Phénomène de tétraploidisation dans les carcinomes à cellules rénales chromophores : difficultés de caractérisation et conséquences

25 novembre 2019

Auteurs : L. Vignot, D. Ambrosetti, F. Dupré, I. Dimauro, P. Annie-claude, H. Quintens, M. Durand, J. Amiel, J. Michiels, F. Pedeutour
Référence : Prog Urol, 2019, 13, 29, 648-649
Objectifs

Les carcinomes à cellules rénales chromophobes (CCRch) présentent typiquement un génome hypodiploïde, dont une perte des chromosomes 1, 2, 6, 10, 13, 17 et 21. La détection de cette caractéristique est très utile en aide au diagnostic. La méthode de caryotypage tumoral a été utilisée dès les années 1980 pour cette caractérisation génétique mais elle est désormais supplantée par l’hybridation génomique comparative (CGH-array).

Méthodes

Nous avons étudié 26 CCRch issus de notre cohorte de 775 tumeurs rénales caractérisées sur le plan génétique, opérées entre 2009 et 2018. Pour les 26 cas, une quantité suffisante d’ADN avait été obtenue pour une analyse par CGH-array (plateforme Agilent). Une majorité des 26 cas présentaient, comme attendu, une hypodiploïdie, mais trois cas comportaient au contraire un gain de nombreux chromosomes, suggérant une téraploïdie. Une relecture anatomopathologique centraliséee et des analyses complémentaires par immunohistochimie, CGH-array (Affymetrix), hybridation in situ en fluorescence (FISH), polymorphisme nucléotidique (SNP) et séquençage de nouvelle génération (NGS) ont été réalisées.

Résultats

Les trois patientes étaient des femmes âgées de 66 à 73 ans, hypertendues, sans autres antécédents notables. Elles ont bénéficié d’une néphrectomie totale laparoscopique. Les tumeurs étaient respectivement de stade pT3aNxMx (2 cas) et pT2bNxMx et présentaient des caractéristiques anatomopathologiques typiques de ChRCC. Alors que les résultats de l’analyse par CGH-array - Agilent montraient un apparent gain de chromosomes, l’application de procédures informatiques de normalisation des données, ainsi que l’analyse FISH avec des sondes de numération de chromosomes représentatifs et la méthode de CGH-array/SNP Affymetrix montraient que les tumeurs comportaient deux composantes cellulaires, une classiquement hypodiploïde et une autre hypotétraploïde L’analyse NGS d’un cas montrait une mutation de TP53. À ce jour, aucune récidive ou métastase n’était apparue, après un suivi semestriel selon les recommandations consensuelles.

Conclusion

Le phénomène de tétraploidisation n’avait été décrit antérieurement que dans 6 cas de CCRch, par méthode de caryotype. Notre étude est la première à utiliser des méthodes moléculaires dans trois nouveaux cas. Nous montrons que ce mécanisme touche environ 10 % des CCRch. Nous discutons les aléas et limites des différentes méthodes moléculaires dans sa détection, et ses conséquences cliniques potentielles.




 




Déclaration de liens d'intérêts


Financement d'origine privé.






© 2019 
Publié par Elsevier Masson SAS.