Récidive biochimique après traitement curatif d’un adénocarcinome prostatique localisé : intérêt de la TEP à la choline dans l’évaluation de la récidive locale

25 octobre 2015

Auteurs : I. Brenot-Rossi
Référence : Prog Urol, 2015, 12, 25, 716-717




 



Je félicite les auteurs pour cet article très intéressant1, concernant l'intérêt de la TEP-choline pour le diagnostic de récidive locale après traitement curatif d'un cancer de prostate. Poncet et al. concluent à une sensibilité insuffisante dans la détection du foyer de récidive locale, malgré une sensibilité de 93 % et une spécificité de 91 % pour le diagnostic de rechute tous sites confondus. Cet article met bien le doigt sur un enjeu majeur de la TEP-choline : y a-t-il des possibilités protocolaires pour améliorer encore les performances de la TEP-choline ?


La plupart des publications sont décrites avec la 11C-choline, traceur limité à quelques centres dans le monde qui dispose d'un cyclotron. Le 11C a une demi-vie brève et a l'énorme avantage de ne pas être éliminé dans les urines, l'analyse du pelvis n'est pas gêné par la présence d'urine marquée dans les voies excrétrices (uretères et vessie). Plus récemment sont apparues des publications avec la 18F-choline, traceur commercialisé en France et donc plus largement disponible, dont l'AMM est la recherche de métastases osseuses du cancer de prostate. 11C-choline et 18F-choline donnent des résultats similaires en termes de détection des foyers de récidive, mais en fait les méta-analyses [1] s'accordent pour conclure que la 18F-choline est plus performante, car sa demie-vie est suffisamment longue pour réaliser l'examen TEP, 45-60min après son injection : la captation de la choline augmente au cours du temps dans les cellules tumorales, et le contraste tumeur/tissu sain est accru. L'inconvénient majeur de la 18F-choline est son élimination urinaire : la présence d'urine marquée dans les uretères et la vessie peut masquer un site de rechute locale. Il n'y a aucun consensus sur le protocole à réaliser pour limiter cet inconvénient. Les études de DeGrado et al. [2] sur la biodistribution de la 18F-choline montrent que la clairance sanguine et l'élimination urinaire s'effectuent durant les 10-15min post-injection IV seulement. Les publications décrivent des protocoles tous différents pour essayer de s'affranchir de la présence d'urine marquée intravésicale. Dans l'étude présentée, les auteurs réalisent une dynamique précoce de 10min. Compte tenu de la cinétique d'élimination urinaire rapide du traceur, cette méthode ne paraît pas idéale. Le risque de faux négatif méconnu avec un petit foyer tumoral, alors que la vessie se remplit d'urine marquée, est tout à fait possible. De plus, il n'est pas précisé si les auteurs ont réalisé l'examen tardif à 45min en se contraignant à vidanger totalement la vessie de l'urine marquée. Personnellement, je pratique toujours une hyperhydratation-hyperdiurèse sur le temps tardif, que je sensibilise avec du Furosémide, afin d'éliminer toute trace d'urine radioactive, afin d'obtenir le meilleur contraste tumoral (Figure 1). D'autres équipes pratiquent ainsi (Graute et al. [3]). Ceci m'a permis « de rattraper » plusieurs cas de récidive locale, non vue initialement, sous- ou rétrovésicale après prostatectomie, ou intraprostatique ou sur une vésicule séminale après radiothérapie, et de permettre un nouveau traitement de rattrapage ciblée [4]. Les résultats de Poncet et al. interpellent : chez 13/55 patients la TEP est négative, et 11/13 patients avaient été traités par radiothérapie. La méta-analyse de von Eyben et Kairemo rapporte qu'après radiothérapie, la TEP-choline est positive dans 86 % des cas et le foyer de récidive est visualisé dans 66 % des cas dans la prostate. On voit donc qu'il y a un enjeu majeur pour la TEP-18F-choline à améliorer ses capacités à détecter la récidive locale. La cinétique du PSA reste le critère majeur, lorsque le taux de PSA est bas, prédictif de positivité de la TEP. La TEP-18F-choline n'en n'est qu'à ses débuts : il est probable, compte tenu de la complexité administrative française, que ce traceur reste longtemps utilisé, même si d'autres molécules sont à l'étude (PSMA-68Ga, FACBC-18F), et il est capital d'améliorer encore ses capacités diagnostiques.


Figure 1
Figure 1. 

Intérêt d'une hyperdiurèse : a : dynamique précoce sur le pelvis les 10 premières min post-injection : le foyer de récidive est masqué par l'urine marquée ; b : acquisition corps entier, 60min post-IV, après hyperdiurèse jusqu'à élimination complète de l'urine marquée de la vessie. Le foyer de récidive apparaît nettement.





Déclaration d'intérêts


L'auteur déclare ne pas avoir de conflits d'intérêts en relation avec cet article.



Références



von Eyben E., Kairemo K. Meta-analysis of 11C-choline and 18F-choline PET/CT for management of patients with prostate cancer Nucl Med Com 2014 ;  35 : 221-230
DeGrado T.R., Reiman R.E., Price D.T., Wang S., Coleman R.E. Pharmacokinetics and radiation dosimetry of 18F-Fluorocholine J Nucl Med 2002 ;  43 : 92-96
Graute V., Jansen N., Übleis C., Seitz M., Hartenbach M., Scherr M.K., et al. Relationship between PSA kinetics and [18F]fluorocholine PET/CT detection rates of recurrence in patients with prostate cancer after total prostatectomy Eur J Nucl Med Mol Imaging 2012 ;  39 : 271-282 [cross-ref]
Brenot-Rossi I., Toledano H., Bastide C., Charrier N., Bertrand S., Rossi D. Place de la 18F-choline TEP/TDM dans la récidive biologique de cancer de prostate avant un traitement de rattrapage par ultrasons focalisés haute intensité (HIFU) Med Nucl 2015 ;  39 : 255 [inter-ref]


1 
D. Poncet, V. Arnoux, J.-L. Descotes, J.-J. Rambeaud, C. Verry, N. Terrier, B. Boillot, J. Dubreuil, C. Lanchon, D. Carnicelli, G. Fiard, J.-A. Long.




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