Résultats carcinologiques et fonctionnels de l’abord interfascial de la prostatectomie robotique comparé avec l’abord intrafascial

25 janvier 2015

Auteurs : S.A. Al-Mamari, H. Quintens, N. Mentine, C. Burté, N. Rouyer, G. Jacob, J. Amiel
Référence : Prog Urol, 2015, 1, 25, 54-61
But

L’assistance robotique offre à la prostatectomie totale (PT) cœlioscopique plus d’aisance technique et une plus grande précision pour la préservation des bandelettes vasculo-nerveuses (BVN). La dissection intrafasciale a ainsi été proposée afin d’assurer une meilleure conservation de ces bandelettes. Cependant, cette technique comporte un grand taux de marges positives, justifiant une autre tendance qui consiste en une approche interfasciale. Il y a encore peu d’études à ce jour comparant directement ces 2 techniques, et notre étude est la première à offrir un suivi de 2ans.

Matériel

Notre étude a porté sur une population de 200 patients divisés en 2 groupes. Ils étaient tous continents et avaient tous un bon score IIEF5 : (1) Le groupe 1 était constitué de 100 patients ayant subi une PT robotique par l’abord intrafascial. Ils avaient un âge moyen de 60,3ans (45–70). Leurs cancers étaient majoritairement de risque faible ou intermédiaire de d’Amico. Le PSA moyen était de 7,43ng/ml. Soixante-quinze patients avaient un pT2, 24 un pT3 et un patient avait un pT4. (2) Le groupe 2 comprenait 100 patients qui ont subi une PT robotique par la voie interfasciale. Les patients avaient un âge moyen de 61,6ans (45–72), avec majoritairement un risque faible ou intermédiaire de D’Amico. Le PSA moyen était de 6,3ng/ml. Soixante-quatorze patients avaient un pT2, 22 un pT3a, et 4 un pT3b. Tous les patients ont été évalués après un et 2ans de suivi.

Résultat

Dans le groupe 1, le taux des marges chirurgicales positives (MCP) était de 45 % contre 19 % pour le groupe 2 (p < 0,0001). Le taux des récidives biochimiques (PSA>0,2ng/ml) à 2ans était de 10 % pour le groupe 1 et de 3 % pour le groupe 2 (p = 0,0447). À 2ans, 2 patients du groupe 1 utilisaient 2 protections urinaires ou plus par jour, contre un seul du groupe 2. Soixante-cinq patients du groupe 1 ont maintenu une érection spontanée à un an avec ou sans médication orale, contre 31 patients pour le groupe 2. À 2 ans, 86 patients du groupe 1 avaient une érection spontanée contre 65 du groupe 2 (p= 0,0006). En outre, 65 patients du groupe 1 étaient en même temps capables de pénétration, contre 55 du groupe 2 (p = 0,0045).

Conclusion

L’approche intrafasciale exposait à un taux très élevé de marges positives en n’offrant que peu d’avantages dans la préservation de la fonction érectile à 2ans comparée à la variante interfasciale. Dans notre série, nous n’avons pas remarqué de différence significative entre les 2 voies sur la continence urinaire.

Niveau de preuve

5.




 




Abréviations


AINS : Anti-inflammatoires non stéroïdiens
BVN : Bandelettes vasculo-nerveuses
CHU : Centre hospitalo-universitaire
DEF : Dissection extrafasciale
INTER : Dissection interfasciale
INTRA : Dissection intrafasciale
IIC : Injection intra-caverneuse
IPDE5 : Inhibiteurs de la phosphodiestérase-5
MCP : Marges chirurgicales positives
PSA : Prostatic specific antigen
PT : Prostatectomie totale
RB : Récidive biochimique
VIP : Vatticuti Institute Prostatectomy


Introduction


Depuis plusieurs décennies la prostatectomie totale (PT) est reconnue comme le traitement standard du cancer localisé de la prostate chez des patients sélectionnés.


Cependant cette approche radicale n'est pas toujours justifiée compte tenu de la lente progression reconnue de ce cancer. Avec le développement de la prostatectomie cÅ“lioscopique assistée par robot, plusieurs tentatives ont été menées dans le but d'atténuer les inconvénients de cette chirurgie, particulièrement en ce qui concerne les problèmes fonctionnels. Ainsi, s'est développée la technique de conservation nerveuse (Nerve-sparing technique) qui consiste tantôt en une dissection intrafasciale (INTRA) « rasant la prostate » pour épargner un maximum de bandelettes vasculo-nerveuses (BVN), tantôt en une dissection interfasciale (INTER). L'approche INTRA étant associée à un nombre élevé de marges chirurgicales positives (MCP) et de récidive biochimique (RB), la technique INTER apparaît comme un compromis entre la technique de dissection extrafasciale (DEF) sans préservation des BVN et l'INTRA, car elle vise à atténuer l'impact négatif de la PT sur la fonction érectile et la continence urinaire sans mettre en péril les résultats carcinologiques.


La supériorité relative de la PT robotique par rapport à l'abord cÅ“lioscopique standard et la prostatectomie par voie ouverte a été suggérée par des méta-analyses [1]. Néanmoins, il y a encore à ce jour peu de publications comparant l'INTRA et l'INTER [2], et à notre connaissance notre étude est la première à porter sur un suivi long de 2ans.


Matériel et méthodes


Nous présentons ci-après une étude rétrospective portant sur 2 groupes consécutifs de patients ayant subi une prostatectomie totale robotique réalisée par un seul chirurgien (HQ) dans 3 institutions différentes : l'hôpital l'Archet 2 du CHU de Nice, la clinique Saint-Georges de Nice et l'institut Arnault-Tzanck de Saint-Laurent-du-Var.


Le chirurgien avait une longue expérience en prostatectomie cÅ“lioscopique standard mais était en début d'exercice en chirurgie robotique au départ de cette étude. Ainsi, pour évaluer l'impact de sa courbe d'apprentissage sur les résultats, nous avons divisé le groupe 1 en 3 sous-groupes chronologiques de 34, 33 et 33 patients. Nous avons aussi étudié dans le même but la durée opératoire et les complications chirurgicales.


Les pièces d'anatomie pathologique ont toutes été examinées intégralement selon le protocole de Stanford.


Nos patients ont été suivis pendant 1 à 2ans pour les conséquences carcinologiques et fonctionnelles découlant de l'intervention chirurgicale. Nous avons considéré comme continent tout patient n'utilisant pas plus d'une couche de protection par jour (n ≤1) et comme incontinent ceux utilisant au moins 2 couches de protection par jour (n ≥2). Pour la fonction érectile, nous avons défini comme érection spontanée toute celle qui survient naturellement ou avec l'aide de médicaments oraux uniquement. Les patients ayant une érection spontanée ainsi définie ont ensuite été divisés en 2 sous-groupes selon qu'ils étaient capables ou non d'accomplir une pénétration sexuelle de leurs partenaires. Était considéré comme impotent tout patient nécessitant une IIC pour obtenir une érection suivie ou non de pénétration.


La collecte des données était essentiellement basée sur une révision de dossiers médicaux. Quand ceux-ci étaient incomplets, les patients étaient directement contactés par téléphone et questionnés selon les critères définis ci-haut.


Dans les 2 groupes, l'intervention a été réalisée transpéritonéalement avec abord premier des vésicules séminales selon la technique de Montsouris [3]. Ensuite la technique intrafasciale du Vatticuti Institute Prostatectomy (VIP) telle que décrite par Menon et al. [4] était pratiquée pour le groupe 1 et la technique interfasciale pour le groupe 2. Le col vésical était préservé pour tous les 2 groupes. À la fin de l'intervention l'anastomose urétro-vésicale était réalisée avec 2 hémisurjets postérieur et antérieur au monocril 3/0 et la pièce opératoire était extraite par la plaie ombilicale. Un drain de Redon était laissé pour 48heures maximum, le patient autorisé à sortir entre les 3e et 4e jours et la sonde urinaire retirée après 5 à 7jours.


Groupe 1


Ce groupe comprenait 100 patients ayant subi une prostatectomie robotique avec INTRA, sur une période de 3ans s'étalant entre novembre 2006 et octobre 2009. Les patients avaient tous une bonne fonction érectile évaluée selon le score IIEF5 et étaient tous éligibles pour une technique de conservation nerveuse (uni- ou bilatérale). Ils étaient tous âgés de moins de 70ans avec une moyenne de 60,3ans (45-70).


Ils appartenaient aux groupes de risque bas ou intermédiaire de d'Amico, à l'exception de 4 qui étaient du groupe de haut risque. Ils avaient un PSA moyen de 7,43ng/ml (2,0-18,5) L'évaluation clinique préopératoire de leurs cancers a révélé 67 T1, 32 T2 et 1 T3a (voir Tableau 1). Soixante pourcent avaient un score de Gleason de 6, 28 % un score de 7 (3+4), 8 % avaient un score de 7 (4+3) et 4 % avaient un score 8.


La préservation des BVN a été réalisée bilatéralement chez 82 patients et unilatéralement chez 18. Le curage ganglionnaire a été réalisé chez 15 patients et ils étaient tous négatifs. L'examen histopathologique des pièces opératoires a révélé 75 pT2, 24 pT3 et un pT4. Le poids moyen de la prostate était de 50g.


Groupe 2


Ce groupe comprenait 100 patients ayant subi une prostatectomie robotique avec INTER entre 2009 et 2011. Les patients avaient tous un bon score IIEF5 et avaient un âge moyen de 61,6±5,96ans. Sept d'entre eux étaient âgés de 70ans ou plus. Ils appartenaient aux groupes de risque bas ou intermédiaire de d'Amico, à l'exception de 6 qui étaient du groupe de haut risque. Ils avaient un PSA moyen de 6,91±2,96ng/ml (2-19).


L'évaluation clinique préopératoire de leurs cancers a révélé 16 T1c, 78 T2 et 6 T3a. La préservation des BVN a été réalisée bilatéralement chez 89 patients et unilatéralement chez onze. L'examen histopathologique postopératoire a défini un pT2a chez 12 patients, un pT2b chez 5, un pT2c chez 57 (soit un pT2 chez 74), un pT3a chez 22 et un pT3b chez 4 patients (voir Tableau 1). On a aussi retrouvé les grades de Gleason suivants : 3+3 chez 67 patients, 3+4 chez 22, 4+3 chez 8 et 3+5 chez un seul. Le poids moyen de la pièce opératoire (prostate+vésicules séminales) était de 53,43g±21,11 (20-180) et la taille tumorale moyenne était de 2,04cm±1,17 (0,5-4). Le curage ganglionnaire a été réalisé chez 4 patients seulement : un curage primaire chez 3 patients (tous négatifs) et un curage secondaire positif chez un 4e patient dans le suivi postopératoire après un PET scan suggestif.


Traitement de réhabilitation fonctionnelle


Pour la continence urinaire, tous nos patients ont été pris en charge très tôt dans les suites opératoires avec des séances quotidiennes d'électrostimulation et de biofeedback.


En ce qui concerne la récupération érectile, un suivi sexologique était proposé ; et les patients prenaient un comprimé de 5mg de Cialis® (Tadalafil), (augmenté pour certains jusqu'à une dose quotidienne de 20mg). Alternativement le Levitra® (vardenafil) 5 à 20mg ou le Viagra® (sildénafil) 5mg étaient utilisés chez certains patients. Chez les non-répondeurs, des IIC d'Edex® ou Caverject® (alprostadil : prostaglandine E1) 5 à 20μg 2 fois par semaines étaient associées, la première injection étant réalisée sous surveillance médicale. En cas de réponse incomplète aux IIC, le vacuum était indiqué. Chez les rares patients ayant un hypogonadisme, un supplément de testostérone était donné sous forme d'Androgel® cutané après exclusion de tout risque de récidive du cancer de la prostate.


Résultats


Durée opératoire et complications chirurgicales


La durée opératoire moyenne dans les groupes 1 et 2 était respectivement de 248 (180-540) et 160minutes (120-240) (Tableau 2). Les taux de complications étaient de 14 et 9 % (Tableau 2). On note un cas de reprise cÅ“lioscopique pour hémorragie à j2 chez un patient du groupe 2, mais aucun cas de conversion, ni de défaillance multiorganes ou de décès n'a été enregistré (Tableau 3). Deux patients du groupe 1 ont présenté une complication de grade III de Clavien à type de blessure intestinale, contre un seul du groupe 2 (hémorragie et reprise).


Résultats carcinologiques


Le nombre total des patients avec MCP était de 45 pour le groupe 1 (Figure 1), réparti entre 21 cas pour les pT2 (soit 28 %), 23 cas pour les pT3 (soit 95,8 %) et un cas pour le pT4 (100 %). Selon les grades de Gleason, on note : 3+3 : 17 cas (28,3 %), 3+4 : 20 (71,4 %), 4+3 : 5 (71,4 %), 4+4 : 3 (75 %). Les marges positives étaient localisées à l'apex dans 45 % des cas et au niveau postérolatéral dans plus de 50 %, et plus de 90 % de marges étaient unifocales et millimétriques. Les taux de survie sans RB (PSA<0,2ng/ml) étaient de 100 % et 90 %, respectivement à un et 24 mois.


Figure 1
Figure 1. 

Résultats carcinologiques comparés.




Dans le groupe 2, on note un nombre total de MCP de 19, réparti entre 5 cas pour les pT2 (tous pT2c), soit 6,8 %, 11 cas pour les pT3a (soit 50 %) et 3 pT3b (soit 75 %) (Figure 1). La répartition des marges positives en fonction du grade de Gleason était : 3+3 :13 cas (19,4 %), 3+4 : 2 (9,1 %), 4+3 : 3 (37,5 %) et 3+5 : 1 (100 %). Les marges positives étaient unifocales dans 12 cas sur 19 (63 %) et leur longueur totale moyenne était de 5,35mm±4,6 (2-20). Les taux de survie sans RB étaient de 100 % et 97 % (Figure 1) respectivement à un et 24 mois.


Résultats fonctionnels


Continence urinaire


Au bout de 2ans postopératoires le nombre des patients continents pour les groupes 1 et 2 étaient respectivement de 98 et 99 (Tableau 4). Deux patients du groupe 1 et un seul du groupe 2 utilisaient plus de 2 couches par jour.


Fonction érectile


Soixante-cinq patients (65 %) dans le groupe 1 maintenaient une érection spontanée à un an avec ou sans médication orale, contre 31 patients (31 %) du groupe 2. À 2ans, 86 patients du groupe 1 (86 %) avaient une érection spontanée contre 65 du groupe 2 (65 %). Par ailleurs 65 patients du groupe 1 étaient en même temps capables de pénétration, contre 55 du groupe 2. Les IIC étaient toujours nécessaires chez 35 patients du groupe 1 et 45 patients du groupe 2 (voir Tableau 5).


Discussion


Le taux de 45 % des MCP dans le groupe 1, soit près d'un patient sur deux, pourrait à lui seul suffire pour exclure l'INTRA des options de dissection pendant la prostatectomie. Toutefois une analyse des résultats du groupe 1 a démontré un impact plus faible des MCP, comme critère isolé, sur la survenue des RB, par rapport au stade clinique≥T3 et au score de Gleason≥8, probablement parce que dans notre étude plus de 90 % des MCP étaient millimétriques. Ainsi à 2ans, les RB concernaient 95,8 % des pT3 et 80 % des scores 8 de Gleason contre seulement 22,2 % des MCP. Cependant la présence concomitante de ces 3 facteurs chez un même patient était associée à une récidive précoce de moins de 6 mois. Reconnaissant d'emblée l'importance des MCP, Patel et al. ont recommandé d'ajouter ce facteur ainsi que les complications postopératoires dans l'évaluation finale du succès thérapeutique. Ainsi, ils ont proposé de remplacer le concept de Trifecta (récidive biologique-récupération de la fonction érectile-continence urinaire) par celui plus complet de Pentafecta [5].


Certains résultats de notre étude ont sûrement été biaisés par la courbe d'apprentissage du seul chirurgien qui a réalisé toutes les 200 opérations en commençant par le groupe 1 pour finir par le groupe 2. Ceci est clairement indiqué par une durée opératoire plus longue et un taux de complications plus élevé dans le groupe 1. Ainsi pour mieux apprécier l'impact de la courbe d'apprentissage sur les résultats carcinologiques et fonctionnels, nous avons divisé chronologiquement les patients du groupe 1 en 3 parties (sous-groupes 1a, 1b et 1c) (Figure 2). Nous avons ainsi confirmé une amélioration linéaire régulière des taux de complications et de continence à travers tous les sous-groupes 1a, 1b et 1c jusqu'au groupe 2. Cependant, le taux de dysfonction érectile s'est brusquement détérioré dans le groupe 2 après une amélioration notée entre les sous-groupes 1b et 1c, et le taux de marges positives s'est clairement amélioré dans le groupe 2 après une stabilisation entre les sous-groupes 1b et 1c : ces 2 dernières courbes dénotent clairement l'impact du changement de la technique de dissection des fascias périprostatiques sur les taux de marges positives et de fonction érectile.


Figure 2
Figure 2. 

Résultats biaisés ou pas biaisés, là est la question (les flèches montrent la déflexion des courbes liée au changement de technique de dissection).




Une autre source potentielle de biais pourrait être le caractère bilatéral ou monolatéral de la préservation des BVN, car le rapport bilatéral/monolatéral était favorable au groupe 2 comparé au groupe 1, avec des valeurs respectives de 89/11 et 82/18 (Tableau 1). Cependant une analyse bi-variée a démontré que ce facteur n'a pas eu d'incidence dans les conséquences carcinologiques et fonctionnelles par rapport aux 2 groupes (Tableau 6). Les taux des MCP et des RB à 2ans sont demeurés plus élevés dans le groupe 1 quelle que soit l'étendue uni- ou bilatérale de la préservation, alors que le pourcentage des patients ayant une érection spontanée avec ou sans capacité de pénétration à 2ans est resté favorable au groupe 1. Enfin le taux de continence est resté similaire entre les 2 groupes. Toutefois il est important de noter que si la préservation monolatérale des BVN a semblé améliorer le taux des MCP dans notre étude (surtout dans le groupe 1), les patients qui ont eu malgré tout des marges positives étaient plus enclins à développer une RB à 2ans que ceux ayant eu des MCP après une préservation bilatérale. Ceci s'explique logiquement par le fait que la préservation unilatérale était décidée sur base du caractère d'emblée défavorable de la tumeur [6]. Plus nettement et sans surprise, cette analyse a confirmé que les patients ayant bénéficié d'une préservation bilatérale ont de meilleures conséquences fonctionnelles que ceux de la préservation monolatérale quel que soit le type de dissection, intra- ou interfasciale.


Par ailleurs, nous avons considéré qu'une étude multivariée comprenant l'âge et le stade pathologique de la tumeur (pT) serait inutile dans la comparaison entre les 2 techniques INTRA et INTER, car ces 2 variantes sont presque identiques dans les 2 groupes (voir Tableau 1).


À 1 an, seuls 31 % des patients du groupe 2 étaient capables d'érection et de pénétration vaginale sans recours aux IIC. En accord avec des publications suggérant la possibilité de récupération de la fonction érectile même après 2ans de suivi [7, 8, 9], nous avons continué la rééducation de tous les patients ne répondant pas aux IPDE5. Ainsi une réévaluation à 2ans a montré que 55 patients du groupe 2 avaient recouvré une érection spontanée avec ou sans IPDE5. Vingt-deux patients avaient encore recours aux IIC pour obtenir une érection ou l'affermir et assurer la pénétration vaginale, 23 avaient décidé d'abandonner le traitement pour des raisons diverses (âge avancé, récidive cancéreuse, manque de partenaire sexuelle, dépression liée à la perte d'un proche parent etc.).


Il existe plusieurs publications sur les techniques de conservation de BVN [10, 11, 12, 13]. De même plusieurs auteurs ont comparé les différentes techniques de dissection. Ainsi Mortezavi et al. ont comparé l'INTRA avec un groupe mixte d'INTER et de DEF [14]. Puis l'INTER a été comparée avec la DEF [15, 16] (Tableau 7).


Cependant l'unique étude comparant directement l'INTRA avec l'INTER est celle de Potdevin et al. [2]. Leur population comportait 147 patients pour un suivi de 6 à 9 mois. Alors qu'ils privilégiaient l'INTER, ils ont en cours d'étude changé de stratégie en optant pour l'abord intrafascial athermique après avoir constaté un effet négatif de la première technique sur la continence dès les premiers mois. Cependant au bout de 6 mois les résultats sur la continence se sont équilibrés entre les 2 techniques avec respectivement 93,5 % et 92,9 % pour l'INTER et l'INTRA. Leurs résultats sur la fonction érectile à 9 mois étaient de 66,7 % et 90,9 % respectivement pour l'INTER et l'INTRA, mais ces valeurs incluent même les érections molles sans capacité de pénétration. En outre, il est possible qu'il y ait ici un effet inverse de la courbe d'apprentissage par rapport à notre étude, car chez eux les patients opérés par la technique interfasciale ont précédé ceux de la technique intrafasciale. Par ailleurs, les auteurs reconnaissent dans leur conclusion qu'ils ont obtenu de si bons résultats fonctionnels dans le groupe intrafascial au prix de sacrifices carcinologiques surtout pour le pT3 : 22,2 % de marges positives dans le groupe interfascial contre 41,18 % dans le groupe intrafascial.


Conclusions


L'abord intrafascial a certes offert un avantage initial évident dans la préservation de l'érection par rapport à la voie interfasciale. Il a cependant débouché sur un pourcentage très élevé de marges positives qui, associé aux autres facteurs de prédiction (score de Gleason≥8 et grade≥pT3), a abouti à une hausse du taux de récidives biologiques.


La division du groupe 1 en 3 sous-groupes a permis de discerner entre les effets de la courbe d'apprentissage du chirurgien et l'impact réel de la technique interfasciale dans notre étude : à savoir une baisse significative des taux de marges positives et de reprise fonctionnelle érectile initiale dans le groupe 2. Cependant la poursuite de la rééducation fonctionnelle après l'INTER suivie d'une réévaluation à 2ans a permis de noter une reprise de la fonction érectile chez un nombre significatif de patients, permettant de se rapprocher des valeurs du groupe 1. Dans notre série les 2 techniques n'ont pas produit de différence significative sur la continence urinaire.


La technique idéale reste encore à déterminer pour obtenir à la fois les meilleurs résultats carcinologiques et fonctionnels chez les prostatectomisés ; mais au vu de nos résultats et de ceux de la littérature, il nous semble qu'elle serait davantage proche de la voie interfasciale que de l'abord intrafascial.


Déclaration d'intérêts


Les auteurs déclarent ne pas avoir de conflits d'intérêts en relation avec cet article.




Tableau 1 - Données cliniques et histopathologiques.
Paramètres  Groupe 1  Groupe 2 
Âge (années)   60,3 (45-70)  61,6 (45-72) 
PSA préopératoire moyen (ng/ml)   7,43 (2,0-18,5)  6,91 (2-19) 
TNM clinique   67 T1, 32 T2 et 1 T3a  16 T1c, 78 T2 et 6 T3a 
Préservation BVN
Bilatérale
Monolatérale 

82
18 

89
11 
pTNM   75 pT2, 24 pT3 et 1 pT4  74 pT2, 22 pT3a et 4 pT3b 





Tableau 2 - Durée opératoire et complications.
Paramètres  Groupe 1  Groupe 2 
Durée opératoire (minutes)  248 (180-540)  160 (120-240) 
Taux de
complications (%) 
14 
Taux de conversion 
Taux de reprise (%) 
Défaillance multiviscérale ou mortalité 





Tableau 3 - Détails des complications.
Complications  Groupe 1  Groupe 2 
Éventrations ombilicales 
Hémorragie et transfusion  1 (cas de reprise) 
Contracture du col vésical et rétention urinaire aiguë 
Blessures intestinales 
LymphocÅ“le 
Thrombophlébites 
Abcès de la paroi abdominale 
Péritonite 





Tableau 4 - Taux de continence urinaire à un et 2ans.
Paramètres  Groupe 1
 
Groupe 2
 
  1 an  2ans  1 an  2ans 
Continents n'utilisant aucune protection  92  92  87  95 
Continents utilisant 1 seule couche/jour  12 
Incontinents, utilisant>1 couche/jour 
Ayant bénéficié d'un sphincter urinaire artificiel 





Tableau 5 - Résultats fonctionnels à 2ans : troubles érectiles.
Paramètres  Groupe 1  Groupe 2 
Érection spontanée (± avec prise de médicaments oraux)  86  65 
Érection avec pénétration  65  55 
Patients nécessitant une IIC  35  45 





Tableau 6 - Impact de la préservation bilatérale et monolatérale.
Paramètres d'étude  Préservation bilatérale 
Préservation monolatérale 
  Groupe 1 (n =82)  Groupe 2 (n =89)  Groupe 1 (n =18)  Groupe 2 (n =11) 
MCP  39 (47,6 %)  17 (19 %)  6 (33,3 %)  2 (18,2 %) 
RB à 2ans  5 (4,9 %)  1 (1,1 %)  5 (27,7 %)  2 (18,2 %) 
Continence à 2ans  82 (100 %)  89 (100 %)  16 (88,9 %)  10 (90,9 %) 
Érection spontanée à 2ans  76 (92,7 %)  61 (68,5 %)  10 (55,6 %)  4 (36,4 %) 
Érection+pénétration à 2ans  60 (73,2 %)  53 (59,6)  5 (27,8 %)  2 (18,2 %) 





Tableau 7 - Les différentes séries publiées dans la littérature.
Séries  Objet d'étude  Nombre patients  Suivi (mois) 
Mortezavi et al. (2012) [14 Comparaison MCP INTRA vs INTER +DEF  186 
Lavery et al. (2012) [15 Comparaison INTER avec technique sans préservation des BVN  123  13 
Patel et al. (2011) [5 Concept de Pentafecta  332  12 
Potdevin et al. (2009) [2 Comparaison INTER et INTRA  147 
Shikanov et al. (2009) [16 Comparaison INTER et DEF  713  12 
Mattei et al. (2007)
[11
Nouvelle technique d'INTER pour l'approche latérale des BVN sans tension ni utilisation de diathermie  100 
Zorn et al. (2007) [12 Cohorte de patients INTER  300  12 
Savera et al. (2006) [13 Description de la technique du voile d'Aphrodite  36 
Menon et al. (2003) [4 Description de la technique de VIP  100 




Références



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1 
Sexologue libérale.




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