Prise en charge des patients ayant une vessie neurologique en France : une enquête du groupe d'études de neuro-urologie de langue française (GENULF)

25 juillet 2012

Auteurs : P. Denys, J.-M. Soler, B. Fatton, P. Rischmann, A. Yelnik, P. Aegerter, N.-Y. Saidji-Domingo, E. Chartier-Kastler
Référence : Prog Urol, 2012, 9, 22, 540-548




 




Introduction


La prise en charge des patients ayant une vessie neurologique est complexe. Lors du choix du traitement, les spécialistes doivent prendre en compte la progression de la pathologie initiale, les symptômes, l’innocuité, l’efficacité et la tolérance associés aux multiples thérapies requises, ainsi que la présence d’un handicap moteur et/ou sensoriel variable. Les recommandations établies par plusieurs associations ont pour but d’améliorer et de standardiser la façon dont sont traités ces patients. Les associations impliquées sont :

l’Association européenne d’urologie (EAU) [1, 2, 3] ;
la Société internationale de la continence (ICS) et la Consultation internationale sur l’incontinence (ICI) [4, 5] ;
l’Association française d’urologie (AFU) [6] ;
le Groupe d’études de neuro-urologie de langue française (GENULF) [7, 8].


Les premières enquêtes ayant pour but d’étudier les pratiques des urologues ont été conduites aux États-Unis en 2003 [9] et au Royaume-Uni en 2004 [10], mais seule la prise en charge de blessés médullaires avait été étudiée. Ensuite, des enquêtes réalisées auprès d’urologues hollandais [11] et canadiens [12] traitant des patients ayant une vessie neurologique ont montré des divergences entre les recommandations et les pratiques cliniques des spécialistes.


La première enquête, réalisée en 2007 auprès de 140 urologues hollandais [11], a conclu que le bilan urodynamique n’était pas pratiqué systématiquement, ce qui va à l’encontre des recommandations européennes. La seconde a été effectuée auprès de 105 urologues canadiens en 2005 [12]. Au cours de cette enquête, les urologues se sont accordés sur la nécessité de surveiller le dysfonctionnement des voies urinaires. Leur méthode de prise en charge correspondait aux recommandations européennes [1, 2] ; en revanche, ils ne sont pas parvenus à un consensus sur le choix de la méthode de surveillance. Les questionnaires utilisés lors de ces deux dernières enquêtes ont servi de base à notre étude.


En France, deux types de spécialistes, les urologues et les médecins MPR (mMPR), assurent de façon spécifique la prise en charge médicale et chirurgicale des patients ayant une vessie neurologique. La prise en charge et les traitements utilisés peuvent différer d’une spécialité à l’autre. Les urologues sont plus impliqués dans le diagnostic des patients et par conséquent, prescrivent le traitement de première intention des troubles urinaires. Ils ont recours à des interventions médicales ou chirurgicales, peu invasives et invasives. Les mMPR sont davantage impliqués dans la rééducation, le suivi et le diagnostic secondaire des troubles urinaires. Ils reçoivent une grande variété de patients présentant des troubles musculo-squelettiques, cardiovasculaires, pulmonaires et neurologiques. Ils utilisent des techniques de traitement non-chirurgicales dans le but de rétablir la mobilité et les fonctions de leurs patients, qui autrement auraient besoin de recourir à une intervention chirurgicale. C’est dans ce contexte qu’une enquête a été mise en place avec la collaboration du GENULF, de l’AFU, de la Société interdisciplinaire francophone d’urodynamique et de pelvi-périnéologie (SIFUD-PP) et de la Société française de médecine physique et de réadaptation (SOFMER) dans le but d’examiner les pratiques neuro-urologiques cliniques des urologues et des mMPR en France. L’objectif global de cette enquête était d’analyser la qualité des soins dispensés aux patients ayant une vessie neurologique.


Patients et méthodes


En avril 2009, une enquête concernant la prise en charge des patients ayant une vessie neurologique était envoyée à des urologues et des mMPR. Elle comprenait 11 questions. Les options de réponse étaient différentes pour chaque spécialité (Annexes A et B, Annexes A et B). En plus de questions concernant la démographie et les modèles de pratique des spécialistes, des questions relatives à l’étiologie, aux consultations, au suivi systématique et à la prise en charge des patients ayant une vessie neurologique et des infections urinaires étaient inclues dans le questionnaire. Trois mille et cent quatre-vingt questionnaires ont été envoyés aux membres des associations partenaires par courrier (SIFUD-PP : 550, GENULF : 30) ou par e-mail (AFU : 1300, SOFMER : 1300). Certains des praticiens étant membres de plus d’une association, il n’était pas impossible qu’une même personne reçoive plusieurs exemplaires du questionnaire. Entre avril et septembre 2009, deux rappels ont été envoyés aux praticiens. Le rapport statistique a été finalisé en septembre 2010. Les spécialistes participant à l’enquête et ne traitant pas de patients ayant une vessie neurologique ou refusant d’en traiter étaient exclus de l’analyse.


Résultats


La démographie des participants et leur modèle de pratique


Nous avons reçu 383 réponses (274 d’urologues et 109 de mMPR). Cela représente un taux global de réponse de 12 %. Deux cent sept urologues (76 %) et 92 mMPR (86 %) traitaient des patients ayant une vessie neurologique. La répartition des lieux de consultation est indiquée dans le Tableau 1. Les domaines d’expertise étaient différents entre les deux types de spécialistes (Tableau 2).


Étiologie des patients ayant une vessie neurologique


Généralités


Les deux types de spécialistes (85 % des urologues, 78 % des mMPR) ne traitaient que des adultes. Une minorité des praticiens traitaient, soit des enfants (3 % des urologues, 5 % des mMPR), soit une population mixte composée d’enfants et d’adultes (12 % des urologues, 17 % des mMPR).


Maladies neurologiques des patients


Les deux types de spécialistes ont reconnu que la majorité des patients qu’ils recevaient en consultation étaient atteints de sclérose en plaques (SEP), de lésions médullaires, de la maladie de Parkinson ou de spina bifida. Davantage d’urologues traitaient des patients atteints de la maladie de Parkinson par rapport aux mMPR (Figure 1). Les autres patients avaient eu un accident vasculaire cérébral, étaient diabétiques ou souffraient de pathologies neurologiques diverses.


Figure 1
Figure 1. 

Étiologie des patients ayant une vessie neurologique.




Organisation des consultations neurologiques


Les deux types de spécialistes recevaient leurs patients neurologiques essentiellement pendant leurs propres consultations. La majeure partie des consultations neurologiques des urologues étaient des consultations d’urologie générale (80 %). Le temps de consultation neurologique des mMPR se répartissait entre des consultations de MPR générale (66 %), des consultations multidisciplinaires (15 %) et une combinaison des deux types de consultations (19 %) (Tableau 3).


La prise d’initiative en vue d’organiser une consultation multidisciplinaire était différente pour chacune des spécialités. Les mMPR étaient, en effet, davantage à l’origine de ce type de consultations que les urologues. Les deux types de spécialistes s’accordaient pour dire qu’environ un quart des consultations multidisciplinaires était organisé par un autre praticien.


Suivi systématique


La fréquence du suivi systématique différait entre les urologues et les mMPR. La plupart des urologues pratiquaient un suivi tous les six mois (48 %) ou tous les ans (46 %) alors que la majorité des mMPR (53 %) proposaient un suivi annuel (Tableau 4).


La fréquence du suivi correspondait à celle indiquée dans les référentiels ou les recommandations pour 45 % des urologues et pour 70 % des mMPR. Peu d’évaluations de pratiques professionnelles (EPP) abordaient la question du suivi.


L’imagerie était utilisée pour effectuer le suivi systématique du haut appareil urinaire tous les ans dans plus de 70 % des cas. L’échographie était généralement utilisée. Les mMPR avaient également souvent recours à des méthodes plus invasives comme la cystographie rétrograde et l’urographie intraveineuse.


Un suivi urodynamique systématique après l’évaluation initiale était proposé par 56 % des urologues et 83 % des mMPR. Le suivi était alors effectué le plus souvent de façon annuelle. L’examen urodynamique était réalisé par le praticien lui-même chez 49 % des urologues et 67 % des mMPR. L’usage d’un cathéter intra-rectal pour mesurer la pression abdominale était utilisé par 49 % des urologues et 68 % des mMPR.


Prise en charge clinique des patients ayant une vessie neurologique


Prise en charge de la rétention urinaire


La majorité des patients souffrant de rétention urinaire était traitée par cathétérisme intermittent (97 % des urologues, 89 % des mMPR) ; une minorité était traitée par cathétérisme urétral permanent (4 % des urologues, 5 % des mMPR), par cathétérisme sus-pubien permanent (5 % des urologues, 2 % des mMPR) ou par d’autres traitements. Ces autres traitements incluaient l’usage d’alpha-bloquants, d’auto- ou d’hétéro-sondages, d’injections intrasphinctériennes de toxine botulinique (BoNT-A) ainsi que le recours à la neuromodulation, à des prothèses urétrales ou à la sphinctérotomie.


Prise en charge des bactériuries et des infections urinaires symptomatiques


Les mMPR avaient tendance à traiter davantage les patients atteints de bactériuries symptomatiques que les urologues (Tableau 5). De plus, les urologues traitaient généralement les patients plus longtemps que les mMPR.


Prise en charge des patients ayant une vessie neurologique


L’approche thérapeutique visant à éduquer les patients à la pratique de l’auto-sondage était utilisée par la plupart des urologues et des mMPR. Les autres traitements différaient suivant la spécialité du praticien (Figure 2). Les urologues pratiquaient plus d’interventions chirurgicales. Les mMPR, quant à eux, utilisaient principalement la rééducation périnéale, les injections de BoNT-A (intradétrusoriennes et intrasphinctériennes), et avaient, plus rarement, recours à la neuromodulation.


Figure 2
Figure 2. 

Prise en charge des patients ayant une vessie neurologique : différences entre les pratiques des médecins MPR (a) et celles des urologues (b). Au total, N=200 urologues (sauf pour la neuromodulation, N=199) et N=100 médecins MPR ont participé à l’enquête.





Discussion


La collaboration de quatre associations professionnelles a permis de cibler efficacement les praticiens impliqués dans la prise en charge de patients ayant une vessie neurologique en France avec un taux de réponse global de 12 %. Nous avons collecté les questionnaires de 274 urologues (environ 25 % des urologues français [13]) et de 109 mMPR (moins de 10 % des mMPR français [13]). Par expérience, nous savons qu’approximativement un urologue sur deux traite des patients ayant une vessie neurologique. Les mMPR ayant une activité très diversifiée, il est probable qu’un mMPR sur trois traite ce type de patients. Notre analyse ayant exclu les praticiens qui ne reçoivent pas de patients ayant une vessie neurologique, cela revient à dire que le taux de réponse à notre enquête serait en réalité équivalent au double de celui annoncé ; cela pourrait indiquer un vif intérêt des praticiens pour le dysfonctionnement des vessies neurologiques ou refléter un haut degré de spécialisation des participants à notre enquête. Nous avons comparé la distribution des pratiques de notre panel avec les statistiques publiées par l’Ordre national des médecins [13]. Il apparaît que la répartition hôpital/établissement privé de nos spécialistes était plus importante que ce qu’indique la démographie globale (49 % versus 23 % pour les urologues, 57 % versus 44 % pour les mMPR). L’importance de la neuro-urologie dans la pratique hospitalière pourrait expliquer cette différence.


La France est le seul pays pratiquant une prise en charge des vessies neurologiques par des urologues et/ou des mMPR [11, 12]. Le modèle de consultation mis en avant dans le cadre de cette enquête reflétait les pratiques actuelles en France. Les mMPR avaient une approche multidisciplinaire de leurs patients avec des consultations multithématiques. Ils travaillaient pour la plupart dans des centres multidisciplinaires et en collaboration avec d’autres spécialistes. Les urologues avaient tendance à moins travailler dans un environnement multidisciplinaire que les mMPR. Il faut savoir qu’il reste difficile d’organiser une consultation multidisciplinaire en France. En effet, le système de santé français considère qu’une consultation multidisciplinaire doit être sujette aux mêmes honoraires qu’une consultation avec un seul praticien. Cela n’encourage peut-être pas les praticiens à organiser de telles consultations.


Notre enquête a également examiné les pratiques des spécialistes en terme de suivi systématique des patients ayant une vessie neurologique. Il est intéressant de remarquer que seul un urologue français sur deux se référait aux recommandations. Leur pratique clinique se rapprochait néanmoins davantage des recommandations nationales (AFU [6] et GENULF [7]) et européennes (EAU [1, 2]) que celle des mMPR. Des résultats similaires ont été observés auprès d’urologues hollandais [11] ; tout comme les urologues français, leurs pratiques étaient en étroite corrélation avec les recommandations de l’EAU [1, 2].


Chez les patients ayant une vessie neurologique, la prévention et la prise en charge de complications est essentielle. L’intervalle de temps entre deux examens dépend de la pathologie sous-jacente et des complications existantes. L’EAU [1, 2] recommande un intervalle de moins d’un à deuxans, avec des intervalles plus courts chez les patients atteints de sclérose en plaques et de lésions médullaires aiguës.


Selon notre enquête, le suivi systématique de patients ayant une vessie neurologique était plus fréquemment proposé par les urologues que par les mMPR. Cela pourrait refléter la différence qui existe entre les deux spécialités en terme de pathologies et de type de filière de soins. Les habitudes de suivi des urologues hollandais [11] étaient comparables à celles de leurs homologues français, alors que celles des urologues canadiens [12] se rapprochaient des habitudes des mMPR français. En comparant les habitudes des deux spécialités aux recommandations et aux autres publications traitant de ce sujet [11, 12], on s’aperçoit qu’il n’existe pas de réel consensus en ce qui concerne la fréquence à laquelle le suivi systématique des patients ayant une vessie neurologique doit être pratiqué.


Les associations d’urologie comme l’EAU [1, 2], l’ICS [4], l’AFU [6] et le GENULF [7, 8] recommandent de façon implicite un suivi urodynamique systématique après l’examen initial. Nous avons observé qu’environ 60 % des urologues et 80 % des mMPR pratiquaient un bilan urodynamique après l’examen initial. Habituellement, la nécessité du suivi urodynamique dépend de l’existence de risques de dégradation de la fonction rénale, mais celle-ci n’était pas mentionnée dans notre questionnaire. En comparant nos résultats à ceux de l’enquête hollandaise [11], nous nous sommes aperçus que les urologues hollandais pratiquaient davantage (88 %) un suivi urodynamique après l’examen initial des patients ayant une vessie neurologique que leurs homologues français. Après cela, un suivi urodynamique systématique était instauré de façon annuelle par environ 50 % des urologues et des mMPR français. Cette fréquence de suivi était comparable à celle observée au Canada [12] et en Hollande [11].


Chez les patients ayant une vessie neurologique, les paramètres urodynamiques doivent être évalués ; il est, en particulier, important de connaître la valeur de la pression détrusorienne au cours du remplissage et de la miction. L’ICS [14] recommande de mesurer la pression intradétrusorienne tout en tenant compte des valeurs des pressions intra-vésicale et intra-abdominale afin d’obtenir des données reproductibles dans le temps et dans différents centres. Dans le cadre de notre enquête, seuls 50 % des urologues et 70 % des mMPR utilisaient un cathéter intra-rectal pour mesurer la pression abdominale. Les mMPR étaient davantage en ligne avec les recommandations de l’ICS [14]. Comme rapporté par Daneshgari et Sorensen [15], les examens urodynamiques nécessitent un équipement médical coûteux qui n’est pas disponible partout. De plus, ils requièrent du personnel qualifié ; or d’après une enquête réalisée en 2009 [16], seul un tiers des urologues français sont titulaires d’un diplôme universitaire d’urodynamique. Enfin, ils sont consommateurs de temps, en particulier chez les patients neurologiques et la tarification actuelle ne prend pas en compte cette spécificité.


En ce qui concerne le choix de la technique d’imagerie, la plupart des urologues (99 %) et des mMPR (96 %) utilisaient l’échographie abdominale non-invasive. Les recommandations stipulent que les tests non-invasifs devraient être utilisés avant d’envisager des examens invasifs. Les mMPR étant davantage impliqués dans la réadaptation et suivant de plus près leurs patients, on peut supposer que les tests invasifs sont utilisés dans le cas d’un diagnostique secondaire. On pourrait également se demander si le recours à l’imagerie invasive des mMPR n’est pas corrélé au fait que leurs patients présentent des complications neurologiques plus importantes que les patients reçus par les urologues. En pratique, une meilleure formation des mMPR quand à l’intérêt de ces examens radiologiques invasifs pourrait s’avérer judicieuse.


La prise en charge clinique de patients ayant une vessie neurologique et la mise en application des recommandations différaient entre les urologues et les mMPR. Si l’on considère l’exemple des bactériuries asymptomatiques, les mMPR traitaient davantage ces bactériuries que les urologues. La signification clinique de la bactériurie asymptomatique reste mal connue. Dans la littérature, le plus souvent, aucune distinction n’est faite entre les bactériuries symptomatiques et asymptomatiques. Or, les bactériuries affectant les patients cathétérisés sont majoritairement asymptomatiques. Les échantillons d’urines évacuées par le biais d’un cathéter ne sont généralement pas contaminés par la flore péri-urétrale [17]. Le traitement de bactériuries asymptomatiques chez les patients ayant une vessie neurologique n’est pas conseillé par les recommandations nationales et internationales. L’EAU [18] et l’association américaine des maladies infectieuses [17, 19] précisent que les patients ayant recours à un cathétérisme intermittent ou permanent ne devraient pas être traités en cas de bactériuries asymptomatiques car cela ne permettrait pas leur éradication et augmenterait le risque de résistance aux antibiotiques. Le phénomène de surtraitement a été observé dans d’autres enquêtes [11, 12, 20]. Les mMPR et les urologues français traitaient les patients présentant une infection urinaire symptomatique pendant huit à 12jours. Cette durée de traitement est un peu plus longue que celle pratiquée par les urologues canadiens (sept à dixjours) [12] ou par les urologues hollandais (sept à neufjours) [11]. L’association américaine des maladies infectieuses [17] recommande septjours de traitement antimicrobien (dix à 14jours en cas de réponse tardive au traitement) et l’AFU [6] recommande cinqjours de traitement antibiotique en l’absence de fièvre. Les recommandations européennes [1, 2] indiquent qu’il n’existe pas d’études permettant de recommander une durée de traitement optimale des infections urinaires chez les patients cathétérisés. Elles stipulent également que la durée d’un traitement antimicrobien varie habituellement entre cinq et 21jours selon l’organisme, les comorbidités et la réponse du patient.


Les résultats de notre enquête ont mis en évidence des approches de traitements des patients ayant une vessie neurologique différentes selon la spécialité du praticien. Les urologues comme les mMPR formaient leurs patients à l’utilisation de l’auto-sondage. Le traitement par injections de BoNT-A semblait fréquemment utilisé par les deux types de spécialistes. L’EAU [1, 2] recommande le recours aux injections de BoNT-A comme traitement minimalement invasif de seconde intention. Depuis dix ans, il a été prouvé, par le biais d’études contrôlées par placebo, que l’onabotulinumtoxinA (Botox®) constitue un traitement efficace pour les patients ayant une vessie neurologique [21, 22]. Elle a d’ailleurs récemment reçu son autorisation de mise sur le marché (AMM) en France. Pour les spécialistes et les hôpitaux français, ces injections constituent la seule alternative de traitement pour les patients ayant une vessie neurologique si le traitement conventionnel a échoué et avant d’envisager le recours à une intervention chirurgicale. L’EAU [1, 2], l’AFU [6], le GENULF [7] et la Haute Autorité de santé recommandent leur usage chez les patients atteints de paraplégie [23] ou de sclérose en plaques [24] et ayant une vessie neurologique. Le site d’injection différait pour les deux types de spécialistes. Les mMPR pratiquaient des injections intradétrusoriennes et intrasphinctériennes, quant aux urologues, ils n’utilisaient que des injections intradétrusoriennes. Les urologues pratiquaient peut-être davantage de chirurgies chez leurs patients qui présentaient des déficiences sphinctériennes. Notre enquête n’a pas examiné de façon spécifique d’autres thérapies médicales non-invasives.


Conclusions


Les résultats de notre enquête ont mis en évidence que la prise en charge des patients ayant une vessie neurologique par les mMPR et les urologues en France était globalement en accord avec les recommandations nationales et internationales. Les mMPR semblaient respecter davantage les bonnes pratiques de l’examen urodynamique que les urologues. En revanche, ils avaient davantage recours à l’imagerie invasive. Les urologues, comme les mMPR, traitaient encore trop souvent les bactériuries asymptomatiques chez les patients qui utilisaient le cathétérisme intermittent. Les injections de BoNT-A (AMM obtenue en septembre 2011) étaient largement utilisées chez les patients ayant une vessie neurologique, aussi bien par les urologues et que par les mMPR. Cette étude a mis en lumière le besoin de formations spécifiques des urologues et des mMPR pour assurer un suivi adapté des patients ayant une vessie neurologique. Il semblerait, en effet, souhaitable d’harmoniser les pratiques cliniques des uns et des autres, notamment concernant l’usage du bilan urodynamique et le traitement des bactériuries.


Déclaration d’intérêts


Pierre Denys : investigateur pour Allergan, Coloplast, Hollister et orateur pour Allergan, Ipsen, Coloplast et Hollister.


Jean-Marc Soler : aucun.


Brigitte Fatton : consultant pour Boston Scientific, Tena, Astellas, Allergan et orateur pour Codepharma.


Pascal Rischmann : aucun.


Alain Yelnik : aucun.


Philippe Aegerter : aucun.


Nabila-Yasmine Saidji-Domingo : aucun.


Emmanuel Chartier-Kastler : consultant pour Allergan, Astellas, Medtronic, Zambon ; orateur pour Astellas, Allergan, Coloplast, Medtronic et investigateur pour Allergan, Astellas, Astra Zeneca, Medtronic, Ispen, Coloplast et AB sciences.


Remerciements


Cette étude a été rendue possible grâce à une subvention inconditionnelle d’Allergan. Les auteurs souhaitent exprimer leur reconnaissance à Ismar Healthcare pour leur aide lors de l’écriture du manuscrit.



Annexes A et B


(82 Ko)
  



 Niveau de preuve : 5.





Tableau 1 - Démographie.
  Urologue 
N   205 
CHU/CHR  49 % 
Établissement privé  43 % 
CHU-CHR/privé  7 % 
  Médecin MPR 
N   92 
CHU/CHR  57 % 
Établissement privé  18 % 
Établissement PSPH  20 % 
Activité libérale  5 % 



Légende :
MPR : médecine physique et de réadaptation ; CHU : centre hospitalier universitaire ; CHR : centre hospitalier régional ; PSPH : participant au service public hospitalier.



Tableau 2 - Domaines d’expertise des deux types de spécialistes.
Urologue (N=205)    
Oncologie  68 % 
Urologie générale  33 % 
Incontinence et troubles urinaires  36 % 
Lithiase  21 % 
Dysfonction érectile et infertilité  11 % 
Hyperplasie bénigne de la prostate  8 % 
Uro-pédiatrie  8 % 
Autres  9 % 
   
Médecin MPR (N=92)    
Réadaptation neurologique  82 % 
Réadaptation orthopédique ou rhumatologique  33 % 
Réadaptation pédiatrique  32 % 
Réadaptation polyvalente  9 % 
Appareillage  7 % 
Autres  18 % 



Légende :
MPR : médecine physique et de réadaptation.



Tableau 3 - Organisation des consultations.
  Médecin MPR  Urologue 
Lieu  
N   81  204 
Dans le cabinet de l’urologue  0 %  81 % 
Dans leur cabinet et au centre de réadaptation     
Au centre de réadaptation  83 %  3 % 
 
Occasion  
N   79  201 
Consultation en urologie générale    80 % 
Consultation en MPR générale  66 %   
Consultation multidisciplinaire spécialisée  15 %  11 % 
Consultation générale et consultation multidisciplinaire spécialisée  19 %  9 % 
 
Initiation de consultation multidisciplinaire spécialisée  
N   34  54 
Urologue  21 %  33 % 
Médecin MPR  53 %  43 % 
Autre  26 %  24 % 





Tableau 4 - Le suivi systématique, le suivi systématique du haut appareil urinaire par imagerie et le suivi urodynamique systématique.
Suivi systématique  Médecin MPR  Urologue 
Fréquence  
N   87  193 
3 mois  10 %  5 % 
6 mois  32 %  48 % 
12 mois  53 %  46 % 
24 mois  5 %  1 % 
     
Praticiens suivant les recommandations     
N   57  76 
  70 %  45 % 
     
La prise en charge des patients ayant une vessie neurologique est décrite dans les EPP     
N   70  139 
  29 %  5 % 
Suivi systématique par imagerie  Médecin MPR  Urologue 
Fréquence  
N   90  197 
3 mois  1 %  0 % 
6 mois  8 %  24 % 
12 mois  78 %  70 % 
24 mois  13 %  6 % 
 
Examens pratiqués (possibilité de choix multiples)  
N   92  201 
Échographie  96 %  99 %a 
Urographie intraveineuse  12 %  3 % 
Cystographie rétrograde  31 %  7 % 
Autre  32 %  11 % 
Suivi urodynamique systématique  Médecin MPR  Urologue 
N   90  196 
Pas de suivi après l’évaluation initiale  17 %  44 % 
 
Fréquence  
N   67  96 
3 mois  0 %  0 % 
6 mois  12 %  7 % 
12 mois  52 %  47 % 
24 mois  36 %  46 % 
 
Praticiens effectuant eux-mêmes le suivi  
N   90  196 
  67 %  49 % 
 
Praticiens utilisant un cathéter intra-rectal pour mesurer la pression abdominale  
N   78  164 
  68 %  49 % 



Légende :
MPR : médecine physique et de réadaptation.

[a] 
N =200.


Tableau 5 - Prise en charge des bactériuries et des infections urinaires symptomatiques chez les patients ayant une vessie neurologique.
N  
Médecin MPR  Urologue 
  91  205 
Pourcentage de praticiens traitant les bactériuries chez leurs patients s’ils ont recours à un     
Cathétérisme permanent  7 %  1 % 
Cathétérisme intermittent  13 %  9 % 
 
Traitement des infections urinaires symptomatiques si le patient est 
Un homme (N
    87  197 
  Nombre de jours (moyenne±ET)  11± 12±
  7jours  17 %  12 % 
  7jours  29 %  23 % 
  14jours  23 %  37 % 
 
Une femme (N
    88  196 
  Nombre de jours (moyenne±ET)  8± 9±
  7jours  32 %  19 % 
  7jours  53 %  44 % 
  14jours  6 %  11 % 



Légende :
ET : écart-type ; MPR : médecine physique et de réadaptation.


Références



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