Résistance à l’écoulement des sondes urinaires sèches. Étude expérimentale au travers d’un modèle vésical

25 mars 2015

Auteurs : F. Le Lijour, J. Kerdraon
Référence : Prog Urol, 2015, 4, 25, 206-210
But

Évaluer la résistance à l’écoulement provoquée par les sondes urinaires sèches utilisées de manière empirique dans le drainage nocturne des urines.

Matériel

Étude expérimentale mesurant in vitro, à travers un modèle vésical synthétique, le débit de sondes urinaires sèches, les plus utilisées dans le drainage nocturne continu, pour une pression et une Charrière donnée (pour des sondes de 10, 12 et 14ch de diamètre à 20, 40 et 60cmH2 O de pression). Pour chaque relation pression/Charrière, cinq sondes de même type ont été utilisées.

Résultats

On observe que les médianes des débits (Qmax ) de deux cathéters de Charrière et de pression identique, qui ne se différencient que par leur marque, ne sont pas significativement différentes : exemple pour des sondes Peters® et Coloplast® de Ch 14 et à 20cmH2 O de pression (valeur de p =0,915). Soumises au nomogramme d’Abrams-Griffiths (Lim et Abrams, 1995 [7]), les sondes sèches s’avèrent obstructives ou partiellement obstructives à une pression supérieure à 20cmH2 O et ce pour toute carrière étudiée.

Conclusion

Cette étude confirme que les sondes sèches de Charrière ordinairement utilisées en pratique clinique sont en mesure de générer une obstruction dans la gamme des pressions observées en cas d’hyperactivité détrusorienne neurogène non contrôlée. Ces résultats viennent confirmer le rôle délétère des drainages nocturnes par sonde sèche adoptées par certains patients.

Niveau de preuve

4.




 




Introduction


En cas de rétention urinaire complète ou de vidange vésicale incomplète et en dehors de tout traitement de la cause, l'auto-sondage (AS) propre est la technique de référence de drainage des urines [1, 2].


Quelque soit la marque, il a été montré que le débit d'écoulement est dépendant de la Charrière (Ch) de la sonde [3].


En revanche, très peu d'articles évoquent le problème de l'obstruction (étude pression-débit) engendrée par la présence de cathéters trans-urétraux. En effet, dans le cas des sondes à demeure, on ne peut pas parvenir à une relation physiologique pression-débit avec un cathéter inférieur ou égal à16Ch, indépendamment de son orientation. Le mode de drainage en continu laisse supposer que les conditions d'une obstruction ne peuvent être réalisées en raison du faible débit de drainage sur un réservoir supposé en vacuité et à régime de pressions constant. Cette condition est loin d'être réalisée concernant les sondes de Foley, où les volumes de stase moyens ont été observés jusqu'à 136mL [4]. Outre les obstructions mécaniques, plusieurs facteurs contribuent à cette stase tels que le décubitus et les circuits non clos par interposition d'une colonne d'air dans le circuit de drainage qui augmente la résistance à l'écoulement. L'obstruction sur sonde peut enfin être aggravée dans les conditions d'un détrusor hyperactif à faible capacité. On peut ainsi supposer que, cliniquement, chez les patients ayant une contraction involontaire supérieure à 20cmH2 O, une sonde à demeure inférieure ou égale à la Charriére16 soit source d'obstruction [5].


Chez l'homme, les conséquences de l'obstruction sous-vésicale sont bien connues : survenue de symptômes obstructifs ou irritatifs, altérations de la paroi vésicale, modifications des propriétés contractiles et visco-élastiques du détrusor (hypo- ou hypercontractilité, hypocompliance) [6].


Le drainage des urines la nuit par des sondes sèches est opté, d'une manière empirique, par des patients dépendants (tétraplégiques) et/ou présentant une hyper-diurèse nocturne (inversion du rythme nycthéméral). Cette pratique est choisie pour son économie de personnel de nuit dans le cadre des hétéro-sondages, et permet aux patients de ne pas se réveiller durant la nuit pour faire leurs auto-sondages. Cette méthode ne fait l'objet d'aucune recommandation, néanmoins, elle répond à une pratique couramment répandue au domicile ou au sein de certaines institutions.


Le but de cette étude expérimentale est d'évaluer la résistance à l'écoulement générée par sonde sèche sur un modèle expérimental d'hyperactivité détrusorienne.


Matériel et méthodes


Les modèles étudiés étaient les sondes sèches parmi les plus couramment utilisées pour cette technique de drainage. Il s'agissait des sondes hommes Sondeur® (Peters Surgical®) et des sondes hommes Self-Cath® (Coloplast®). Pour chaque marque de sondes, les Charrières 10, 12 et 14Ch étaient évaluées.


Le débit de drainage était mesuré in vitro en utilisant un modèle vésical synthétique (Figure 1) représenté par une poche d'eau non stérile de 1000mL (cavité liquidienne représentant la vessie).


Figure 1
Figure 1. 

Montage expérimental.




La mise sous différentes pressions (cmH2 O) de la cavité liquidienne (poche pvc) était réalisée grâce à un débit d'eau modulable en amont (véhiculé dans un tube en pvc de 1m de long et 7mm de diamètre). Ces pressions étaient contrôlée par un capteur de pression à air type T-DOC®. La sonde étudiée était reliée à un tube (en pvc de 90cm de long et 5mm de diamètre) représentant le système de recueil des urines. Via une valve étanche la sonde venait s'introduire dans la poche. La sonde, préalablement obturée, était introduite par son extrémité distale dans la poche jusqu'à 5cm au-dessus du dernier Å“il de drainage. L'ensemble du dispositif à l'exception de la sonde étudiée était fixé sur un plan horizontal, selon un montage identique pour toutes les mesures réalisées afin de maintenir constante la hauteur, la longueur et l'inclinaison des tubulures. La totalité du dispositif était exempt d'air et il ne présentait aucune fuite. Aucun clamp n'a été utilisé. L'extrémité de la tubulure était positionnée au-dessus du débitmètre Medtronic® et la valeur du Qmax était relevée quand le niveau de pression à atteindre était stabilisé pendant plus de 20 secondes. Afin de réaliser les mesures, trois niveaux de pressions (20,40 et 60cmH2 O) ainsi que trois Charrières (10, 12,14Ch) ont été étudiés. Pour chaque relation pression/Charrière, cinq sondes de même type ont été utilisées pour chacune des deux marques (Peters® et Colophane®). L'analyse statistique des données est réalisée par Wilcoxon test et consistait à comparer les médianes des cinq mesures, ceci par Charrières et par pression, entre les sondes des deux marques. Ces résultats étaient intégrés au nomogramme d'Abrams-Griffiths [7] afin de définir leur obstruction.


Résultats


Comparaison entre les deux types de sondes


La différence des valeurs de résistance à l'écoulement entre ces deux marques de sondes, pour une carrière donnée et une pression fixée, n'est statistiquement pas significative (Tableau 1).


Confrontation au nomogramme d'Abrams-Griffiths [7Lim C.S., Abrams P. The Abrams-Griffiths nomogram World J Urol 1995 ; 131 : 34-39Cliquez ici pour aller à la section Références]


Voir Figure 2.


Figure 2
Figure 2. 

Qmax (mL/s) par Charrière et par pression (cmH2 O) sur le nomogramme d'Abrahams-Griffiths. 1. Obstrué. 2. Équivoque. 3. Non obstrué.





Discussion


L'efficacité des auto-sondages n'est plus à prouver, elle est la méthode de référence du drainage vésical en diminuant le risque des complications à court et long termes. [8, 9].


Une large gamme de sondes existe, elles se distinguent par leurs caractéristiques intrinsèques (coefficient de lubrification, rigidité, ergonomie, etc.) pour répondre au mieux aux besoins des patients. Ainsi, le choix final du cathéter appartient au patient et est influencé par des critères qui sembleraient subjectifs [8]. Néanmoins, certaines caractéristiques dépendent du choix du thérapeute en se fondant sur les données cliniques et/ou capacités fonctionnelles du patient. Le choix final sera donc déterminé en adéquation entre le patient et le thérapeute lors de l'éducation thérapeutique aux AS [8].


Une caractéristique de la sonde est la Charrière (Ch), elle équivaut à un tiers de millimètre (Ch 18=6mm) et correspond à l'unité de mesure du diamètre de la lumière interne de la sonde.


Il a été démontré, avec un modèle in vitro, par Borrini et al. [3], que les différentes marques de sondes n'influençaient pas significativement le débit d'écoulement pour une Charrière connue. Notre étude est conforme à ces résultats. En effet, lors de ce travail expérimental, les cathéters pour une Charrière et une pression identique, qui ne se différenciaient que par leur marque, ne généraient pas de débit significativement différent. De plus, on confirme l'augmentation du débit d'écoulement avec l'augmentation de la Charrière.


La littérature ne décrit pas le drainage nocturne des urines par sondes sèches. Cependant, par expérience, cette technique est observée dans les centres de rééducation et au domicile des patients. On comprend facilement le choix de ce mode mictionnel nocturne par la gestion de l'absence de tiers ou personnel soignant pour les hétérosondages de nuit, ou l'arrêt des réveils programmés pour respecter les auto-sondages. Il semblerait que les sondes hydrophiles (lubrifiées) en comparaison des sondes sèches, dans le cadre des AS, peuvent induire une baisse des taux de bactériurie et de complications urétrales à long terme, tels que les rétrécissements de l'urètre [9].


Outre les aspects traumatiques et infectieux que pourraient induire les sondes sèches, cette étude s'intéresse à l'obstruction engendrée par celle-ci. Une sonde de Foley égale ou inférieure à.16Ch (et ce indépendamment de l'orientation du système) est responsable de l'obstruction à l'écoulement des urines si l'on dépasse une contraction vésicale supérieure à 20cmH2 O. Ces résultats s'approchent de ceux de Kogan et al. On constate donc une relation pression-débit sans obstruction lorsque la pression reste en deçà de 20cmH2 O et ce pour les carrières 10Ch, 12Ch et 14Ch. Pour les sondes de 14Ch, la relation pression-débit est partiellement obstructive à 40 et 6020cmH2 O selon le nomogramme d'Abrams-Griffiths [7]. Et toujours en suivant ce nomogramme, les sondes de 10Ch et 14Ch seraient obstructives à 60cmh2o.


Cependant, le drainage des urines obéit à de nombreuses lois physiques (volume intravésical, pression intravésicale liée à la contractibilité détrusorienne, compliance, orientation du système de drainage, carrières, ainsi que la morphologie du tractus urinaire bas. Il persiste un régime de hautes pressions vésicales dans des vessies supposées protégées par un drainage en continu, et ceci dans la gamme des calibres de sondes classiquement utilisées en pratique clinique. Ce régime de hautes pressions est rendu possible par l'absence de vacuité vésicale complète en dépit du drainage en place [5], d'autre part, il existe une hyperactivité détrusorienne persistante qui peut être amplifiée par la présence de la sonde [10] ou de vessies neurogènes non contrôlées pharmacologiquement. Il est d'ailleurs classique d'administrer des anticholinergiques à titre prophylactique chez ces patients sous sonde à demeure. Une des complication du drainage en continu est la survenue de fuites sur sonde...


Conclusion


Il ressort de cette étude qu'une sonde sèche est obstructive dans la gamme des carrières ordinairement utilisées en pratique clinique et dans la gamme des pressions vésicales ordinairement observées en cas d'hyperactivité détrusorienne non contrôlée. Cette étude expérimentale vient confirmer le rôle délétère des modes de drainage par sonde sèche nocturne.


Déclaration d'intérêts


Les auteurs déclarent ne pas avoir de conflits d'intérêts en relation avec cet article.




Tableau 1 - Comparaison des médianes des Qmax en mL/s.
  À 20cmH2 À 40cmH2 À 60cmH2
Charrière 10        
Peters®  0,5  1,2  1,6 
Coloplast®  0,4  1,5 
Valeur de p   0,6312  0,1461  0,3855 
Charrière 12        
Peters®  4,1  9,5 
Coloplast®  9,5 
Valeur de p   0,2733  0,7511  0,01066 
Charrière 14        
Peters®  7,9  9,5  11,9 
Coloplast®  7,8  9,5  12,1 
Valeur de p   0,915  0,7496  0,6704 




Références



Lapides G., Diokno A.C., Silber S.G., Lowe B.S. Clean intermitent self-catheterization in the treament of urinary trat disease J Urol 1972 ;  107 : 458-461
Gamé X. Les autosondages : pour quels patients ? Prog Urol 2009 ;  1912 : 885-889 [inter-ref]
Borrini L., Brondel M., Guinet-Lacoste A., Jousse M., Tan E., Amarenco G. Autosondages urinaires et temps de vidange : étude expérimentale de la vitesse de drainage des différentes sondes d'autocathétérisme Prog Urol 2012 ;  228 : 482-486 [inter-ref]
Vırseda M., Salinas J., Esteban M., Mendez S. Reliability of ambulatory urodynamics in patients with spinal cord injuries Neurourol Urodyn 2012 ; [DOI 10.1002/nau].
Paul K., Svetlana avulova, valery li, Jeffrey P.W., Jerry G., Blaivas Resistance to flow in closed drainage systeme of foley catheters Neurourol Urodyn 2014 ; 197[poster #NM93].
Mirone V1, Imbimbo C., Longo N., Fusco F. The detrusor muscle: an innocent victim of bladder outlet obstruction Eur Urol 2007 ;  511 : 57-66[Epub 2006 Aug 14].
Lim C.S., Abrams P. The Abrams-Griffiths nomogram World J Urol 1995 ;  131 : 34-39
Amarenco G. Éducation Thérapeutique du Patient aux Autosondages (ETP-AS). Guide méthodologique SOFMER Version Finale  :  (2009). Available from:.
etp-as-final.pdf
Hedlund H., Hjelmås K., Jonsson O., Klarskov P., Talja M. Hydrophilic versus non-coated catheters for intermittent catheterization Scand J Urol 2001 ;  35 (1) : 49-53
Garcia M.M., et al. Traditional Foley drainage systems - do they drain the bladder? J Urol 2007 ;  1771 : 203-207[discussion 207].
 [cross-ref]






© 2014 
Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés.