Quelles eaux de boisson faut-il consommer ?

25 novembre 2010

Auteurs : J. Hubert
Référence : Prog Urol, 2010, 11, 20, 806-809




 



L’Europe, et la France en particulier, ont une longue tradition de thermalisme, et la commercialisation de ces eaux bienfaitrices est très ancienne : Louis XIV déjà faisait transporter à sa cour de l’eau minérale depuis le bassin de Vichy. Au xixe siècle, l’aristocratie allait « aux eaux » pour bénéficier des bienfaits de ces boissons. Depuis, avec le développement de la grande distribution, ces eaux ont été mises en bouteille et sont disponibles partout en France, voire dans le monde pour certaines d’entre elles (Figure 1).


Figure 1
Figure 1. 

Quelles eaux choisir ?




Ces eaux minérales ne sont cependant pas les seules sur ce marché très disputé (le chiffre d’affaire 2005 de l’eau en bouteille est de €1,85 Md) par trois grands groupes : Nestlé, Danone, Neptune. Les eaux de source pré-emballées et les eaux de distribution partagent le marché.


Le marché de l’eau en bouteille semble marquer le pas depuis 2008, les Français consommant de plus en plus d’eau du robinet. Beaucoup restent cependant soupçonneux vis-à-vis des eaux de distribution publique (« eaux du robinet »), et achètent par principe de l’eau en bouteille sans toujours distinguer les eaux minérales naturelles des eaux de source.


Qu’en est-il de ces différentes eaux et quelles sont les conséquences pour le consommateur ?


Et dans le domaine plus particulier de l’urologie ?


Les eaux de boisson : législation


Une eau potable doit pouvoir être bue toute la vie sans risque pour la santé. La loi définit des normes de potabilité :

bactériologiques, obligatoires pour toutes les eaux ; à la différence de pays comme le Japon ou les États-Unis où les eaux sont stérilisées, les eaux françaises ne sont pas stériles ;
physicochimiques (calcium, bicarbonates, nitrates, sulfates, sodium, fluor…) qui ne concernent que les eaux de source et de distribution.


La loi distingue trois catégories d’eaux de boisson.


Les eaux de distribution publique (« eau du robinet »)


Eaux souterraines (sources ou forages), ou eaux superficielles provenant de pompages directs (rivières, canaux, lacs…), elles sont soumises à des analyses fréquentes, au moins annuelles et variables selon la population desservie. Leur composition est disponible et affichée en mairie.


Elles doivent répondre à des critères de potabilité : physicochimiques (pH, Cl, SO4 , Mg, Na, K…), organoleptiques (saveur, odeur, couleur…) et microbiologiques ; elles doivent être exemptes de substances indésirables (NO3 , F…), de substances toxiques (Pb, As…) et de micropolluants organiques (pesticides…).


Les eaux de source pré-emballées


(Toutes les eaux embouteillées ne sont donc pas « minérales »).


Eaux d’origine souterraine à l’abri de toute pollution, aptes à la consommation humaine sans traitement ou adjonction, et répondant aux mêmes exigences de qualité que les eaux de distribution, elles sont naturellement potables.


À un nom commercial identique correspondent souvent des sources différentes, de compositions différentes, avec parfois des variations importantes, mais restant dans le cadre légal. Par exemple, pour la marque Cristaline®, provenant d’une vingtaine de sources différentes (Figure 2), la concentration du calcium varie de 6,4 à 165mg/L, de sulfates de 3 à 220mg/L, de nitrates de 0 à 19mg/L ; par ailleurs, la mention « convient pour l’alimentation des nourrissons » n’est pas attribuée à toutes les sources de cette marque.


Figure 2
Figure 2. 

La marque commerciale Cristaline® recouvre plus de 20 sources différentes et autant de compositions physicochimiques.




Les eaux minérales naturelles pré-emballées


Ce sont des eaux d’origine souterraine avec préservation de l’impluvium. Elles peuvent se prévaloir de propriétés favorables à la santé (après avis de l’Académie de médecine), bénéficient d’une nature et d’une pureté originelles, stables dans leur composition. Elles répondent aux critères de potabilité microbiologique, mais pas obligatoirement physicochimique : les eaux « minérales » ne sont pas forcément « potables » stricto sensu, puisque non soumises aux mêmes règles que les eaux de source.


Elles sont classées en fonction de leur minéralisation (quantité totale de sels dissous = « résidu sec à 180°C ») qui peut excéder les normes de potabilité imposées aux autres catégories d’eaux.


Certaines eaux minérales pourraient ainsi être qualifiées « d’alicaments » : elles étaient au départ disponibles en pharmacie sur prescription médicale et permettaient aux patients de profiter à domicile d’une partie des bienfaits d’une cure thermale (Figure 3).


Figure 3
Figure 3. 

Eau minérale Mont-Dore : initialement disponibles en pharmacie sur prescription médicale, les eaux minérales ont été progressivement commercialisées par la grande distribution.




Maintenant qu’elles sont distribuées en supermarché, on peut retenir que du fait d’une minéralisation mal équilibrée pour un petit nombre d’entre elles, une consommation exclusive et au long cours peut apporter des effets bénéfiques, mais également entraîner des effets néfastes conduisant à des précautions, voire certaines contre-indications. En particulier, quelques-unes contiennent des quantités d’ions (sodium, fluor…) telles qu’elles devraient être contre-indiquées chez certains patients.


Fort heureusement cependant, la plupart d’entre elles peuvent être consommées par toutes les catégories de la population (hormis les nourrissons et certains malades), grâce à leur teneur modérée et équilibrée en minéraux ainsi qu’en oligo-éléments.


Autres eaux


De nouvelles variétés de boissons apparaissent sur le marché :

de façon récente, mais en pleine expansion, les boissons « à base d’eau minérale », aromatisées et souvent additionnées en sucre. Elles constituent un apport calorique supplémentaire, parfois élevé, facteur d’obésité de l’enfant et de l’adolescent, notamment. Ces eaux sucrées devraient être soumises à la même limitation que les sodas pour leur distribution dans les établissements scolaires ;
de façon encore anecdotique en France, les eaux purifiées reconstituées, produites par traitement (osmose inverse), généralement à partir d’une ressource en eau (qui peut être une eau de distribution), puis additionnées de différents sels minéraux adaptés aux goûts et habitudes du pays concerné et distribuées en bouteilles. Sur le plan légal, ces eaux bénéficient du même flou juridique et posent les mêmes problèmes concernant l’information du consommateur.


Eaux minérales naturelles dans l’alimentation


En fonction de la présence prédominante d’un ou de plusieurs paramètres originaux susceptibles d’avoir une action particulière, on peut les distinguer selon leur composition physicochimique comme par exemple :

eau « sulfatée » dont la teneur en sulfates est supérieure à 200mg/L (en SO42−). Au-delà de 300mg/l sulfates, elles ont une action reconnue d’accélération du transit intestinal. Toutes les mamans savent qu’un ou deux biberons reconstitués avec de l’eau Hepar®, très riche en sulfates, peut suffire à réduire une constipation du bébé. L’utilisation au long cours est, en revanche, déconseillée. Chez l’adulte, une eau sulfatée peut avoir les mêmes effets bénéfiques, mais aussi les mêmes inconvénients si elle est consommée au long cours ;
eau « magnésienne » dont la teneur en magnésium est supérieure à 50mg/L (en Mg2+). Le magnésium aurait un effet anti-stress et anti-fatigue. Des apports excessifs sont contre-indiqués en cas d’insuffisance rénale ;
eau « très faiblement minéralisée » dont la teneur en sels minéraux inférieure à 50mg/L, ou « faiblement minéralisée » (teneur<500mg/L) ; leur goût agréable en fait un moyen utile d’hydratation. Comme toutes les autres eaux (de source ou du robinet) dont le résidu sec est inférieur à 1500mg/l, ces eaux peuvent être préconisées lorsqu’on souhaite une augmentation de la diurèse (infections urinaires…) ;
eau « calcique » dont la teneur en calcium est supérieure à 150mg/L (en Ca2+). Des eaux fortement calciques permettent d’aider à couvrir les besoins journaliers (800 à 1000mg/j) en calcium chez les personnes peu amatrices de laitages-fromages. Elles sont à éviter chez les patients développant des lithiases oxalocalciques calcium-dépendantes ;
eau « bicarbonatée » dont la teneur en bicarbonates est supérieure à 600mg/L. Les bicarbonates assurent une alcalinisation des urines, propriété utilisée pour le traitement des lithiases urinaires uriques ;
eau « fluorée » dont la teneur en fluor est supérieure à 1mg/L (en F). Le fluor a un effet bénéfique sur la prévention des caries dentaires, mais un excès peut entrainer une fluorose dentaire, voire osseuse. Les eaux minérales autrefois très riches en fluor ont maintenant l’autorisation d’un traitement permettant d’en réduire fortement le taux ;
eau « sodique » dont la teneur en sodium est supérieure à 200mg/L (en Na+). Elles peuvent mettre à mal un régime hyposodé si les patients n’en sont pas prévenus.


Eaux de source dans l’alimentation


Répondant aux mêmes critères de potabilité, bactériologiques et physicochimiques que les eaux de robinet, ces eaux embouteillées à la source ne nécessitent pas de traitement particulier comme la chloration. Elles peuvent être bues en toutes circonstances ; avec une attention plus particulière au nom de la source, et non au nom commercial dans certains cas pathologiques ou physiologiques.


Comme toutes les eaux embouteillées, elles ne sont pas stériles et doivent être stockées à l’abri de la chaleur tout au long du circuit de distribution.


Eaux du robinet dans l’alimentation


L’eau du robinet est le produit alimentaire le plus contrôlé : elle est obligatoirement une eau potable et de qualité comparable à celle des eaux en bouteille sauf dans de très rares cas, donnant alors lieu à des informations locales officielles (pollution des nappes dans certains secteurs après de fortes pluies, par exemple).


L’eau du robinet est 100 à 300 fois moins chère que l’eau en bouteille. En effet, dans le prix d’une bouteille d’eau ce n’est pas le liquide qui est le plus cher mais l’emballage qui finira à la poubelle (coût du liquide : 20 % ; coût de l’emballage : 80 %).


Ces eaux embouteillées représentent six milliards de bouteilles plastiques jetées chaque année et dont la moitié est incinérée ou enfouie, produisant rejets toxiques et raréfiant de fait les ressources en pétrole (l’eau en bouteille parcourt en moyenne 300km).


L’odeur de chlore qui se dégage parfois de l’eau du robinet est due au chlore ajouté à l’eau pour garantir la qualité bactériologique de l’eau durant son transport dans les canalisations jusqu’au robinet.


Quelques petites astuces font disparaître l’éventuel goût de chlore :

avant de consommer l’eau, la laisser couler quelques instants ;
remplir la carafe d’eau un peu avant de passer à table ;
avoir en permanence une carafe ou une bouteille d’eau au réfrigérateur. Fraîche, et ayant perdu son goût de chlore, elle sera plus appréciée.


Conclusion


Leur minéralisation confère aux eaux de boisson un goût agréable qui les différencie d’une eau distillée, seule eau véritablement pure mais qui est assez peu agréable à boire.


Toutes les eaux de boisson sont autorisées (y compris l’eau du robinet !). On peut cependant recommander d’éviter de boire toute sa vie des eaux fortement minéralisées (>1500mg/L de résidu sec), des eaux sucrées, des eaux contenant un excès de fluor, de sodium ou de sulfates.


De remèdes spécifiques, les eaux minérales naturelles sont devenues un produit de consommation de masse, dont le choix est généralement déterminé par son goût, ainsi que sa disponibilité, sa diffusion commerciale et sa publicité.


L’étude de leur minéralisation en se référant aux mentions légales sur l’étiquette serait cependant souhaitable dans certains cas de fragilité physiologique ou pathologique. Elles peuvent avoir des indications thérapeutiques particulières, notamment en urologie.


Les eaux de source préemballées sont soumises aux mêmes exigences légales de potabilité que les eaux de robinet mais, embouteillées à la source elles n’ont pas besoin de chloration. L’utilisation des bouteilles a cependant un coût financier et écologique non négligeable.


Conflit d’intérêt


Aucun.


Pour en savoir plus



Hubert J, Queneau P. Indications des eaux de boisson : un produit alimentaire banalisé mais très surveillé. La Revue du Praticien Médecine Générale, 2009 ;823:399–403.


Hubert J, Hubert C, Jungers P, Daudon M, Hartemann P. Eaux de boisson et lithiase calcique urinaire idiopathique. Quelles eaux de boisson et quelle cure de diurèse ? Prog Urol 2002;12:692–699.


Queneau P, Hubert J. Place des eaux minérales dans l’alimentation. Rapport d’un groupe de travail de l’Académie nationale de médecine. Bull Acad Natle Med 2006;190:2013–2021.


Sites Internet :


www.CIEAU.com.


www.aquamania.net.


www.developpement-durable.gouv.fr.





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