Neuromodulation sacrée avec le système InterStim™ : résultats du registre national français

25 mars 2011

Auteurs : E. Chartier-Kastler, P. Ballanger, M. Belas, J. Biserte, L. Corbel, X. Gamé, P. Grise, G. Karsenty, L. Le Normand, B. Mauroy, J. Pasquale, A. Ruffion, T. Rousseau, C. Saussine, M. Suberville, C. Tollon, et le club de neuromodulation de l'Association française d'urologie
Référence : Prog Urol, 2011, 3, 21, 209-217
But

Analyser les pratiques courantes d’indication et évaluer l’efficacité (à long terme) et les évènements indésirables de la neuromodulation sacrée avec la thérapie InterStim™ basée sur les données collectées dans un registre national et discuter les points forts et les points faibles de ce dernier.

Patients et méthodes

Une étude observationnelle prospective multicentrique française de patients porteurs d’un implant permanent (2003–2009) a été réalisée. Les variables du calendrier mictionnel journalier et la satisfaction du patient ont été analysées en se basant sur la dernière visite de suivi depuis la mise en place du système InterStim™.

Résultats

Mille quatre cent dix-huit patients (âge médian : 63 ans) ont été inclus dans la base de données (suivi médian : 12 mois). Mille quatre-vingt-neuf patients présentaient des pathologies non neurologiques. Le diagnostic principal était le syndrome d’hyperactivité vésicale (n =1170) et la rétention (n =151). L’implantation a été effectuée chez 1358 patients ; 1172 patients avaient au moins un suivi enregistré. Lors du suivi de 12 mois une amélioration clinique supérieure ou égale à 50 % a été constatée chez 447 patients sur 527 présentant une hyperactivité vésicale et chez 42 patients sur 54 des patients présentant une rétention. L’amélioration clinique s’est maintenue relativement stable jusqu’à 60 mois. La satisfaction médiane du patient avec le traitement était comprise entre 60 et 80 %.

Conclusion

Au travers de l’analyse de cette base de données unique, la neuromodulation sacrée par la thérapie InterStim™ apparaît comme un traitement valide sur le long terme (jusqu’à 60 mois) chez des patients réfractaires au traitement médical.




 




Introduction


La neuromodulation sacrée (NMS, thérapie InterStimâ„¢ [Medtronic États-Unis]) est utilisée en France pour des indications urologiques depuis plus d'une décennie. La thérapie est mondialement validée pour la gestion des troubles mictionnels réfractaires chroniques incluant le syndrome d'hyperactivité vésicale et la rétention urinaire et plus récemment pour la gestion des troubles du tube digestif tels que l'incontinence fécale et la constipation [1]. La NMS est efficace pour les troubles mictionnels réfractaires aux traitements conventionnels [2, 3]. Le traitement inclut une période de test servant à mesurer la réponse objective et subjective à la NMS à l'aide d'un stimulateur externe. Il existe deux techniques de test. La procédure traditionnelle utilise de façon temporaire une électrode placée sur le nerf par voie percutanée. La technique plus récente utilisant une électrode à ailettes implantée permet une période d'essai plus longue avec des risques minimisés de migration de l'électrode [4]. Si l'amélioration des données mictionnelles ou des données subjectives dépasse 50 % lors de la simulation test, alors le neurostimulateur peut être implanté.

En 2002, la Haute Autorité de santé (HAS) a approuvé le remboursement de la NMS en France pour les troubles urinaires, à la condition que les centres implanteurs de NMS organisent une collecte des données des patients traités, afin d'étudier les indications, l'efficacité et l'innocuité à long terme de la NMS, ainsi que sa fiabilité technique [5]. L'objectif de cet article est de répondre à cette demande, en se basant sur des données collectées dans un registre national dirigé par le club de neuromodulation de l'Association française d'urologie (AFU) et soutenu par Medtronic France. De plus, les points forts et faibles d'un tel registre seront examinés.


Patients et méthodes


enCaptureâ„¢ : registre national de la neuromodulation sacrée


En 2003, Medtronic et le club de neuromodulation de l'AFU ont conçu grâce au logiciel clinique « enCapture » une base de recueil de données de suivi des patients subissant une implantation permanente à l'aide d'un neurostimulateur. Tous les centres NMS ont été invités à participer à la collecte de données sans rémunération. Ils se réunissaient annuellement lors de la réunion du club français de neuromodulation pour suivre l'évolution des données.

Les patients inscrits dans le registre étaient réfractaires aux traitements de première intention et présentaient des stimulations préliminaires de test réussies.


Critères d'évaluation


Les antécédents médicaux du patient et les caractéristiques d'implantation devaient être complétés dans le registre électronique. Les données de référence comprenaient les valeurs du calendrier mictionnel journalier et les résultats de l'évaluation urodynamique. Lors des visites de suivi, les données d'amélioration clinique, les valeurs du calendrier mictionnel journalier et la satisfaction du patient (exprimée en % de satisfaction) ont été collectées. Une amélioration clinique a été évaluée de manière subjective par le médecin en fonction de symptômes comme les fuites, d'autres variables de miction et de la douleur. De façon similaire à d'autres publications, une amélioration clinique supérieure ou égale à 50 % était considérée comme une réussite du traitement et les patients considérés guéris si l'amélioration clinique dépassait 90 %.

Les évènements indésirables ont aussi été enregistrés.


Analyse des données


La collecte des données a démarré en 2003 et la base de données a été fermée pour analyse en 2009.

L'analyse d'efficacité a été réalisée séparément pour les deux principales conditions de diagnostic : hyperactivité vésicale et rétention urinaire.

Comme il n'y avait pas de visite imposée par ce registre, les patients furent divisés en quatre groupes en fonction de leur dernière visite de suivi depuis l'implantation : par exemple, si un patient a reçu un suivi à six mois, un et deux ans, seules les données de la visite de deux ans ont été incluses dans cette analyse. Les critères d'évaluation sont présentés dans ces quatre groupes (Tableau 1) pour permettre une comparaison à court terme versus à long terme. Toutes les données sont présentées en médiane et distance interquartile (IQR).


Résultats


Réalisation du registre


Au total, 1418 patients ont été inscrits par 44 centres de NMS français. La grande majorité des données a été collectée de manière prospective, bien que certaines données de patients implantés avant le début du registre aient été documentées rétrospectivement.

Entre 2008 et 2009, moins de patients ont été inclus dans le registre comparé aux années précédentes malgré une activité d'implantation NMS nationale augmentée (Figure 1). Cette différence entre les patients implantés et les patients inclus dans le registre était supérieure dans les centres privés (69,9 % non-inscrits, 612 inscrits sur 2034) par rapport aux centres publics (54,2 % non-inscrits, 806 inscrits sur 1758) (p <0,001, test de Chi2).


Figure 1
Figure 1. 

Comparaison entre le nombre des patients inscrits dans le registre et les ventes réelles de neuromodulation InterStimâ„¢ pour incontinence urinaire en France.




Au total, 140 patients ne pouvaient pas faire l'objet d'un suivi à long terme, entre autres causes pour explantation (79 patients), arrêt permanent de la stimulation (23 patients) ou perte du suivi (23 patients).


Caractéristiques générales des patients et des implantations


Caractéristiques démographiques


L'âge médian de la population totale des patients était de 63 ans (IQR : 51–74 ans). D'autres données démographiques sont présentées dans le Tableau 2. Les données de la technique d'implantation permanente NMS sont disponibles chez 1358 (95,8 %) des patients inclus dans le registre, dont 1172 patients avaient au moins un suivi enregistré. Le délai médian d'implantation NMS était de quatre ans après l'apparition des symptômes d'incontinence (IQR : 1–8 ans). La comparaison des 200 premiers patients implantés avec les 200 derniers patients implantés a indiqué que la durée médiane des symptômes avant l'implantation a diminué de cinq à trois ans. La moitié des patients ont effectué une dernière visite de suivi inférieure ou égale à 12 mois après l'implantation, tandis que pour 6,4 % des patients, la dernière visite de suivi était supérieure à six ans après le début de la thérapie NMS (Tableau 1).

La NMS a été proposée pour les troubles urinaires causés par une maladie neurologique chez 274 des patients dont la plupart souffraient de lésions médullaires ou de sclérose en plaques. Parmi les patients présentant une pathologie non neurogène, l'origine était idiopathique dans 86,7 % des cas.

Le diagnostic principal était majoritairement une hyperactivité vésicale (n =1170) suivi d'une rétention urinaire (n =151) (Tableau 2).


Caractéristiques d'implantation


L'électrode permanente était de préférence placée dans le foramen du troisième nerf sacré (S3) (95 %), bien que dans certains cas elle était positionnée dans le foramen S2 ou S4. Le placement bilatéral des électrodes n'a eu lieu que rarement (0,4 %). Le neuromodulateur était majoritairement placé en position postérieure (92,3 %).

Au total, 55 complications postopératoires se sont produites, en général une infection locale (n =12), un hématome (n =9) et un sérome (n =9).


Efficacité de la NMS chez les patients souffrant de rétention


Parmi les 151 patients souffrant de rétention chronique, 128 présentaient des données de suivi d'amélioration clinique (Tableau 3). Plus de 75 % de ces patients présentaient une amélioration clinique supérieure ou égale à 50 %, proportion demeurant stable au cours du temps. Pour un tiers des patients, l'amélioration clinique dépassait 90 %.

Cela fut confirmé par une normalisation du nombre de mictions par 24 heures (Tableau 4) et de manière plus importante par la forte diminution voire la disparition du besoin d'effectuer un sondage intermittent (Figure 2). La satisfaction médiane des patients se situait entre 60 % et 80 % et restait stable dans le temps (Tableau 5).


Figure 2
Figure 2. 

Nombre de sondages par 24 heures après neuromodulation sacrée chez les patients avec rétention. mo : mois.




Efficacité de la NMS chez les patients souffrant d'hyperactivité vésicale


Le registre comprenait 1170 patients souffrant d'hyperactivité vésicale en diagnostic principal. Des données concernant l'amélioration clinique étaient disponibles dans 84,8 % des patients (Tableau 6). Plus de 80 % des patients dont la dernière visite de suivi était inférieure ou égale à deux ans présentaient des améliorations cliniques supérieures ou égales à 50 %, tandis que cette proportion était d'environ 75 % pour les patients dont la dernière visite de suivi était supérieure à deux ans. La NMS résultait en une amélioration des valeurs du calendrier mictionnel journalier, telles qu'une diminution du nombre de mictions par 24 heures (Figure 3), une diminution des mictions nocturnes (Figure 4A), une augmentation du volume de miction (Figure 4B), une forte diminution des épisodes incontinents (Figure 4C) associée à une diminution de l'utilisation de protections (Figure 4D).


Figure 3
Figure 3. 

Nombre de mictions par 24 heures après neuromodulation sacrée chez les patients avec une hyperactivité vésicale. mo : mois




Figure 4
Figure 4. 

Évaluations cliniques chez des patients avec hyperactivité vésicale. A. Nombre de mictions nocturnes par 24 heures. B. Volume par miction. C. Nombre d'épisodes d'incontinence par 24 heures. D. Nombre de protections par 24 heures. mo : mois.




Le taux de satisfaction du patient était constant et supérieur à 70 % (Tableau 7).


Évènements indésirables


Un total de 658 évènements indésirables se sont produits chez 524 patients (37,0 %) incluant une perte d'efficacité chez 244 patients qui a était traitée entre autres par un reparamétrage (128 patients). Sinon il a été noté une douleur (168 patients) ou une infection du système (48 patients).

D'autres interventions permettant de traiter des évènements indésirables comprenaient le repositionnement du neuromodulateur (n =61), son remplacement (n =89) et le remplacement des électrodes (n =90). Le neuromodulateur a été explanté dans 79 cas. Les évènements indésirables ont été traités médicalement dans 70 cas au moyen d'antidouleurs, de médicaments anti-inflammatoires ou de thérapie médicale pour l'incontinence.


Discussion


Bien que plus de 82 000 patients à travers le monde aient reçu à ce jour une NMS (y compris une minorité pour le contrôle des troubles digestifs), les données prospectives nationales en situation réelle ont rarement été enregistrées. Notre rapport comprend plus de 1000 patients français, ce qui représente à ce jour le plus vaste registre à long terme de NMS publié. Seuls deux autres registres nationaux ont été publiés [6, 7]. Le registre italien réalisé en 2001 a inclus rétrospectivement 93 patients avec un suivi moyen de 41 mois et 103 patients prospectivement avec des données de suivi allant jusqu'à 18 mois ; tous les patients portaient un neuromodulateur permanent [6]. Le registre prospectif suisse a inclus 209 patients consécutifs qui ont subi des tests dont 91 patients qui ont reçu une implantation définitive du neuromodulateur entre 2000 et 2005 [7].

L'efficacité de notre analyse était comparable à celle reportée par Kessler et al. avec un taux de réussite de la NMS (≥50 % d'amélioration clinique) atteignant 70 % pour les patients souffrant à la fois d'hyperactivité vésicale et de rétention ; un nombre médian décroissant de mictions chez les patients présentant une hyperactivité vésicale (de 10 à 6 au dernier suivi) et un nombre médian décroissant de sondages (de 4 à 0) [7]. La comparaison avec le registre italien [6] est plus difficile car les données ne sont pas présentées de manière similaire.

Notre taux d'explantation de 5,6 % est considérablement inférieur à celui du registre suisse (13,2 %), tandis que le nombre total d'évènements indésirables, excepté la perte d'efficacité, était inférieur dans leur registre (11 % des patients) [7]. L'enregistrement des évènements indésirables était obligatoire et rigoureusement consigné dans nos travaux puisque c'était l'un des trois axes de priorité donnés par la HAS.

Dans notre registre, la durée médiane des symptômes avant l'implantation a diminué au cours du temps. Cela pourrait s'expliquer par le fait qu'un nombre important de patients attendait une nouvelle option thérapeutique lorsque la NMS est devenue disponible en France. De plus, il semble qu'actuellement les urologues traitent des maladies à des stades moins avancés.

L'analyse américaine élaborée sur un échantillon aléatoire de 5 % de bénéficiaires Medicare de 1997 à 2007 démontrait un taux de succès général de seulement 39,9 %, inférieur à nos données et à celles du registre suisse [8]. Alors que la proportion de patients souffrant d'hyperactivité vésicale (76,0 %) et de rétention (13,7 %) est comparable à celle de nos données et de celles du registre suisse, la proportion de patients présentant une cystite interstitielle est supérieure dans la population américaine testée (2,5 %) par rapport à la population européenne des patients implantés [8]. Cela pourrait s'expliquer par un taux d'échec au test plus important dans ce groupe de patients et par le fait que cette indication n'est pas soumise à remboursement en France si la douleur est prédominante.

Les deux seuls articles publiés dans un journal à comité de lecture concernant les résultats de la NMS en France étaient les études rétrospectives des groupes de Rouen [9] et de Nantes [10]. La première portait sur le suivi de 41 patients atteints de troubles mictionnels réfractaires ayant été traités par neuromodulation entre janvier 1999 et mars 2004. La NMS fut un succès chez 72 % des patients pour un recul moyen de 34 mois [9]. La seconde portait sur le suivi de 69 patients souffrant de troubles urinaires réfractaires ayant subi un test de NMS entre 1999 et 2005 [10]. Quarante-et-un patients avaient reçu une implantation. La NMS fut un succès chez 46 % d'entre eux pour un suivi moyen de 20,5 mois. Dans cette étude, les résultats semblent diminuer au cours du temps, ce qui n'est pas confirmé par les données de notre registre. Cependant, une meilleure efficacité était observée chez les patients dont la durée des symptômes avant stimulation était inférieure à cinq ans.

Les résultats retrouvés corroborent les résultats d'essais contrôlés randomisés (ECR) pour les patients souffrant d'hyperactivité vésicale [11], ainsi que pour ceux souffrant de rétention urinaire [12]. Des données importantes d'un essai clinique ont été rapportées par Van Kerrebroeck et al. [3]. Cette étude multicentrique prospective non contrôlée avec suivi sur cinq ans de 103 patients souffrant d'hyperactivité vésicale et 31 patients souffrant de rétention enregistre le suivi de l'ECR original « MDT 103 ». Un résultat positif est obtenu chez environ 70 % des patients et est comparable avec nos résultats et ceux des autres publications. Nos données provenant de la pratique clinique en situation réelle sont similaires ou conformes à la corrélation élevée entre le taux de réussite de NMS à un et à cinq ans de suivis enregistrés dans cet essai clinique.

Dans une revue systématique de la littérature sur la NMS pour l'incontinence par impériosité, Brazzelli et al. ont rapporté que la NMS était plus satisfaisante pour les ECR (80 % des patients avec une amélioration clinique supérieure ou égale à 50 %) que dans la série de cas témoins (67 % des patients présentaient une amélioration clinique supérieure ou égale à 50 %) [13].

Nos conclusions sur le résultat subjectif de la NMS corroborent également une étude clinique effectuée chez des patients souffrant d'hyperactivité vésicale dont la satisfaction était de 84 % [14].

Ce registre national a permis de réaliser une analyse multicentrique sur l'efficacité à long terme et la tolérance de la NMS en pratique clinique. À notre connaissance, c'est la première fois que des données incluant un aussi grand nombre de patients sont présentées, ce qui a uniquement été possible grâce aux efforts conjoints de tous les spécialistes NMS en France soutenus et stimulés par leur société savante (AFU) ainsi que par la société Medtronic France. Le formulaire de suivi électronique des patients mis à disposition par Medtronic France a facilité la saisie des données.

Au total, 57 % des données ont été collectées à partir des patients des hôpitaux publics et 43 % des patients des hôpitaux privés. Les centres d'excellence et les centres d'implantation moins expérimentés ont chacun contribué au registre. Par conséquent, les données représentent les résultats de NMS en situation réelle dans une plus grande mesure que celles des ECR. Par opposition aux patients inclus dans un registre, les sujets d'ECR sont sélectionnés selon les critères d'étude et peuvent donc ne pas refléter l'expérience des patients en pratique clinique habituelle. Il est possible que les risques et les particularités ou variations de la population de patients en situation réelle puissent par conséquent passer inaperçus dans les ECR.

Dans les essais cliniques, réalisés majoritairement dans les centres d'expertise, les critères d'inclusion et d'exclusion et les visites rigoureuses de suivi constituent la première étape de mise en évidence de l'efficacité et de l'innocuité d'un traitement. Les essais observationnels, tels que l'analyse de notre registre, ajoutent une validité externe aux résultats mis en évidence par les ECR en présentant des données dans des circonstances quotidiennes, par exemple avec des comorbidités et un suivi plus long. De cette façon, les ECR et les registres se complètent [15].

Ce registre comporte également des limites. Tout d'abord, pour simplifier le recueil des données, le nombre de variables à enregistrer était limité restreignant donc son exhaustivité. De plus quelques patients inclus dans le registre (n =60) ont été testés mais n'ont pas reçu d'implantation permanente et donc, leur fiche d'implantation n'a pas pu être renseignée lors des suivis.

Garantir des données de très grande qualité est souvent plus difficile dans les registres que dans les essais cliniques, pour lesquels la gestion des données est imposée par le protocole d'étude [16]. Dans notre registre, la saisie des données a été assurée par les implanteurs eux-mêmes sans financement personnel ou institutionnel. Ils étaient seuls responsables du contrôle de la qualité des données, y compris d'éviter les incohérences et les données manquantes.

On peut conclure sur la base du nombre de patients exprimés dans les Tableau 3, Tableau 4, Tableau 5, Tableau 6, Tableau 7 et les Figure 2, Figure 3, Figure 4 que les données de suivi n'ont pas été systématiquement complétées dans le registre NMS. Cela s'expliquerait en partie par le fait que 43 % des patients étaient traités dans des hôpitaux privés où les médecins n'ont pas d'assistance et ne reçoivent aucune rémunération pour remplir le registre. Les urologues participants deviennent également plus expérimentés avec le dispositif NMS et plus à l'aise avec la technique et peuvent par conséquent être démotivés pour remplir le registre.

Certains critères d'évaluation, tels que l'amélioration clinique ont été bien plus enregistrés que d'autres comme par exemple certaines données du calendrier mictionnel journalier. Pour diminuer la charge de travail administratif des implanteurs et aussi pour augmenter la qualité des données, une liste plus limitée comportant les résultats les plus significatifs pourrait être fournie. Comme alternative, un système central électronique externe de gestion des données pourrait être installé ; toutefois cela implique des coûts élevés.

Dans notre registre, les données manquantes (incluant à la fois les patients dont les données de suivi sont incomplètes et les patients dont le suivi n'est pas du tout documenté) auraient pu potentiellement influencer les résultats d'efficacité ; cependant, il n'y a aucune raison de croire que, par exemple, les patients présentant les meilleurs résultats sont mieux documentés. Au contraire, certains évènements peuvent avoir été « sur-rapportés » puisque les patients NMS non conclusifs auront plus de visites de suivi au cours desquelles des évènements peuvent être enregistrés.

Enfin, puisque ce registre était le premier recueillant des données sur l'utilisation de routine d'un appareil médical implantable en France, il pourrait être particulièrement intéressant pour les registres futurs (quelle qu'en soit l'indication) d'augmenter la motivation des médecins et d'avoir une meilleure définition des objectifs primaires. Le rôle de l'AFU a été d'une importance capitale lors de l'initiation de ce registre et il met en exergue une collaboration à long terme plus rapprochée et solide avec la HAS.


Conclusion


Bien que la collecte des données dans le registre NMS français n'ait pas été réalisée aussi rigoureusement qu'elle aurait été souhaitée, une grande quantité de données était disponible pour analyse. Cette base de données a démontré que la NMS avec la thérapie InterStimâ„¢ est un traitement efficace et bien toléré à long terme pour les patients souffrant d'incontinence urinaire, qui sont réfractaires à un traitement médical. Cela se conforme au remboursement français de la thérapie.


Conflit d'intérêt


Emmanuel Chartier-Kastler est investigateur pour Allergan, Astellas, AstraZeneca, Coloplast, Ipsen et Medtronic. Il est consultant pour Allergan, Coloplast et Zambon. Il est orateur pour AMS, Astellas, AstraTech, Coloplast et GSK ; Philippe Ballanger n'a pas de conflits ; Michel Belas n'a pas de conflits ; Jacques Biserte n'a pas de conflits ; Luc Corbel n'a pas de conflits ; Xavier Gamé est investigateur pour Astellas, Coloplast, Ipsen et Hollister. Il est investigateur et consultant pour Allergan. Il est orateur pour AstraTech.

Philippe Grise est investigateur pour CL Medical, Ipsen et Medtronic ; Gilles Karsenty est consultant pour Medtronic, Allergan et Hollister ; Loïc Le Normand est consultant pour Allergan. Il est orateur pour Coloplast et Medtronic.

Brigitte Mauroy n'a pas de conflits ; Joseph Pasquale n'a pas de conflits ; Alain Ruffion est investigateur pour Allergan, Astellas, AstraZeneca, Coloplast, Ipsen, Medtronic et Takeda. Il est consultant pour Allergan, Coloplast, Ipsen et Takeda.

Thierry Rousseau n'a pas de conflits ; Christian Saussine est investigateur pour AMS, CL Medical, Coloplast et Helsinn ; Michel Suberville n'a pas de conflits ; Christophe Tollon n'a pas de conflits

Financement : AFU, autre : Medtronic France.



Remerciements


Les auteurs remercient Medtronic France et Ismar Healthcare pour leur aide à l'analyse des données et à l'écriture de ce manuscrit.

Le club français de neuromodulation remercie tous les investigateurs qui ont participé à cette étude clinique : Pr Philippe Ballanger, CHU Pellegrin, Bordeaux ; Dr Jean-Christophe Baron, clinique de l'Alliance, Saint-Cyr-sur-Loire ; Dr David Barriol, polyclinique du Parc Rambot, Aix-en-Provence ; Dr Michel Belas, clinique du Tertre Rouge, Le Mans ; Dr Patrick Berlizot, hôpital d'instruction des armées du Val-de-Grâce, Paris ; Pr Jacques Biserte, CHRU Claude Huriez, Lille ; Dr Bernard Boillot, CHU Michallon, Grenoble-la-tronche ; Dr Christian Boyer, polyclinique des Alpes du Sud, Gap ; Dr Éric Chabannes, CHU de Besançon, Besançon ; Pr Emmanuel Chartier-Kastler, groupe hospitalier Pitié-Salpêtrière, Paris ; Dr Denis Chautard, CHU d'Angers, Angers ; Dr Luc Corbel, clinique du Littoral, Saint-Brieuc ; Dr Zoran Dejong, polyclinique Saint-Roch, Cabestany ; Dr Franck Duchene, clinique de l'Alliance, Saint-Cyr-sur-Loire ; Dr Sylvain Ducrocq, clinique Saint Germain, Brive-La-Gaillarde ; Dr Marc Fourmarier, centre hospitalier du pays d'Aix, Aix-en-Provence ; Dr Xavier Gamé, CHU de Rangueil, Toulouse ; Dr Pierre Gimel, polyclinique Saint-Roch, Cabestany ; Dr Henri Goasdoue, centre hospitalier d'Abbeville, Abbeville ; Pr Philippe Grise, CHU Charles Nicolle, Rouen ; Dr Laurent Guy, CHU Gabriel Montpied, Clermont-Ferrand ; Dr Gilles Karsenty, hôpital Sainte Marguerite, Marseille ; Dr Pierre Lanfrey, Les bureaux du Polygone, Montpellier ; Dr Loïc Le Normand, CHU Hôtel-Dieu, Nantes ; Dr Laurent Lopez, clinique Saint-Augustin, Bordeaux ; Dr Stéphane Lorin, clinique mutualiste, Saint-Étienne ; Dr Thibault Ludot, polyclinique de la Providence, Poitiers ; Dr Andrea Manunta, CHU Pontchaillou, Rennes ; Dr Laurent Marie, clinique du Maine, Laval ; Pr Brigitte Mauroy, hôpital Saint Philibert, Lomme ; Dr Jean-Michel Moreau, CHU de Saint-Étienne, Saint-Étienne ; Dr Faustin N'Guebou, centre hospitalier d'Auxerre, Auxerre ; Dr Joseph Pasquale, clinique Sainte-Marie, Chalon-Sur-Saône ; Dr Bertrand Rabut, clinique du Ter, Ploemeur ; Dr Luc Richard, polyclinique de Picardie, Amiens ; Dr Thierry Rousseau, clinique urologique Nantes-Atlantis, Saint-Herblain ; Dr Emmanuel Rudelle, clinique Richelieu, Saintes ; Pr Alain Ruffion, hôpital Henri Gabrielle, Lyon-Sud, Lyon ; Pr Christian Saussine, hôpital Civil, Strasbourg ; Dr Michel Suberville, clinique Saint Germain, Brive-La-Gaillarde ; Dr Christophe Tollon, clinique Saint Jean du Languedoc, Toulouse ; Dr Laurent Wagner, CHU Caremeau, Nimes ; Dr Gilles Ybert, clinique Guillaume De Varye, Saint-Doulchard ; Dr René Yiou, CHU Henri Mondor, Créteil.



 Niveau de preuve : 3.





Tableau 1 - Vue d'ensemble de quatre groupes de patients en fonction de leur dernière visite de suivi depuis l'implantation.
Durée entre l'implantation et le suivi (mois)  Nombre de patients 
0–12  602  51,4 
18–24  260  22,2 
36–60  235  20,1 
>60  75  6,4 
 
Total  1172  100 





Tableau 2 - Données démographiques.
  n  
Genre    
Homme  207 
Femme  1206 
Non disponible 
 
Origine de la maladie    
Neurologique  274 
Non neurologique  1089 
Non disponible  55 
 
Diagnostic principal    
Incontinence par impériosité  657 
Impériosité/pollakiurie  513 
Cystite interstitielle  22 
Douleur pelvienne  20 
Rétention complète  72 
Rétention partielle  79 
Non disponible  55 





Tableau 3 - Amélioration clinique chez les patients souffrant de rétention.
  Dernière visite depuis l'implantation (mois) 
  0–12
(n =54) 
18–24
(n =27)a 
36–60
(n =28) 
>60
(n =19) 
50 % amélioration clinique  77,8 %  88,8 %  75,0 %  84,2 % 
>90 % amélioration clinique  37,0 %  33,3 %  28,6 %  31,6 % 



[a] 
Nombre de données manquantes : 1.


Tableau 4 - Nombre de mictions initiales par 24 heures et suivi chez des patients souffrant de rétention.
  Nombre de mictions/24
Groupe de patients par date de visite de suivi (mois)a  Valeur médiane initiale (IQR)  Valeur médiane au dernier suivi (IQR) 
0–12 (54, 7, 10)  5 (0–11)  5,5 (5–11) 
18–24 (27, 4, 4)  4 (3–4)  5 (3,5–5,5) 
36–60 (28,12, 6)  1 (0–4)  6 (4–6) 
60 (19, 7, 4)  6 (4–11)  4,5 (3,5–5,5) 



Légende :
IQR : interquartile.

[a] 
Nombre de patients par groupe, nombre de patients à la visite initiale, nombre de patients à la visite de suivi.


Tableau 5 - Satisfaction du patient pour un traitement chez des patients souffrant de rétention.
  % de satisfaction 
Groupe de patients par date de visite de suivi (mois)  Médiane (IQR) 
0–12
n =54 
60 (40–90)
n =30 
18–24
n =27 
80 (65–94)
n =16 
36–60
n =28 
72,5 (60–90)
n =18 
60
n =19 
80 (50–90)
n =15 



Légende :
IQR : interquartile.



Tableau 6 - Amélioration clinique chez les patients souffrant d'hyperactivité vésicale.
Date de la dernière visite depuis l'implantation (mois)  0–12
(n =527)a 
18–24
(n =225) 
36–60
(n =194)b 
>60
(n =52) 
50 % amélioration clinique (% de patients)  84,8  82,2  72,7  75,0 
>90 % amélioration clinique (% de patients)  24,1  21,8  18,6  28,9 



[a] 
Nombre de données manquantes : 4.
[b] 
Nombre de données manquantes : 2.


Tableau 7 - Satisfaction du patient pour un traitement chez des patients souffrant d'hyperactivité vésicale.
  % de satisfaction 
Groupe de patients par date de la dernière visite de suivi (mois)  Valeur médiane (IQR) 
0–12
n =527 
70 (50–90)
n =293 
18–24
n =225 
70 (50–85)
n =129 
36–60
n =194 
72,5 (50–90)
n =112 
60
n =52 
77,5 (60–90)
n =42 



Légende :
IQR : interquartile.


Références



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