Neuro-urologie qui peut le plus peut le moins

25 septembre 2011

Auteurs : G. Karsenty
Référence : Prog Urol, 2011, 8, 21, 508-509




 



Le responsable du comité de neuro-urologie ne peut que se réjouir de la conclusion de cette étude menée par les membres du bureau de l'AFUF : la neuro-urologie susciterait donc l'intérêt des urologues en formation. La coexistence d'un taux de réponse un peu inférieur à 50 % et la sur-représentation de jeunes collègues issus d'équipes déjà très impliquées dans la neuro-urologie constituent certainement un biais de recrutement favorable. Ce biais suggère cependant que, lorsqu'elle est découverte au contact d'équipes expertes, la neuro-urologie séduit.


Une formation théorique à la neuro-urologie aurait certainement une place plus tôt dans le cursus au sein des enseignements de DESC avant l'ECU. Elle apporterait des bases de raisonnement utiles à la compréhension de l'ensemble des troubles mictionnels (neurogènes ou non). Les équipes impliquées dans la neuro-urologie pourraient à ce titre (certaines le font déjà) proposer une séance d'introduction axée en particulier sur la conception actuelle de la miction normale.


Une diffusion plus large des concepts, des bonnes pratiques et plus généralement d'une culture de la neuro-urologie parmi les jeunes urologues constituerait en outre une évolution positive à plusieurs titres.


Positive, pour les patients atteints d'affection neurologiques tout d'abord, pour lesquels la prise en charge des troubles génitaux sphinctériens est une priorité [1, 2, 3]. Des audits de pratique réalisés récemment au Canada [4] ou aux Pays-Bas [5], pays comparables à la France pour le développement de l'urologie, montrent une préparation et une sensibilisation à la neuro-urologie insuffisante chez les praticiens en exercice. Les patients sont ainsi contraints à une prise en charge exclusive par quelques centres de référence sans relais efficace proche de leur lieu de vie.


Mais la diffusion d'une culture de base en neuro-urologie chez les urologues en formation serait également positive à mon sens parce qu'elle permettrait d'améliorer leur appréhension de toute la pathologie fonctionnelle en urologie. Appréhension qui arrive souvent tard dans un cursus dominé par un intérêt légitime mais parfois un peu exclusif porté à l'uro-oncologie.


L'article de ce numéro de Progrès en Urologie illustre ce point de vue en rappelant que la neuro-urologie est un laboratoire d'idée dont les applications dépassent largement le champ des neurovessies.


Ainsi des concepts thérapeutiques innovants qui en sont directement issus (neuromodulation des arc reflexes mictionnels, injections de toxine botulique dans les tissus du bas appareil ou ingénierie tissulaire) ont-ils déjà modifié la compréhension et le traitement de pathologies aussi fréquentes que l'hyperactivité vésicale, l'HBP ou l'incontinence urinaire d'effort.


La maîtrise de ces outils associée à l'habitude du travail transdisciplinaire acquise au contact de l'école de raisonnement que constitue la neuro-urologie devrait permettre à cette génération d'urologues de se positionner en chef d'orchestre de la prise en charge de l'ensemble des troubles fonctionnels pelvipérinéaux.



Références



Anderson K.D. Targeting recovery: priorities of the spinal cord-injured population J Neurotrauma 2004 ;  10 : 1371-1383 [cross-ref]
Nortvedt M.W., Riise T., Frugard J., et al. Prevalence of bladder, bowel and sexual problems among multiple sclerosis patients two to five years after diagnosis Mult Scler 2007 ;  1 : 106-112 [cross-ref]
Nortvedt M.W., Riise T., Myhr K.M., Landtblom A.M., Bakke A., Nyland H.I. Reduced quality of life among multiple sclerosis patients with sexual disturbance and bladder dysfunction Mult Scler 2001 ;  4 : 231-235 [cross-ref]
Blok B.F., Karsenty G., Corcos J. Urological surveillance and management of patients with neurogenic bladder: results of a survey among practicing urologists in Canada Can J Urol 2006 ;  5 : 3239-3243
Rikken B., Blok B.F. Management of neurogenic bladder patients in the Netherlands: do urologists follow guidelines? Neurourol Urodyn 2008 ;  8 : 758-762 [cross-ref]


1 
Commentaire Éditorial: article « intérêt pour la neuro-urologie ».




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