Oncocytome rénal multiple bilatéralRevue de la littérature à propos d¬¥un cas

05 octobre 2007

Mots clés : Rein, tumeur bénigne, oncocytomes.
Auteurs : Villanueva Peˆ±a A., Roca Edreira A., de Diego Rodrˆ≠guez E., Hernˆ°ndez Rodrˆ≠guez R., Gutiérrez Baˆ±os j.L., Aguilera Tubet c.
Référence : Prog Urol, 2007, 17, 997-999
Nous présentons le cas d'un patient âgé de 75 ans qui était atteint d'un syndrome prostatique et dont le bilan échographique a mis en évidence de multiples lésions rénales bilatérales solides qui ont été confirmées par tomodensitométrie. Il a été décidé de réaliser une biopsie percutanée bilatérale des masses. Le diagnostic anatomopathologique était celui de tumeur à cellules oxyphiles d'aspect oncocytaires, compatible avec des oncocytomes.
Compte tenu du type histologique, de la multiplicité des lésions et du fait qu'aucune d'elles n'avait des dimensions supérieures à 5 cm, il a été décidé d'adopter une attitude conservatrice, avec suivi régulier qui n'a mis en évidence aucune modification de taille au cours d'un suivi de 4 ans.
Malgré la présentation relativement fréquente de l'oncocytome rénal, nous n'avons connaissance que de 19 cas d'oncocytomes rénaux multiples bilatéraux publiés dans la littérature mondiale. Nous présentons un nouveau cas et révisons l'état actuel de cette entité.

L'oncocytome rénal représente environ 6% de la totalité des tumeurs rénales. Il est présumé dériver des cellules du tubule contourné distal avec a un comportement bénin.

Il est estimé que près de 6% des oncocytomes peuvent être bilatéraux, soit de façon synchrone, soit de façon métachrone, et se présentant comme des lésions multiples. Cette entité morbide a reçu le nom d'oncocytomatose [10]. Nous rapportons le cas, chez un même patient, d'oncocytomes rénaux multiples bilatéraux.

Cas clinique

Un homme âgé de 75 ans est adressé à notre consultation pour une pollakiurie. Il n'avait jamais eu d'hématurie macroscopique, de lombalgies ou de fièvre.

La cytologie urinaire et la radiographie du thorax étaient normales.

L'étude rénale par échographie a mis en évidence deux images nodulaires du rein droit. Le rein gauche avait une autre lésion solide hypoéchogénique dans la zone mésorénale (Figure 1).

Il a été décidé de réaliser une tomodensitométrie rénale qui a mis en évidence dans le rein droit quatre lésions nodulaires solides, avec hyperfixation du contraste, de 2,7 a 4,4 cm de diamètre, et deux lésions semblables situées au pôle inférieur et mésorénal du rein gauche, de 2,4 et de 1 cm. Le foie était normal et il n'y avait aucune adénopathie rétropéritonéale (Figures 2 et 3.)

Devant la découverte de lésions rénales bilatérales multiples, il a été décidé de réaliser une biopsie échodirigée bilatérale multiple des lésions rénales.

Le résultat anatomopathologique a été : "néoformation constituée par de grandes cellules, à cytoplasme granulaire abondant et éosinophile et noyau hyperchromatique avec des variations volumétriques sans activité méiotique. Les cellules se groupent et forment des tubules et l'un ou l'autre cordon solide, tout cela compatible avec l'oncocytome" (Figure 4).

Compte tenu de la multiplicité des lésions, de la taille, la plus grande ayant un diamètre maximum de 4,5 cm, et le pronostic favorable attribué à ce type de tumeur, il a été décidé de maintenir une attitude conservatrice avec suivi régulier pendant quatre ans. Il n'y a eu aucune modification des lésions durant le suivi.

Discussion

Les oncocytomes ne sont pas des tumeurs spécifiques de l'appareil urinaire (les glandes salivaires, les parathyroides, les surrénales). La description initiale dans le tractus urinaire comme entité clinico-pathologique fut réalisée en 1976 par Klein et Valensi [4].

L'oncocytome rénal typique est une tumeur dérivée des cellules du tube collecteur [6] à comportement bénin. Il n'y a pas lieu de les confondre avec des zones de cellules granulaires éosinophiles modérément différenciées dans des carcinomes rénaux [2]. Histologiquement, pour que la tumeur puisse être considérée comme un oncocytome, elle doit répondre à une série de critères tels que la présentation de noyaux homogènes sans pléomorphisme et être composée exclusivement d'un seul type cellulaire et d'un nombre réduit de mitoses [8]. La distribution de ces cellules formant des nids, des tubules ou des trabécules est caractéristique de l'oncocytome.

Dans la plupart des cas, l'oncocytome est asymptomatique et est de découverte accidentelle au cours d'études urologiques réalisées pour d'autres raisons.

La séméiologique radiologique est atypique. Cependant, des tumeurs ayant un aspect homogène, sans zone d'hémorragie ou de nécrose, sans invasion des structures voisines et ayant une zone d'atténuation centrale en étoile en tomodensitométrie suggèrent un oncocytome rénal. L'image en "roue dentée" est plus typique à l'artériographie.

La néphrectomie totale était le traitement standard face à toute masse rénale et la chirurgie conservatrice était réservée aux circonstances spéciales (rein unique, lésions rénales bilatérales ou des patients ayant une fonction rénale altérée). Cependant, le pronostic favorable de cette tumeur a fait modifier l'approche initiale de cette lésion. Actuellement, la néphrectomie partielle s'est avérée comme étant l'option de traitement la plus acceptée [6, 8]

En cas de lésions multiples ou bilatérales une biopsie peut être indiquée [2, 8]. Il existe, cependant, une controverse quant à la fiabilité diagnostique de ce procédé. En effet, il peut exister une difficulté pour distinguer les oncocytomes des zones éosinophiles de carcinomes rénaux ou un carcinome chromophobe.

Il a été décrit la "transformation oncocytique in situ" comme étant la transition d'un tissu rénal normal des tubules tapissés de cellules oncocytiques vers l'hyperplasie oncocytique nodulaire à foyers multiples comme origine possible de la multiplicité tumorale.

En plus de notre cas, nous n'avons connaissance que de dix neuf autres cas d'oncocytome rénal multiple bilatéral non associés pas au syndrome Birt- Hogg-Dubb [1-3, 5 ,7, 9-11].

Dans ces cas il a été réalisé des néphrectomies simples [6, 11], ds néphrectomies bilatérales [5], des néphrectomies partielles [2, 6], des énucléations [11], des biopsies percutanées [7], des biopsies ouvertes [3, 9].

Dans notre cas, la multiplicité des lésions dont aucune n'avait des dimensions supérieures à 5 cm, et le diagnostic à la biopsie, il a été décidé d'adopter une attitude de surveillance. Durant les 4 ans de suivi, il n'y a eu aucune modification des tumeurs.

Figures 1. Echographie rénale : deux images modulaires polaire et mésorénale du rein droit
Figures 2 et 3. TDM. quatre lésions nodulaires solides du rein droit et deux lésions similaires du pôle inférieur et mésorénales du rein gauche
Figure 4 : Anatomie pathologique : "grandes cellules, à cytoplasme granulaire abondant et éosinophile et noyau hyperchromatique sans activité méiotique. Les cellules se groupent et forment des tubules et l'un ou l'autre cordon solide, tout cela compatible avec l'oncocytome".

Conclusion

A notre avis, compte tenu du pronostic favorable de l'oncocytome rénal, la surveillance étroite avec un contrôle radiographique sérié doit être évaluée comme une option chez les patients ayant des localisations multiples, tout spécialement pour les patients à risque chirurgical.

Cependant les patients jeunes avec des tumeurs multiples, dans le cas de l¬¥oncocytose ou associés au syndrome Birt-Hogg-Dubb, doivent être opérer compte tenu du risque évolutif ou d'adénocarcinome rénal associé.

Références

1. Al Saleem t., Cairns P., Dulaimi E.A., Feder M., Testa J.R., Uzzo R.G. : The genetic of renal oncocytosis : a possible model for neoplastic progression. Cancer Genet. Cytogenet., 2004 ; 152 : 23-28.

2. Holmes S., Rickards D., Kirby R. : "Multifocal bilateral oncocytomas". Br. J. Urol., 1993 ; 71 : 484-485.

3. Hunt H., Tudball C., Sutherland R. et al. : "Bilateral renal oncocytomas: a case report". J. Urol., 1983 ; 129 : 1220-1221.

4. Klein M.J., Valensi Q.J. : "Proximal tubular adenomas of kidney with so called oncocytic features : A clinicopathologic study of 13 cases of a rarely reported neoplasm". Cancer, 1976 ; 38 : 906-914.

5. Leroy X., Lemaitre L., De La Taille., Hazzan M., Delepaul B., Couturier J., Gosselin B. : Bilateral renal oncocytosis with renal failure. Arch. Pathol. Lab. Med., 2001 ; 125 : 683-685.

6. Lyzak J., Farhood A., Verani R. : "Intracytoplasmic lumina in a case of bilaterally multifocal renal oncocytomas". Arch. Pathol. Lab. Med., 1994; 118 : 275-280.

7. Mead G., Thomas L., Jackson J. : "Renal oncocytoma : report of a case with bilateral multifocal oncocytomas". Clin. Imaging, 1990 ; 14 : 231-234.

8. Neuzillet Y., Lechevallier E. : Adénome oncocytaire rénal. Prog. Urol., 2006 ; 16 : 105-111.

9. Shah Y., Perakh N., Nayak P.K. : "Renal oncocytoma associate with diffuse lymphoma" Urology, 1983 ; 22 : 314-317.

10. Warfel K., Eble N. : "Renal oncocytomatosis". J. Urol., 1982 ; 127 : 1179-1180.

11. Zhang G., Monda L., Wasserman N. et al. : "Bilateral renal oncocytoma : report of 2 cases and literature review". J. Urol., 1985 ; 133 : 84-86.