Néphrolithotomie percutanée des calculs rénaux des personnes âgées : méta-analyse des résultats et complications

25 février 2017

Auteurs : R. Haider, P. Regnier, F.-R. Roustan, F. Séverac, P.-J. Treacy, L. Mendel, Y. Bodokh, B. Tibi, R. Prader, O. Traxer, D. Chevallier, J. Amiel, M. Durand
Référence : Prog Urol, 2017, 2, 27, 58-67
Introduction

La néphrolithotomie percutanée (NLPC) est le traitement de référence des calculs rénaux>2cm quel que soit l’âge. Les personnes âgées (PA) ≥ 65 ans, de plus en plus nombreuses, présentent plus de comorbidités que la population générale, pouvant altérer les résultats de la NLPC. Cette méta-analyse avait pour objectif de comparer l’efficacité et les complications de cette procédure entre PA et patients jeunes (PJ).

Matériels et méthodes

Les articles originaux de cohortes prospectives et historiques, français et anglophones, présentant les séries de NLPC publiées sur PubMed jusqu’en 2015 ont été identifiés en utilisant les mots-clés percutaneous nephrolithotomy, elderly patients, kidney stones et staghorn calculi . Notre analyse portait sur l’efficacité thérapeutique, définie par l’absence de fragment résiduel ou la présence de fragments résiduels < 4mm à 3 mois postopératoire, et les complications postopératoires selon l’âge des patients : PJ<65 ans et PA ≥ 65 ans. Les données qualitatives binaires étaient analysées en utilisant le rapport des cotes (odds ratio ) et les données quantitatives en estimant la différence des moyennes.

Résultats

Au total, sur les 397 articles identifiés, 23 ont été relus et 8 inclus dans la méta-analyse pour leur qualité méthodologique soit 4995 PJ et 820 PA. Aucune différence d’efficacité (OR=0,96 ; [IC95 % : 0,80 ; 1,17] ; p= 0,71), de temps opératoire (+1,15min chez PA [IC95 % : −2,83 ; 5,12] ; p= 0,57) et de durée moyenne de séjour (+0,29jours chez PA [IC95 % : −0,14 ; 0,72] ; p= 0,19) n’a été rapporté. En postopératoire, on notait une tendance à plus d’infections urinaires chez les PA (OR=2,24 ; [IC95 % : 0,74–6,80] ; p= 0,16) et une augmentation significative de transfusions sanguines (OR=1,41 ; [IC95 % : 1,00–1,97] ; p= 0,04).

Conclusion

La NLPC des PA permet de traiter efficacement les calculs rénaux mais augmente le risque de transfusion postopératoire comparativement aux PJ.




 




Introduction


Le taux de comorbidités des personnes âgées (PA) de plus de 65 ans est plus élevé que celui de la population générale [1]. À 75 ans, plus de la moitié de la population présente une maladie chronique reconnue en affection longue durée [2]. Les projections Insee font état d'un vieillissement de la population en France avec 20,9 millions de plus 60 ans en 2035 (12,8 millions en 2008) [3]. L'hospitalisation constitue une rupture dans l'existence des PA en accélérant leur perte d'autonomie et leur déclin cognitif, et ce, dès la première hospitalisation [4]. Inévitablement, le nombre de PA avec des calculs rénaux va augmenter suivant le vieillissement de la population française. Les particularités de l'état général de cette population nécessiteraient d'être prises en compte dans leur prise en charge.


La néphrolithotomie percutanée (NLPC) est la technique de référence de première intention du traitement chirurgical des calculs rénaux de plus de 2cm, des calculs complexes et des calculs coralliformes [5, 6, 7]. Elle implique une durée moyenne de séjour (DMS) de 4jours [8] et est associée à un taux global de complications d'environ 20 % [9]. À ce jour, son indication ne tient pas compte de l'âge des patients. La fréquence de localisation rénale des calculs urinaires des PA et de la population générale est la même avec respectivement 54 et 57 % [10]. En revanche, la maladie lithiasique de la PA est associée à cinq fois plus de signes de gravité : insuffisance rénale aiguë (IRA) ou chronique (IRC), oligurie, infection urinaire (IU) et/ou bactériémie [11].


Cette méta-analyse avait pour but d'évaluer les résultats et les complications des études comparant le traitement par NLPC des calculs rénaux des PA à celui des patients jeunes (PJ) pour apprécier si l'âge devrait être pris en compte dans le projet thérapeutique des patients.


Matériel et méthodes


Une recherche d'articles a été réalisée en décembre 2015 sur la base de données PubMed. L'utilisation de filtres a permis de limiter la recherche aux études cliniques et comparatives rédigées en anglais et en français. Les mots-clés utilisés étaient les suivants : « percutaneous nephrolithotomy » ET « elderly patients » ET « kidney stones » OU « staghorn calculi ».


L'éligibilité des articles était évaluée selon la méthode PICOS (Patient, Intervention, Comparison, Outcomes and Study design ) en accord avec les recommandations PRISMA [12]. Un article était jugé pertinent pour cette méta-analyse s'il étudiait une population de patients ayant un ou plusieurs calculs rénaux, de toute taille (P) ; nécessitant un traitement par NLPC standard (I) ; avec comparaison selon l'âge des patients (jeunes et âgés) (C) ; des caractéristiques épidémiologiques et cliniques, de l'efficacité thérapeutiques et des complications postopératoires (O). Seuls les articles originaux étaient inclus dans cette méta-analyse (S). Les séries de cas rétrospectives ou prospectives sans comparaison des résultats selon l'âge des patients n'ont pas été retenus. La sélection des articles a été réalisée par deux des auteurs (R.H. et J.A.).


La limite d'âge de 65 ans était choisie pour définir PJ (de 18 à 64 ans) et PA (à partir de 65 ans), mais variant selon les études inclus de 60 ans [16, 23] à 70 ans [17, 22]. Pour chaque étude, les caractéristiques des populations, la proportion de PA et PJ et la définition de la limite d'âge étaient reportées. L'efficacité thérapeutique de la NLPC était définie par la disparition complète du(des) calcul(s) rénal(aux) ou la persistance de fragments résiduels non significatifs inférieurs à 4mm à 3 mois postopératoires sur contrôle imagerie [13]. La classification de Clavien-Dindo modifiée dédiée à la NLPC était utilisée pour répartir les complications postopératoires selon leur gravité [14, 15]. Les complications les plus fréquentes, complication hémorragique avec besoin transfusionnel et IU étaient analysées spécifiquement.


Afin d'en permettre leur comparaison, une standardisation de la taille des calculs en mm à partir de données exprimées dans certaines études en mm2 était réalisée en utilisant la formule de l'aire d'un cercle (π.r2), se basant sur le fait que l'image scannographique du calcul utilisée pour calculer son aire se rapprochait d'un cercle. Pour chaque variable soumise à méta-analyse, seules étaient retenue pour analyse de chacune d'elle, les études disposant de données pour cette variable dans les deux populations.


Les données qualitatives binaires étaient analysées en utilisant le rapport des cotes (odds ratio , OD) et les données quantitatives en estimant la différence des moyennes. Pour chaque analyse, un test d'hétérogénéité (test Q) était réalisé. En cas d'hétérogénéité clinique significative (p <0,05), un modèle à effet aléatoire basé sur la méthode de DerSimonian et Laird était utilisé. La recherche de possible biais de publication était réalisée graphiquement à l'aide d'un « funnel plot » et en se basant sur un test de corrélation des rangs. L'ensemble des analyses a été réalisé avec le logiciel R version 3.2.2. (États-Unis, logiciel libre).


Résultats


Au total, 8 études étaient incluses dans la méta-analyse comprenant 7 séries rétrospectives [13, 16, 18, 19, 21, 22, 23] et 1 essai prospectif [17] (Figure 1, Tableau 1). L'ensemble représentait 5815 patients dont 4995 PJ et 820 PA traités par NLPC pour au minimum un calcul rénal entre 1986 et 2013. La valeur seuil médiane qui définissait l'âge limite des PA était de 65 ans, variant de 60 ans [16, 23] à 70 ans [17, 22].


Figure 1
Figure 1. 

Diagramme de flux présentant la sélection des articles pour la méta-analyse. URSS : urétéroscopie souple ; LEC : litothritie extracorporelle.




Les comorbidités principales rapportées dans les études au moment de la prise en charge étaient : les maladies cardiovasculaires (MCV) incluant hypertension artérielle (2 à 11,2 % chez les PJ et 24 à 32,8 % chez les PA) et coronaropathies (0,8 à 1 % chez les PJ et 0 à 18 % chez les PA), le diabète non insulinodépendant (DNID) (4,4 à 11,7 % chez les PJ et 3 à 23,7 % chez les PA) et l'insuffisance rénale chronique (IRC) (3,1 % chez les PJ et 4,9 à 24 % chez les PA). Trois études présentaient un taux significativement plus élevé de DNID chez les PA par rapport aux PJ avec respectivement 23,7 % et 11,7 % (p <0,001) [16], 6,6 et 4,4 % (p <0,001) [18] et 20 et 4,8 % (p <0,001) [19]. Une seule étude retrouvait un taux significativement plus élevé d'HTA et de coronaropathie chez les PA que chez les PJ avec respectivement 24 et 2 % (p <0,001) et 16 et 0,8 % (p <0,001) [19]. La taille moyenne des calculs était de 23,2 à 43,8cm chez les PJ et de 24,3 à 46,3cm chez les PA. Aucune différence significative de taille de calcul n'était rapportée entre PA et PJ avec+0,84mm de moyenne chez les PA [IC95 % : −0,03 ; 1,71] ; p =0,06 (Figure 2a). Au total, 36,5 à 46 % des PJ et 34 à 55 % des PA avaient déjà bénéficié d'un traitement chirurgical antérieur de calcul.


Figure 2
Figure 2. 

Méta-analyse en forest plot des différences moyennes (mean difference ) et des odds ratio (OD) des études comparant le traitement par NLPC des calculs rénaux des PA et des PJ. Méta-analyse, (A) de la taille des calculs, (B) de l'efficacité thérapeutique, (C) du temps opératoire, (D) de la DMS, (E) des complications globales postopératoires, (F) des complications mineures (CLAVIEN I-II), (G) des IU postopératoires et (H) des complications hémorragiques nécessitant une transfusion sanguine postopératoire. NLPC : néphrolithotomie percutanée ; PA : personne âgée ; PJ : patient jeune ; DMS : durée moyenne de séjour ; IU : infection urinaire.




Le taux moyen d'efficacité thérapeutique des NLPC variait de 38 à 92 % chez les PJ et de 53 à 89 % chez les PA (Tableau 2). En analysant les efficacités thérapeutiques des PA et des PJ, aucune différence d'efficacité n'était retrouvée (OR=0,96 ; [IC95 % : 0,80 ; 1,17] ; p =0,71) (Figure 2b). Dans chacune des études, aucune différence significative d'efficacité thérapeutique n'était constatée selon l'âge.


La durée opératoire moyenne de NLPC variait de 48 à 146min chez les PJ et de 53 à 133min chez les PA (Tableau 2). Une faible augmentation non cliniquement et statistiquement significative de la durée opératoire était retrouvée chez les PA avec+1,15min de durée opératoire moyenne [IC95 % : −2,83 ; 5,12] ; p =0,57 (Figure 2c). Une seule étude révélait un temps opératoire significativement plus court chez les PJ avec 80 (± 45) min et 86 (± 46) min (p =0,032) chez les PA [17]. La DMS variait de 1,9 à 6,2jours chez les PJ et de 2,3 à 5,2jours chez les PA (Tableau 2). L'analyse témoignait d'une tendance de DMS plus longue chez les PA sans significativité statistique et clinique avec une différence moyenne de+0,29jours [IC95 % : −0,14 ; 0,72] ; p =0,19 (Figure 2d). Okeke et al. et Buldu et al. présentaient une DMS significativement plus longue chez les PA avec respectivement 4,1jours (± 3,2) et 1,9jours (± 1,7) chez les PJ contre 5jours (±4,1) et 2,3jours (± 1,2) chez les PA (p <0,001 et p =0,008) [17, 23].


Le taux de complications globales postopératoires était de 4,4 à 19,1 % chez les PJ et de 11,1 à 19,9 % chez les PA (Tableau 3). L'analyse retrouvait une tendance non significative à l'augmentation des complications globales postopératoires avec l'âge (OR=1,20 ; [IC95 % : 0,98 ; 1,48] ; p =0,08) (Figure 2e). Seul Okeke et al. rapportaient, après appariement, un taux de complications globales postopératoires significativement supérieur chez les PA avec 19,9 % contre 6,6 % chez les PJ (p <0,001) [17]. Les complications classées CLAVIEN I-II étaient les plus fréquentes chez les PA et les PJ. Elles étaient retrouvées entre 4 et 17,4 % chez les PJ et entre 8,1 et 17,9 % chez les PA (Tableau 3). Les complications CLAVIEN I-II étaient sensiblement plus présentes chez les PA mais de façon non significative (OR=1,22 ; [IC95 % : 0,97-1,54] ; p =0,08) (Figure 2f).


Au total, les deux principales complications rapportées et analysées étaient l'IU et les complications hémorragiques nécessitant une transfusion sanguine postopératoire. Les IU étaient rapportées selon les études entre 1,2 et 10 % chez les PJ et entre 6,5 et 21 % chez les PA. L'analyse retrouvait un taux d'IU postopératoire plus important chez les PA mais de façon non significative (OR=2,24 ; [IC95 % : 0,74-6,80] ; p =0,16) (Figure 2g). Dans 2 séries [18, 19], les taux d'IU étaient significativement plus élevés chez les PA que chez les PJ avec 6,5 % et 1,3 % (p = 0,007) et 8 % et 1,2 % (p = 0,004), respectivement. Les complications hémorragiques nécessitant une transfusion sanguine étaient rapportées selon les études entre 1,2 et 18 % chez les PJ et entre 2,2 et 26 % chez les PA. L'analyse retrouvait un taux de complications hémorragiques nécessitant une transfusion sanguine postopératoire significativement plus élevé chez les PA (OR=1,41 ; [IC95 % : 1,00-1,97] ; p =0,04) (Figure 2h). Stoller et al. [21] constataient significativement plus de taux de transfusion sanguine postopératoire chez les PA que chez les PJ avec 26 et 14 % respectivement (p < 0,01). Nakamon et al. [18] identifiaient 4 facteurs pronostiques de survenue de complications postopératoires : un ECBU préopératoire positif (rapport de taux d'incidence (IRR)=0,69 ; [IC95 % : 0,50-0,95] ; p = 0,024), une taille du calcul élevée (IRR=0,89 ; [IC95 % : 0,80-0,99] ; p = 0,032), une durée opératoire longue (IRR=1,01 ; [IC95 % : 1,00-1,02] ; p = 0,002) et un nombre d'abord percutané>2 (IRR=0,42 ; [IC95 % : 0,31-0,56] ; p < 0,001).


Discussion


L'augmentation de l'espérance de vie dans les pays industrialisés conduit à prendre en charge les calculs rénaux de patients de plus en plus âgés qui présentent un état général différent de la population générale [2]. Cette particularité nous a conduits à réaliser une méta-analyse pour évaluer les résultats et les complications de la NLPC de calculs rénaux des PA. Sur les 820 PA traités par NLPC entre 1986 et 2013 des 8 études analysées, l'efficacité thérapeutique était de 53 à 89 % sans différence significative avec les PJ et les complications comprenaient majoritairement des hémorragies et des IU chez les PA.


Au total, le volume moyen des calculs des PA ne différait pas des PJ. Aucune association n'était identifiée entre l'âge élevé et la taille moyenne des calculs rénaux (différence moyenne=+0,84mm ; [IC95 % : −0,03 ; 1,71] ; p =0,06). Pour trois des études [13, 16, 21], la présentation clinique des PA était comparable à celle des PJ. Ces résultats n'étaient pas concordants avec les analyses démographiques de population générale qui rapportent un taux de comorbidité plus élevé chez les PA [2]. Cette tendance était confirmée dans trois autres séries de la méta-analyse [17, 18, 19]. Le taux de DNID était significativement plus élevé dans trois études [17, 18, 19] et une étude rapportait plus d'HTA et de coronaropathies [19] chez les PA sans incidence sur l'efficacité thérapeutique.


Les taux de succès de la NLPC étaient comparables dans chaque étude entre PA et PJ. La méta-analyse ne retrouvait pas de différence d'efficacité thérapeutique de la NLPC (OR=0,96 ; [IC95 % : 0,80 ; 1,17] ; p =0,71). Au global, ni la durée opératoire (différence moyenne=+1,15minutes ; [IC95 % : −2,83 ; 5,12] ; p =0,57), ni la DMS (différence moyenne=+0,29jours ; [IC95 % : −0,14 ; 0,72] ; p =0,19) n'étaient significativement différentes chez les PA. Okeke et al. [17] présentaient un allongement de la durée opératoire (86min (± 46), 80min (± 45), p =0,032) et de la DMS (5jours (± 4,1), 4,1jours (± 3,2), p <0,001) chez les PA. Cette différence pourrait s'expliquer par l'utilisation d'un âge seuil plus élevé de 70 ans. La série comptait 334 PA de 74,7 ans (± 4,3) d'âge moyen.


Kuzgunbay et al. [13] présentaient un taux d'efficacité thérapeutique globalement plus faible que les autres études avec 53 % pour les PA. Cette différence pourrait s'expliquer par une taille de calcul à traiter plus élevée de 46,3mm (± 27,8) exposant à un risque d'échec thérapeutique plus important. Ces résultats sont concordants avec les facteurs prédictifs de succès rapportés par Doré et al. [20]. Dans une analyse rétrospective et multicentrique sur 210 NLPC de PA > 70 ans pour des calculs de taille médiane de 24mm (9-70), il avait été identifié plusieurs facteurs prédictifs d'efficacité thérapeutique dont le caractère unique du calcul (p =0,01), la topographie pyélique et/ou calicielle inférieure (p =0,003), un temps opératoire court (p <0,0001) et la taille du calcul (p <0,0001). En cas de calcul coralliforme complet le taux d'efficacité était de 30,8 % et en cas de calcul unique de 81,1 % en cas de siège pyélique et 90,3 % en cas de siège caliciel inférieur [20].


Les PA présentaient une tendance non significative à plus de complications globales postopératoires que les PJ (OR=1,20 ; [IC95 % : 0,98 ; 1,48] ; p =0,08). En analyse de sous-groupe, les complications Clavien I-II présentaient aussi une tendance non significative à une fréquence plus importante chez les PA (OR=1,22 ; [IC95 % : 0,97-1,54] ; p =0,08). Les PA n'étaient pas plus à risque de présenter des complications>Clavien II. L'analyse du taux d'IU postopératoires ne retrouvait pas de différence statistiquement significative mais une tendance à l'augmentation dans le groupe PA (OR=2,24 ; [IC95 % : 0,74-6,80] ; p =0,16). Le taux de complications hémorragiques nécessitant une transfusion était significativement plus élevé chez les PA (OR=1,41 ; [IC95 % : 1,00-1,97] ; p =0,04).


Indépendamment de l'âge, la présence de comorbidités pourrait prédire la survenue de ces complications. Dans notre méta-analyse, deux séries sur trois (Nakamon et al. et Karami et al.) qui rapportaient un taux de comorbidités plus élevé chez les PA, présentaient plus d'IU. Cette analyse est concordante avec la série Resorlu et al. [24] qui analysait l'impact du score de comorbidités de Charlson [25] chez 283 PA>60 ans avec des calculs rénaux de 32,4mm (± 14,7) traités par NLPC. Cette étude rétrospective multicentrique stratifiait en 3 groupes la population selon le score de Charlson (0, 1 et ≥ 2). La survenue de la transfusion sanguine augmentait avec le score de Charlson avec 23,2 % dans le groupe Charlson ≥ 2, 11,1 % dans le groupe Charlson 1 et 7,6 % dans le groupe 0 (p =0,011). Il était aussi rapporté significativement plus de complications médicales postopératoires (arythmie, crise hypertensive, embolie pulmonaire, syndrome coronarien aigu ou saignement digestif) chez les PA du groupe Charlson ≥ 2 que dans les groupes 1 et 0, avec respectivement 28,6 %, 12 % et 7,6 % (p =0,001).


Cette méta-analyse est limitée par l'hétérogénéité des groupes de patients et des méthodologies statistiques des différentes études pouvant impacter sur la comparabilité des articles. L'âge limite qui définit les PA est variable de 60 ans [16, 23] à 70 ans [17, 22] selon les séries. Il existe aussi une grande variabilité de taille des calculs traités. Kuzgunbay et al. [13] et Okeke et al. [17] ont pris en charge des calculs de petites tailles comme le montre les déviations standards importantes de la taille moyenne de leurs calculs. Avec chez Kuzgunbay et al. une taille moyenne des calculs de 46,3 (± 27,8) mm chez les PA et de 43,8 (± 31,2) mm chez les PJ et chez Okeke et al. une taille moyenne des calculs de 24,3 (± 22,4) mm chez les PA et de 23,2 (± 21,9) mm chez les PJ. L'analyse des complications postopératoires est elle-aussi limitée par l'absence de recours systématique à des classifications établies. L'IU peut selon les études être définie par une fièvre postopératoire, un sepsis, une bactériurie ou une IU. Nous avons pour cela comme Seitz et al. [26], standardisé les complications via le score de Clavien.


Conclusion


L'efficacité thérapeutique de la NLPC pour les calculs rénaux des PA est identique à celle des PJ. Chez les PA en postopératoire, il est retrouvé une tendance à une fréquence plus importante de complications mineures et d'IU et une augmentation significative de transfusions sanguines. Le taux de comorbidités préopératoires indépendamment de l'âge interprété par le score de Charlson pourrait prédire des risques de complication postopératoire. Le recours à cette analyse systématique devrait être recommandé. Des études complémentaires sont nécessaires pour évaluer les alternatives thérapeutiques à envisager chez ces PA à risque élevé.


Déclaration de liens d'intérêts


Les auteurs déclarent ne pas avoir de liens d'intérêts.




Tableau 1 - Caractéristiques épidémiologiques et cliniques des populations de patients traités par NLPC pour calcul(s) rénal(aux).
  Type d'étude  Nombre de patients 
Limite d'âge  DNID 
HTA 
IRC 
Coronaropathie 
Taille moyenne des calcul(s) 
Antécédent de chirurgie lithiasique 
          PA  PJ  PA  PJ  PA  PJ  PA  PJ  PA  PJ  PA  PJ 
    PA  PJ  ans 



mm 

Nakamon et al. [18], 2013  Rétrospective cas-témoins  61  385  65  6,6  4,4  32,8  11,2  4,9  3,1  40,9 (±17)  39,4 (±18)  NR  NR 
p           < 0,001              0,547     
Kuzgunbay et al. [13], 2011  Rétrospective cas-témoins  45  37  65  NR  NR  NR  NR  NR  NR  NR  NR  46,3 (±27,8)  43,8 (±31,2)  NR  NR 
p                           0,23     
Okeke et al. [17], 2012  Cohorte prospective  334  2976  70  23,7  11,7  NR  NR  NR  NR  NR  NR  24,3 (±22,4)  23,2 (±21,9)  NR  NR 
p           < 0,001              0,063     
Sahin et al. [16] 201  Rétrospective cas-témoins  28  178  60  22  NR  26  NR  7,4  NR  15  NR  37  34,2  39  36,5 
p                           0,112  0,778 
Stoller et al. [21], 1994  Rétrospective cas-témoins  42  160  65  NR  30  NR  24  NR  18  NR  43  38  NR  NR 
p                           0,2     
Karami et al. [19], 2010  Rétrospective cas-témoins  50  248  65  20  4,8  24  NR  NR  16  0,8  28,1 (±3,3)  27,4 (±3,2)  34  37 
p           < 0,001  < 0,001      < 0,001  0,71     
Anagnostou et al. [22], 2008  Rétrospective cas-témoins  135  644  70  NR  NR  NR  NR  NR  NR  NR  NR  NCa  NCa  55  46 
p                                  
Buldu et al. [23], 2015  Rétrospective cas-témoins  125  395  60  NR  NR  NR  NR  NR  NR  NR  NR  31,5 (±15,4)  30,1 (±15,5)  NR  NR 
p                           0,379     



Légende :
DNID : diabète non insulinodépendant ; HTA : hypertension artérielle ; IRC : insuffisance rénale chronique ; PA : personnes âgées ; PJ : patients jeunes ; NR : non renseigné ; NC : non calculable.

[a] 
Taille des calculs donnés en volume (mm3). Volume moyen des calculs : PA=56,7 mm3 (2-1500) ; PJ=62,7 mm3 (0,25-2400).


Tableau 2 - Efficacité thérapeutique des patients traités par NLPC pour calcul(s) rénal(aux).
  Nombre de patients 
Efficacité thérapeutiquea 
Durée opératoire moyenne 
DMS 
  PA  PJ  PA  PJ  PA  PJ  PA  PJ 
     
min 
jours 
Nakamon et al. [18], 2013  61  385  85  86  53 (±21)  48 (±19)  5,2 (±5,6)  4,8 (±2,6) 
p       0,75  0,07  0,266 
Kuzgunbay et al. [13], 2011  45  37  53  38  133 (±36)  146 (±37)  3,8 (±2,3)  3,9 (±1,1) 
p       0,365  0,106  0,069 
Okeke et al. [17], 2012  334  2976  79  79  86 (±46)  80 (±45)  5 (±4,1)  4,1 (±3,2) 
p       0,365  0,032  <0,001 
Sahin et al. [16], 2001  28  178  89  92  101 (20-245)b  5,1 (3-12)b  6,2 (NR)   
p       0,718      0,147 
Stoller et al. [21], 1994  42  160  82  NR  NR  NR  NR  NR 
p                  
Karami et al. [19], 2010  50  248  86  90  75 (±5)  76 (±6)  3,7 (±0,3)  3,8 (±0,9) 
p       0,45  0,25  0,8 
Anagnostou et al. [22], 2008  135  644  73  75  NR  NR  NR  NR 
p       0,051         
Buldu et al. [23], 2015  125  395  82  83  62 (±32)  63 (±31)  2,3 (±1,2)  1,9 (±1,7) 
p       0,66  0,86  0,008 



Légende :
PA : personnes âgées ; PJ : patients jeunes ; SF : sans fragment ; DMS : durée moyenne de séjour ; NR : non renseigné.

[a] 
Efficacité thérapeutique=taux de sans-fragment+fragments résiduels cliniquement non significatif (< 4mm) à 3 mois postopératoire.
[b] 
Dans cette étude, les durées opératoires et de séjour étaient données en médiane.


Tableau 3 - Complications postopératoires des patients traités par NLPC pour calcul(s) rénal(aux).
  Nombre de patients 
Complications globales 
Infection urinaire 
Transfusion sanguine 
Complications mineures (Clavien I-II) 
Complications majeures (Clavien III-IV) 
Décès (ClavienV) 
  PA  PJ  PA  PJ  PA  PJ  PA  PJ  PA  PJ  PA  PJ  PA  PJ 
     





Nakamon et al. [18], 2013  61  385  13,1  15,6  6,5  1,3  6,6  4,2  15  10 
p       0,618    0,007    0,4               
Kuzgunbay et al. [13], 2011  45  37  11,1  13,5  NR  NR  10,6  13,5  10,6  13,5 
p               0,691               
Okeke et al. [17], 2012  334  2976  19,9  17,4  7,5  9,2  14,8  13,9  5,1  3,6 
p       0,286    0,301    0,485               
Sahin et al. [16], 2001  28  178  17,9  19,1  14  10  21  18  17,9  17,4  1,1 
p               0,662               
Stoller et al. [21], 1994  42  160  NR  NR  21  NR  26  14  NC  NC  NC  NC 
p               < 0,01               
Karami et al. [19], 2010  50  248  14  4,4  1,2  4a  1,6a  14 
p           0,004    0,3               
Anagnostou et al. [22], 2008  135  644  14,1  NR  NR  2,2  1,2  8,1  6,7  2,2  1,1  0,7  0,2 
p       0,073                       
Buldu et al. [23], 2015  125  395  19,2  17,7  NR  NR  NR  NR  15,2  11,1  6,6 
p       0,71                       



Légende :
DMS : durée moyenne du séjour ; PA : personnes âgées ; PJ : patients jeunes ; NR : non renseigné ; NC : non calculable.

[a] 
Saignement périopératoire sans notion de transfusion précisée.


Références



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