Quel est l’intérêt de l’échographie 3D et fusion d’image IRM pour la détection du cancer de la prostate ?

25 septembre 2017

Auteurs : A. Marien, A. De Castro Abreu, I. Gill, A. Villers, O. Ukimura
Référence : Prog Urol, 2017, 10, 27, 521-528
Introduction

La stratégie thérapeutique du cancer de la prostate dépend des données histo-pronostiques obtenues à partir des biopsies prostatiques, qui peuvent être améliorées par les biopsies dirigées (BD) en échographie transrectale 3D (ETR 3D) avec fusion élastique d’image IRM.

Objectif

Démontrer la supériorité diagnostique des BD par rapport aux biopsies systématisées (BS) réalisées avec utilisation de la fusion IRM/ETR 3D.

Matériels et méthodes

Étude rétrospective, monocentrique, entre janvier 2010 et mars 2013, réalisée sur 179 patients adressés pour réalisation de biopsie prostatique. Tous ont bénéficié d’une IRM avant les biopsies et d’une fusion d’image IRM/ETR 3D (Urostation™).

Résultats

Cent soixante-treize patients ont eu des BD avec fusion d’image. Le nombre moyen de biopsies par patient était de 11,1 (6–14) pour les BS, et de 2,4 (1–6) pour les BD. Les BS étaient positives dans 11 % des cas versus 56 % pour les BD (p <0,001). Les BD permettaient une détection de cancer cliniquement significatif plus importante (58 % v 36 %, p <0,001) ainsi qu’une longueur maximale de cancer plus importante (6,8mm v 2,8mm, p <0,001). Les BD permettaient de détecter un cancer cliniquement significatif plus fréquemment, quel que soit le score de suspicion en imagerie (OR : 3,72 [2–6,95]). Si l’IRM et l’ETR 3D étaient suspectes, il existait une probabilité plus importante d’avoir un cancer cliniquement significatif (OR : 2,73 [1,3–5,42]).

Conclusion

Les BD avec fusion IRM/ETR 3D permettent une meilleure détection et caractérisation du cancer de la prostate. Leur intérêt dans l’indication des traitements par surveillance active ou des traitements partiels doit être évalué.

Niveau de preuve

4.




 




Introduction


Dans les pays industrialisés, le cancer de la prostate représente le premier cancer chez l'homme de plus de 50 ans et la seconde cause de décès par cancer. Selon des données françaises datant de 2013, une diminution de l'incidence était observée entre 2005 et 2009, 53 465 nouveaux cas étaient estimés en 2009, responsables de 8685 décès annuels [1].


Les biopsies étaient initialement réalisées avec un repérage digital. Depuis 1980, les biopsies transrectales sont effectuées sous contrôle échographique [2]. Une revue de la littérature [3] mentionne que 12 biopsies systématisées (BS) offrent un équilibre acceptable entre la détection du cancer et la morbidité de ce geste [4, 5].


Grâce à l'imagerie moderne, les biopsies prostatiques peuvent être dirigées (BD) [6, 7]. Les techniques de biopsie ont été largement étudiées et améliorées avec le développement de l'imagerie par résonance magnétique (IRM) prostatique [8, 9, 10, 11].


Le développement des traitements focaux du cancer de la prostate (cryothérapie, High Intensity Focused Ultrasound [HIFU], radiofréquence) offre une option intermédiaire à la surveillance oncologique ou le traitement radical [12]. Le succès de la surveillance active ou du traitement focal est optimisé par la précision de la cartographie prostatique en 3D, par la précision des biopsies diagnostiques ou des biopsies de surveillance. L'échographie prostatique conventionnelle a un intérêt para-clinique [13] limité dans ce cadre.


Les nouvelles techniques d'imageries, comme l'échographie 3D (ETR 3D) permettraient une meilleure localisation des cancers cliniquement significatifs ainsi qu'un enregistrement précis des trajets des biopsies prostatiques. Cette précision serait utile dans la délimitation des zones de délivrance du traitement focal. Chez les patients sous surveillance active, la précision de l' ETR 3D permettrait de mieux cibler la zone tumorale durant les biopsies de contrôle et d'éviter ainsi les faux négatifs.


Une plus forte prévalence de BD positives a été reportée, utilisant la fusion d'image de l'IRM et de l'ETR [11, 14, 15]. Nous avons utilisé l'Urostationâ„¢, Koelis (Meylan, France) pour la réalisation des biopsies prostatiques dirigées (BD) avec fusion d'image IRM. (Figure 1).


Figure 1
Figure 1. 

Étapes d'une fusion d'image de biopsie prostatique mp-IRM/ETR 3D. Urostation â„¢ Koelis.





Objectifs


L'Objectif principal de cette étude rétrospective était d'évaluer l'apport diagnostique des BD (réalisées grâce à la fusion IRM/ETR 3D) par rapport aux BS en se basant sur les critères suivants : obtenir un meilleur taux de détection global et pour les cancers cliniquement significatifs ; obtenir une longueur maximale de cancer par biopsie plus importante et enfin avoir un meilleur taux de détection pour les patients consultants pour 2e ou 3e séries de biopsies prostatiques.


Matériel et méthodes


Descriptif de l'étude et données recueillies


Il s'agissait d'une étude épidémiologique descriptive, rétrospective, monocentrique réalisée aux États-Unis, dans l'université de Californie du Sud, Los Angeles, entre le 1er janvier 2010 et le 30 mars 2013. Les critères d'inclusion étaient les suivants :

homme de 50 à 75 ans ;
présentant un taux de PSA élevé (>2ng/mL) et/ou une anomalie au toucher rectal (induration, nodule, extension extra-prostatique) - avec indication de biopsies prostatiques ;
ayant bénéficié d'une IRM multiparamétrique avant les biopsies ;
dont le consentement était recueilli pour utiliser leurs données à des fins de recherche clinique.


Définitions et méthodes de recueil


PSA


La valeur du PSA utilisée était la dernière valeur dosée chez le patient avant la série de biopsie.


Anatomopathologie


Dans cette étude, un cancer cliniquement significatif était défini par un score de Gleason à la biopsie ≥7 et/ou une longueur de cancer ≥5mm. Ces critères étaient appliqués pour les BS et BD. Les Atypical Small Acinar Proliferation (ASAP) et High-Grade Prostatic Intraepithelial Neoplasia (HGPIN) étaient classés comme biopsies négatives.


Biopsies prostatiques


Toutes les biopsies étaient réalisées par un seul chirurgien urologue ayant une expérience de plus de 30 ans en urologie et principalement en imagerie. Les biopsies étaient réalisées en soin externe, selon les recommandations en vigueur [16, 17].


IRM et fusion mp-IRM/ETR 3D


Les données IRM étaient obtenues en utilisant une IRM 3 tesla dynamique, avec séquences prostatiques spécifiques : T2w (selon 3 plans : axial, coronal et sagittal), ADC (séquences en diffusion), séquences dynamiques après injection de gadolinium. Le score de suspicion pour la détection des cancers cliniquement significatifs en était décliné en trois catégories par un radiologue urologique ayant plus de 15 ans d'expérience en uro-radiologie : « fortement suspect », « douteux » et « non suspect ».


Échographie transrectale 3D (ETR 3D)


Les données échographiques étaient réalisées avec une sonde endo-rectale (3D5-9EK ou 3D4-9ES 3D volume probe, Accuvix-V10®, Samsung Medison America, Cypress, Californie, États-Unis). La suspicion de cancer était également déclinée en trois catégories (« fortement suspect », « douteux » et « non suspect ») en fonction des zones hypoéchogènes et du grade du doppler. « Fortement suspect » correspondant aux lésions hypoéchogènes associées à un flux doppler, « douteux » aux lésions hypoéchogènes sans augmentation en doppler et non suspect à aucune anomalie visible.


Fusion d'image IRM/ETR 3D


Au cours de la biopsie, une reconstruction 3D de la prostate était réalisée avec la fusion d'image IRM et ETR 3D, sur l'écran de l'échographe (Urostationâ„¢, Koelis). Toute la glande prostatique ainsi que les zones suspectes retrouvées en IRM étaient délimitées de façon semi-automatique sur la reconstruction 3D, en réalisant une fusion d'image élastique et non rigide, permettant de dépister les mouvements prostatiques ou déformations au moment des biopsies, et ainsi de les prendre en compte lors de la reconstruction 3D [13].


Les patients avaient 10-12 biopsies systématisées (BS) puis des biopsies dirigées (BD) en fonction des données IRM et échographiques. Toutes les lésions suspectes en IRM et/ou en échographie étaient biopsiées au moins une fois, ceci basé sur les recommandations Standards of Reporting for MRI-targeted Biopsy Studies of the Prostate (START) [18]. Chaque trajet de biopsie était enregistré. L'opérateur réalisait la fusion d'image lui-même lors de chaque biopsie, les données IRM étant préalablement contournées par le radiologue.


Résultats


Patients inclus


Cent soixante-dix-neuf patients étaient inclus. L'âge médian des patients était de 66 ans et le PSA médian de 5,7ng/mL (Tableau 1).


Les patients n'étaient pas tous au même stade de la démarche diagnostique ou thérapeutique du cancer prostatique. (Tableau 2). Pour les 55 patients ayant déjà eu une série de biopsie positive, 32 étaient en surveillance active et 23 consultaient pour second avis.


Caractéristiques des biopsies prostatiques


Les 179 patients bénéficiaient de 10 à 12 BS.


Cent soixante-treize patients ont eu des BD avec fusion d'image. Pour 131 patients, c'était une fusion d'image IRM/ETR 3D. Et pour les 42 patients qui avaient une IRM prébiopsie non suspecte les biopsies étaient dirigées sur les anomalies visibles en échographie multiparamétrique avec ETR 3D seule. Le nombre moyen par patient de BS était de 11,1 (extrêmes [6, 7, 8, 9, 10, 11, 12, 13, 14]), et 2,4 BD [1, 2, 3, 4, 5, 6]. Chaque trajet de biopsie était enregistré et intégré à la reconstruction prostatique en 3D. Les zones suspectes délimitées en ETR 3D étaient atteintes par les BD dans 100 % des cas.


Résultats des biopsies prostatiques


Sur les 179 patients, 106 patients (59 %) avaient une biopsie positive, et 68 d'entre eux (64 %) un cancer cliniquement significatif.


Comparaison entre les BS et BD


Le taux de positivité pour cancer des BD était supérieur à celui des BS (56 % [250/443] contre 11 % [212/1993], p <0,001). La longueur maximale de cancer pour les BD était supérieure à celle des BS (respectivement : 6,8mm contre 2,8mm, p =0,0002). Le taux de cancer cliniquement significatif était en faveur des BD 58 % des patients (60/106) avec biopsie positive pour les BD contre 36 % des patients (39/106) pour les BS (p <0,001) (Tableau 3). Par patient, on ne constate pas de différence significative sur la détection globale de cancer étant donné le nombre important de BS réalisées par rapport aux BD. Par contre il y a un le taux de détection plus important uniquement par les BD (BS négatives) : 28/106 patients (26 %) alors qu'il est de 17/106 patients (16 %) uniquement pour les BS (BD non positives). Parmi ces patients, 14 et 5 avaient respectivement un cancer cliniquement significatif.


Comparaison des biopsies en fonction du score de suspicion IRM


En comparant les données des biopsies en fonction de la suspicion de la lésion en IRM, on retrouvait 92 % de biopsies positives pour les lésions fortement suspectes versus 40 % pour les lésions douteuses (p <0,001). La longueur maximale de cancer par biopsie, était statistiquement plus longue pour les lésions fortement suspectes (9mm) que pour les lésions estimées douteuses par l'IRM (5,2mm) (p <0,001). On retrouvait 75 % de cancers significatifs dans le groupe « fortement suspect » versus 19 % dans le groupe « Douteux » (p <0,001) (Tableau 4).


Résultats des BD en fonction de la suspicion des lésions en imagerie


89 % des biopsies étaient positives lorsque les lésions étaient visibles par les deux imageries (IRM et ETR 3D) versus 34 % si les lésions étaient visibles seulement en IRM (p <0,001) et 47 % si elles étaient visibles en ETR 3D seule (p <0,001).


Les cancers cliniquement significatifs étaient statistiquement (p <0,0001) plus détectés lorsqu' une lésion était visible sur les deux imageries. Soit 57 % des patients versus 16 % avec IRM seule ou 15 % avec ETR 3D seule (Tableau 5).


Prédiction de cancer améliorée par les BD avec fusion mp-IRM/ETR 3D


En analyse multivariée, on trouvait une relation entre la réalisation de BD et la détection de cancer cliniquement significatif : OR 3,72 (IC 95 % [2-6,95]). De même, était notée une relation entre la réalisation de BD et la suspicion de lésions visibles grâce aux deux imageries conjointes : OR 2,73 (IC 95 % [1,3-5,42]) (Tableau 6).


Toujours en analyse multivariée, la longueur de cancer est dépendante de la suspicion en imagerie et de la réalisation de BD : Si les deux imageries sont fortement suspectes, la longueur maximale de cancer est de 3,36mm plus longue que si l'imagerie est non suspecte (p <0,001). Alors qu'en réalisant des BD la longueur maximale de cancer est de 2,64mm plus longue qu'avec des BS (p <0,001) (Tableau 7).


Dans notre étude, 64 patients avaient déjà bénéficié d'une série de biopsies prostatiques qui s'était révélée négative. Sur ces 64 patients, 35 (55 %) ont eu un résultat positif lors de la nouvelle série (2e ou 3e séries) de BD avec une longueur maximale de cancer moyenne de 4,5mm (extrêmes [0,5-18]). 8 patients n'auraient pas été détecté en réalisant seulement les BS.


De plus, 30 patients ont été réévalués à l'aide des BD : 9 patients ont été réévalués par rapport au grade de Gleason, passant de 3 à 4 voir à 5 pour 1 patient, et 21 ont été « upstager » sur la longueur maximale de cancer sur une biopsie, passant au-dessus de 5mm.


Enfin, 16 patients présentant un cancer cliniquement significatif ont été diagnostiqués uniquement grâce aux BD, alors que seulement 3 patients ont été détectés comme cliniquement significatif uniquement grâce aux BS. Deux de ces patients avaient tout de même un cancer non significatif sur les BD.


Discussion


À notre connaissance, il s'agit d'une des plus grande cohorte existante qui évalue l'intérêt des BD en ETR 3D avec fusion élastique d'image grâce au système Koelis. Dans notre étude, nous avons retrouvé que la fusion d'image IRM/ETR 3D permet d'obtenir un taux de détection plus important de cancer cliniquement significatif. Plus le score de suspicion IRM est élevé, plus la probabilité de détecter un cancer significatif est élevée. Cette probabilité augmente également lorsque la lésion est visible conjointement en IRM et en ETR, en comparaison avec une lésion visible uniquement en IRM.


La fusion élastique d'image entre IRM et ETR 3D implique différentes étapes : l'acquisition du volume prostatique aussi bien en IRM qu'en ETR, la segmentation de la prostate avec la délimitation de la zone suspecte, la fusion d'image, la BD en temps réel et enfin l'enregistrement du trajet de chaque biopsie. Une erreur sur l'une de ces différentes étapes peut compromettre la précision des biopsies. Ce qui confirme l'importance de prendre en compte l'image en temps réel et non seulement l'image virtuelle.


Ces résultats confirment l'intérêt de l'ETR 3D dans les BD [19]. Quand la lésion suspecte en IRM est également visible en ETR, la BD permet d'être plus précise, bien qu'il existe des erreurs potentielles sur la fusion d'image [20]. D'autre part, lorsque l'image suspecte est invisible en échographie, il faut se baser sur une image virtuelle, ce qui est une source plus importante d'erreur.


Il a été mis en évidence que la possibilité pour un opérateur de visualiser en 3D la distribution des biopsies lui permet d'améliorer de façon significative la qualité de la distribution de l'échantillonnage. Une étude sur 32 patients consécutifs a mis en évidence que les 16 derniers patients avaient un meilleur échantillonnage que les 16 premiers si l'opérateur est en mesure de visualiser à la fin de la session, la zone des prélèvements réalisés. En effet, en scindant la prostate en 10 cibles, en moyenne 7 cibles étaient atteintes pour les 16 premiers patients contre 9 cibles pour les 16 derniers [21]. La visualisation en 3D permet une amélioration de la l'échantillonnage des biopsies au cours d'un protocole standard à 12 biopsies, sans forcément réaliser une fusion d'image IRM.


Afin de minimaliser les potentielles erreurs lors de la fusion, nous avons utilisé dans cette étude premièrement la fusion élastique et non rigide. Ceci permettait d'augmenter la précision des BD. Selon Delongchamps et al., l'utilisation de la fusion d'image rigide peut être assimilée à une estimation visuelle. Ces biopsies cognitives reposent sur la capacité de l'opérateur à visualiser les images sur l'échographie sans réelle fusion d'image [22]. Étant donné que le plan axial de l'IRM est différent de l'angle oblique de l'échographie, cela peut être difficile pour l'opérateur de réaliser ces BD qui nécessitent une vision 3D de la lésion.


Deuxièmement, nous avons utilisé l'ETR 3D pour délimiter les contours prostatiques ainsi que la localisation. Cette localisation nécessite 3 coordonnées (apex, col, base ) qui sont générées systématiquement par l'ETR 3D. Le reste de la prostate étant délimité de façon semi-automatique par l'opérateur.


Plusieurs autres équipes ont utilisé le système Koelis : dans leur étude, Fiard et al. ont montré un taux de détection de cancer de 50 %. Tous les cancers (10/10) détectés en BD étaient significatifs [23]. Pour l'équipe d'Oslo, Rud et al. [24], le taux de cancers positifs pour les patients présentant une image suspecte en IRM était comparable au nôtre : 60 % (115 lésions suspectes en IRM ont été visualisées chez 80 patients). Ils ont biopsié la zone suspecte dans 112 des 115 lésions (97 %) et 52 % d'entre elles (60/115) étaient positives pour un cancer.


En utilisant un autre système de reconstruction 3D, Pinto et al. ont également retrouvé le même pourcentage de détection de cancers en utilisant les données IRM [25]. Ils utilisaient la même classification de suspicion des lésions en imagerie que dans cette étude. En fonction de la suspicion IRM : « peu suspect », « douteux » et « fortement suspect » les BD ont respectivement détecté un cancer dans 27,9 %, 66,7 % et 89,5 % des cas.


Il existe dans la littérature des études comparant les BD par fusion d'image et celles avec estimation visuelles. L'étude de Wysock et al. [26] ne retrouvait pas de différence significative entre les BD et les BD par estimation visuelle (BDV) au niveau de la détection de cancers cliniquement significatifs sur 125 patients. Ils retrouvaient une différence significative pour les lésions précancéreuses (p =0,0104) ainsi que pour les localisations antérieures. L'étude prospective de Puech et al. [9], a également comparé les BD et les BS sur 95 patients. La longueur maximale de cancer était plus importante pour les BD : 7,4mm contre 4,6mm (p <0,0001). La détection de cancer cliniquement significatif était aussi plus importante pour les BD : 67 % contre 52 % (p =0,011). Aucune des deux techniques de biopsies dirigées (BD et BDV) n'a montré de supériorité pour la détection du score de Gleason (p =0,16).


Il existe de nombreux critères pour déterminer si un cancer est cliniquement significatif : longueur de biopsie >3mm, Gleason ≥4. Une étude a montré qu'en fonction de la longueur de biopsie positive on pouvait prévoir un volume minimum de cancer [27]. Une biopsie positive avec une longueur ≥4mm prévoit un volume de cancer ≥ 0,2mL, alors que si elle mesure ≥6mm, le volume de cancer est d'au minimum 0,5mL. Il est impératif que des critères universels de cancer cliniquement significatifs soient utilisés afin de pouvoir comparer les différentes études.


Enfin, la réalisation des BD avec mp-IRM/ETR 3D augmente de façon significative la durée de l'examen, 30minutes en moyenne dans notre étude, 23minutes pour l'étude de Fiard et al. [23].


Cependant il existe des biais dans cette étude : il s'agit d'une étude monocentrique, toutes les biopsies ont été réalisées par un urologue expérimenté en échographie qui a acquit une bonne expérience de l'utilisation de l'Urostationâ„¢. L'urologue avait connaissance des zones suspectes en IRM en réalisant les biopsies, bien que les cibles n'apparaissaient pas lors de la réalisation des BS au début de la procédure.


Conclusion


Les possibilités de guidage et d'enregistrement de la localisation des biopsies prostatiques dans une image échographique de référence en 3D permettent d'améliorer la précision de l'échantillonnage de la prostate tout en réalisant un contrôle qualité du geste réalisé.


La possibilité de fusionner le volume échographique 3D de référence avec une image IRM ou une série de biopsies précédentes ouvre de nouvelles perspectives pour le diagnostic et l'évaluation de la masse tumorale.


La possibilité de transférer les données de localisation dans les systèmes échographiques comme ceux de curiethérapie ou d'ultrasons focalisés permettrait probablement de rendre les protocoles de traitements focaux plus précis et d'obtenir un contrôle carcinologique de meilleure qualité.


Déclaration de liens d'intérêts


Les auteurs déclarent ne pas avoir de liens d'intérêts.




Tableau 1 - Caractéristiques des patients inclus (n =179).
  Extrêmes [...] 
PSA (ng/mL)  5,7  0,1-46,6 
Âge (année)  66  39-87 
Volume prostatique (mL)  44,9  11-220 



Légende :
n : nombre de patients ; M : médiane ; PSA : prostatic serum antigen ; ng : nanogramme ; mL : millilitre.



Tableau 2 - Antécédents de biopsies prostatiques (n =179).
  n  
Première série de biopsies  75  41,9 
≥1 série de biopsies positives  55  30,7 
≥1 série de biopsies négatives  49  27,4 
(Dont ASAP ou HGPIN)  10  5,6 



Légende :
n : nombre de patients ; ASAP : Atypical Small Acinar Proliferation ; HGPIN : High-Grade Prostatic Intraepithelial Neoplasia.



Tableau 3 - Comparaison entre les BS et les BD.
  BS, n (%)  BD, n (%)  P value  
Biopsie positive  212/1993 (11)  250/443 (56)  <0,001 
Positif pour tout cancer par patient  78/173 (45)  89/173 (52)  0,7 
Cancer significatif par patient  39/106 (36)  60/106 (58)  <0,001 
Longueur de cancer (mm)  2,8 [0,2-15]a  6,8 [0,4-18]a  0,0002 
Score de Gleason  6 [6-10]a  7 [6-10]a  0,13 



Légende :
n : nombre de patients ; % : pourcentage ; M : médiane ; [] : extrêmes ; p : P value ; mm : millimètre ; BD : biopsies dirigées ; BS : biopsies systématisées.

[a] 
M [extrêmes].


Tableau 4 - Comparaison des biopsies en fonction du score de suspicion IRM.
  Fortement suspect, n (%)  Douteux, n (%)  Non suspect, n (%)  P value  
Biopsie positive  48/52 (92)  32/79 (40)  21/48 (44)  <0,001 
Cancer significatif  39/52 (75)  15/79 (19)  6/48 (13)  <0,001 
Longueur de cancer des BD (mm)  9 [0,5-18]a  5,2 [0,8-14]a  <0,001 
Longueur de cancer des BS (mm)  3 [0,2-15]a  3,5 [0,3-8]a  2 [0,4-11,9]a  0,2 
Score de Gleason  7 [6-10]a  6 [6-10]a  6 [6-10]a  0,3 



Légende :
n : nombre de patients ; % : pourcentage ; M : médiane ; [] : extrêmes ; p : P value ; mm : millimètre ; BD : biopsies dirigées ; BS : biopsies systématisées.

[a] 
M [extrêmes].


Tableau 5 - Résultats des BD en fonction de la suspicion des lésions en imagerie.
  Toutes BD, n (%)  Lésion visible, mp-IRM, n (%)  Lésion visible sur les 2 imageries, n (%)  Lésion visible ETR 3D, n (%) 
Biopsie positive  250/443 (56)  61/180 (34)  144/161 (89)  48/102 (47) 
Cancer significatif  60/68 (88)  11/68 (16)  39/68 (57)  10/68 (15) 
Longueur de cancer (mm)  6,8 [0,4-18]a  7,8 [0,4-14]a  9,0 [0,5-18]a  4,0 [0,4-12]a 
Score de Gleason  7 [6-10]a  7 [6-10]a  7 [6-10]a  7 [6-10]a 



Légende :
n : nombre de patients ; % : pourcentage ; M : médiane ; [] : extrêmes ; mm : millimètre ; BD : biopsies dirigées ; mp-IRM : imagerie par résonance magnétique multiparamétrique, ETR 3D : échographie transrectale en 3D.

[a] 
M [extrêmes].


Tableau 6 - Analyse multivariée en régression logistique pour prédire la probabilité d'un cancer significatif.
  Cancer significatif, OR (IC 95)  P value  
BD versus BS  3,72 (2-6,95)  <0,001 
Fortement suspect mp-IRM seule  0,65 (0,18-2,28)  0,31 
Fortement suspect ETR 3D seule  0,65 (0,24-1,79)  0,20 
Fortement suspect mp-IRM et ETR 3D  2,73 (1,3-5,42)  <0,001 



Légende :
OR : odds ratio ; [IC 95] : intervalle de confiance à 95 % ; p : P Value ; BD : biopsies dirigées ; BS : biopsies systématisées ; mp-IRM : imagerie par résonance magnétique multiparamétrique ; ETR 3D : échographie transrectale 3D.



Tableau 7 - Analyse multivariée en régression logistique pour la prévision de la longueur de cancer par biopsie.
  Longueur de cancer (mm)  P value  
BD versus BS  2,64  <0,001 
Fortement suspect mp-IRM seule  −0,21  0,86 
Fortement suspect ETR 3D seule  0,16  0,88 
Fortement suspect mp-IRM et ETR 3D  3,36  <0,001 



Légende :
mm : millimètre ; p : P value ; BD : biopsies dirigées ; BS : biopsies systématisées ; mp-IRM : imagerie par résonance magnétique multiparamétrique ; ETR 3D : échographie transrectale 3D.


Références



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