Pose d’implants Urolift® intra-prostatique pour hyperplasie bénigne de la prostate : résultats après 7 ans d’expérience

25 mars 2020

Auteurs : M. Userovici, A. Ochoa, J. Anract, S. Beurrier, M. Peyromaure, N. Barry Delongchamps
Référence : Prog Urol, 2020, 3, 30, 147-154
Introduction

La pose d’implants intra-prostatiques Urolift est une technique mini-invasive, qui se place comme alternative aux techniques chirurgicales classique de l’hyperplasie bénigne de la prostate. Notre objectif était de rapporter les résultats de la pose d’implants Urolift® après 7 ans d’expérience.

Patients et méthode

L’intervention a été proposée entre février 2012 et mars 2019 aux patients consultant dans notre centre pour hyperplasie bénigne de la prostate (HBP) symptomatique, en alternative à un traitement chirurgical classique. L’efficacité était évaluée par auto-questionnaire sur la symptomatologie urinaire (IPSS) et sur son retentissement (IPSS-QdV). La tolérance était évaluée par questionnaires sur la fonction érectile (IIEF5) et éjaculatoire (MSHQ-EjD) et le taux de complications. La survie sans traitement additionnel a été évaluée.

Résultats

Quarante patients ont été traités pendant cette période, avec un suivi moyen de 32 mois [12—67]. Trois mois après l’intervention, l’IPSS et l’IPSS-QdV étaient significativement améliorés (respectivement 8 [4–11] vs 20 [17–24] ; p <0,0001 et 2 [1–2] vs 5 [4–6] ; p <0,0001). Le MSHQ-EjD et le IIEF5 n’étaient pas modifiés (respectivement 13 [11–14] vs 12 [9–13] ; p =0,69 et 21 [18–23] vs 21 [18–23] ; p =0,13). Deux patients (5 %) ont présenté une rétention d’urine nécessitant un sondage. Aucune complication de score de Clavien-Dindo>2 n’a été rapportée. La survie sans traitement additionnel à 5 ans était de 50 %.

Conclusions

La pose d’implants intra-prostatiques Urolift® a permis une amélioration significative des symptômes dans notre population, avec une bonne tolérance. Environ deux tiers des patients n’avaient pas reçu de traitement additionnel en fin d’expérience. Le risque de réintervention était maximal au cours des dix-huit premiers mois.

Niveau de preuve

3.




 




Introduction


L'hyperplasie bénigne de la prostate (HBP) est une des affections bénignes les plus fréquentes de l'homme âgé [1]. Les symptômes qui en résultent concernent 30 % des hommes de plus de 65 ans [1, 2]. L'HBP symptomatique peut faire l'objet de mesures hygiéno-diététiques, d'un traitement médical ou d'un traitement chirurgical. En France, 11 % des hommes de plus de 60 ans prend un traitement pharmacologique pour des symptômes liés à une HBP [3]. Bien qu'efficaces, ils sont responsables d'effets secondaires gênants à l'origine d'un arrêt dans 10 à 15 % des cas [4]. Environ 70 000 patients par an sont traités chirurgicalement par résection, énucléation ou vaporisation prostatique [5]. Ces traitements ont des profils de tolérance précoce différents en fonction de la technique utilisée, mais ont en commun l'apparition d'une anéjaculation dans 80 % des cas [6].


Une alternative aux techniques chirurgicales conventionnelles est les implants intra-prostatiques Urolift®, technique non ablative, qui permettent de comprimer mécaniquement les deux lobes prostatiques entraînant une expansion de la lumière urétrale et une levée de l'obstruction. L'abord se fait par voie endoscopique exclusive. Chaque implant est composé d'une languette capsulaire reliée par un fil de polypropylène à un clip métallique endo-urétral. Plusieurs études ont suggéré la bonne tolérance et l'efficacité de cette technique à court et moyen terme, tant sur le plan fonctionnel urinaire que sexuel [7, 8].


L'objectif de notre étude était de rapporter les résultats de la pose d'implants intra-prostatiques Urolift® après 7 ans d'expérience, ainsi que la survie sans traitement additionnel et d'éventuels facteurs prédictifs de récidive.


Patients et méthodes


Sélection des patients


La pose d'implant Urolift® est proposée dans notre centre depuis février 2012, en alternative à un traitement chirurgical classique. Tous les patients ayant consulté pour des symptômes du bas appareil urinaire liés à une HBP ont été informé de la possibilité de bénéficier de la pose d'implant Urolift®. Tous les patients ayant accepté ce traitement ont bénéficié d'une échographie prostatique avec mesure du volume et d'une urétrocystoscopie. Tous les patients avec un volume prostatique supérieur à 80mL en échographie, et/ou la présence d'un lobe médian en urétrocystoscopie ont été exclus de l'étude. Tous les patients opérés entre février 2012 et mars 2019 ont été inclus dans l'analyse.


Dispositif médical et matériel auxiliaire


Chaque implant Urolift® est formé d'une languette capsulaire en nitinol reliée par une suture en monofilament de polytéréphtalate d'éthylène (PET) à une pièce terminale urétrale en acier inoxydable. Les implants sont posés grâce à un dispositif à usage unique introduit dans l'urètre sous cystoscopie (gaine Storz 20 Fr et optique Storz 2,9mm 0).


Intervention chirurgicale


En début d'expérience tous les patients ont reçu, conformément aux recommandations initiales, une antibioprophylaxie par ofloxacine 200mg deux fois par jour, débutée la veille de l'intervention, et poursuivie pendant 3 jours. À partir de 2014, l'antibioprophylaxie était exclusivement préopératoire, par Fluoroquinolone per os, en accord avec les nouvelles recommandations. L'examen cytobactériologique des urines, réalisé une semaine avant l'intervention, était stérile dans tous les cas. Toutes les interventions étaient réalisées au bloc opératoire. En début d'expérience, l'anesthésie locale n'était pas proposée. Par la suite, le choix de la technique d'anesthésie (locale, loco-régionale ou générale) était fait par l'anesthésiste, en fonction des risques liés au terrain, ainsi que par le patient. Un seul opérateur a réalisé l'ensemble des procédures. L'intervention débutait par une urétrocystoscopie exploratrice. La gaine du cystoscope était ensuite laissée en place dans la vessie. Après vidange vésicale, le dispositif de pose de l'implant Urolift® était introduit dans la gaine sous contrôle visuel puis tourné horizontalement afin que son extrémité rentre en contact avec le lobe à traiter. L'opérateur réalisait ensuite une compression du lobe prostatique en appliquant un angle 15 à 20 degrés à la gaine du cystoscope. Cette compression permettait d'ouvrir la lumière urétrale. Le verrou de sécurité était relâché, puis la gâchette était enfoncée, déclenchant le déploiement d'une aiguille de 19 gauge contenant la languette capsulaire. Dans le même temps, la rétraction de l'aiguille entraînait une mise en tension du fil de suture en PET, ce qui permettait l'application de la languette en nitinol contre la capsule. Le mécanisme de libération urétrale était ensuite actionné, entraînant le déploiement de la pièce terminale urétrale et la section de l'excès de suture. Le dispositif de pose était ensuite retiré de la gaine, puis un nouveau dispositif était introduit afin de délivrer les implants suivants. Le nombre d'implants nécessaire était déterminé au cours de l'intervention de façon visuelle par le chirurgien.


Suites chirurgicales


La mise en place d'une sonde vésicale en fin d'intervention n'était pas systématique.


Tous les patients ont poursuivi leur traitement alpha-bloquant pendant une durée de sept jours après l'intervention. Une consultation de contrôle a été proposée à 1 mois en postopératoire, à 3 mois, puis tous les 6 mois. Concernant le suivi ultérieur, les données ont été recueillies soit en consultation soit par recueil téléphonique lorsque cela n'était pas possible (distance, indisponibilité). S'il s'agissait d'un recueil téléphonique un rendez-vous systématique de consultation était proposé au patient pour le recueil ultérieur.


Critères de jugement et recueil des données


Plusieurs critères de jugement ont été utilisés pour évaluer l'efficacité des implants Urolift :

l'amélioration de la symptomatologie urinaire, évaluée par l'auto-questionnaire International Prostate Symptom Score (IPSS) ;
l'amélioration de la qualité de vie lié aux symptômes du bas appareil urinaire, évaluée par le questionnaire IPSS-Qualité de vie (IPSS-QdV).


Plusieurs critères de jugement ont été utilisés pour évaluer la tolérance des implants Urolift :

le maintien d'une fonction érectile évalué par l'auto-questionnaire International Index of Erectile Function (IIEF5) ;
le maintien d'une fonction éjaculatoire, évalué par l'auto-questionnaire Male Sexual Health Questionnaire - Ejaculatory Dysfunction (MSHQ-EjD) ;
le taux de complications postopératoires, selon la classification de Clavien-Dindo.


Toutes les données ont été recueillies de manière prospective. Tous les questionnaires étaient remplis par tous les patients en préopératoire, puis à chaque consultation de contrôle ou par recueil téléphonique le cas échéant. Concernant les perdus de vue (n =5), les données à la date des dernières nouvelles ont été prises en compte.


La récidive était définie comme la mise en place d'un autre traitement de l'HBP, médicamenteux ou chirurgical, pendant toute la durée du suivi. La survie sans récidive était calculée pour chaque patient comme le temps entre la pose de l'implant et le nouveau traitement le cas échéant. Concernant les perdus de vus, nous avons pris en compte les données à la date de la dernière visite. À cette date-là ces patients n'avaient pas reçu de traitement additionnel et n'étaient pas considérés comme des échecs de la technique.


Analyse statistique


Les proportions ont été exprimées en valeurs absolues et en pourcentages, les médianes sont exprimées avec le premier et troisième quartile [q1-q3]. La comparaison des variables mesurées en préopératoires et en fin de suivi a été réalisée par le test de Student. La méthode de Kaplan-Meier a été utilisée pour estimer le taux de survie sans traitement additionnel. Un modèle de régression logistique, en analyse uni- et multivariée, a été utilisé pour rechercher des facteurs prédictifs de reprise du traitement médical ou une réintervention pendant la durée de suivi. Une valeur de p <0,05 était considérée comme significative.


Résultats


Données préopératoires


Au total, 40 patients ont été traités par implants Urolift dans notre centre entre février 2012 et mars 2019. Leurs caractéristiques cliniques sont résumées dans le Tableau 1. Un patient avait déjà eu une séance de thermothérapie par radiofréquence (TUNA). Un patient était porteur d'une sonde vésicale à demeure depuis deux semaines. Deux patients étaient traités par anticoagulation orale au long cours. Dans les deux cas, un relais par héparine de bas poids moléculaire a été institué pendant la période périopératoire. Trois autres patients étaient traités par antiagrégant plaquettaire dont le traitement a été poursuivi en périopératoire.


Données périopératoires


Une anesthésie générale a été réalisée chez 26 patients, une rachi anesthésie chez 8 patients et une anesthésie locale chez les 6 autres.


La durée opératoire médiane était de 15 minutes [10—20], avec un nombre médian de 3 [2—4] implants posés. Une sonde vésicale a été posée chez 19 (47 %) patients. Vingt patients (50 %) ont été hospitalisés en ambulatoire (Tableau 2).


Efficacité


L'ensemble des patients ont arrêté leur traitement médical de l'HBP dans les 10 jours suivant l'intervention. Trois mois après l'intervention, l'IPSS et l'IPSS-QdV étaient significativement améliorés (respectivement 8 [4-11] vs 20 [17-24] ; p <0,0001 et 2 [1-2] vs 5 [4-6] ; p <0,0001, Tableau 3). La durée moyenne de suivi était de 32 mois [12—67]. Vingt-cinq patients (63 %) rapportaient une amélioration de leurs symptômes urinaires sans aucun traitement additionnel à la fin de leur suivi respectif. Chez ces patients, l'IPSS et l'IPSS-QDV médian étaient significativement améliorés (Tableau 3).


Tolérance


Il n'y avait pas de différence statistiquement significative entre les valeurs pré et post opératoires, ni pour le questionnaire IIEF5 ni pour le questionnaire MSHQ-EjD (Tableau 3). Aucun patient n'a rapporté d'éjaculation rétrograde. L'amélioration des scores fonctionnels urinaires était stable dans le temps (Figure 1). Les scores fonctionnels érectile et de l'éjaculation étaient stables dans le temps (Tableau 3).


Figure 1
Figure 1. 

Évolution des scores fonctionnels et de la qualité de vie urinaires (IPSS et IPSS-QDV) en postopératoire chez les patients n'ayant pas reçu de traitement additionnel. A. Score IPSS. B. Score IPSS-QDV.




Dans deux (5 %) cas, une rétention aiguë d'urine deux heures après la pose d'implants a nécessité la pose d'une sonde vésicale pour une durée de 12 à 24 heures (grade Clavien-Dindo II). Aucune complication de score Clavien-Dindo supérieur à 2 n'a été observée.


Survie sans traitement additionnel


Au cours du suivi, 14 patients (35 %) ont nécessité un traitement chirurgical additionnel de l'HBP. Le délai médian avant réintervention était de 13 mois [6—16]. Un patient a été traité par adénomectomie voie haute en raison d'un volume prostatique de 80mL. Six patients (15 %) ont eu une incision cervico-prostatique, 4 patients (10 %) d'une résection transurétrale de prostate, 2 patients (5 %) d'une énucléation endoscopique par laser Holmium (Holep), un patient (2,5 %) d'une vaporisation au laser Greenlight. L'ensemble des reprises chirurgicales se sont déroulées sans difficultés malgré la présence des implants, hormis l'adénomectomie par voie haute qui n'a pas pu être réalisée simplement par digitoclastie du fait de la présence des fils de polypropylène mais qui a nécessité leur section aux ciseaux préalablement. Parmi ces 14 réinterventions, 12 (86 %) ont eu lieu au cours de la première année du suivi. Un patient a nécessité la reprise d'un traitement médicamenteux par alpha-bloquant après un délai de 8 mois. Le taux de survie sans traitement additionnel dans notre étude était de 63 % à 18 mois. La survie médiane sans retraitement est de 5 ans (Figure 2).


Figure 2
Figure 2. 

Courbe de survie sans traitement additionnel.




Facteurs prédictifs d'échec thérapeutique


En analyse uni- et multivariée, aucun facteur prédictif indépendant d'échec thérapeutique n'a été mis en évidence parmi les variables analysées (Tableau 4).


Discussion


Notre expérience monocentrique française prolonge les résultats apportés par notre étude préliminaire [9] et confirme avec plus de patients la diminution rapide et significative, dès le premier mois, des symptômes et de la gêne mictionnelle après la pose d'implant Urolift®. Ce résultat avait déjà été démontré, avec un niveau de preuve élevé, par l'étude multicentrique pivot LIFT [10], contrôlée, randomisée, en simple aveugle, réalisée avec un suivi d'un an chez 206 patients. Le score IPSS à 3 mois était amélioré d'environ 30 à 40 %, et de manière significative par rapport au groupe contrôle placebo. Le débit urinaire était lui-même amélioré de l'ordre de 40 %. Ces résultats symptomatiques et urodynamiques sont bien inférieurs à ceux attendus après une intervention ablative, qui permettent une réduction du score IPSS de l'ordre de 12 à 15 points, et une amélioration du débit urinaire de 120 % [11, 12] avec cependant une grande variabilité. Cette amélioration majeure est néanmoins à mettre en balance avec une durée avant rétablissement complet qui est bien supérieure, de l'ordre de 3 mois, alors qu'elle n'est que de quelques jours après la pose d'implant Urolift® [13, 14]. Le profil de tolérance à long terme, en particulier sur le plan sexuel, est lui aussi en faveur des implants, puisqu'il n'existe à ce jour aucun rapport faisant état d'une dysfonction éjaculatoire après la pose d'implants.


Les données de la littérature suggèrent en outre que l'amélioration obtenue initialement, même si elle est modérée, se maintient à moyen terme. La prolongation de l'étude LIFT, publiée par Roehrborn [15], prospective et observationnelle, a évalué les résultats de la technique à 3 ans et plus récemment à 5 ans [16]. Les données de 93 patients sur les 140 traités initialement par Urolift® ont été analysés. L'amélioration de la symptomatologie urinaire et de la qualité de vie était stable avec une amélioration à 3 ans de l'IPSS et de l'IPSS-QdV de 41 % et 49 % respectivement et de 36 % et 50 % à 5 ans. La fonction éjaculatoire était préservée tout au long de ce suivi (auto-questionnaire MSHQ-Ej). Ces données ne prenaient pas néanmoins en compte les patients ayant nécessité une réintervention ni les perdus de vue.


Un aspect important sur le plan clinique est en effet le taux de retraitement, qu'il s'agisse d'un traitement chirurgical additionnel ou simplement pharmacologique. Notre étude fait état d'un taux global de retraitement important, de 35 %. Ce taux est bien supérieur à ce qui a été rapporté dans la littérature [16, 17], en particulier dans l'étude LIFT. Les auteurs rapportent en effet un taux de réintervention chirurgicale de seulement 13,6 % à 5 ans. Néanmoins, dans cette étude, 15 des 87 patients évaluables à 5 ans étaient à nouveau sous traitement pharmacologique (17 %). En outre, l'analyse ne prenait pas en compte les patients perdus de vue (n =20, 14 %), décédés (n =9, 6 %) ou exclus pour diverses raisons (n =5, 4 %) au cours du suivi. Au total, dans cette étude où plus d'un patient sur cinq n'est pas analysable, un taux global de 35 % de retraitement est vraisemblablement plus proche de la réalité. Ce taux correspond à nos observations, avec certes un suivi moins long, laissant présager que notre taux pourrait être supérieur à 5 ans. Dans notre étude, le taux de réintervention semblait maximal les 18 premiers mois. Au-delà de cette période, l'efficacité semblait se stabiliser sur le moyen terme. Au bout de 5 ans de suivi nous n'avons pu analyser que 8 patients. En effet, 15 patients avaient déjà reçu un traitement additionnel, qu'il soit chirurgical ou médicamenteux, et n'apparaissent donc plus dans l'analyse de la Figure 1 ; 5 patients ont été perdus de vue (soit un taux de 12,5 % comparable avec les autres études) ; les 12 autres patients n'ont pas encore atteints le suivi de 5 ans.


Nous n'avons pas mis en évidence de facteurs prédictifs d'échec de la technique dans cette population sélectionnée de patients n'ayant pas de lobe médian. Le manque de puissance de l'étude pourrait en être une des raisons. Aucune autre étude, à notre connaissance, n'a pu, malgré un nombre plus important de patients et d'évènements, mettre en évidence de facteurs prédictifs d'échec. Le volume prostatique, en particulier, ne semble pas être associé au résultat symptomatique et urodynamique. Les modifications morphologiques tridimensionnelles provoquées par les implants en fonction de leur localisation et orientation, elles-mêmes appréciées en peropératoire sur des critères purement visuels, de même que la variabilité d'élasticité et de compliance du parenchyme prostatique, sont des variables difficilement analysables, et qui hypothétiquement pourraient avoir un impact sur la réussite du traitement. Il est difficile de préciser le nombre d'implants nécessaires à déployer. Il est déterminé de façon subjective. Sans pouvoir l'affirmer il semblerait qu'il soit préférable d'implanter les implants de façon symétrique, paire et qu'un nombre élevé d'implants (et donc de point d'ancrage dans le parenchyme prostatique) pourrait majorer les symptômes irritatifs. Somme toute, il semblerait que le nombre idéal soit 2 ou 4 implants. Ce nombre dépend du volume, mais aussi de la longueur de l'urètre et vraisemblablement de la consistance du parenchyme.


L'étude BPH6, dont les résultats ont été rapportés dans les publications de Sanksen et al. [8] et de Gratzke et al. [13], est la première étude prospective, multicentrique, contrôlée et randomisée, ayant comparé la pose d'implant Urolift® à la RTUP, avec un objectif de non-infériorité à 1 an et un suivi global de 2 ans. Au total, 91 patients ont été inclus et randomisés. Cette étude a confirmé la non-infériorité de la technique à un an, en utilisant comme critère de jugement le score BHP6. Ce score composite n'est actuellement pas validé, ce qui limite bien sûr l'impact d'une telle comparaison. Néanmoins, ce score permet d'associer des paramètres cliniquement pertinents tout aussi important que le débit urinaire et les symptômes : les effets secondaires sexuels (érection et éjaculation), la durée de rétablissement avant récupération complète, l'incontinence, et le taux global d'effet indésirables. Ces paramètres sont ceux que l'on explique en préopératoire en pratique quotidienne et correspondent don à une réalité clinique : le patient doit bel et bien faire un choix entre les différentes alternatives chirurgicales, en renonçant à certains avantages tout en bénéficiant d'autres.


Les recommandations de l'Association européenne d'urologie (EAU) de 2016 [18] et 2017 [19] placent la pose d'implants Urolift® comme une alternative équivalente aux autres traitements chirurgicaux chez les patients ayant un volume prostatique compris entre 30 et 70mL, sans lobe médian. Le niveau de preuve assorti à cette recommandation est élevé (1A). L'intervention est réalisée le plus souvent sans anesthésie, en utilisant uniquement un gel de xylocaïne [20], en externe ou en ambulatoire. Un développement récent de la technique permettrait de traiter les patients ayant un lobe médian, en le comprimant contre un des lobes latéraux [21].


Il s'agit de la première étude française à étudier les résultats de la pose d'implants Urolift® à moyen terme. Elle présente néanmoins de nombreuses limites, liées à son caractère monocentrique et mono-opérateur, ainsi qu'au nombre restreint de patients. Le traitement a été proposé à tous les patients consultant dans notre centre, et seuls les patients demandeurs ont été opérés et inclus dans l'étude, ce qui peut causer un biais de sélection. Par ailleurs, nous n'avons pas pu inclure la mesure du résidu post-mictionnel (RPM) et du Qmax dans nos critères de jugement. Ces mesures pourraient être incluses dans les travaux futurs afin de valider nos données. Une étude multicentrique française est en préparation, sous l'égide du CTMH de l'AFU, et permettra d'apporter des données médicales, mais aussi économiques sur l'utilisation de cette nouvelle technique mini-invasive.


Conclusion


La pose d'implants intra-prostatiques Urolift® a permis une amélioration des symptômes sans aucun traitement additionnel de l'HBP chez 63 % des patients à la fin de leur suivi respectif. Le risque de réintervention était maximal au cours des dix-huit premiers mois.


Déclaration de liens d'intérêts


Les auteurs déclarent ne pas avoir de liens d'intérêts.




Tableau 1 - Caractéristiques préopératoires. Les proportions sont exprimées en valeur absolue et pourcentages, les médianes avec leur premier et troisième quartiles [q1-q3].
Caractéristiques préopératoires  40 patients
n (%) ; m [q1-q3] 
Âge   66 [56-69] 
Traitement de l'HBP    
Alpha-bloquant  29 (72,5) 
Bithérapiea  5 (12,5) 
Volume prostatique (mL)   36 [26-49] 
RPM (mL)   55 [10-150] 
PSA (ng/mL)   1,7 [0,9-2,8] 
IPSS   20 [17-24] 
IPSS-QdV   5 [4-6] 
Qmax   6 [4,4-9] 
IIEF5   21 [18-23] 
MSHQ-EdJ    
Symptômes  12 [9-13] 
QdV  1 [0-2] 



Légende :
HBP : hyperplasie bénigne de la prostate ; RPM : résidu post-mictionnel.

[a] 
Les patients sous bithérapie avaient au moins un alpha-bloquant, associé à un inhibiteur de la 5 alpha réductase ou des extraits de plante.


Tableau 2 - Données périopératoires. Les proportions sont exprimées en valeur absolue et pourcentage (%), les médianes sont exprimées avec leur premier et troisième quartile [q1-q3].
Données périopératoires  40 patients
n (%) ; m [q1-q3] 
Durée opératoire médiane   15 [10-20] 
Nombre d'implants médian   3 [2-4] 
Durée d'hospitalisation    
Ambulatoire  20 (50) 
Une nuit  20 (50) 
Sondage vésicale    
Aucun  21 (52,5) 
2 heures  9 (22,5) 
2-12 heures  5 (12,5) 
12-24 heures  5 (12,5) 





Tableau 3 - Caractéristiques fonctionnelles urinaires et sexuelles préopératoire, à 3 mois et en fin de suivi chez les patients n'ayant pas reçu de traitement additionnel.
Questionnaires  Préopératoire
m [q1-q3] 
À 3 mois
m [q1-q3] 
Fin de suivi
m [q1-q3] 
p  
IPSS   20 [17-24]  8 [4-11]  11 [8-17]  <0,0001 
IPSS-QdV   5 [4-6]  2 [1,2]  2 [1,2]  <0,0001 
IIEF5   21 [18-23]  21 [18-23]  20 [18-23]  0,54 
MSHQ-EdJ          
Symptômes  12 [9-13]  13 [11-14]  12 [10-13]  0,69 
QdV  1 [0-2]  0 [0-1]  1 [0-2]  0,13 





Tableau 4 - Analyse multivariée : facteurs préopératoires prédictifs d'échec thérapeutique d'implant Urolift.
Variables préopératoires  Odds ratio   IC95 % 
Âge  0,8680  0,7399 ; 1,0182 
IPSS  1,4493  0,9866 ; 2,1289 
IPSS-QdV  0,7123  0,1110 ; 4,5692 
Résidu post-mictionnel  1,0156  0,9975 ; 1,0340 
Volume prostatique  1,1166  0,9788 ; 1,2739 
Nombre implants  0,9123  0,2812 ; 2,9594 




Références



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