Reproductibilité du calendrier mictionnel chez les patients atteints de sclérose en plaques. Étude prospective monocentrique

25 juin 2018

Auteurs : D. Menoux, C. Chesnel, A. Charlanes, C. Hentzen, D. Motavasseli, F. Charoenwong, F. Le Breton, G. Amarenco
Référence : Prog Urol, 2018, 7, 28, 387-395
Introduction

L’importante variabilité des symptômes dans la sclérose en plaques (SEP) interroge sur la reproductibilité du calendrier mictionnel (CM) dans cette population. L’objectif de cette étude est d’évaluer la stabilité intra individuelle des résultats du CM dans la SEP et ses facteurs d’influence.

Matériel et méthodes

Un CM de 21jours précisant la fréquence mictionnelle (FM) par jour a été rempli par des patients atteints de SEP. Le critère de jugement principal était la stabilité de la FM quotidienne sur les 21jours, exprimée par le coefficient de variation (CV=écart-type/moyenne) distinguant 2 groupes : le groupe stable (CV15 %) et le groupe instable (CV>15 %). Les critères de jugement secondaires étaient le remplissage complet ou partiel du CM et la variation de la FM entre le week-end et la semaine.

Résultats

Trente et un patients ont été inclus (âge moyen 51 ans, DS 11,3) dont 65 % de femmes. Le CM est rempli en moyenne 19,35jours (DS 3,99). Le CV moyen est de 23 % (DS 0,1). Huit patients présentent un CV15 %. Hormis un âge plus élevé dans le groupe stable (p =0,03), il n’existe pas de différence significative entre les groupes. La FM du week-end est fortement corrélée à celle de la semaine (ρ=0,94, p <0,05). Plus la durée du CM est longue moins il apparaît stable.

Conclusion

Le CM dans la SEP n’est guère reproductible. Il reste à savoir s’il s’agit d’une véritable fluctuation des TVS de la SEP et/ou d’un manque de stabilité en lien avec la durée et le remplissage du CM.

Niveau de preuve

4.




 




Introduction


Les troubles vésico-sphinctériens (TVS) sont fréquemment observés au cours de la sclérose en plaques (SEP) atteignant près de 75 % des patients [1]. Apparaissant en moyenne 6 ans après le début de la maladie, ils peuvent également affecter un patient sur dix dès la première poussée. Les TVS irritatifs (37 % à 99 %) prédominent sur les symptômes obstructifs (34 % à 79 %). Il existe une grande variabilité clinique et l'apparition de nouveaux symptômes, majoritairement irritatifs, peut concerner jusqu'à un tiers des patients en 42 mois [2]. Les TVS sont à l'origine d'une diminution significative de la qualité de vie dans la SEP quelle que soit la durée d'évolution de la maladie [3, 4]. La présence de TVS traduit le plus souvent une atteinte médullaire mais ces derniers peuvent également résulter de lésions encéphaliques focales ou diffuses, de troubles cognitifs (troubles mnésiques, apraxies...), d'une incontinence fonctionnelle (mobilité réduite) ou être d'origine médicamenteuse (analgésiques, antidépresseurs tricycliques...) [5].


Pour évaluer ces troubles, le calendrier mictionnel (CM) permet de compléter a priori de manière objective, les données de l'anamnèse [6]. Il a d'ailleurs été montré qu'il existait fréquemment une surestimation de la fréquence urinaire diurne [7] comme nocturne [8] à l'interrogatoire comparé aux données du CM.


De nombreux CM aux contenus, formats et durées différents sont rapportés dans la littérature [9, 10, 11]. Un CM de 3jours développé récemment à partir de l'International Consultation on Incontinence Questionnaire (ICQ) a été validé en population générale pour des hommes et femmes présentant des symptômes urinaires [12].


Il n'existe pas à l'heure actuelle de CM validé en population neurologique et notamment dans la SEP. Pourtant une validation spécifique en termes de reproductibilité semble indispensable en raison des caractéristiques cliniques de cette pathologie qui présente en elle-même une importante variabilité qu'il s'agisse de symptômes physiques (déficit moteur, spasticité, fatigue générale, troubles sensitifs, troubles oculaires), émotionnels, ou cognitifs [13]. La température [14] ou encore les fluctuations hormonales en lien avec le cycle menstruel [15, 16] ont souvent été associés aux modifications symptomatologiques de la SEP. Cette variabilité de la symptomatologie neurologique va possiblement de pair avec une variabilité identique des TVS, interrogeant ainsi sur la stabilité des données du CM. Par ailleurs, l'hétérogénéité des déficiences physiques et cognitives peuvent impacter le remplissage de l'outil lui-même. Enfin, la durée du CM et l'espace temporel étudié (semaine vs week-end, jours consécutifs ou non) restent largement débattus car source de variabilité intrinsèque.


Pour toutes ces raisons, le CM, fréquemment exigé en pratique clinique, pourrait finalement ne pas être stable et son utilité pourrait poser question dans la prise en charge des TVS de la SEP.


L'objectif de cette étude est d'évaluer la stabilité du CM dans la SEP puis de rechercher des potentiels facteurs associés à sa stabilité et à son remplissage.


Matériel et méthode


Il s'agit d'une étude prospective observationnelle monocentrique réalisée de janvier 2017 à mars 2017. Trente et un patients SEP suivis dans un service de neuro-urologie hospitalo-universitaire ont été contactés par téléphone et il leur a été demandé de compléter un CM pendant 21jours avant leur prochaine consultation dans le service. La fréquence mictionnelle par 24heures et la précision sur les jours de week-end versus semaine étaient demandés.


D'autres caractéristiques étaient recueillies :

caractéristiques démographiques : âge, sexe, BMI, autonomie pour l'alimentation, pour la toilette et l'habillage, pour la prise médicamenteuse, mode mictionnel (mictions spontanées ou mictions spontanées et auto-sondages), port de protection urinaire le jour et la nuit, activité professionnelle, temps de marche moyen estimé par jour, statut hormonal (ménopausées ou non), antécédent de grossesse ;
caractéristiques en lien avec la pathologie : score EDSS, forme de la SEP (rémittente récurrente, primaire progressive, secondaire progressive), ancienneté de la SEP ;
caractéristiques thérapeutiques : prises médicamenteuses à visée urinaire, injections de toxine botulinique intra-sphinctérienne.


Des scores de gravité des TVS et de leur retentissement sur la qualité de vie étaient réalisés : Hospital Anxiety and Depression scale (HAD), urinary symptom profile (USP), Qualiveen short, patient global impression of severity (PGI).


Plusieurs tests de dépistage des troubles cognitifs étaient réalisés : Mini Mental Scale Examination (MMSE), Batterie rapide d'efficience frontale (BREF), les 5 mots de Dubois et le symbol digit modalities test (SDMT).


Les critères d'inclusion reposaient sur le mode mictionnel : seuls les patients en mictions spontanées ou mictions spontanées associée à des auto-sondages étaient inclus. Les patients en auto-sondages exclusifs, en hétérosondages et en mictions diurnes en garnitures étaient exclus.


Le critère de jugement principal était la stabilité de la fréquence mictionnelle quotidienne moyenne sur l'ensemble des 21jours. Seules les données des patients ayant complété le CM à plus de 50 % ont été prises en compte.


Les critères de jugement secondaires étaient le remplissage du CM sous sa forme qualitative (complet ou incomplet), et la variation de la fréquence mictionnelle par 24heures entre le week-end et la semaine. Des analyses secondaires ont été réalisées afin d'essayer d'évaluer l'impact de la durée du catalogue mictionnel sur sa stabilité.


Les analyses statistiques ont été réalisées avec le logiciel R i386 3.3.2 (R Development Core Team, www.r-project.org/).


Les résultats sont exprimés en moyenne et écart-type (Déviation Standard [DS]). Le coefficient de variation (CV=écart-type/moyenne) était calculé puis exprimé en pourcentage. Le seuil de 15 % a été choisi pour déterminer 2 groupes, celui de stabilité du CM appelé groupe A (CV≤15 %) et celui d'instabilité du CM appelé groupe B (CV>15 %) [17].


La différence entre les groupes était évaluée avec des tests-t de Student (ou Welch lorsque la distribution ne suivait la loi normale) pour les variables quantitatives et des tests de Fischer pour les variables qualitatives. Les fréquences mictionnelle selon le week-end ou les jours de semaine étaient évaluées à l'aide d'une corrélation de Pearson.


L'étude a reçu l'accord du comité de protection des personnes (CPP) Île-de-France (no ID RCB : 2015-A00125-44).


Résultats


Au total, 31 patients ont été inclus dont 65 % de femmes (11 non ménopausées), l'âge moyen était de 51,06 ans (DS 11,33), le BMI moyen était de 23,55 (DS 5,16). La SEP évoluait en moyenne depuis 15,71 ans (DS 11,13), 18 patients avaient une forme rémittente récurrente, 9 une forme secondairement progressive et 4 une forme primaire progressive. Le score EDSS était inférieur à 6 chez 17 patients, compris entre 6 et 6,5 chez 9 patients et supérieur à 6,5 chez 5 patients. Le nombre moyen de mictions par jour était de 7,39 (DS 3,31). Les résultats sont résumés dans le Tableau 1.


Seul un patient n'avait pas rempli le CM a au moins 50 % et ses données n'ont pas pu être prises en compte concernant le critère de jugement principal. Vingt-six patients sur les 31 avaient précisé les jours de week-end.


Le CV moyen était de 23 % (DS 0,11). Seuls 8 patients sur 30 sont classés dans le groupe A car présentaient un CV≤15 % considéré comme un CM stable (CV moyen à 13 % [DS 0,02]), les 22 autres patients, classés dans le groupe B (CM instable car CV>15 %) présentaient un CV moyen de 26 % en moyenne (DS 0,01). Il n'existait pas de différence significative entre les 2 groupes de patients concernant le sexe, l'EDSS, la forme de la SEP, l'autonomie, l'activité professionnelle, le statut hormonal, les scores de sévérité et de retentissement des TVS et les scores des évaluations cognitives en dehors d'un âge moyen plus élevé dans le groupe A (58,75 ans [DS 8,58] contre 48,82 ans [DS 11,14] dans le groupe B, p =0,03). Le nombre de femmes non ménopausées était plus important dans le groupe B mais la différence n'était pas significative (71 % contre 17 % dans le groupe A, p =0,05). Le nombre moyen de mictions par jour dans le groupe A était de 9,03 (DS 40,07) tandis qu'il était de 7,48 (DS 2,98) dans le groupe B (p =0,26). Les résultats sont résumés dans le Tableau 2.


Le calcul du CV sur les données d'un CM de 3jours dans chaque groupe montrait que 25 % des patients classés dans le groupe A présentaient finalement un CV>15 % sur le CM de 3jours. À l'inverse, 63,64 % des patients du groupe B présentaient un CM stable (CV≤15 %) sur le CM de 3jours.


En considérant toute la population, le calcul du CV à partir d'un CM des 3 premiers jours montrait que 20 patients (67 %) présentaient un CM stable (CV≤15 %.). L'évolution du nombre de patients présentant un CM stable diminuait proportionnellement avec la durée du CM (respectivement 53 %, 43 %, 40 %, 27 % des patients pour une durée de 5jours, 7jours, 15jours et 21jours).


Les résultats des données recueillies sont représentés sur la Figure 1.


Figure 1
Figure 1. 

Évolution du nombre de patients présentant un CM stable (CV≤15 %) selon la durée du catalogue mictionnel. J3 : catalogue mictionnel de 3jours ; J5 : catalogue mictionnel de 5jours ; J7 : CM de 7jours ; J15 : catalogue mictionnel de 15jours ; J21 : catalogue mictionnel de 21jours.




Le calcul du CV sur les données de 3jours consécutifs chez les 20 patients présentant un CM stable sur les données du CM de 3jours, montrait que la proportion de patients présentant un CM stable (CV≤15 %) diminuait globalement au cours du temps (respectivement 100 % pour les données de j1 à j3 et 25 % des patients pour les données de j19 à j21). Les résultats des données recueillies sur 3jours consécutifs tout au long des 21jours sont représentés sur la Figure 2.


Figure 2
Figure 2. 

Évolution du nombre de patients présentant un CM stable (CV≤15 %) calculés sur les données de 3jours consécutifs chez les patients au CM stable sur le CM des 3 premiers jours. CM : catalogue mictionnel ; CV : coefficient de variation ; CVJ1-J3 : CV calculé sur les données de j1, j2 et j3 respectivement ; CVJ19-21 : CV calculé sur les données de j19, j20 et j21.




Concernant les moyennes des mictions le week-end et la semaine, il existait une forte corrélation significative (8,05 mictions par jour le week-end [DS 3,41] contre 7,36 mictions par jour la semaine [DS 2,99], ρ=0,94, p <0,05), également retrouvée parmi les 12 patients travaillant et ayant complété les jours de week-end (respectivement 7,76 le week-end [DS 3,53] contre 8,67 la semaine [DS 3,91], ρ=0,96, p <0,05).


Le nombre de jours de remplissage moyen du CM était de 19,35jours (DS 3,99). Au total, 19 patients ont complété entièrement le CM tandis que 12 l'ont complété partiellement (16,75jours en moyenne [DS 5,61]). Aucune différence significative n'a été retrouvée entre les deux groupes. Le CM semblait plus stable meilleur dans le groupe l'ayant complété entièrement par rapport à l'autre groupe mais de manière non significative (respectivement CV à 19 % [DS 0,07] contre CV à 28 % [DS 0,14], p =0,06). Le nombre moyen de mictions par jour était de 8,46 (DS 3,33) dans le groupe l'ayant complété entièrement contre 6,91 (DS 3,16) dans le groupe l'ayant complété que partiellement (p =0,22). Les résultats sont résumés dans le Tableau 3.


Discussion


Le CM semble être un outil peu reproductible dans la population de patients atteints de SEP. En effet, seuls un quart des patients présentent un CM stable (CV≤15 %). La stabilité du CM est tout aussi mauvaise quand on prend en compte le CM effectué sur 3jours (sur les 21 testés) puisque 25 % des patients du groupe A présentent un CM instable (CV>15 %) lors de l'analyse du CM de 3jours.


En dehors d'une population plus âgée chez les patients du groupe A, aucun facteur, qu'il s'agisse des caractéristiques démographiques ou cliniques, associé à la stabilité du CM n'a été mis en évidence de manière significative tout particulièrement l'existence ou non de troubles cognitifs.


Il est cependant important de souligner une tendance non significative (p =0,05) du nombre de femmes non ménopausées dans le groupe B instable. Cela peut être expliqué par une plus grande variabilité clinique en lien avec les fluctuations hormonales. Il a été montré que le score de sévérité des TVS chez des femmes SEP sous pilule contraceptive, augmentait de façon significative durant la semaine sans pilule correspondant à une phase faible en Å“strogène/progestérone (p =0,043) [18].


Il semblerait aussi qu'il y ait davantage de patients travaillant dans le groupe B par rapport au groupe A (p =0,68). L'activité professionnelle pourrait expliquer une relative moins bonne compliance au remplissage du CM mais aussi une plus grande variabilité des TVS par un possible impact sur l'activité physique chez patients par rapport à ceux ne travaillant pas.


Enfin les patients du groupe A sont globalement plus traités (prise de traitement, p =0,41 et injections de toxine intra-sphinctérienne, p =0,34) pouvant expliquer un meilleur contrôle des TVS et donc une moins grande variabilité.


Aucun moyen ne nous permet de dire si l'instabilité du CM est en lien avec une fluctuation réelle des TVS dans la SEP ou simplement en lien à un défaut de remplissage du CM.


Cependant, lors de l'analyse du CV résultant de 3jours consécutifs, on s'aperçoit que le pourcentage de patient présentant un CM stable (CV≤15 %) diminue globalement avec la durée du CM. Cette tendance oriente plutôt vers un défaut du remplissage du CM qu'à une réelle fluctuation des TVS car il semble peu probable que l'ensemble des patients présentent de façon concomitante une fluctuation des TVS s'aggravant avec la durée du CM. La fluctuation des symptômes dans la SEP est d'ailleurs un sujet étudié dans la littérature, qui a conduit à la réalisation d'un catalogue appelé le multiple sclerosis symptom and impact diary (MSSID) pour aider les patients et les cliniciens à monitorer les symptômes et améliorer la prise en charge thérapeutique [19].


Le fait de remplir le CM le week-end ou la semaine ne semble pas modifier les données du CM étant donné la forte corrélation entre les deux moyennes qu'ils s'agissent de patients avec ou sans activité professionnelle. Ces résultats montrent que la mauvaise stabilité du CM retrouvée dans cette étude est probablement plutôt en lien avec la pathologie, sa population ou l'outil lui-même.


Enfin, le remplissage du CM au plan qualitatif peut être considéré comme satisfaisant dans la population étudiée avec 61 % des patients l'ayant rempli pendant 21jours.


À l'inverse des résultats présentés dans cette étude, la durée de remplissage du CM, plus longue que celle classiquement demandée en pratique clinique (3jours) pourrait constituer un risque de mauvaise compliance. Avec 19,35jours (DS 3,99) de remplissage moyen, la compliance au remplissage du CM semble satisfaisant, elle peut être expliquée par les moyens engagés pour l'étude (appel téléphonique spécifiquement pour le CM). Cependant, on s'aperçoit que la durée du CM est un probable facteur de moins bonne stabilité étant donné que, d'une part, le pourcentage de patients présentant un CM stable diminue en parallèle de la durée du CM chez l'ensemble des patients et que, d'autre part, il existe 64 % des patients du groupe B qui présentent un CM stable (CV≤15 %) sur le CM de 3jours. La durée du CM est une donnée largement étudiée dans la littérature. La plupart des auteurs s'entendent à dire qu'une durée de 3jours serait optimale, mais certaines études montrent qu'une durée plus longue, de 4jours [20], mais aussi de 7jours [21, 22] seraient plus pertinentes pour obtenir une meilleure stabilité et reproductibilité des résultats. À l'inverse une durée plus courte est discutée car pourrait être trop imprécise pour porter un diagnostic ou pour évaluer l'efficacité d'un traitement [11].


À notre connaissance, il s'agit de la première étude s'intéressant à la reproductibilité et stabilité du CM dans la SEP. En 2012 une autre étude a vérifié la reproductibilité du CM chez les patients présentant des TVS après un accident vasculaire cérébral. Ils ont montré une bonne reproductibilité concernant la fréquence mictionnelle et les volumes de mictions minimums et maximums sans différence significative entre les 3jours de remplissage parmi les 15 patients étudiés [23].


Notre étude présente néanmoins plusieurs biais.


Premièrement, il est possible que certains facteurs influençant la stabilité du CM n'aient pas pu être mis en évidence du fait d'un manque de puissance en raison du faible effectif.


Par ailleurs, il n'a pas été possible de déterminer précisément si l'instabilité du CM est en lien avec une fluctuation réelle des TVS dans la SEP ou simplement en lien à un défaut de remplissage du CM du fait de sa durée par exemple.


L'utilisation du CV comme outil statistique pour évaluer la stabilité du CM ainsi que son seuil à 15 % peuvent être discutés.


Aussi, les patients avec d'importants troubles cognitifs n'ont pas pu être inclus devant l'impossibilité d'expliquer les consignes par téléphone. Une consultation « physique » aurait possiblement pu améliorer l'hétérogénéité de la population ainsi que le remplissage du CM.


Les données recueillies dans le CM ont été simplifiées et ne représentent pas l'ensemble des données habituellement demandées telles que les volumes, le nombre de fuites, le degré d'urgence... Il serait intéressant de vérifier si une variable telle que les volumes de mictions est reproductible dans cette population, d'autant plus qu'il a été recommandé de tenir compte du volume moyen uriné par 24heures plutôt que de la fréquence mictionnelle par 24heures pour juger de l'efficacité d'un traitement au travers d'un CM [24].


Enfin, il s'agit d'un échantillon de patients SEP issu d'un seul et même service hospitalier. Afin de pouvoir confirmer nos résultats, une étude à plus grande échelle, et pluricentrique pourrait être nécessaire.


Conclusion


Le CM dans la SEP n'est guère reproductible. La durée du CM semble être un facteur de moins bonne stabilité. La question demeure de savoir s'il s'agit d'une fluctuation des TVS de la SEP et/ou uniquement d'une non-stabilité du CM chez les patients SEP. Mais dans les deux cas, le caractère pseudo-objectif et l'utilité du CM dans cette population méritent d'être discutés.


Déclaration de liens d'intérêts


Les auteurs déclarent ne pas avoir de liens d'intérêts.




Tableau 1 - Tableau descriptif de la population des 31 patients atteints de SEP.
Paramètres  Moyenne (SD)  n (%) 
Âge   51,06 (11,33)    31 
Sexe       31 
  11 (35,48)   
BMI   23,55 (5,16)    31 
Femmes non ménopausées     11 (55)  20 
Femmes avec antécédent de grossesse     15 (75)  20 
Ancienneté de la SEP (en années)   15,71 (11,13)    31 
Forme de SEP       31 
RR    18 (58,06)   
PP    4 (12,9)   
SP    9 (29,03)   
EDSS       31 
Inférieur à 6    17 (54,84)   
Entre 6 et 6,5    9 (29,03)   
Supérieur à 6,5    5 (16,13)   
Prise de traitement     17 (54,84)  31 
Injection de toxine botulinique intra-sphinctérienne     7 (22,58)  31 
Autonomie       31 
Alimentation    30 (96,77)   
Toilette et habillage    27 (87,1)   
Prise médicamenteuse    28 (90,32)   
Mode mictionnel       31 
MS    27 (87,1)   
MS+AS    4 (12,9)   
Port de protection       31 
Jour    13 (41,94)   
Nuit    7 (22,58)   
Activité professionnelle       31 
Oui    15 (48,39)   
Temps de marche moyen par jour (en minutes)   69,84 (105,59)    31 
MMS   27,03 (3,04)    31 
BREF   16,06 (2,41)    31 
Dubois   9,16 (1,27)    31 
SDMT   34,21 (12,95)    31 
HAD       31 
Anxiété  7,29 (4,67)     
Dépression  6,39 (3,9)     
Total  13,68 (7,55)     
Qualiveen   1,73 (0,76)    31 
USP       31 
IUE  2,35 (2,63)     
HAD  7,39 (3,19)     
Dysurie  2,35 (1,82)     
Total  12,09 (4,96)     
PGI   2,68 (0,79)    31 
Nombre de miction par 24 h       31 
Semaine  8,05 (3,41)     
Week-end  7,36 (2,99)     
Total  7,89 (3,31)     



Légende :
H : homme ; F : femme ; MS : mictions spontanées ; MS+AS : mictions spontanées+auto-sondages ; HAD : Hospital Anxiety and Depression scale ; USP : urinary symptom profile ; IUE : incontinence urinaire d'effort ; HAD : hyperactivité détrusorienne ; PGI : patient global impression of severity .



Tableau 2 - Comparaison des 2 groupes classés selon le coefficient de variation.
Paramètres  Groupe A (CV≤15 %) 
Groupe B (CV>15 %) 
p  
  Moyenne (SD)  n (%)  Moyenne (SD)  n (%)     
Âge   58,75 (8,58)      51,47 (11,3)      30  0,03* 
Sexe           22  30  0,68 
  2 (25)      8 (36,36)       
BMI   25,51 (5,23)      22,72 (5,14)      30  0,2 
Femmes non ménopausées     1 (16,67)    10 (71,43)  14  20  0,05 
Femmes avec antécédent de grossesse     4 (66,67)    11 (78,57)  14  20  0,61 
Ancienneté de la SEP (années)   16,0 (13,99)      15,27 (10,43)      30  0,88 
Forme de SEP           22  30  0,11 
RR    3 (37,5)      14 (63,64)       
PP    3 (37,5)      1 (4,55)       
SP    2 (25)      7 (31,82)       
EDSS           22  30  0,35 
Inférieur à 6    3 (37,5)      13 (59,09)       
Entre 6 et 6,5    4 (50)      5 (22,73)       
Supérieur à 6,5    1 (12,5)      4 (18,18)       
Prise de traitement     6 (75)    11 (50)  22  30  0,41 
Injection de TB intra-sphinctérienne     3 (37,5)    4 (18,18)  22  30  0,34 
Autonomie           22  30   
Alimentation    8 (100)      21 (95,45)     
Toilette et habillage    7 (87,5)      19 (86,36)     
Prise de médicament    7 (87,5)      20 (90,91)     
Mode mictionnel           22  30 
MS    7 (87,5)      19 (86,36)       
MS+AS    1 (12,5)      3 (13,64)       
Port de protection           22  30   
Jour    4 (50)      9 (40,91)      0,7 
Nuit    3 (37,5)      4 (18,18)      0,34 
Activité professionnelle           22  30  0,68 
Oui    3 (37,5)      12 (54,55)       
Temps de marche moyen/jour (en minutes)   45 (35,86)    81,36 (122,41)    22  30  0,22 
MMS   27 (3,07)    27,41 (2,61)    22  30  0,72 
BREF   16,5 (2,33)    16,09 (2,37)    22  30  0,68 
Dubois   9,25 (0,89)    9,23 (1,34)    22  30  0,97 
SDMT   36,38 (13,88)    34,74 (11,54)    22  30  0,75 
HAD           22  30   
Anxiété  8,13 (4,55)      6,91 (4,87)        0,54 
Dépression  6,2 (5,56)      6,09 (4,24)        0,8 
Total  14,63 (6,63)      13 (7,96)        0,6 
Qualiveen   1,64 (0,86)    1,79 (0,76)    22  30  0,65 
USP           22  30   
IUE  2,38 (1,77)      2,45 (2,92)        0,94 
HAD  7,88 (3,87)      7,14 (3,04)        0,59 
Dysurie  2 (0,93)      2,41 (2,06)        0,46 
Total  12,25 (4,56)      12,0 (5,31)        0,91 
PGI   2,75 (0,89)    2,64 (0,79)    22  30  0,74 
Nombre de miction par 24 h           22  30   
Semaine  9,14 (4,25)      7,65 (3,07)        0,3 
Week-end  8,36 (3,78)      7,01 (2,7)        0,32 
Total  9,03 (4,07)      7,48 (2,98)        0,26 
Coefficient de variation   0,13 (0,02)    0,26 (0,01)    22  30  <0,05* 
Remplissage du CM           22  30   
Complet    6 (75)      13 (59,09)      0,67 
Incomplet    2 (25)      9 (40,91)      0,67 



Légende :
CM : catalogue mictionnel ; Groupe A (CV≤15 %) : stabilité du CM sur les données de 21jours ; Groupe B (CV>15 %) : instabilité du CM sur les données de 21jours ; H : homme ; F : femme ; SEP : sclérose en plaques ; MS : mictions spontanées ; MS+AS : mictions spontanées+auto-sondages ; HAD : Hospital Anxiety and Depression scale ; USP : urinary symptom profile ; IUE : incontinence urinaire d'effort ; HAD : hyperactivité détrusorienne ; TB : toxine botulinique ; PGI : patient global impression of severity ; *p <0,05.



Tableau 3 - Comparaison des 2 groupes classés selon le remplissage du CM.
Paramètres  Complet 
Incomplet 
p  
  Moyenne (SD)  n (%)  Moyenne (SD)  n (%)     
Nombre de jour rempli   21 (0)    19  16,75 (5,61)    12  31   
Âge   50,79 (11,5)    19  51,5 (11,55)    12  31  0,87 
Sexe                 0,71 
  6 (31,58)  19    5 (41,67)  12  31   
BMI   24,48 (5,97)    19  22,01 (3,26)    12  31  0,16 
Femmes non ménopausées     7 (53,85)  13    4 (57,14)  20 
Femmes avec antécédent de grossesse     11 (84,6)  13    4 (57,14)  20  0,29 
Ancienneté de la SEP (années)   16,47 (12,78)    19  14,5 (8,23)    12  31  0,64 
Forme de SEP       19      12  31  0,77 
RR    10 (52,6)      8 (66,67)       
PP    3 (15,79)      1 (8,33)       
SP    6 (31,58)      3 (25)       
EDSS       19      12  31  0,15 
Inférieur à 6    10 (52,6)      7 (58,33)       
Entre 6 et 6,5    4 (21,05)      5 (41,67)       
Supérieur à 6,5    5 (26,32)      0 (0)       
Prise de traitement     12 (63,2)  19    5 (41,67)  12  31  0,29 
Injection de TB intra-sphinctérienne     5 (26,32)  19    2 (16,67)  12  31  0,68 
Autonomie       19      12  31   
Alimentation    18 (94,7)      12 (100)     
Toilette et habillage    15 (79)      12 (100)      0,14 
Prise de médicament    17 (89,5)      11 (91,67)     
Mode mictionnel       19      12  31 
MS    16 (84,2)      11 (91,7)       
MS+AS    3 (15,8)      1 (8,33)       
Port de protection       19      12  31   
Jour    10 (52,6)      3 (25)      0,16 
Nuit    6 (31,58)      1 (8,33)      0,2 
Activité professionnelle       19      12  31  0,72 
Oui    10 (52,6)      5 (41,67)       
Temps de marche moyen/jour (en minutes)   75,79 (133,2)    19  60,42 (35,06)    12  31  0,64 
MMS   26,63 (3,02)    19  27,67 (3,08)    12  31  0,36 
BREF   16,05 (2,55)    19  16,08 (2,27)    12  31  0,97 
Dubois   9,32 (1,25)    19  8,92 (1,31)    12  31  0,4 
SDMT   35,0 (13,57)    19  33 (12,46)    12  31  0,7 
HAD       19      12  31   
Anxiété  7,58 (4,63)      6,83 (4,89)        0,67 
Dépression  7,26 (3,77)      5 (3,86)        0,12 
Total  14,84 (7,23)      11,83 (7,99)        0,29 
Qualiveen   1,87 (0,78)    19  1,51 (0,71)    12  31  0,21 
USP       19      12  31   
IUE  3 (2,85)      1,33 (1,92)        0,09 
HAD  7,74 (2,94)      6,83 (3,61)        0,45 
Dysurie  2,53 (2,06)      2,08 (1,38)        0,52 
Total  13,26 (5,22)      10,25 (4,07)        0,1 
PGI   2,79 (0,85)    19  2,5 (0,74)    12  31  0,33 
Nombre de miction par 24 h       19      12  31   
Semaine  8,6 (3,4)      7,08 (3,37)        0,25 
Week-end  7,6 (3,13)      6,96 (2,87)        0,6 
Total  8,46 (3,33)      6,91 (3,16)        0,22 
Coefficient de variation   0,19 (0,07)    19  0,28 (0,14)    11  30  0,06 
Classe du coefficient de variation       19      11  30  0,67 
Groupe A (≤15 %)    6 (31,58)      2 (16,67)       
Groupe B (>15 %)    13 (68,4)      9 (75)       



Légende :
CM : catalogue mictionnel ; Complet : remplissage des 21jours du CM ; Incomplet : remplissage inférieur à 21jours du CM ; H : homme ; F : femme ; SEP : sclérose en plaques ; MS : mictions spontanées ; MS+AS : mictions spontanées+auto-sondages ; HAD : Hospital Anxiety and Depression scale ; USP : urinary symptom profile ; IUE : incontinence urinaire d'effort ; HAD : hyperactivité détrusorienne ; TB : toxine botulinique ; PGI : patient global impression of severity ; Groupe A (CV≤15 %) : stabilité du CM sur les données de 21jours ; Groupe B (CV>15 %) : instabilité du CM sur les données de 21jours.


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