 6,8 ; p <0,0001). D'après eux, la surrénalectomie devait être proposée en cas de métastase unique, avec un taux de LDH normal, aux patients symptomatiques et dans le contexte d'utilisation des tissus dans le cadre d'autres thérapeutiques (vaccination autologue, adaptation de l'immunothérapie dans certains protocoles) [14]. Collinson et al. ont mis en évidence des résultats similaires avec une survie globale de 16 mois (1–155) et 13 patients sur 23 (56 %) sans récidive à 16 mois [15]. Dans notre série, dans ce groupe, deux des trois patients (66 %) ont une survie globale supérieure à 12 mois, bien que deux soient polymétastatiques.


Avant l'introduction des agents antiangiogéniques, le pronostic du cancer du rein métastatique était sombre avec une médiane de survie de six à huit mois et un taux de survie à deux ans de 10 à 20 % [16]. Cependant en situation de métastase surrénalienne unique, nous avons observé qu'après exérèse laparoscopique de la métastase surrénalienne, trois des cinq patients (60 %) sont en vie, dont deux en rémission, avec un suivi moyen de 25 mois (22–36). Cela explique, en partie au moins, que la médiane de survie pour ce type histologique soit dans notre service de 24 mois (11–36). Ces résultats sont à rapprocher de ceux obtenus par Moinzadeh et al. qui trouvaient sur une série de 13 patients, 46 % de patients vivants sans maladie évolutive à 39 mois [17]. L'introduction de nouveaux traitements de la maladie métastatique, à savoir les agents antiangiogéniques pouvant interférer avec nos résultats, nous avons vérifié qu'aucun des patients vivants n'ait reçu de traitement de ce type depuis la chirurgie.


Concernant le cancer bronchique non à petites cellules, deux séries comportant chacune des effectifs de plus de 20 patients rapportaient des médianes de survie des patients en situation de métastase unique de 13,3 mois et de 17 mois après surrénalectomie [18, 19]. Dans notre série, un seul patient a eu une survie supérieure à troisans, les deux autres patients étant décédés dans les six mois, dont l'un d'une carcinose rétropéritonéale après une chirurgie laparoscopique rétropéritonéale.


Sur une série de 16 patients Sebag et al., avaient conclu que la voie laparoscopique donnait des résultats équivalents à la chirurgie ouverte en cas de métastase surrénalienne avec une survie à cinq ans de 33 % [10]. Cependant, la présentation d'une survie à cinq ans (par méthode actuarielle) est délicate lorsque le suivi n'est que de 25 mois, avec trois patients ayant un suivi dépassant 60 mois. En analysant nos résultats après surrénalectomie laparoscopique pour métastase surrénalienne, nous avons noté que les survies étaient inférieures à celles observées par ces derniers (la survie médiane était de 14 mois). Même en situation de métastase unique, le taux de survie était inférieur à deux ans et seuls trois patients étaient en rémission complète de leur maladie. Une raison de ces différences peut provenir des populations étudiées. En effet, neuf patients (56 % de leur population) présentaient une métastase d'origine pulmonaire et seulement un patient avait une métastase d'origine rénale (16 %). Dans notre population, ces deux contingents représentent 23 % et 38 %, respectivement. Elle peut également provenir du fait que tous les patients qu'ils avaient inclus étaient en métastase unique au moment de la proposition de la chirurgie, contre seulement 69 % dans notre population. Enfin, les survies observées dans leur sous-groupe de métastases de cancers bronchiques étaient très supérieures à celles observées dans notre série (46 mois vs six mois). Dans notre série, un seul des patients atteints de cancer pulmonaire avait une survie supérieure à trois ans, les deux autres étant décédés dans les six mois de leur chirurgie. Notons que ces derniers avaient une chirurgie en marge positive et que l'un d'entre eux a eu une récidive locale sous forme de carcinose rétropéritonéale.


Sebag et al. concluaient également que la surrénalectomie laparoscopique pour exérèse de métastase surrénalienne permet la résection de la tumeur en offrant un bénéfice pour le patient en raison de son caractère mini-invasif. Cette conclusion doit également être fortement nuancée. D'abord, elle ne tient pas compte de plusieurs indicateurs carcinologiques défavorables : un taux de marges de 44 % dans leur série, avec quatre chirurgies R2 dont un patient a eu une récidive locale. Dans notre série le taux de marges était similaire (46 %) avec cinq patients R1 et un R2. De plus, le taux de conversions important en raison de difficultés de dissection (n =4 dans leur série, 31 %), que nous avons également retrouvées (n =3, 23 %) nous amène à nous interroger sur la persistance du critère mini-invasif de la laparoscopie dans la chirurgie des métastases.


Il faut donc garder à l'esprit que les résultats de la surrénalectomie laparoscopique pour métastases sont radicalement différents de ceux de la laparoscopie pour chirurgie bénigne. Rappelons que les taux de conversion pour les pathologies bénignes dans notre série sont plus faibles (1,9 % vs 23 % ; p =0,0035). De même la durée opératoire est plus courte (135minutes vs 174minutes) et les pertes sanguines plus faibles (101mL vs 326mL).


Conclusion


La surrénalectomie pour métastase surrénalienne peut être curative, en cas de métastase unique. Pour cette raison, elle doit respecter les critères de la chirurgie carcinologique (exérèse complète, marges négatives). En raison de la fréquence des marges positives, nous considérons que la chirurgie laparoscopique n'offre pas de garantie suffisante pour être considérée comme un traitement standard des métastases surrénaliennes. Par ailleurs, la fréquence des conversions dans cette indication doit faire relativiser son caractère mini-invasif. Elle devrait donc continuer à être proposée dans un cadre d'évaluation dans des centres experts.


Le cas des métastases surrénaliennes du cancer du rein pourrait cependant être différent. En effet, bien que la survenue d'une métastase surrénalienne soit un facteur de mauvais pronostic du cancer du rein [20], nous avons observé que le taux de survie à 25 mois était meilleur et le taux de marges était plus faible en cas de métastase surrénalienne du cancer du rein, qu'en cas de métastase d'un autre primitif. Dans cette indication, la laparoscopie pourrait donc trouver une bonne indication.


Déclaration d'intérêts


Les auteurs n'ont pas transmis de déclaration de conflits d'intérêts.



 Niveau de preuve : 5.





Tableau 1 - Caractéristiques de la population.
  Patients (n =13) 
Âge (ans)  61,5±11,4 
Sexe   
Homme  11 (85 %) 
Femme  2 (15 %) 
 
Score ASA   
2 (15 %) 
II  5 (39 %) 
III  6 (46 %) 
 
Côté   
Droit  5 (38 %) 
Gauche  8 (62 %) 
 
Tumeur primitive   
Rein  5 (38 %) 
Poumon  3 (23 %) 
Mélanome  3 (23 %) 
Mammaire  1 (8 %) 
Oculaire  1 (8 %) 
 
Métastase   
Unique  9 (69 %) 
Multiple  4 (31 %) 
 
Délai de survenue   
Synchrone  2 (25 %) 
Asynchrone  11 (75 %) 
 
Nombre de biopsies préopératoires  2 (15 %) 



Légende :
ASA : American Society of Anesthesiologists.



Tableau 2 - Données chirurgicales et oncologiques.
  Patients (n =13) 
Type opératoire   
Laparoscopie transpéritonéale  6 (46 %) 
Laparoscopie rétropéritonéale  7 (54 %) 
 
Taille de la lésion (cm)  4,2 (2–10) 
Durée opératoire (minutes)  174 (60–450) 
Pertes sanguines (mL)  351 (0–2400) 
Conversion  3 (21 %) 
Marges chirurgicales  6 (43 %) 
Durée en SSC  2,1 (0–5) 
Reprise alimentation en jours  1,4 (1–4) 
Décès périopératoire  1 (8 %) 



Légende :
SSC : soins de surveillance continue.



Tableau 3 - Caractéristiques individuelles des patients.
Patients  Sexe  Âge  Côté  Date de la chirurgie  Technique  Durée de la chirurgie (minutes)  Pertes sanguines (mL)  Conversion  Taille de la tumeur (cm)  Marges chirurgicales  Tumeur primitive  Métatastase unique  Suivi (mois)  Évolution 
62  01/08/1996  RP  120  300  Non  Neg  Poumon  Oui  45  DCD 
52  28/07/2009  RP  210  Non  Pos  Poumon  Oui  DCD 
59  22/11/2006  TP  450  2400  Oui  10  Pos  Mélanome  Non  DCD 
69  25/04/2007  RP  240  NR  Oui  5,8  Pos  Poumon  Oui  DCD 
50  20/08/2007  TP  90  NR  Non  2,5  Neg  Rein  Oui  36  Rémission 
48  06/11/2007  RP  90  10  Non  2,5  Neg  Rein  Oui  24  DCD 
63  16/07/2008  TP*  210  NR  Non  Neg  Mélanome  Non  14  DCD 
78  07/10/2008  RP  60  Non  Pos  Sein  Non  DCD 
58  15/10/2008  RP  90  Non  Neg  Rein  Oui  18  Évolution primitive 
10  72  05/11/2008  TP  195  NR  Non  Neg  Rein  Oui  11  DCD 
11  42  28/11/2008  RP  120  50  Non  Pos  Mélanome  Oui  14  DCD 
12  80  11/12/2008  TP  270  200  Oui  2*  Pos  Carcinome glandulaire  Non  0*  DCD 
13  62  09/02/2009  TP  120  200  Non  3,5  Neg  Rein  Oui  18  Rémission 



Légende :
M : masculin ; F : féminin ; G : gauche ; D : droite ; RP : laparoscopie rétropéritonéale ; TP : laparoscopie transpéritonéale ; TP* : laparoscopie transpéritonéale avec curage lomboaortique ; NR : non renseigné ; Neg : négative ; Pos : positive ; DCD : décédé.


Références



Mancini F., Mutter D., Peix J.L., Chapuis Y., Henry J.F., Proye C., et al. Expérience de la surrénalectomie en 1997. À propos de 247 cas. Étude prospective multicentrique de 1'Association francophone de chirurgie endocrinienne Chirurgie 1999 ;  124 (4) : 368-374 [cross-ref]
Walz M.K., Alesina P.F., Wenger F.A., Deligiannis A., Szuczik E., Petersenn S., et al. Posterior retroperitoneoscopic adrenalectomy--results of 560 procedures in 520 patients Surgery 2006 ;  140 (6) : 943-948[discussion 948–950].
Lee J., El-Tamer M., Schifftner T., Turrentine F.E., Henderson W.G., Khuri S., et al. Open and laparoscopic adrenalectomy: analysis of the National Surgical Quality Improvement Program J Am Coll Surg 2008 ;  206 (5) : 953-959[discussion 959–961].
 [cross-ref]
Kim S.H., Brennan M.F., Russo P., Burt M.E., Coit D.G. The role of surgery in the treatment of clinically isolated adrenal metastasis Cancer 1998 ;  82 (2) : 389-394 [cross-ref]
Paul C.A., Virgo K.S., Wade T.P., Audisio R.A., Johnson F.E. Adrenalectomy for isolated adrenal metastases from non-adrenal cancer Int J Oncol 2000 ;  17 (1) : 181-187
Gagner M., Lacroix A., Bolté E. Laparoscopic adrenalectomy in Cushing's syndrome and pheochromocytoma N Engl J Med 1992 ;  327 (14) : 1033
Grumbach M.M., Biller B.M., Braunstein G.D., Campbell K.K., Carney J.A., Godley P.A., et al. Management of the clinically inapparent adrenal mass (“incidentaloma”) Ann Intern Med 2003 ;  138 (5) : 424-429
Saunders B.D., Wainess R.M., Dimick J.B., Upchurch G.R., Doherty G.M., Gauger P.G. Trends in utilization of adrenalectomy in the United States: have indications changed? World J Surg 2004 ;  28 (11) : 1169-1175 [cross-ref]
Doublet JD, Janetschek G, Joyce A, Mandressi A, Rassweiller J, Tolley D. Guidelines on Laparoscopy. European Association of Urology 2003; 1–36.
Sebag F., Calzolari F., Harding J., Sierra M., Palazzo F.F., Henry J.F. Isolated adrenal metastasis: the role of laparoscopic surgery World J Surg 2006 ;  30 (5) : 888-892 [cross-ref]
Castillo O.A., Vitagliano G., Kerkebe M., Parma P., Pinto I., Diaz M. Laparoscopic adrenalectomy for suspected metastasis of adrenal glands: our experience Urology 2007 ;  69 (4) : 637-641 [inter-ref]
Luketich J.D., Burt M.E. Does resection of adrenal metastases from non-small cell lung cancer improve survival? Ann Thorac Surg 1996 ;  62 (6) : 1614-1616 [cross-ref]
Marangos I.P., Kazaryan A.M., Rosseland A.R., Røsok B.I., Carlsen H.S., Kromann-Andersen B., et al. Should we use laparoscopic adrenalectomy for metastases? Scandinavian multicenter study J Surg Oncol 2009 ;  100 (1) : 43-47 [cross-ref]
Mittendorf E.A., Lim S.J., Schacherer C.W., Lucci A., Cormier J.N., Mansfield P.F., et al. Melanoma adrenal metastasis: natural history and surgical management Am J Surg 2008 ;  195 (3) : 363-368 [inter-ref]
Collinson F.J., Lam T.K., Bruijn W.M., de Wilt J.H., Lamont M., Thompson J.F., et al. Long-term survival and occasional regression of distant melanoma metastases after adrenal metastasectomy Ann Surg Oncol 2008 ;  15 (6) : 1741-1749 [cross-ref]
Drucker B.J. Renal cell carcinoma: current status and future prospects Cancer Treat Rev 2005 ;  31 (7) : 536-545 [cross-ref]
Moinzadeh A., Gill I.S. Laparoscopic radical adrenalectomy for malignancy in 31 patients J Urol 2005 ;  173 (2) : 519-525 [cross-ref]
Mercier O., Fadel E., Mussot S., Fabre D., Chataigner O., Chapelier A., et al. Faut-il opérer les metastases surrénaliennes isolées des cancers bronchopulmonaires non à petites cellules Presse Med 2007 ;  36 (12 Part 1) : 1743-1752 [inter-ref]
Strong V.E., D'Angelica M., Tang L., Prete F., Gönen M., Coit D., et al. Laparoscopic adrenalectomy for isolated adrenal metastasis Ann Surg Oncol 2007 ;  14 (12) : 3392-3400 [cross-ref]
Méjean A., Lebret T. Prise en charge du cancer rénal métastatique Prog Urol 2008 ;  18 (Suppl. 7) : S298-308






© 2011 
Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés.