Premier cas de séquençage complet du génome dans le cancer de la prostate

25 décembre 2014

Auteurs : F. Pene, A. Toledano, M. Laabidi
Référence : Prog Urol, 2014, 16, 24, 1041-1042




 



Dans un journal peu lu des cliniciens, The Journal of Clinical Investigation , est paru il y a peu [1] un article de génomique susceptible de nous interroger sur la pertinence des classifications pronostiques actuelles (pronostic bon, intermédiaire ou mauvais) dans le cancer de la prostate.


Que disait cet article ? Un patient traité par prostatectomie radicale est décédé 17ans plus tard de métastases multiples pulmonaires, hépatiques, ganglionnaires (Figure 1). Une analyse génomique complète par PCR a pu être réalisée à la fois sur la tumeur primitive (l'ADN étant en bon état de conservation) et au niveau des biopsies de trois des sept sites métastatiques létaux. Les auteurs ont ainsi pu « tracer » quatre anomalies clonales spécifiques (PTEN, p53, ATRX et FISH télomère-spécifique) permettant ainsi de remonter au clone létal déjà présent dans la tumeur primitive. Et ce clone létal s'est avéré être le grade 3 (de la classification de Gleason) et non le grade 4 pourtant prédominant dans la tumeur initiale. Cette tumeur originelle paraissait pourtant inoffensive sur la pièce de prostatectomie (a small, well-differentiated Gleason pattern 3 primary lesion... not coming from the prevalent pattern 4 cancer" ).


Figure 1
Figure 1. 

Le clone P1 (grade 3) est à l'origine des métastases létales 17 ans après la prostatectomie (et non pas le clone P2, grade 4).




Quels enseignements pouvons-nous retirer de cet article ?


En 2012, paraissait sous de grandes signatures [2] un article remettant en cause l'appellation même de cancer de ces formes Gleason 6, évoquant le surtraitement. Or ces formes peuvent être mortelles, comme dans ce cas rapporté. Pour autant le traitement de ces formes change-t-il leur pronostic spontané ? À l'inverse, la tumeur Gleason 8 semble dans ce cas avoir été guérie par la chirurgie ; n'y aurait-il, dans ces formes de mauvais pronostic, que deux voies possibles, soit une évolution rapide, dans les cinq ou dix ans qui suivent le traitement initial, soit s'il n'y a pas de rechute précoce, une guérison ?


Concernant les traitements conservateurs (radiothérapie externe, curiethérapie) proposés comme alternative à la chirurgie radicale dans les formes de bon pronostic, les principales séries référentes ont souvent un recul de dix ans [3] ; est-ce suffisant pour conclure, sachant que dans l'article ici analysé, le décès est survenu 17ans après le traitement initial ? Quid des essais phase 3 dans ces conditions ?


Il est probable que dans l'avenir, la génomique va nous aider à réécrire certaines indications de nos traitements, que ce soit dans les formes à « bon » ou à « mauvais » pronostic, particulièrement en clarifiant ces notions basées actuellement sur des considérations uniquement cliniques.


Déclaration d'intérêts


Les auteurs n'ont pas transmis de déclaration de conflits d'intérêts.



Références



Haffner M.C., Mosbruger T., Esopi D.M., et al. Tracking the clonal origin of lethal prostate Cancer J Clin Invest 2013 ;  123 : 4918-4922 [cross-ref]
Carter H.B., Partin A.W., Walsh P.C., et al. Gleason Score 6 adenocarcinoma: should it be labeled as cancer? J Clin Oncol 2012 ;  30 : 4294-4296 [cross-ref]
Toledano A., Beley S., Bollet M., et al. Rôle de la radiothérapie hypofractionée dans le traitement du cancer de la prostate: revue Prog Urol 2012 ;  22 : 671-677 [inter-ref]






© 2014 
Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés.