PSA Nadir et cinétique de décroissance du PSA entre les 3ème et 6ème mois après radiothérapie externe pour cancer de prostate localisé T1 T2 Nx M0 : intérêts dans la prédiction du risque de progression biologique

30 juillet 2002

Mots clés : Nadir, cinétique, PSA, radiothérapie.
Auteurs : ALMERAS C., ZERBIB M., ESCHWEGE F., DEBRÉ B.
Référence : Prog Urol, 2002, 12, 219-225
Introduction: Cette étude analyse les résultats de la radiothérapie externe dans les stades T1 T2 Nx M0 de cancer de prostate, en se référant au PSA Nadir et à la cinétique de décroissance du PSA. Matériel et méthodes: 65 patients porteurs d'un cancer de prostate localisé T1 T2 Nx M0 ont reçu une radiothérapie externe entre 1990 et 1999 (conventionnelle ou de conformation). Deux populations de 22 et 25 patients ont été distinguées suivant la valeur du Nadir atteint : Population A avec un Nadir ¾ 0,5 ng/ml ou non encore atteint mais avec un PSA ¾ 0,5 ng/ml ; Population B avec un Nadir > 0,5 ng/ml. Les différents paramètres cliniques et paracliniques ont été comparés par des tests statistiques (chi-2, t de Student) ainsi que la cinétique de décroissance du PSA (calcul basé sur l'évolution du PSA entre les 3 et 6 premiers mois après irradiation ). Suivant les critères de l'ASTRO, les résultats en terme d'absence de progression biologique ont été évalués par l'estimation non paramétrique de Kaplan-Meier.
Résultats : La population A n'a eu aucune évolution biologique avec un suivi moyen de 29,5 mois. L'absence de progression biologique dans la Population B à 42 mois était de 52,8%. Le PSA initial (p=0,009), la dose délivrée (p=0,027), et la cinétique de décroissance du PSA (p=0,0069) ont été identifiés comme facteurs prédictifs. Le patient dont la cinétique était nulle a évolué, tandis qu'avec une cinétique < 0,35 ng/ml/mois, 91,3% sont restés sans progression biologique. Un groupe de malades (Nadir médian 0,8 ng/ml, PSA initial < 10 ng/ml et cinétique < 0,35 ng/ml/mois) se distingue par son bon pronostic.
Conclusion : Dans les stades T1-T2, la valeur du Nadir est essentielle pour le pronostic. La cinétique de décroissance du PSA paraît avoir un rôle prédictif précoce.



La radiothérapie externe fait partie de l'arsenal thérapeutique du cancer de prostate localisé. C'est l'hétérogénéité des définitions d'évolution de la maladie et des populations étudiées qui rendent les comparaisons difficiles entre les différents articles publiés concernant les résultats et les facteurs prédictifs de réponse à l'irradiation. La définition de l'ASTRO (3 élévations consécutives du PSA avec 6 mois de délai entre chaque élévation) a permis cependant d'uniformiser les critères d'évolution biologique, qui survient plusieurs années avant la récidive clinique. Les facteurs pronostiques le plus couramment reconnus en dehors de la dose délivrée sont : le stade clinique [1-3, 5, 7, 9-11, 14, 15, 17, 19, 21], le taux de PSA initial [1-3, 5, 7, 9-11, 13-20, 23], le score de Gleason [1-3, 5, 7, 9, 10, 13-17, 19-21, 23], la valeur du PSA Nadir [2, 4-6, 8, 15, 18] et le délai d'atteinte du Nadir [2, 4-6, 15]. Plusieurs études ont rapporté une valeur seuil de PSA Nadir à 0,5 ng/ml, corrélée avec 95-98% d'absence de progression biologique à plus de 5 ans [4, 5, 8, 18].

Cette étude urologique a pour objectifs : l'analyse des résultats de la Radiothérapie externe exclusive (conventionnelle et/ou de conformation) sur le cancer de prostate dans les stades T1-2 Nx M0 en fonction du taux de PSA Nadir atteint (¾ ou > 0,5 ng/ml) et l'identification des facteurs pronostiques de succès comme ceux prédictifs d'un PSA Nadir ¾ 0,5 ng/ml.

Matériel et méthodes

Entre 1990 et 1999, 65 patients, porteurs d'un cancer de prostate T1 ou T2 Nx M0, ont reçu une radiothérapie externe (conventionnelle ou de conformation) sans hormonothérapie néo-adjuvante. Parmi ces patients, 47 d'entre eux ont été sélectionnés de manière rétrospective en fonction de leur PSA Nadir > ou ¾ 0,5 ng/ml. Deux populations se sont alors distinguées selon la valeur du Nadir : Population A de 22 patients (Nadir ¾ 0,5 ng/ml ou Nadir non encore atteint avec dernier PSA ¾ 0,5 ng/ml, prédisant par conséquent un Nadir ¾ 0,5 ng/ml) et Population B de 25 patients (Nadir > 0,5 ng/ml). Le bilan d'extension a comporté en dehors de l'examen clinique : une tomodensitométrie abdomino-pelvienne, une scintigraphie osseuse et une IRM endo-rectale (9 cas). Les consultations de contrôle ont été réalisées à 3 mois, 6 mois, 12 mois puis tous les ans par le même urologue. Elles ont comporté un examen clinique ainsi qu'un dosage sanguin du PSA. Le rythme des consultations de contrôle est passé à 6 mois en cas d'élévation des valeurs de PSA. Le suivi moyen était de 40,91 mois (9-98 mois).

Les pourcentages, moyennes, et médianes pour chaque paramètre clinique et paraclinique ont été calculés : âge, stade, PSA initial, score de Gleason, pourcentage de biopsies positives et leurs caractéristiques anatomopathologiques (atteinte bilatérale, envahissement périnerveux, et atteinte 'massive' des carottes biopsiques (évaluation subjective, >60-70% de chaque carotte)), type d'irradiation, dose et nombre de séances délivrées, cinétique de décroissance du PSA, PSA Nadir, délai d'atteinte du Nadir. La cinétique de décroissance du PSA consiste en un calcul basé sur l'évolution du PSA entre le 3e et le 6e mois après radiothérapie. Ce calcul a été réalisé selon l'évaluation quantitative suivante (en ng /ml/mois):

(PSA à 3 mois - PSA à 6 mois) / 3

Les résultats en terme d'absence de progression biologique (ou contrôle biologique) ont été évalués par l'estimation non paramétrique de Kaplan-Meier. Le délai d'évolution a été déterminé selon la définition de l'ASTRO:

Délai [fin Rth-1er PSA élevé] - (Délai [Nadir-1er PSA élevé] / 2).

Une analyse statistique par les tests de t de Student, et Chi-2 a été ensuite réalisée entre les différentes populations, comparables en terme de suivi, d'âge, de stade TNM , de score de Gleason, de pourcentage de biopsies positives.

Résultats

L'âge moyen des 47 patients sélectionnés était de 69,91 ans, le PSA initial moyen de 15,14 ng/ml (3,3-51 ng/ml), et le Gleason moyen de 6,15 (4-10).

Population A

L'âge moyen était de 69,04 ans, les stades étaient répartis en 13,6% de T1 et 86,4% de T2, le PSA initial moyen était de 11,77 ng/ml, le score de Gleason moyen de 6,04, le pourcentage moyen de biopsies positives de 45,88%, et leurs caractéristiques étaient réparties entre 6 atteintes bilatérales, 0 envahissement péri-nerveux et 2 atteintes 'massives'. Une radiothérapie externe a été réalisée entre 1993 et 1999. Elle était de type conventionnel dans 82% des cas et de conformation dans 18%. La dose moyenne délivrée était de 66,3 Gy (65-70 Gy) et le nombre moyen de séances était 27,7. La cinétique de décroissance du PSA entre les 3e et 6e mois après irradiation rapporte une valeur moyenne de 0,209 ng/ml/mois (0,011-0,42 ng/ml/mois). Le PSA Nadir moyen était de 0,226 ng/ml (0,05-0,4 ng/ml), atteint dans un délai moyen de 19,7 mois (10-35 mois). Il a été atteint chez 14 patients, soit 63,6% de la population A. Les 36,4% restant (8 patients) n'ont pas encore atteint leur Nadir, avec un dernier PSA ¾ 0,5 ng/ml, prédisant par conséquent un Nadir ¾ 0,5 dans cette même catégorie. Les personnes ayant atteint un Nadir ¾ 0,5 ng/ml représentent 21,54% de la population T1-2 Nx M0 (65 patients), tandis que leur association avec les personnes n'ayant pas encore atteint le Nadir mais avec leur dernier PSA ¾ 0,5 ng/ml en représentent 33,84%.

A l'analyse, selon les critères d'évolution après irradiation de l'ASTRO, aucune évolution biologique n'a été constatée avec un suivi moyen de 27,86 mois (9-64 mois).

Population B

L'âge moyen était de 70,68 ans (61-76 ans), le PSA initial moyen de 18,09 ng/ml (3,3-51 ng/ml), et le score de Gleason moyen de 6,25 (4-10). Une radiothérapie externe (conventionnelle ou de conformation) a été réalisée entre 1991 et 1998. Le suivi moyen était de 52,4 mois (23-98 mois). A l'analyse, selon les critères d'évolution de l'ASTRO, deux groupes se sont distingués : groupe B1 sans évolution biologique (15 patients) et B2 en progression biologique (10 patients). Le PSA Nadir a été atteint par la totalité de ces patients.

Groupe B1

L'âge moyen était de 70,8 ans (63-76 ans), les stades étaient répartis en 40% de T1 et 60% de T2, le PSA initial moyen était de 13,58 ng/ml (3,3-32 ng/ml), le score de Gleason moyen de 6,28 (4-10), le pourcentage moyen de biopsies positives était de 41,63% et leurs caractéristiques étaient réparties entre 5 atteintes bilatérales, 2 envahissements péri-nerveux et 2 atteintes 'massives'. La radiothérapie externe était conventionnelle dans 92,9% des cas et de conformation dans 7,1%. La dose moyenne délivrée était de 65,35 Gy (65-70 Gy) et le nombre moyen de séances était 26,1. La cinétique de décroissance du PSA entre les 3e et 6e mois après irradiation rapporte une valeur moyenne de 0,429 ng/ml/mois (0,071-1,157 ng/ml/mois). Le PSA Nadir moyen était de 1,54 ng/ml (0,57-3,7 ng/ml), atteint avec un délai moyen de 19,6 mois (3-46 mois). Le suivi moyen était de 40,5 mois (23-79 mois).

Groupe B2

L'âge moyen était de 70,5 ans (61-75 ans), les stades étaient répartis en 30% de T1 et 70% de T2, le PSA initial moyen était de 24,87 ng/ml (10-51 ng/ml), le score de Gleason moyen de 6,2 (4-7), le pourcentage moyen de biopsies positives était de 46,67% et leurs caractéristiques étaient réparties entre 3 atteintes bilatérales, 1 envahissement péri-nerveux et 1 atteinte 'massive'. La radiothérapie externe était conventionnelle dans 100% des cas. La dose moyenne délivrée était de 65,125 Gy (65-66 Gy) et le nombre moyen de séances était de 25. La cinétique de décroissance du PSA entre les 3ème et 6ème mois après irradiation rapporte une valeur moyenne de 0,824 ng/ml/mois (0-2,816 ng/ml/mois). Le PSA Nadir moyen était de 2,107 ng/ml (0,7-4,5 ng/ml), atteint avec un délai moyen de 14,8 mois (5-22 mois). Le suivi moyen était de 70,2 mois (51-98 mois) tandis que le délai moyen d'élévation du PSA était de 25,2 mois (12-57 mois).

Les comparaisons par les tests statistiques (Chi-2 (Pearson, Yates, ou méthode exacte), t de Student), de ces variables entre les groupes B1 et B2 ne mettaient pas en évidence de différence significative pour l'âge (p=0,41), le stade T1/2 (Pearson: p=0,609), le score de Gleason (p=0,44), le pourcentage de biopsies positives (p=0,141), les caractéristiques des biopsies (atteinte bilatérale (p=0,345), envahissement périnerveux (p=0,763), envahissement 'massif' (p=0,763)), le type d'irradiation (méthode exacte : 2p= 1,27), la dose reçue (p=0,246), le nombre de séances (p=0,135), la valeur du Nadir (p=0,135), ni pour la cinétique de décroissance du PSA (p=0,122).

Les seules différences significatives ont été constatées pour la valeur du PSA initial (p=0,006) et le délai d'atteinte du PSA Nadir (p=0,042).

La dernière évolution a été observée à 39 mois et il n'a été rapporté aucun décès. L'absence de progression biologique estimée par l'estimation non paramétrique de Kaplan-Meier à 12 mois était de 88%, à 24 mois de 71,8%, à 30 mois de 63,3%, et à 42 mois de 52,8%.

Comparaison des populations A et B

Ont été comparés : l'âge, le PSA initial, le score de Gleason, le pourcentage de biopsies positives ainsi que leurs caractéristiques , le type d'irradiation, la dose délivrée, le nombre de séances, la valeur du Nadir et son délai d'obtention, la cinétique de décroissance du PSA.

Une différence significative a été constatée pour : le PSA initial (p=0,0115), la dose délivrée (p=0,024), le nombre de séances (p=0,046), la valeur du PSA Nadir (p=0,000001), la cinétique de décroissance du PSA (p=0,0069).

En revanche, aucune différence n'a été constatée pour l'âge (p=0,159), le score de Gleason (p=0,294), le pourcentage de biopsies positives (p=0,237), les caractéristiques des biopsies positives (atteinte bilatérale (p=0,582), envahissement périnerveux (p=0,249), envahissement 'massif' (p=0,677)), le type d'irradiation, et le délai d'atteinte du Nadir (p=0,276).

Comparaison de la population A et du Groupe B1

On ne met en évidence qu'une différence significative pour la valeur du PSA Nadir (p=0,0001) et la cinétique de décroissance du PSA (p=0,01). Il n'existe pas de différence significative pour le PSA initial (p=0,222), le score de Gleason (p=0,296), le pourcentage de biopsies positives (p=0,21), les caractéristiques des biopsies positives (atteinte bilatérale (p=0,888), envahissement périnerveux (p=0 ,3669), envahissement 'massif' (p=0,787)), la dose délivrée (p=0,717), et le délai d'atteinte du Nadir (p=0,491).

L'ensemble population A et groupe B1 représente 56,9% de la population initiale.

Patients et cinétique de décroissance du PSA évaluée entre les 3ème et 6ème mois après irradiation

Le patient dont la cinétique de décroissance du PSA était égale à 0 ng/ml/mois a évolué. On constate certaines valeurs seuils de cinétique de décroissance du PSA devant la distribution des patients issus de la population de départ (après exclusion du patient dont la cinétique était égale à 0 ng/ml/mois) (Figure 1) :

- >=0,35 ng/ml/mois : 61,11% n'ont pas évolué (16,6 % issus du groupe A et 44,4 % issus du groupe B1).

- <0,35 ng/ml/mois : 23 patients (48,9 % de l'ensemble de la population (A+B)) sont concernés, et 91,3 % n'ont pas évolué (69,5 % issus du groupe A et 21,74 % issus du groupe B1) avec un recul moyen de 29,3 mois.

- <0,05 ng/ml/mois : 4 patients (8,51 % de l'ensemble de la population (A+B)) sont concernés, et 100 % n'ont pas évolué (100 % issus du groupe A) avec un recul moyen de 23,75 mois.

Figure 1 : Distribution des cinétiques de décroissance du PSA entre les 3ème et 6ème mois.

La population de 23 patients ayant une cinétique de décroissance du PSA < 0,35 ng/ml était composée de 21 malades en absence de progression biologique et de 2 en évolution, avec un suivi moyen de 31,6 mois (9-64 mois). Concernant la sous-population n'ayant pas d'évolution biologique, le suivi moyen était de 29,3 mois (9-64 mois). L'âge moyen était de 68,8 ans (49-74 ans), le PSA initial moyen de 10,38 ng/ml (3,3-28,5 ng/ml), le score de Gleason moyen de 6,25 (4-8), la radiothérapie était conventionnelle dans 85,7% et de conformation dans 14,3% des cas, la dose moyenne délivrée était de 66,2 Gy (65-70), le nombre moyen de séances 28,14 (24-35), le PSA Nadir moyen était de 0,502 ng/ml (0,05-2,1 ng/ml), le délai moyen d'atteinte du Nadir de 18 mois (3-35 mois). Concernant la sous-population en progression biologique, le suivi moyen était de 31,6 mois (9-64 mois). L'âge moyen était de 71 ans (69-73 ans), le PSA initial moyen de 25,45 ng/ml (17,9-33 ng/ml), le score de Gleason moyen de 4, la radiothérapie externe était conventionnelle dans 100% des cas, la dose moyenne délivrée était de 65 Gy, le nombre moyen de séances 19, le PSA Nadir moyen était de 1,115 ng/ml (1,03-1,2 ng/ml), le délai moyen d'atteinte du Nadir de 12,5 mois (7-18 mois).

La comparaison (t de student) des deux groupes avec et sans évolution biologique mettait en évidence une différence seulement pour le PSA initial (p=0,0026).

Sous-population (Nadir > 0,5 ng/ml) de bon pronostic

Aucune évolution n'a été constatée avec un recul moyen de 36,8 mois (26-64 mois) dans la sous-population qui a atteint un PSA Nadir > 0,5 ng/ml : le PSA Nadir médian était de 0,8 ng/ml (0,6-2,1 ng/ml), et le PSA initial médian de 6,2 ng/ml (3,3-9,4 ng/ml).

Discussion

De nombreuses études ont déjà été réalisées concernant les facteurs pronostiques des malades irradiés pour cancer de prostate localisé. C'est l'hétérogénéité des définitions d'évolution de la maladie et des populations étudiées qui rendent les comparaisons difficiles entre les différents articles publiés. La définition de l'ASTRO a permis cependant d'uniformiser les critères d'évolution biologique, qui survient plusieurs années avant la récidive clinique.

Les facteurs pronostiques les plus souvent retrouvés sont :

- Le stade clinique [1-3, 5, 7, 9-11, 14, 15, 17, 19, 21], avec un pronostic proche pour les stades T1 et T2 [1, 3, 9, 16, 18, 23], mais une distinction pour le stade T2c qui serait plus péjoratif [1, 7, 9]. CHUBA [3] a rapporté des taux de contrôle biologique à 5 ans de 56 et 52% pour les stades T1 et T2, et de 36 % pour les stades T3-4.

- Le taux de PSA initial avant irradiation [1-3, 5, 7, 9-11, 13-20, 23, 24], avec des valeurs seuils à 10, 20 et 30 ng/ml [23]. Le taux de PSA initial n'a pas de valeur prédictive dans une population où tous les taux sont < 10 ng/ml [1, 23].

- Le score de Gleason [1-3, 5, 7, 9, 10, 13-17, 19-21, 23, 24], avec une distinction pronostique entre deux groupes de scores 2 à 6 et 7 à 10 [1, 3, 23]. PEREZ [18] ne rapporte pas de valeur prédictive du score de Gleason pour les patients porteurs d'une tumeur de stade T1-2, et son intérêt serait aussi limité en cas de dose délivrée > 67 Gy [20].

- La valeur du PSA Nadir [2, 4-6, 8, 15, 18]. CRITZ [4] a observé que 98% des patients sans récidive après 5 ans avaient un Nadir ¾ 0,5, et 95% à 40 mois pour CROOK [5]. Cette valeur de Nadir ¾ 0,5 a été aussi retrouvée par d'autres auteurs [8, 18], mais un autre critère semble être important, c'est le temps durant lequel est maintenu le Nadir [8, 15] avec 91 % de survie sans évolution à 10 ans pour les patients T1-4 ayant maintenu un Nadir < 0,5 ng/ml pendant au moins 5 ans [8].

- Le délai d'atteinte du Nadir, plus court pour la population en évolution [2, 4-6, 15]. Aref [2] a rapporté un délai moyen de 18,8 mois pour le groupe sans récidive contre 10,9 mois pour le groupe avec récidive. Pour CROOK [5], le délai est de 13 mois en cas de récidive locale et de 7 mois en cas de récidive à distance, tandis que les patients indemnes de récidive ont atteint un Nadir moyen de 0,4 ng/ml (médiane : 0,3) avec un délai moyen de 33 mois [6].

Dans notre étude, dans la Population A (Nadir ¾ 0,5 ng/ml ou Nadir non encore atteint avec dernier PSA ¾ 0,5 ng/ml) : aucune évolution n'a été constatée avec un suivi moyen de 27,86 mois. Cette population au bon pronostic représente 33,84% de la population T1 T2 Nx M0 traitée par radiothérapie externe exclusive.

Dans la Population B (Nadir > 0,5 ng/ml) : la valeur du PSA initial et le délai moyen d'atteinte du Nadir sont les seuls facteurs pronostiques identifiés. L'absence de progression biologique à 42 mois était de 52,77%.

L'atteinte d'un PSA Nadir ¾ 0,5 ng/ml constitue ainsi un facteur pronostique essentiel. Cependant, le pourcentage représenté par la population A ne peut expliquer à elle seule le taux de patients indemnes de progression biologique (67,37% à 42 mois) observé dans la population initiale de 65 patients.

Une sous-population qui a atteint un Nadir > 0,5 ng/ml semble cependant se distinguer par son bon pronostic, proche de celui de la population A : Nadir médian à 0,8 ng/ml (0,6-2,1 ng/ml), PSA initial médian à 6,2 ng/ml (3,3-9,4 ng/ml) et cinétique < 0,35 ng/ml/mois, pour laquelle aucune évolution n'a été constatée avec un recul moyen de 36,8 mois (26-64 mois).

Lorsqu'on compare la Population A à la Population B, en dehors de la valeur de PSA Nadir, une différence significative a été observée pour le PSA initial, la dose délivrée, la cinétique de décroissance du PSA. Il faut cependant interpréter ces derniers résultats concernant la cinétique de décroissance du PSA avec prudence, les PSA initiaux n'étant pas comparables.

Parmi tous les paramètres comparés entre les populations A et B1, dépourvues d'évolution biologique, seule se distingue la cinétique de décroissance du PSA.

La cinétique de décroissance du PSA, évaluation simple et reproductible en pratique courante, a été inspirée par l'atteinte plus tardive du PSA Nadir par la population indemne de récidive [2, 4-6, 15]. ZAGARS [25] a étudié cette décroissance entre le PSA initial et le PSA à 3 mois. Lui aussi a retrouvé que les valeurs élevées étaient corrélées à un pronostic plus péjoratif, mais qu'elles étaient en rapport avec le taux de PSA initial, facteur pronostique reconnu. ZAGARS a donc conclu au peu d'intérêt de la cinétique de décroissance du PSA. Cependant le dosage du PSA avant 3 mois semble être sans intérêt, ce dernier ne diminuant pas avant 3-4 semaines après radiothérapie [22], ainsi la période avant 3 mois ne se prête pas bien à l'évaluation de la cinétique de décroissance du PSA, alors que les valeurs de PSA à 3 et 6 mois seraient importantes pour le pronostic avec pour le PSA à 3 mois, une progression biologique à 4 ans de 20% s'il est ¾ 2 ng/ml, de 58% s'il est compris entre 2 et 10 ng/ml, et de 90% s'il est >10 ng/ml [25, 26]. C'est entre 3 et 6 mois que la cinétique doit être calculée pour avoir un indice pronostique précoce supplémentaire. Dans notre étude, la comparaison des populations A (Nadir ¾ 0,5 ng/ml ou Nadir non encore atteint avec dernier PSA ¾ 0,5 ng/ml) et B1 (Nadir > 0,5 ng/ml), sans progression biologique, ne rapportait pas de différence concernant le PSA initial alors qu'il existait une différence significative pour la cinétique de décroissance du PSA. Cette différence ainsi observée n'est donc pas essentiellement due à la valeur du PSA initial. A l'analyse de nos résultats, le patient dont la cinétique de décroissance du PSA était égale à 0 ng/ml/mois a évolué. Parmi les 23 patients qui ont atteint une cinétique de décroissance du PSA <0,35 ng/ml/mois, 91,3% n'ont pas évolué avec un recul moyen de 29,3 mois (69,5 % issus de la population A et 21,74% issus du groupe B1). Aucun des 4 patients qui ont atteint une cinétique de décroissance du PSA <0,05 ng/ml/mois, n'a progressé biologiquement avec un recul moyen de 23,75 mois (100% issus de la population A). Ces résultats montrent que pour une valeur de cinétique de décroissance du PSA <0,35 ng/ml/mois et >0 ng/ml/mois, correspondent 91,3% de sujets sans évolution biologique, tout en concernant une large partie de la population. Plus la valeur de cinétique du PSA décroit, plus les sujets concernés ont de chance d'appartenir à la population A, dépourvue de progression biologique. La cinétique de décroissance du PSA pourrait, dans ce cadre, avoir un rôle pronostique par un calcul simple basé sur les deux premiers dosages du PSA à 3 et 6 mois après la fin de l'irradiation.

La comparaison des facteurs étudiés chez les malades avec et sans progression biologique de la population avec une cinétique < 0,35 ng/ml/mois n'a mis en évidence une différence significative que pour le PSA initial . Tous les patients qui ont évolué avec une cinétique < 0,35 ng/ml/mois avaient un PSA initial >10 ng/ml. Ce résultat paraït être compatible avec une amélioration du caractère prédictif de la cinétique de décroissance du PSA lorsqu'elle est couplée au taux de PSA initial (seuil fixé à 10 ng/ml au vu des résultats de cette étude et des publications[23]).

Conclusion

L'atteinte d'un PSA Nadir ¾ 0,5 ng/ml détermine un groupe de patients indemnes de progression biologique. Un groupe de malades dont le PSA Nadir est > 0,5 ng/ml est cependant remarquable par son bon pronostic.

L'association d'un PSA initial <10 ng/ml, d'une cinétique de décroissance du PSA entre les 3ème et 6ème mois < 0,35 ng/ml/mois, puis d'un Nadir < 1 ou mieux encore ¾ 0,5 ng/ml, paraissent être des critères d'excellent pronostic après radiothérapie externe exclusive d'un cancer de prostate T1 T2 Nx M0.

Références

1. Anderson P.R., Hanlon A.L., Patchefsky A., Al-Saleem T., Hanks G.E. Perineural invasion and Gleason 7-10 tumors predict increased failure in prostate cancer patients with pretreatment PSA <10 ng/ml treated with conformal external beam radiation therapy. Int. J. Radiat. Oncol. Biol. Phys., 1998, 41, 1087-1092.

2. Aref I., Eapen L., Agboola O., Cross P. The relationship between biochemical failure and time to nadir in patients treated with external beam therapy for T1-T3 prostate carcinoma. Radiotherapy and Oncology 1998, 48, 203-207.

3. Chuba P.J., Moughan J., Forman J.D., Owen J., Hanks G. The 1989 patterns of care study for prostate cancer: five-year outcomes. Int. J. Radiat. Oncol. Biol. Phys., 2001, 50, 325-334.

4. Critz F.A, Keith Levinson A., Hamilton Williams W., Holladay C.T., Griffin V.D., Holladay D.A. Prostate specific antigen Nadir achieved by men apparently cured of prostate cancer by radiotherapy. J. Urol., 1999, 161, 1199-1205.

5. Crook J.M., Bahadur Y.A., Bociek R.G., Perry G.A., Robertson S.J., Esche B.A. Radiotherapy for localized prostate carcinoma. The correlation of pretreatment prostate specific antigen and Nadir prostate specific antigen with outcome as assessed by systematic biopsy and serum prostate specific antigen. Cancer, 1997, 79, 328-336.

6. Crook J.M., Choan E., Perry G.A., Robertson S., Esche B.A. Serum prostate-specific antigen profile following radiotherapy for prostate cancer : implications for patterns of failure and definition of cure. Urology, 1998, 51, 566-572.

7. D'Amico A.V., Schultz D., Silver B., Henry L., Hurwitz M., Kaplan I., Beard C.J., Renshaw A.A. The clinical utility of the percent of positive prostate biopsies in predicting biochemical outcome following external-beam radiation therapy for patients with clinically localized prostate cancer. Int. J. Radiat. Oncol. Biol. Phys., 2001, 49, 679-684.

8. Davis J.W., Kolm P., Wright G.L., Kuban D., El-Mahdi A., Schellhammer P.F. The durability of external beam radiation therapy for prostate cancer: can it be identified? J. Urol., 1999, 162, 758-761.

9. Green G.A., Hanlon A.L., Al-Saleem T., Hanks G.E. A Gleason score of 7 predicts a worse outcome for prostate carcinoma patients treated with radiotherapy. Cancer, 1998, 83, 971-976.

10. Hanks G.E. Long-term control of prostate cancer with radiation. Past, present, and future. Urol. Clin.N. Am., 1996, 23, 605-616.

11. Hanlon A.L., Hanks G.E. Failure patterns and hazard rates for failure suggest the cure of prostate cancer by external beam radiation. Urology, 2000, 55, 725-729.

12. Hanlon A.L., Moore D.F., Hanks G.E. Modeling postradiation prostate specific antigen level kinetics. Predictors of rising postnadir slope suggest cure in men who remain biochemically free of prostate carcinoma. Cancer, 1998, 83, 130-134.

13. Horwitz E.M., Vicini F.A., Ziaja E.L., Dmuchowski C.F., Stromberg J.S., Martinez A.A. The correlation between the ASTRO consensus panel definition of biochemical failure and clinical outcome for patients with prostate cancer treated with external beam irradiation. Int. J. Radiat. Oncol. Biol. Phys., 1998, 41, 267-272.

14. Iyer R.V., Hanlon A.L., Pinover W.H., Hanks G.E. Outcome evaluation of the 1997 American Joint Comittee on cancer staging system for prostate carcinoma treated by radiation therapy. Cancer, 1999, 85, 1816-1821.

15. Kestin L.L., Vicini F.A., Ziaja E.L., Stromberg J.S., Frazier R.C., Martinez A.A. Defining biochemical cure for prostate carcinoma patients treated with external beam radiation therapy. Cancer, 1999, 86, 1557-1566.

16. Kupelian P., Katcher J., Levin H., Zippe C., Suh J., Macklis R., Klein E. External beam radiotherapy versus radical prostatectomy for clinical stage T1-2 prostate cancer: therapeutic implications of stratification by pretreatment PSA levels and biopsy Gleason scores. Cancer J. Sci. Am., 1997, 3, 78-87.

17. Kupelian P.A., Mohan D.S., Lyons J., Klein E.A., Reddy C.A. Higher than standard radiation doses (>= 72 Gy) with or witoout androgen deprivation in the treatment of localized prostate cancer. Int. J. Radiat. Oncol. Biol. Phys., 2000, 46, 567-574.

18. Perez C.A., Michalsky J.M., Lockett M.A. Chemical disease-free survival in localized carcinoma of prostate treated with external beam irradiation: comparison of American Society of Therapeutic Radiology and Oncology consensus or 1 ng/ml as endpoint. Int. J. Radiat. Oncol. Biol. Phys., 2001, 49, 1287-1296.

19. Pisansky T.M., Kahn M.J., Rasp G.M., Cha S.S., Haddock M.G., Bostwick D.G. A multiple prognostic index predictive of disease outcome after irradiation for clinically localized prostate carcinoma. Cancer, 1997, 79, 337-44.

20. Pollack A., Zagars G.K. External beam radiotherapy for stage T1/T2 prostate cancer: how does it stack up? Urology, 1998, 51,258-264.

21. Roach M.III, Lu J., Pilepich M.V., Asbell S.O., Mohuidden M., Terry R., Grignon D. Four prognostic groups predict long-term survival from prostate cancer following radiotherapy alone on radiation therapy oncology group clinical trials. Int. J. Radiat. Oncol. Biol. Phys. 2000, 47, 609-615.

22. Schaefer U., Micke O., Hampel G., Brandt B., Bovenschulte A., Semjonow A., Willich N. The use of prostate-specific antigen (PSA) for the monitoring of radiation therapy in prostate cancer. Anticancer Res. 1997, 17(4B), 2983-1986.

23. Shipley W.U., Thames H.D., Sandler H.M., Hanks G.E., Zietman A.L., Perez C.A., Kuban D.A., Hancock S.L., Smith C.D. Radiation therapy for clinically localized prostate cancer. A multi-institutional pooled analysis. J.A.M.A., 1999, 281, 1598-1604.

24. Zagars G.K., Pollack A., Kavadi V.S., von Eschenbach A.C. Prostate-specific antigen and radiation therapy for clinically localized prostate cancer. Int. J. Radiat. Oncol. Biol. Phys., 1995, 32, 293-306.

25. Zagars G.K., Pollack A. The serum prostate-specific antigen level three months after radiotherapy for prostate cancer: an early indicator of response to treatment. Radiother. Oncol., 1994, 30, 121-127.

26. Zagars G.K.; 'The prognostic significance of a single serum prostate-specific antigen value beyond 6 months after radiation therapy for adenocarcinoma of the prostate. Int. J. Radiat. Oncol. Biol. Phys., 1993, 27, 39-45.

SUMMARY