Que peut cacher une hydrocèle ?

25 septembre 2010

Auteurs : H. Benhaddou, M. Margi, M. Kissra, F. Etteybi
Référence : Prog Urol, 2010, 8, 20, 601-603




 




Introduction


La dérivation ventriculopéritonéale (DVP) est un traitement efficace de l’hydrocéphalie. Bien que cette technique soit peu invasive, quelques complications abdominales ont été rapportées dans la littérature [1, 2, 3]. Nous rapportons ici une observation originale d’un cas de migration du cathéter distal de valve de DVP pour hydrocéphalie à travers le canal péritonéovaginal découverte au cours d’une cure d’hydrocèle chez un enfant de trois ans.


Observation


Un garçon de trois ans était suivi dans notre service pour hydrocéphalie avec malformation d’Arnold-Chiari, pour laquelle il avait subi à la période néonatale une DVP. Les suites postopératoires étaient simples. Au cours de l’une des consultations de son suivi, on a mis en évidence chez cet enfant une hydrocèle droite modérée et pour laquelle une surveillance clinique a été décidée. Vers l’âge de trois ans, et devant la non-régression spontanée de l’hydrocèle, l’indication opératoire a été posée. À l’examen clinique, l’enfant était en bon état général actif, dynamique et stable sur le plan neurologique, avec une grosse bourse droite indolore au test de transillumination positif et dont le contenu se vidait à la pression sur la bourse (hydrocèle simple communicante) (Figure 1). L’enfant a été alors opéré pour son hydrocèle. En peropératoire, le cordon spermatique était tuméfié, avec palpation à son intérieur d’une sorte de corps étranger tubulaire. L’ouverture de la communication péritonéovaginale a mis en évidence le cathéter distal de la valve de DVP déconnecté, extériorisé et enroulé sur lui-même au sein de l’hydrocèle (Figure 2). On a alors retiré ce cathéter et la cure de l’hydrocèle a été réalisée. L’évolution postopératoire immédiate était simple. Pour son hydrocéphalie, l’enfant était suivi en consultation avec mesure régulière de son périmètre crânien. Au recul de huit mois, ce dernier était stable avec un état neurologique normal. Notre attitude était de surveiller cet enfant en mesurant son périmètre crânien et de prévoir une redérivation en cas de récidive des signes d’hydrocéphalie.


Figure 1
Figure 1. 

Hydrocèle droite chez un enfant de trois ans.




Figure 2
Figure 2. 

Cathéter enroulé dans le canal péritonéovaginal, après son extériorisation.





Discussion


Les complications liées aux DVP ne sont pas rares, puisqu’elles surviennent chez 25 à 37 % des patients dont 25 % sont des complications intra-abdominales [1, 2]. Outre les infections, inhérentes au mode de dérivation et les obstructions du cathéter ventriculopéritonéal (CVP), responsables des récidives des signes d’hydrocéphalie [2], les complications les plus fréquemment décrites sont celles entraînant la perforation d’un organe creux avec la possibilité de migration et d’extériorisation de l’extrémité distale du cathéter. Ainsi, la complication la plus fréquente est la perforation gastrique, avec une mortalité proche de 15 % [3, 4]. L’extériorisation du cathéter par voie transanale, après migration dans le tube digestif, a été décrite [5]. De même que de rares cas d’extériorisation par l’urètre et le vagin ont étés rapportés [2]. Dans notre cas que nous rapportons, l’extériorisation du cathéter s’est produite à travers le canal péritonéovaginal et sa découverte a été fortuite en peropératoire au cours de la cure de l’hydrocèle. À notre connaissance, des cas très rares et isolés d’extériorisations du cathéter en intrascrotal par une hernie inguinale [6] ou au travers de l’ombilic ont été décrits [7], mais aucun cas d’extériorisation par une hydrocèle n’est rapporté. Il faut aussi signaler que des cas rares de migration du cathéter dans la plèvre ont été décrits [2], ainsi qu’un cas de traumatisme splénique par le CVP [6].

Concernant l’hydrocèle, c’est une pathologie fréquente et bénigne chez l’enfant. Ses formes compliquées sont exceptionnelles et concernent surtout les hydrocèles abdominoscrotales, avec risque d’hydronéphrose ou de lymphœdème des membres inférieurs par compression des structures concernées [8, 9]. Notre cas avait une forme particulière d’hydrocèle avec un cathéter de valve d’hydrocéphalie dans la partie moyenne de la communication péritonéovaginale. À notre connaissance, un tel cas n’a été jamais rapporté dans la littérature.

La mise en place d’une dérivation de liquide céphalorachidien (LCR) est le plus souvent un geste définitif, le pourcentage d’enfants que l’on peut sevrer de leur valve étant tout à fait marginal (inférieur à 10 %). Elle nécessite donc une surveillance régulière. Celle-ci est avant tout clinique : évolution du périmètre crânien, développement psychomoteur, performances scolaires, palpation de la valve. Des radiographies de contrôle du trajet de la valve seront pratiquées une fois par an jusqu’à la fin de la croissance afin de juger de la nécessité d’un rallongement. En dehors de complications et passé la première année postopératoire, aucune autre exploration n’est utile [6, 10].


Conclusion


Concernant les DVP, les complications mécaniques les plus fréquentes après les obstructions des cathéters sont leurs migrations avec perforation d’organes creux et leurs extériorisations par les orifices naturels (l’anus, la bouche, l’urètre, le vagin). La migration du CVP à travers le canal péritonéovaginal est exceptionnelle.


Conflit d’intérêt


Aucun.



Références



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