Questionnaire de qualité de vie UCLA/RAND Prostate Cancer Index après radiothérapie externe pour cancer de prostate localisé : retentissement des complications et qualité de vie générale

17 juin 2003

Mots clés : Cancer, prostate, radiothérapie, qualité de vie.
Auteurs : ALMERAS C., ZERBIB M., ESCHWEGE F., DEBRÉ B.
Référence : Prog Urol, 2003, 13, 256-265
Introduction: Cette étude a comme objectif d'évaluer la qualité de vie après radiothérapie externe pour cancer de prostate localisé à l'aide du questionnaire "UCLA/RAND Prostate Cancer Index". Matériel et méthodes: La traduction fidèle du questionnaire a été envoyée rétrospectivement à 108 patients traités par radiothérapie externe exclusive entre 1989 et 1999 pour cancer de prostate localisé. Les valeurs de référence retenues pour comparaison étaient celles observées par dans une population de contrôle sans cancer de prostate. Des sous-groupes de patients ont été constitués en fonction de la réalisation d'une hormonothérapie néoadjuvante, et de la survenue d'une progression biologique (ASTRO).
Résultats : Le taux de réponse était de 61,1%, l'âge moyen des patients était de 71,9 ans et le recul moyen de 46,5 mois. Le pourcentage de patients "vivant en couple" ou avec "une relation sérieuse" était de 93,4%. Les 3/4 de la population ont répondu être "satisfait" à "très satisfait" vis à vis du traitement réalisé. Les scores obtenus pour la qualité de vie générale étaient comparables à ceux de la population de contrôle de Litwin. Une altération de la fonction et de la tolérance vis à vis de la gêne a été notée par ordre décroissant sur les plans sexuel, digestif et urinaire.
Conclusion : La radiothérapie externe altère essentiellement la qualité de vie liée aux fonctions sexuelle et digestive. Sur le plan urinaire, ce questionnaire n'explore que la continence.

L'évaluation et le maintien d'une bonne qualité de vie après traitement du cancer de prostate sont d'autant plus importants que les patients atteints de cette maladie ont une longue espérance de vie après le diagnostic. Cette qualité de vie varie selon les traitements instaurés et leurs techniques propres. Elle peut donc influencer le désir du patient concernant une modalité thérapeutique plutôt qu'une autre. L'étude suivante a consisté en l'évaluation de la qualité de vie de 108 patients traités par radiothérapie externe pour cancer de prostate localisé, à l'aide d'une traduction française fidèle du 'UCLA/RAND Prostate Cancer Index'.

Matériel et méthodes

Entre 1989 et 1999, 116 patients porteurs d'un cancer de prostate T1-4 Nx M0 ont reçu une radiothérapie externe (conventionnelle ou de conformation) avec ou sans hormonothérapie néo-adjuvante. L'hormonothérapie néo-adjuvante, lorsqu'elle a été réalisée, a consisté, pour la grande majorité des cas, en un blocage complet d'environ 4 mois, et s'arrêtant à la fin de l'irradiation.

Des questionnaires de qualité de vie ont été envoyés par la poste à 108 d'entre eux dont l'adresse a été retrouvée. Le questionnaire est une traduction française fidèle du 'UCLA/RAND PROSTATE CANCER INDEX', dont le but est la mesure de la qualité de vie rapportée à la santé des patients sur les 4 dernières semaines. Créé initialement pour l'évaluation du retentissement de la prostatectomie radicale sur la qualité de vie des malades, cet instrument a été validé en plusieurs langues dont l'Anglais et le Français canadien. Il comporte 3 parties : - RAND 36-Item Health Survey 1.0 :Il s'agit d'un questionnaire de 11 chapitres et de 36 questions portant sur l'évaluation de la qualité de vie générale rapportée à la santé du patient. Il évalue 8 domaines : Etat Physique (10 questions), Retentissement de l'état physique (4 questions), Retentissement de l'état moral (3 questions), Activités sociales (2 questions), Douleurs corporelles (2 questions), Bien-être émotionnel (5 questions), Energie/fatigue (4 questions), Perception de sa santé globale (6 questions). La 11e question n'est pas prise en compte et ne vise que le changement de santé depuis l'année précédente. Il s'agit du premier instrument d'évaluation de la qualité de vie générale. Il peut être comparé dans la littérature au 'SF-36', dont les scores sont légèrement différents mais rapportant des résultats équivalents. - UCLA/RAND Prostate-targeted Index :Il concerne les chapitres 12 à 28, portant sur 20 questions qui évaluent la qualité de vie rapportée à un organe, spécifique d'une pathologie. Il a été créé pour les malades traités pour cancer de prostate en supplément au RAND 36-Item Health Survey 1.0. Il évalue 6 domaines : Fonction sexuelle (8 questions), Statut mictionnel (5 questions), Etat digestif (4 questions), Gêne engendrée par la fonction sexuelle (1 question), Gêne engendrée par le statut mictionnel (1 question), Gêne engendrée par l'état digestif (1 question). - Questions en rapport avec le statut social des patients :Elles ont été adaptées à la population française avec la suppression de la question ethnique qui évalue les origines géographiques des malades américains. Elle comporte 4 questions (29-32) : vie de couple, statut marital, activité professionnelle, consommation de tabac.

Une question supplémentaire (33) évalue la satisfaction globale vis à vis du traitement, mais ne participe pas à l'étude du UCLA/RAND Prostate-targeted Index.

Les questionnaires ont tous été envoyés par la poste, avec une lettre explicative. Les questionnaires ont été conçus pour que les réponses soient anonymes par la présence d'un codage discret. Le calcul des réponses a été réalisé conformément aux recommandations du 'UCLA Quality of Life Project's Prostate Cancer Index' : chaque réponse a été décodée selon les tables de recommandations, puis les moyennes de ces réponses ont été calculées pour chaque domaine. Les données manquantes ont été ignorées. Si leur nombre excédait les 20% du UCLA/RAND prostate-targeted index, ce dernier n'a pas été calculé. Les scores finals étaient compris entre 0 et 100 pour chaque domaine, les plus élevés correspondant à un meilleur résultat fonctionnel.

Quatre groupes de patients ont été ensuite distingués : patients avec ou sans évolution biochimique (selon la définition de l'ASTRO), et patients traités avec ou sans hormonothérapie néoadjuvante. Ont été alors répertoriés, les pourcentages obtenus par chaque groupe concernant les questions du UCLA/RAND Prostate-targeted Index, ainsi que les scores moyens obtenus pour les différents domaines des RAND 36-Item Health Survey 1.0 et UCLA/RAND Prostate-targeted Index.

Les valeurs retenues comme réponses de référence à ce questionnaire, sont celles rapportées Litwin [9] lors de l'étude portant sur des patients 'sans cancer de prostate', issus par randomisation d'une population recensée lors d'une campagne de dépistage en Californie du sud.

L'analyse comparative des résultats des deux techniques d'irradiation (conventionnelle et de conformation) n'a pas pu être réalisée en raison de la petitesse de l'effectif et du recul de la population traitée par la deuxième technique.

RÉSULTATS

Le taux de réponse était de 61,1% avec soixante six questionnaires retournés. Les réponses ont été obtenues dans les 2 mois qui ont suivi l'envoi du questionnaire, avec un délai moyen de 46,5 mois depuis la fin de la radiothérapie (16-138 mois). Aucun patient n'a été exclu suivant les recommandations du 'UCLA/RAND PROSTATE CANCER INDEX'. L'âge moyen lors de la réponse au questionnaire était 71,9 ans (59-79 ans), comparable à celui de la population de contrôle de Litwin qui était de 72,5 ans.

Les résultats ont rapporté que la très grande majorité des patients traités vivaient en couple ou avaient une 'relation sérieuse' avec des taux de 91,5 à 100% selon les groupes constitués, et qu'ils étaient retraités (87,5 à 94,1%). On a pu constater cependant que les patients qui ont reçu une hormonothérapie néoadjuvante étaient sensiblement plus jeunes (âge moyen : 69,3 ans) et plus actifs (87,5% de retraités). Concernant la technique d'irradiation utilisée, un tiers globalement, était de conformation, avec une tendance pour plus de technique conventionnelle chez les patients en évolution biochimique. La dose moyenne délivrée était de 66,42 Gy dans la population totale, avec une tendance vers une dose moindre pour les patients en évolution biochimique (64,78 Gy).

Fonction sexuelle

L'analyse des résultats se rapportant à la fonction sexuelle a mis en évidence un très faible pourcentage de patients ayant des érections de qualité suffisante pour permettre la pénétration : 7,7 % dans la population totale contre 50% rapportés par Litwin dans sa population de contrôle. A l'ensemble des questions, on a pu constater une dégradation de la fonction sexuelle (Tableau I et Figure 1).

Tableau 1 : Fonction sexuelle
Figure 1 : Scores obtenus au prostate targeted index pour la fonction (colonnes rectangulaires) et la gêne sexuelle (colonnes arrondies). Les deux premières colonnes (en bleu) rapportent les scores obtenus par la population de contrôle de Litwin.

Etat digestif

Il a été noté une augmentation des besoins impérieux digestifs et de la fréquence des diarrhées (Tableau II et Figure 2).

Tableau 2 : Etat digestif
Figure 2 : Scores obtenus au prostate targeted index pour la fonction (colonnes rectangulaires) et la gêne digestive (colonnes arrondies). Les deux premières colonnes (en bleu) rapportent les scores obtenus par la population de contrôle de Litwin.

Etat mictionnel

Les questions posées concernant l'état mictionnel ont porté essentiellement sur la continence (fréquence des fuites, contrôle des mictions, nombre de garnitures quotidiennes). Les réponses à ces questions (Tableau III et Figure 3) ont été relativement proches de celles obtenues dans la population de contrôle de Litwin, avec cependant une augmentation modérée des fuites. C'est la population qui a reçu une hormonothérapie néoadjuvante qui a rapporté les pourcentages les plus proches de ceux de la population de contrôle.

Tableau 3 : Statut mictionnel
Figure 3 : Scores obtenus au prostate targeted index pour la fonction (colonnes rectangulaires) et la gêne urinaire (colonnes arrondies). Les deux premières colonnes (en bleu) rapportent les scores obtenus par la population de contrôle de Litwin.

Problèmes induits par la gêne créée et satisfaction vis à vis du traitement

A la question rapportée à la gêne sexuelle (Figure 4), on a pu constater une augmentation des 'petit', 'moyen' et 'gros' problèmes avec 41,3% de 'gros' problème dans la population totale contre 31% dans la population de contrôle de Litwin. Pour la population en évolution et celle qui a reçu une hormonothérapie néoadjuvante, l'augmentation a surtout porté sur les problèmes 'moyens'. Le pourcentage de patients 'vivant avec une personne' ou 'ayant une relation sérieuse' parmi ceux qui ont répondu n'avoir 'aucun problème', un problème 'minime', 'petit', 'moyen' ou 'gros' représentaient 87,5% (7/8), 85,7% (6/7), 90% (9/10), 91,7% (11/12) et 96,2% (25/26).

A la question portant sur la gêne mictionnelle (Figure 4), les résultats étaient semblables à ceux de la population de contrôle de Litwin. On a pu noter cependant 75% de réponses 'aucun' problème dans la population qui a reçu une hormonothérapie néoadjuvante contre 60% dans la population de contrôle de Litwin.

A la question portant sur la gêne digestive (Figure 4), les résultats montraient une augmentation des problèmes avec 34,8% de réponses 'aucun problème' dans la population totale contre 66% dans la population de contrôle de Litwin. Pour les populations en évolution et ayant reçu une hormonothérapie néoadjuvante, l'augmentation a surtout porté pour les problèmes 'minime', 'petit' et 'moyen', avec 58,8 et 50% de réponses à 'aucun problème'.

Concernant la satisfaction vis à vis du traitement, 76,2% de 'satisfait' ou 'très satisfait' et 4,8% de 'mécontent' ou 'très mécontent' ont été rapportés dans la population totale. Des tendances ont été notées pour les réponses suivantes : un taux plus élevé à 29,4% dans la population en évolution pour la réponse 'ne se prononce pas', un faible taux (5,9%) de 'très satisfait' et un fort taux (64,7%) de 'satisfait' dans la population en évolution, un plus faible taux (43,8%) de 'satisfait' et un fort taux (37,5%) de 'très satisfait' dans la population ayant reçu une hormonothérapie néoadjuvante.

Figure 4 : Problèmes ressentis dans la population irradiée totale (%)

Scores des RAND 36-Item Health Survey 1.0 et UCLA/RAND Prostate-targeted Index

Les résultats sont répertoriés dans le Tableau IV. A noter pour la Gêne engendrée par l'état sexuel, un score (33,7/100) nettement inférieur à celui obtenu par la population de contrôle de Litwin. Cette tendance est confirmée par le score de sa population irradiée. Le score le moins bon était réalisé par la population sans hormonothérapie néoadjuvante (32,4/100) et le meilleur par la population qui a reçu une hormonothérapie néoadjuvante (37,5/100). Cependant cette dernière population est aussi celle qui avait l'âge moyen le plus faible et devait donc être comparée au sous groupe 'plus jeune' de la population de contrôle de Litwin dont le score de gêne était supérieur.

Tableau 4 : Populations et scores moyens dans les différents domaines étudiés par le RAND 36-Item Health Survey 1.0 et le Uclan/RAND prostate-targeted Index (score/100).

Discussion

Le taux de réponse était comparable aux autres études déjà publiées. Il a été démontré que les patients qui n'ont pas répondu complètement au questionnaire n'étaient pas différents de ceux qui ont répondu [1].

Le délai séparant la fin de la radiothérapie de la réponse au questionnaire était de 46,5 mois en moyenne avec des extrêmes de 16 à 138 mois, donnant un recul satisfaisant qui permet d'obtenir une évaluation fiable de la qualité de vie après radiothérapie pour cancer de prostate.

Les résultats obtenus par Litwin [8, 9] lors de l'étude portant sur des patients 'sans cancer de prostate' [9] ont permis de disposer de valeurs de référence pour les réponses au questionnaire du 'UCLA/RAND PROSTATE CANCER INDEX', et de réaliser que la population de contrôle sans cancer de prostate n'était pas indemne de troubles digestifs, urinaires ou sexuels. Les chiffres obtenus en réponse au questionnaire ne doivent donc pas être comparés à un résultat maximal (100) mais aux valeurs retrouvées dans la population de contrôle. Cependant cette population de contrôle est issue de la population de Californie du sud, différente sur le plan de la répartition des ethnies et sur celui de l'acceptation d'un tel questionnaire par rapport à une population française ou européenne.

L'analyse du contexte social a démontré qu'à l'âge moyen de 71,9 ans (59-79 ans), 93,4% des patients 'vivaient en couple' ou 'avaient une relation sérieuse', et 92,2% étaient à la retraite. Ces paramètres sont d'autant plus importants, qu'ils permettent de mieux interpréter les résultats obtenus au questionnaire, notamment concernant le RAND 36-Item Health Survey 1.0 (qualité de vie générale, corrélée aux activités sociales des patients) et l'analyse de la fonction sexuelle par le UCLA/RAND Prostate-targeted Index (corrélée à l'existence d'une 'relation sérieuse'). Au travers des publications, les taux de patients mariés varient de 71 à 85% [1, 2, 9, 11].

Fonction sexuelle

Seulement 7,7% de la population totale rapportait l'existence d'érections de qualité suffisante pour permettre la pénétration contre 50% dans la population de contrôle de Litwin.

La radiothérapie affecte donc considérablement la qualité des érections. Cette dysfonction érectile radio-induite n'est pas immédiate mais se développe progressivement notamment vers 12 mois. Concernant le nombre de rapports avec pénétration en 4 semaines, 76,9% des patients n'en ont eu aucun contre 65% dans la population de contrôle de Litwin. La libido et l'orgasme sont aussi altérés avec seulement 18,5 et 10,6% de 'bonne' à 'très bonne' qualité contre 40 et 57% dans la population de contrôle de Litwin.

Un pourcentage sensiblement meilleur a été observé pour les patients sans évolution biochimique et sans hormonothérapie néoadjuvante concernant la qualité des érections, la libido et l'orgasme, alors que la tendance était inverse pour la fréquence des érections désirées et des érections nocturnes. Ces résultats suggèrent une responsabilité de l'hormonothérapie dans la détérioration des érections par diminution de la libido et de la capacité à atteindre l'orgasme, alors que les patients sans hormonothérapie ont soit des érections préservées 'satisfaisantes', soit une véritable impuissance avec absence d'érection nocturne, peu d'érections voulues.

L'état sexuel rapportait un score (20,8/100) nettement inférieur à celui de la population de contrôle de Litwin (47/100). Cet état dépendait aussi de la prescription d'une hormonothérapie, les meilleurs scores ayant été atteints par la population sans évolution biochimique et la population qui n'a pas reçu d'hormonothérapie néoadjuvante.

Le problème engendré par la gêne sexuelle était majoré dans la population irradiée par rapport à celle de contrôle. Il n'existe pas de différence notable de pourcentage de patients 'vivant en couple' ou 'ayant une relation sérieuse' entre les différentes réponses qui caractérisent ce problème. La perception du problème est donc indépendante du mode de vie des patients.

La gêne sexuelle rapportait un score (33,7/100) nettement inférieur à celui obtenu par la population de contrôle (47,8/100). La différence observée entre les populations avec et sans hormonothérapie néoadjuvante doit être interprétée avec beaucoup de retenue en raison des moyennes d'âge non comparables de ces deux populations.

La radiothérapie externe induit donc une dysfonction érectile d'installation retardée et progressive (augmentation de 42%). Un traitement par hormonothérapie d'une évolution biochimique ou en néoadjuvant altère la libido et la capacité à l'orgasme. Cette dysfonction est assez mal tolérée par la population concernée, quelque soit son mode de vie (en couple ou non).

Dans les différentes publications portant sur ce sujet, plusieurs auteurs ont déjà utilisé ce questionnaire (UCLA) pour évaluer les conséquences sur la fonction sexuelle de la radiothérapie mais aussi celles d'autres modalités thérapeutiques. Le problème initial pour permettre une comparaison est de connaïtre la fonction sexuelle des patients avant traitement, ou dans la population sans cancer de prostate. Dans la population de contrôle de Litwin [9] (sans cancer de prostate), 2/3 des patients rapportent une faible libido ainsi qu'une faible capacité à obtenir une érection et à atteindre l'orgasme, 50% arrivent à obtenir des érections suffisantes pour la pénétration et 2/3 n'ont pas eu de rapport avec pénétration dans le mois passé. Moins de 75% de 1651 patients rapportaient des érections permettant une pénétration avant le diagnostic de cancer de prostate [11].

Litwin [8] n'a pas constaté de différence entre la prostatectomie radicale et la radiothérapie, mais toutes deux avaient plus de retentissement que l'observation simple. Dans l'étude de Johnstone [7], il n'a pas été mis en évidence de différence avec la population de Litwin traitée par prostatectomie [8], mais une altération par rapport à la population de contrôle.

D'autres questionnaires ont été aussi utilisés (SF36, POMS, QUFW94, AUA symptom problem index et Benign Prostatic Hyperplasia Impact index). Beard [1] a constaté que la fonction érectile s'était détériorée pour toute la population après radiothérapie, et environ 40% des patients ont rapporté une diminution marquée du désir et de la satisfaction sexuelle. La proportion de patients ayant des érections insuffisantes pour la pénétration est passée de 43% à 64% à 12 mois. A 12 mois une impuissance totale était rapportée par 20% du groupe traité par radiothérapie de conformation et par 44% du groupe qui a reçu une irradiation pelvienne associée. Pour Fransson [4], il existe entre 4 et 8 ans, une augmentation (non significative) de la dysfonction érectile (de 56 à 65%) sauf pour les patients qui ont reçu une hormonothérapie adjuvante. Une différence significative entre 4 et 8 ans a été rapportée montrant une diminution de l'activité sexuelle. A 4 ans comme à 8 ans, la libido et la fonction érectile étaient plus diminuées chez les patients traités avec une hormonothérapie adjuvante que chez les patients traités par radiothérapie simple. Hamilton [5] a noté une altération progressive de la fonction sexuelle. Parmi les 57% de patients puissants avant l'irradiation, 43% n'avaient plus d'érection suffisante pour la pénétration à 24 mois. Le problème ressenti a lui aussi augmenté de 15 à 40%. Un 'gros problème' est exprimé par deux fois plus de patients avant l'âge de 65 ans qu'entre 65 et 74 ans.

Fonction digestive

L'état digestif rapportait un score (72,1/100) inférieur à celui de la population de contrôle de Litwin (86/100), mais dans des proportions qui restaient tolérables (altération de 14%). Les scores les meilleurs ont été obtenus par les populations en évolution et celle qui a reçu une hormonothérapie néoadjuvante. Cette altération de la fonction digestive repose essentiellement sur l'augmentation des besoins impérieux et des diarrhées dans la population irradiée. La population qui a reçu une hormonothérapie néoadjuvante semble avoir moins de troubles digestifs que les autres populations. Est-ce le traitement néoadjuvant qui en est responsable par la diminution de volume-cible prostatique, ou est-ce dû à la plus grande proportion de patients qui ont reçu une irradiation de conformation dans cette même population ? Concernant la population en évolution, est-ce la dose délivrée plus faible qui est responsable de cette meilleure tolérance ?

Les troubles digestifs induits sont globalement mal tolérés, avec des scores nettement moins bons concernant la gêne digestive, le problème et les désagréments engendrés dans la population irradiée.

Parmi les publications qui ont utilisé le même questionnaire (UCLA) pour la fonction digestive, celle de Litwin [9] qui étudiait sa population de contrôle, a montré que 1/3 des patients avaient des impériosités, la diarrhée et les douleurs étaient inhabituelles, et 2/3 des patients disaient n'avoir aucun problème. Il n'existait pas de différence significative entre les patients traités par radiothérapie, prostatectomie radicale et observation simple, mais la gêne était plus importante en cas de radiothérapie [8].

D'autres publications ont utilisé d'autres questionnaires : SF36, AUA symptom problem index et Benign Prostatic Hyperplasia Impact index, QUFW94, et POMS. Peu de patients ont rapporté des symptômes digestifs avant traitement. Leur incidence a augmenté à 3 mois (diarrhée : 16%, impériosités : 30%) pour diminuer à 12 mois (diarrhée : 11%, impériosités : 19%) [1]. Pour Hamilton [5], il existe une augmentation des troubles à 6 mois (besoins impérieux et spasmes) suivie d'une diminution jusqu'au niveau de base à 24 mois. Aucune augmentation des complications tardives digestives n'a été constatée entre 4 et 8 ans [4]. Hanlon [6] a trouvé que les urgences rectales et la fréquence des troubles étaient plus importantes dans le groupe traité par irradiation pelvienne. Il n'existait pas de différence concernant les rectorragies. Parmi les patients irradiés à tout le pelvis, 5% portaient des protections pour des troubles de continence. McCammon [10] a observé une fonction digestive plus mauvaise après irradiation (28,4%) qu'après chirurgie (10,5%).

Fonction urinaire

Les réponses (82,6/100) obtenues concernant l'état urinaire étaient relativement proches de celles de la population de contrôle de Litwin (90/100). Cette tendance se confirme à l'analyse des questions posées. La différence observée est due tout de même à une petite majoration des fuites. C'est la population qui a reçu une hormonothérapie néoadjuvante qui rapportait les pourcentages les plus proches de ceux de la population de contrôle. Est-ce le traitement néoadjuvant qui en est responsable par la diminution de volume prostatique, ou est-ce dû à la plus grande proportion de patients qui ont reçu une irradiation de conformation dans cette même population ?

La gêne mictionnelle était tout à fait comparable à celle de la population de contrôle. A deux reprises, la population qui a reçu une hormonothérapie néoadjuvante rapportait même de meilleurs scores. Cette tendance pourrait être expliquée par une diminution du volume prostatique chez des patients qui avaient des troubles mictionnels prévalants en rapport avec un adénome prostatique associé ou un gros volume tumoral.

Ce questionnaire n'explore cependant que la continence, alors qu'à l'opposé de la prostatectomie radicale, ce sont les cystites, hématuries et dysuries induites qui prédominent après irradiation. Ceci explique les bien meilleurs résultats obtenus par les séries irradiées que chirurgicales dans la littérature. C'est une véritable évaluation de la 'qualité de vie mictionnelle' référençant de nombreux symptômes urinaires, et non seulement la continence, qui devrait être réalisée.

Parmi les publications qui ont utilisé le même questionnaire (UCLA) pour la fonction urinaire, celle de Litwin [9] qui étudiait sa population de contrôle, a rapporté 69% de contrôle mictionnel complet sans fuite. Les meilleurs scores sont atteints par les patients traités par radiothérapie ou observation [8]. Johnstone [7] n'a pas mis en évidence de différence entre sa population irradiée et la population de Litwin traitée par prostatectomie.

D'autres publications ont utilisé d'autres questionnaires : SF36, AUA symptom problem index et Benign Prostatic Hyperplasia Impact index, QUFW94, et POMS. Le symptôme principal est la pollakiurie nocturne qui constitue un problème pour plus de 40% des patients [1]. L'incontinence ne concerne que très peu de patients [1]. Dans l'étude de Fransson [4] entre 4 et 8 ans de recul, aucune augmentation des complications urinaires n'a été constatée. Une amélioration de la pollakiurie, de la dysurie et de l'hématurie a même été notée. Une forte corrélation a été constatée entre les problèmes urinaires et le retentissement dans les activités quotidiennes à 4 et 8 ans. A 4 ans c'est l'impériosité mictionnelle qui prédomine comme symptôme invalidant ainsi que par sa fréquence, tandis qu'à 8 ans c'est le statut mictionnel global et l'incontinence. Hanlon [6] a démontré que plus les champs d'irradiation étaient larges, plus la gêne était grande. Parmi tous les patients irradiés 17% déclaraient être améliorés par rapport à leur statut avant irradiation.

RAND 36-Item Health Survey 1.0

D'une manière générale, les scores obtenus pour chaque domaine de qualité de vie générale sont comparables à ceux de la population de contrôle de Litwin ('Etat physique', 'Energie/fatigue', 'Bien être mental', 'Douleur'). Cependant, un score inférieur a été rapporté pour les 'Limitations causées par l'état physique', 'Etat et comportement social', et la 'Santé globale', et notamment pour la population en évolution biochimique. Pour les 'Limitations causées par l'état mental' un taux supérieur à celui de la population de contrôle de Litwin a même été constaté.

Parmi les publications qui ont utilisé le même questionnaire (UCLA) pour l'évaluation de la qualité de vie générale, celle de Litwin [8] n'a pas montré de différence entre les 3 groupes traités par prostatectomie radicale, radiothérapie, ou observation simple. Johnstone [7] n'a pas observé de différence entre sa population irradiée et la population de contrôle de Litwin en dehors d'une tendance pour plus de 'fatigue' et plus de 'limitations par l'état physique'. Smith [11] a eu de moins bons résultats pour le groupe traité par hormonothérapie concernant 'l'état physique', la 'fonction sociale' et le 'bien-être émotionnel'.

D'autres publications ont utilisé d'autres questionnaires : SF36, AUA symptom problem index, et QUFW94. Dans l'étude de Beard [1], tous les scores se sont améliorés entre 3 et 12 mois en dehors de 'l'énergie/fatigue' et de la 'douleur'. Aucune différence significative n'a été notée entre les différents groupes de traitement (irradiation pelvienne associée, irradiation 'petits champs' conventionnelle, et irradiation de conformation). Cependant une décroissance était plus marquée chez les patients qui ont reçu une irradiation pelvienne associée, notamment concernant 'Energie/fatigue'. Clark [2] n'a pas mis en évidence de différence entre chirurgie et radiothérapie. Une modification des résultats avec l'émergence de la dysfonction érectile après 12 mois a été observée. A 3 mois un déclin a été noté pour: 'limitations dues à l'état physique', 'vitalité', 'fonction sociale', 'douleurs'. A 12 mois seules les douleurs n'ont pas retrouvé leur niveau initial. Les améliorations observées au SF36 sont survenues chez des patients sans symptôme. Alors qu'il existe une amélioration significative des scores entre 6 et 24 mois [5], Fransson [4] n'a pas constaté d'amélioration au delà de 4 ans (entre 4 et 8 ans).

Satisfaction vis à vis du traitement

Globalement, les trois quarts de la population irradiée étaient 'satisfaits' à 'très satisfaits' du traitement reçu pour leur maladie prostatique, et 4,8% étaient 'mécontents' à 'très mécontents'. C'est la population qui a reçu une hormonothérapie néoadjuvante qui était la plus 'très satisfaite'.

Ces résultats sont proches de ceux de la littérature, qui rapportent 66% [5] à 93-94% [10] de personnes satisfaites. L'incontinence et la gêne digestive sont corrélées à la satisfaction [10], tandis que la gêne urinaire serait plus corrélée à l'insatisfaction que la gêne sexuelle [11].

CONLUSION

La qualité de vie après radiothérapie externe pour cancer de prostate localisé, évaluée par la traduction française fidèle du 'UCLA/RAND PROSTATE CANCER INDEX', a révélé les retentissements des différents effets secondaires et complications de ce traitement. La connaissance de ces résultats devrait permettre d'améliorer les indications thérapeutiques.

Références

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