Résultats anatomopathologiques après prostatectomie totale pour cancer chez des patients éligibles à une surveillance active : apport de l’IRM multiparamétrique dans la décision de traitement

25 juin 2018

Auteurs : A. Martin-Malburet, G. Marcq, X. Leroy, P. Guiffart, J.-C. Fantoni, V. Flamand, A. Villers, P. Puech, A. Ouzzane
Référence : Prog Urol, 2018, 8, 28, 425-433
Objectifs

Evaluer, chez les patients présentant un cancer de prostate potentiellement éligible à une surveillance active (SA), l’apport de l’IRM multiparamétrique pour prédire la présence de cancer significatif sur pièce de prostatectomie totale (PT).

Méthodes

Étude rétrospective de 77 patients potentiellement éligibles à une SA pour un cancer de prostate localisé (PSA15ng/mL, stadeT2a, Gleason6,3 biopsies positives et une longueur tumorale maximale5mm) et traités par PT entre 01/2008 et 08/2015. Tous les patients ont eu une IRM (avec score de Likert de 1 à 5) et des biopsies systématisées±ciblées. Les facteurs prédictifs de la présence de cancer significatif sur les pièces de PT (Gleason7 et/ou diamètre tumoral maximal>10mm) étaient évalués par une régression logistique.

Résultats

L’âge médian était de 61 ans et le PSA médian de 6,7ng/mL. Au total, 49 (64 %) patients présentaient une IRM positive (score3). Un cancer significatif sur pièce opératoire était retrouvé chez 45 (58 %) patients (69 % avec une IRM positive vs 39 % avec une IRM négative). En analyse multivariée, une IRM positive était un facteur prédictif de la présence d’un cancer significatif sur pièce (OR=3,0 ; IC95 % [1,01–88] ; p =0,04), tout comme l’âge (OR=1,17 ; IC95 % [1,05–1,31] ; p =0,004) et la PSAD (OR=1,10 ; IC95 % [1,01–1,20] ; p =0,02).

Conclusion

Notre étude a montré que l’IRM est un examen utile pour sélectionner les patients éligibles à une SA même en cas de doute après réalisation de biopsies comprenant des biopsies ciblées. Après validation par d’autres études, cet examen pourrait constituer un critère à part entière en vue d’une inclusion en SA.

Niveau de preuve

4.




 




Introduction


Le dépistage par dosage sérique de l'antigène spécifique de prostate (PSA) a démontré une réduction de la mortalité spécifique par cancer de prostate (CaP). Cependant, il s'associe à un sur-diagnostic et un sur-traitement de cancers non significatifs [1]. Pour réduire le risque de sur-traitement, la surveillance active (SA) est maintenant une stratégie thérapeutique à part entière dans le CaP localisé à faible risque de progression [2]. La plupart des protocoles de SA combinent des critères cliniques (stade clinique, taux de PSA) et les résultats de biopsies systématisées (score de Gleason, nombre de carottes positives et longueur/taux d'envahissement de la carotte) [3]. Mais environ 20 à 30 % des patients en SA sont reclassifiés au cours du suivi. Ces évènements apparaissent généralement au cours des 2 premières années suggérant une sous-estimation initiale de la maladie plutôt qu'une progression [4]. Ceci s'explique par l'imprécision des protocoles de biopsies standard basées sur les biopsies systématisées. Dans la zone périphérique, la méconnaissance de la localisation des lésions tumorales provoque une sous-estimation de la taille et du grade des cancers significatifs (la biopsie ne ciblant pas les tumeurs dans leur grand axe). Dans les régions antérieures où se situent 20 % des cancers, la réalisation de ces biopsies systématisées postérieures s'accompagne d'erreurs diagnostiques (non détection ou sous-estimation de la taille et du grade des cancers significatifs). A contrario, les critères actuels pourraient se révéler trop stricts et ainsi exclure certains patients pour lesquels une approche conservatrice serait appropriée et sans risque [5]. La réalisation d'une IRM multiparamétrique (mp) pré-biopsique, dans le cadre d'une meilleure séquence diagnostique, permet de réaliser des biopsies ciblées sur les anomalies vues à l'IRM. Cela améliore la détection des cancers significatifs, l'évaluation du volume et du grade des tumeurs [6]. Cependant, il existe une situation clinique où une discordance apparaît entre un résultat suspect de l'IRM-mp (présence probable d'une lésion significative) et des résultats des biopsies prostatiques (ciblées comprises) en faveur d'un cancer non significatif. L'attitude thérapeutique dans ce cas n'est pas standardisée. Plusieurs options pourraient être proposées au patient : réalisation de nouvelles biopsies ciblées ou inclusion en SA avec biopsies de réévaluation précoces ou enfin proposition d'emblée d'un traitement curatif devant le résultat de l'IRM laissant penser à une sous-estimation des caractéristiques de la maladie. Dans cette situation, le rôle de l'IRM-mp dans la décision de traitement n'est pas défini. De plus, les recommandations des associations française et européenne d'urologie (AFU et EAU) n'incluent pas actuellement les résultats de l'IRM-mp dans les critères d'inclusion en vue d'une SA [7, 8]. L'objectif de cette étude était d'évaluer l'apport de l'IRM pour prédire la présence de cancer significatif chez les patients potentiellement éligibles à une SA sur les critères biopsiques (y compris les biopsies ciblées).


Matériels et méthodes


Population de l'étude


Il s'agit d'une étude sur 77 patients potentiellement éligibles à une SA et traités par prostatectomie totale. Ces patients ont été sélectionnés à partir des résultats de 2259 patients qui ont eu une série de biopsies de prostate précédées d'une IRM (comprenant les prélèvements systématisés et ciblés en cas d'anomalie à l'IRM), réalisées au CHRU de Lille entre janvier 2008 et août 2015 (Figure 1). Les données cliniques, biologiques et biopsiques étaient prospectivement collectées dans une base de données de biopsies prostatiques. Au total, 276 patients étaient potentiellement éligibles à une SA (PSA≤15ng/mL ; stade clinique≤T2a ; 1 à 3 biopsies positives ; score de Gleason<7 et une longueur tumorale maximale de carotte≤5mm).


Figure 1
Figure 1. 

Diagramme de flux de l'étude. (1) Score de Gleason=6 ; 1 a 3 biopsies positives ; longueur maximale de carotte atteinte≤5mm ; PSA≤15ng/mL ; stade clinique≤T2a.




Protocole d'imagerie


Chaque patient a bénéficié, avant la réalisation des biopsies prostatiques, d'une IRM prostatique multiparamétrique 1,5 Tesla, comprenant une séquence pondérée en T2 pour étude morphologique, une séquence de diffusion avec carte apparent diffusion coefficient (ADC) et une étude dynamique en T1 après injection intraveineuse d'un bolus de 0,1mmol/kg de Gadolinium suivi d'une injection de 2mL de sérum salé isotonique. Les zones suspectes de la présence d'un cancer étaient décrites selon des critères précédemment publiés [9] et reportés selon un schéma prostatique à 27 secteurs [10] tenant compte de l'anatomie zonale de la prostate selon Mac Neal et du siège antérieur ou postérieur des lésions. Les zones suspectes ont été classées sur une échelle de Likert (cotation de 1 à 5) :

zone non suspecte (pas d'anomalie du signal) ;
zone peu suspecte (anomalie du signal non spécifique) ;
zone équivoque ;
zone suspecte (anomalie marquée du signal sur plusieurs séquences) ;
zone très suspecte (anomalie caractérisée du signal sur plusieurs séquences).


Pour chaque lésion cotée 3 à 5, le radiologue produisait un rapport standardisé qui incluait les images clé montrant la localisation, le plus grand diamètre et les limites de la lésion à cibler. Ce rapport était ensuite utilisé pour le guidage des biopsies ciblées. Les critères de probabilité de malignité ont permis de classer les IRM soit comme IRM négative (scores 1 et 2) soit comme positive (score 3,4 ou 5).


Protocole des biopsies


Avant la procédure, les patients devaient réaliser une préparation rectale par lavement et recevaient systématiquement une antibioprophylaxie. Après réalisation d'une anesthésie locale, les biopsies prostatiques étaient prélevées sous contrôle échographique par voie endorectale. Tous les patients ont eu une série de 10 à 12 biopsies systématisées. En cas d'anomalie à l'IRM (score≥3), 2 biopsies ciblées étaient effectuées en se référant au rapport radiologique standardisé.


Analyse anatomopathologique


Tous les prélèvements (biopsies prostatiques et pièces de prostatectomie) ont été analysés dans le même laboratoire d'anatomopathologie. Pour chaque carotte biopsique, étaient renseignées : sa localisation exacte selon le schéma à 27 secteurs, la présence d'un adénocarcinome prostatique, la longueur totale de la carotte, la longueur d'envahissement de la carotte, le score de Gleason. Les pièces de prostatectomie étaient analysées selon le protocole de Stanford. Chaque compte-rendu précisait le nombre de foyers tumoraux. Pour chaque foyer tumoral, le diamètre maximal de la tumeur (DMT), la localisation zonale et antéropostérieure, la latéralité, le score de Gleason et le pourcentage de grade 4 étaient relevés. En cas de foyers multiples, la tumeur principale était définie par le score de Gleason le plus péjoratif ou par le plus grand diamètre en cas de score de Gleason identique. La présence d'un cancer significatif était définie par un score de Gleason définitif≥7 (sous-évaluation par les biopsies) et/ou un DMT du foyer principal>10mm.


Choix du traitement curatif


Dans la population présentant une IRM négative, la majorité des patients (64 %) ont été opérés en raison d'un refus de la SA. Chez les patients présentant une IRM positive, 61 % des patients se sont vus proposer un traitement curatif en raison de la positivité des biopsies ciblées (laissant penser à une sous-estimation du cancer par ces biopsies ciblées). Enfin, 8 % de ces patients ont eu cette proposition malgré la négativité des biopsies ciblées en raison d'une IRM avec score de Likert 4 ou 5 (Tableau 1).


Analyse statistique


Les variables qualitatives étaient décrites par les effectifs et pourcentages. Les variables quantitatives étaient exprimées en termes de médianes et écart interquartile (EIQ). Les comparaisons entre les différentes populations étaient réalisées par les tests du Chi2 et de Student ou par les tests de Fisher et de Mann-Whitney en l'absence de normalité (préalablement vérifiée par un test de Shapiro-Wilk) pour les variables qualitatives et quantitatives, respectivement. Pour une variable catégorielle à trois modalités, une analyse de variance par le test ANOVA a été réalisée. L'objectif principal de l'étude était d'étudier les facteurs prédictifs de la présence d'un cancer significatif sur pièce de PT à l'aide d'une régression logistique en analyse multivariée. On vérifiait pour les variables continues l'hypothèse de log linéarité avant inclusion dans le modèle. La sélection du modèle a été effectuée par une méthode descendante manuelle et une méthode basée sur le score. Afin de répondre à l'objectif principal, on forçait l'inclusion dans le modèle de la variable correspondante aux données de l'IRM. Les facteurs prédictifs suivants ont été testés dans la population générale de l'étude : âge, IMC, PSA total, PSAD, antécédents familiaux, nombre de biopsies positives, longueur tumorale maximale par carotte, résultat de l'IRM-mp (positive ou négative). Les facteurs prédictifs suivants ont été testés dans la population présentant une IRM positive : positivité des biopsies ciblées, diamètre maximal de la cible à l'IRM, localisation antérieure ou postérieure de la cible. Le niveau de significativité était fixé à 5 %. Toutes les analyses ont été effectuées avec le logiciel SAS [SAS Institute version 9.4, Cary, NC, États-Unis].


Résultats


Démographie


Les caractéristiques cliniques et biologiques de la population générale de l'étude sont résumées dans le Tableau 2. Cette population était ensuite séparée en 2 groupes en fonction de la présence (groupe CS) ou de l'absence (groupe CNS) d'un cancer significatif sur la pièce opératoire. Les patients sans cancer significatif étaient plus jeunes (p =0,015). Aucune autre différence statistiquement significative n'était retrouvée entre les deux groupes.


Données IRM


L'IRM était considérée comme négative chez 28 patients. Pour les 49 patients avec une IRM positive, 22 présentaient un score 3 (équivoque) et 27 avaient un score 4 ou 5. La répartition des IRM positives était significativement différente entre les groupes CS et CNS (p =0,009) (Tableau 2). Dans la population avec une IRM positive (49 patients), le diamètre maximal et la localisation antéropostérieure de la cible IRM ne différaient pas significativement entre les groupes CS et CNS (Tableau 3).


Données des biopsies


Le nombre de biopsies positives était plus important chez les patients présentant un cancer significatif (p <0,001). Le nombre total de biopsies réalisées et la longueur maximale d'envahissement de la carotte ne différaient pas entre les deux groupes (Tableau 2). Chez les patients avec IRM positive, au moins une biopsie ciblée était positive chez 24 (75 %) patients du groupe CS (cancer significatif) et chez 9 (60 %) patients du groupe CNS mais cette différence n'était pas significative (Tableau 3).


Données anatomopathologiques des pièces de PT


Les données anatomopathologiques des pièces opératoires sont décrites dans le Tableau 4. Le taux de cancer significatif était plus élevé chez les patients présentant une IRM positive (69 % vs 39 %). En cas de score de suspicion IRM élevé (4 ou 5), un cancer significatif était retrouvé dans 85 % des cas (23/27). La sensibilité de l'IRM pour la détection de cancer significatif était de 76 %, sa spécificité de 53 %. La valeur prédictive positive (VPP) et négative (VPN) de cet examen étaient respectivement de 69 % et 61 %.


Concernant le score de Gleason, le taux de sous-évaluation par les biopsies était de 44 % sur la population générale et il était significativement différent (p =0,0005) en fonction du score IRM. Le DMT médian était de 9mm chez les patients avec IRM négative, de 10mm en cas de score 3 à l'IRM et de 13mm en cas de score IRM élevé (4 ou 5). Cette différence était statistiquement significative.


Analyse uni et multivariée


Les facteurs prédictifs de la présence de cancer significatif sur les pièces de PT en analyse univariée étaient l'IRM positive (p =0,01), l'âge (p =0,004) et le nombre de biopsies positives>1 (p =0,005). L'analyse multivariée confirmait que l'IRM positive était un facteur prédictif indépendant de la présence d'un cancer significatif (OR=3,00 ; IC95 % [1,01-88][1,01-8,88] ; p =0,047), tout comme l'âge (OR=1,17 ; IC95 % [1,05-1,31] ; p =0,004) et la PSAD (OR=1,10 ; IC95 % [1,01-1,20] ; p =0,02) (Tableau 5). Dans la population présentant une IRM positive, ni la positivité des biopsies ciblées, ni le diamètre maximal de la cible à l'IRM n'étaient associés à la présence d'un cancer significatif sur la pièce de PT.


Discussion


Dans la littérature, il existe 2 tests de référence pour évaluer la capacité de l'IRM à détecter des cancers significatifs chez des patients avec des résultats de biopsies compatibles avec une SA. Le premier test est représenté par les résultats des biopsies de réévaluation systématisées et/ou ciblées [11].


Cependant, ce test manque de sensibilité pour statuer définitivement sur la présence d'un cancer significatif. Le deuxième test est représenté par l'analyse anatomopathologique des pièces opératoires de PT qui reste le test de référence. Notre étude, qui s'inscrit dans cette catégorie, montre une relation entre le score de suspicion IRM et la présence d'un cancer significatif sur la pièce opératoire chez des patients qui présentaient des critères biopsiques compatibles avec une SA. D'autres études suggèrent le rôle de l'IRM dans la prédiction des résultats anatomopathologiques des pièces opératoires chez des patients potentiellement éligibles à une SA [12, 13, 14, 15].


Plutôt que d'utiliser pour l'analyse la présence d'un cancer significatif sur pièce opératoire, celles-ci définissent des résultats anatomopathologiques défavorables. Or, ceux-ci sont définis par une combinaison variable et hétérogène de paramètres : sous-évaluation du Gleason par les biopsies et/ou volume tumoral et/ou présence d'un stade≥pT 3. Ceci rend alors difficile les comparaisons entre les différentes séries [16]. Pour notre part, nous nous sommes limités à la seule présence d'un cancer significatif en écartant l'éventuelle extension extra-prostatique qui n'est pas estimée dans le score de suspicion IRM. Notre définition du cancer significatif se rapproche de celle de Stamey [17] (volume tumoral≥0,5cc et/ou score de Gleason≥7). Celle-ci est ancienne mais reste largement acceptée et utilisée par la majorité des auteurs. Nous avons utilisé cependant le diamètre maximal, disponible en routine dans les comptes-rendus anatomopathologiques, plutôt que le volume tumoral dont l'estimation est d'ailleurs non standardisée [18]. La limite de 10mm correspond à peu près à 0,5cc (523mm3) en considérant la tumeur comme une sphère. De plus, cette valeur a été décrite comme discriminante pour le risque de récidive biologique [19]. Ainsi, le pourcentage de sous-évaluation du Gleason reste un critère comparable entre les études. Park et al. [13] retrouvaient un taux de 50 % (131/263) chez les patients présentant une IRM positive alors que ce taux était de 55 % (112/204) dans la série de Cobelli et al. [12]. Ces deux études reprenaient la même définition de l'IRM positive (score≥3). Ces taux étaient comparables à notre taux de sous-évaluation du Gleason de 53 %. Cependant, l'IRM-mp était réalisée dans ces études seulement après les biopsies prostatiques et les patients étaient privés d'éventuelles biopsies ciblées. Or, selon Marlière et al. [11], la valeur ajoutée des biopsies ciblées pour l'exclusion des patients éventuellement porteurs de cancers significatifs était de 20 %. Cette sélection plus stricte des patients représente l'originalité de notre étude et le rôle prédictif indépendant de l'IRM pour la présence d'un cancer significatif était d'autant plus intéressant à évaluer. L'agressivité de la maladie de nos patients présentant une IRM positive était donc potentiellement sous-estimée par les biopsies ciblées et leur situation, au terme de l'évaluation par le couple IRM/biopsies ciblées, restait incertaine vis à vis de l'attitude thérapeutique à proposer.


Par ailleurs, la densité du PSA et l'âge des patients étaient des facteurs prédictifs indépendants de cancer significatif dans notre étude. La densité du PSA est un paramètre non utilisé en routine clinique jusqu'à présent. Pourtant celle-ci contribuerait à prédire un cancer significatif sur les résultats de biopsies prostatiques comprenant une IRM et des biopsies ciblées [20, 21]. Kosaka et al. rapportaient, quant à eux, que la densité du PSA était un facteur prédictif important de cancer significatif chez les patients âgés de moins de 50 ans [22]. Cependant, la valeur seuil adéquate pour l'inclusion dans un protocole de SA reste à préciser. En effet, la valeur de 0,15ng/mL/cc est utilisée dans le protocole de John Hopkins [23] alors qu'une valeur de 0,2ng/mL/cc est prise en compte pour le protocole PRIAS [24]. L'âge du patient ne fait pas partie des critères de surveillance active. Cependant, Suardi et al., en testant les critères PRIAS pour la SA selon l'âge, retrouvait une performance moindre de ces critères en cas d'âge supérieur à 70 ans [25]. Dans une autre analyse des critères PRIAS, El Hajj et al. [26] ont rapporté que l'âge au dessous d'un seuil de 65 ans était un facteur prédictif de maladie favorable.


Notre étude comporte plusieurs limites. Elle incluait un effectif restreint (77 patients), qui n'a pas permis de réaliser une analyse multivariée des scores de suspicion IRM élevés (4 ou 5) sans doute les plus intéressants en pratique. Cependant, l'opposition entre IRM positive (scores de suspicion 3, 4 ou 5) et IRM négative est la plus retrouvée dans la littérature. D'autre part, notre série était originale de part les critères d'inclusion comprenant des éventuelles biopsies ciblées. De même, l'analyse en sous-groupes évaluant la performance de l'IRM selon l'expérience du radiologue n'était pas possible en raison de l'effectif limité. La deuxième limite était le potentiel biais de sélection lié d'une part à la nature rétrospective de notre étude et d'autre part à l'inclusion d'une population de patients ayant eu un traitement chirurgical. Celui-ci n'est pas a priori le choix à privilégier chez les patients présentant des critères de surveillance active. C'est pourquoi les raisons de ce choix ont été rapportées dans le Tableau 1. Cependant, cette approche présente l'avantage d'une meilleure précision pour le diagnostic de cancer significatif.


La troisième limite est représentée par les critères d'éligibilité à une SA utilisés pour analyser notre série. En effet, aucune combinaison de critères n'a montré une supériorité. De ce fait, l'interprétation de nos résultats est réduite aux patients répondant à ces critères. Enfin, même si tous ces patients ont bénéficié de la même évaluation radiologique au préalable, le nombre total de biopsies était plus important si des biopsies ciblées étaient réalisées. Ceci représente un potentiel biais de classement. Cependant, les critères de surveillance active n'incluent généralement pas un ratio entre le nombre de biopsies positives et le nombre de biopsies total.


Conclusion


Notre étude a montré que l'IRM-mp est un examen utile pour discriminer les patients éligibles à une SA même en cas de doute après réalisation de biopsies prostatiques comprenant des biopsies ciblées. Après validation par d'autres études, cet examen pourrait constituer un critère à part entière en vue d'une inclusion dans les protocoles de SA.


Déclaration de liens d'intérêts


Les auteurs déclarent ne pas avoir de liens d'intérêts.




Tableau 1 - Raisons du choix du traitement curatif.
Causes
n , % 
Tous
n =77 
IRM négative
n =28 
IRM positive
n =49 
Souhait du patient  27 (35)  18 (64)  9 (18) 
Suspicion de sous-estimation de la maladie par les biopsies ciblées positives  30 (39)  30 (61) 
Appréciation du médecin référent  9 (12)  5 (18)  4 (8) 
Biopsies ciblées négatives mais score IRM 4 ou 5  4 (5)  4 (8) 
Projet de greffe/patient greffé  4 (5)  2 (7)  2 (4) 
Antécédent familial  2 (3)  2 (7)  0 (0) 
Âge jeune  1 (1)  1 (4)  0 (0) 





Tableau 2 - Description de la population générale de l'étude.
    Tous patients
n =77 
Cancer significatif sur pièce opératoire
(n =45) 
Cancer non significatif sur pièce opératoire
(n =32) 
p -value 
Âge (années)   m (EIQ)  61 (58-66)  64 (60-67)  59,5 (56-63)  0,015 
IMC (kg/m 2 )   m (EIQ)  26 (24-28)  27 (25-28)  26 (24-28)  0,25 
PSA (ng/mL)   m (EIQ)  6,7 (4,9-8,4)  6,7 (5,2-8,7)  6,4 (4,7-8,1)  0,22 
PSAD (ng/mL/cc)   m (EIQ)  0,12 (0,09-0,17)  0,13 (0,1-0,19)  0,12 (0,08-0,15)  0,088 
ATCD fam de CaP   n (%)  16 (21)  8 (18)  8 (25)  0,44 
Stade clinique            
T1c  n (%)  71 (92)  42 (93)  29 (90)  0,81 
T2a  n (%)  6 (8)  3 (7)  3 (10)   
Nombre total de BP   m (EIQ)  12 (12-14)  13 (12-14)  12 (12-14)  0,47 
Nombre de BP +   m (EIQ)  1 (1-2)  2 (1-3)  1 (1-2)  <0,001 
n (%)  38 (49)  16 (36)  22 (69)   
n (%)  21 (27)  12 (27)  9 (28)   
n (%)  18 (24)  17 (37)  1 (3)   
Longueur tumorale max/carotte +   m (EIQ)  2 (2-4)  3 (2-4)  2 (1-3)  0,057 
IRM positive   n (%)  49 (64)  34 (76)  15 (46)  0,009 
Score 4/5 ou 5/5  n (%)  27 (35)  23 (52)  4 (13)   
IRM négative   n (%)  28 (36)  11 (24)  17 (53)   



Légende :
BP : biopsies de prostate ; EIQ : écart inter quartile ; ATCD fam de CaP : antécédents familiaux de cancer de prostate ; IMC : indice de masse corporelle ; Longueur tumorale maximale/carotte+ : longueur maximale d'atteinte par carotte positive.



Tableau 3 - Description de la population avec IRM positive.
Variable    Tous patients
n =49 
Cancer significatif sur la pièce opératoire
n =34 
Cancer non significatif sur la pièce opératoire
n =15 
p -value 
Positivité des biopsies ciblées   n (%)  33 (67)  24 (75)  9 (60)  0,34 
Longueur tumorale maximale/carotte + (mm)            
Biopsies systématisées  m (EIQ)  1 (0-3)  2 (0-3)  1 (0-2)  0,12 
Biopsies ciblées  m (EIQ)  2 (0-3)  2 (0-3)  1,5 (0-3)  0,24 
Diamètre max de la cible            
>1cm  n (%)  20 (41)  15 (44)  5 (33)  0,54 
≤1cm  n (%)  27 (55)  18 (53)  9 (60)   
Localisation AP de la cible            
Antérieure  n (%)  14 (29)  10 (29)  4 (27)  0,57 
Postérieure  n (%)  35 (71)  24 (71)  11 (73)   



Légende :
Localisation AP de la cible : localisation antérieure ou postérieure de la cible ; Longueur tumorale maximale/carotte+ : longueur maximale d'atteinte par carotte positive.



Tableau 4 - Résultats anatomopathologiques de prostatectomies totales.
Variable    Tous patients
n =77 
IRM négative
n =28 
IRM positive 
p -value 
    Score IRM 3
n =22 
Score IRM 4 ou 5
n =27 
Score de Gleason              
3+ n (%)  43 (56)  20 (71)  16 (73)  7 (26)  NC 
3+ n (%)  29 (37)  8 (29)  5 (23)  16 (60) 
% grade 4  m (EIQ)  10 (5-20)  6 (5-30)  10 (5-10)  10 (7-20) 
4+ n (%)  3 (4)  0 (0)  1 (4)  2 (7) 
>4+ n (%)  2 (3)  0 (0)  0 (0)  2 (7) 
Sous-évaluation du score de Gleason par les biopsies   n (%)  34 (44)  8 (29)  6 (27)  20 (74)  0,0005 
Diamètre maximal tumoral (mm)   m (EIQ)  10 (8-13)  9 (5-10)  10 (8-12)  13 (10-16)  0,0005 
EEP   n (%)  7 (9)  2 (7)  0 (0)  5 (19)  NC 
Invasion VS   n (%)  0 (0)  0 (0)  0 (0)  0 (0)  NC 
Marges chirurgicales positives (R1)   n (%)  8 (10)  2 (7)  0 (0)  6 (22)  NC 
Cancer significatif   n (%)  45 (58)  11 (39)  11 (50)  23 (85)  0,0016 
Localisation tumorale si cancer significatif (n = 45)              
Antérieure  n (%)  11/45 (24)  3/11 (27)  1/11 (9)  7/23 (30)  NC 
Postérieure  n (%)  34/45 (76)  8/11 (73)  10/11 (91)  16/23 (70) 



Légende :
EEP : extension extra-prostatique ; m : médiane ; EIQ : écart inter quartile ; Invasion VS : invasion vésicules séminales.



Tableau 5 - Régression logistique des facteurs prédictifs de la présence de cancer significatif sur les pièces de PT.
Variable  OR  Univarié
IC (95 %) 
p   OR  Multivarié
IC (95 %) 
p  
Âge par an
Médiane 
1,15  1,04 - 1,27  0,0048  1,17  1,05 - 1,31  0,0044 
BMI par kg/m 2
Moyenne 
1,08  0,94 - 1,25  0,29 
PSA par ng/mL
Moyenne 
1,13  0,93 - 1,37  0,22 
PSAD par 0,01 ng/mL/g   1,07  0,99 - 1,16  0,093  1,10  1,01 - 1,20  0,023 
Nombre de biopsies totales   1,12  0,82 - 1,54  0,47 
Nombre de biopsies positives (2 ou 3 vs 1)   3,99  1,52 - 10,47  0,005 
Longueur maximale d'atteinte de carotte par mm   1,43  0,99 - 2,08  0,06 
Antécédent familial de cancer de prostate   0,65  0,22 - 1,96  0,44 
Résultat IRM              
Négative vs Positive (score 3, 4 ou 5)  3,50  1,33 - 9,25  0,012  3,00  1,01 - 8,88  0,047 
Si IRM positive (n = 49)              
Positivité des Biopsies ciblées   2,00  0,54 - 7,39  0,30  1,88  0,47 - 7,48  0,37 
Diamètre maximal à l'IRM (> 1 cm vs ≤ 1 cm)   1,50  0,41 - 5,45  0,54 
Localisation de la cible IRM (antérieure vs postérieure)   1,09  0,27 - 4,3  0,91 




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