Myiase périnéale multiple : une première observation Togolaise

12 mars 2021

Auteurs : S.P. Kebalo, K.O. Sibabi-Akpo, M. Pakoudjare, P. Kassang, D. Teko, K.J.-P. Gnassingbe
Référence : Prog Urol, 2021, 4, 31, 238-239




 




Introduction


La myase sous-cutanée est une dermatose fréquente dans les pays tropicaux [1]. Le diptère responsable est le Cordylobia anthropophaga qui appartient à la famille des Calliphoridés [1]. Il provoque des lésions furonculoïdes chez le chien et l'homme mais aussi chez le chat et le singe [2]. La localisation périnéale est rare [1, 2]. Le périnée est cet ensemble des parties molles s'étendant du pubis en avant au coccyx en arrière et limité latéralement par les épines ischiatiques. Dans la littérature, des cas d'atteinte unique au périnée ont été rapportés mais pas des cas d'atteinte multiples [1, 2, 3]. Nous rapportons un cas de myase périnéale chez un nourrisson de 12 mois avec lésions multiples siégeant à la fois au prépuce, au scrotum, au pubis et près de la marge anale pris en charge aux urgences chirurgicales pédiatriques (UCP) du Centre Hospitalier Universitaire Sylvanus Olympio (CHU-SO)/Togo.


Observation


Il s'agissait d'un nourrisson de 12 mois, de sexe masculin, marchant à 4 pattes pesant 10 kgs admis pour tuméfactions multiples, douloureuses, prurigineuses au périnée évoluant depuis 07jours dans un contexte non fébrile traité sans succès par une automédication à base de paracétamol, de pommades traditionnelles et d'anti-allergiques. Le statut vaccinal était à jour. Il n'y avait pas d'antécédents familiaux d'allergies. Les parents habitaient en zone urbaine dans une maison abritant 03 ménages dont la cour était cimentée. La literie du nourrisson était séchée au soleil. L'examen a permis de retrouver des lésions papulaires molles, douloureuses, blanchâtres siégeant au pubis, au prépuce, au scrotum, et près de la marge anale. On notait la présence d'un orifice blanchâtre en regard de ces lésions (Figure 1). La compression bidigitale des lésions avait permis d'extraire des asticots à raison d'un asticot par lésions (Figure 2). L'examen parasitologique avait conclu à des larves de Cordylobia anthropophaga , ce qui nous a permis de retenir le diagnostic de myase sous-cutanée périnéale. Le malade a été mis après extraction des larves sous traitement per os à base de paracétamol à la dose de 60mg/kg/jr, d'ibuprofène à la dose de 30mg/kg/jr, d'amoxicilline acide clavulanique à la dose de 50mg/kg/jr associé à des soins locaux à base de solution antiseptiques. L'évolution a été favorable avec un recul de 2 semaines.


Figure 1
Figure 1. 

Image montrant le siège des lésions au niveau du périnée.




Figure 2
Figure 2. 

Image montrant les larves de Cordylobia anthropophaga extraites.





Discussion


La myase sous-cutanée est due au développement des larves de certains diptères au niveau de la peau chez l'homme ou l'animal [1]. Elle est le plus souvent furonculaire [1, 2] comme ce fut le cas chez notre patient. Les Å“ufs pondus par la mouche adulte soit directement sur la peau, soit au sol ou sur le linge séchant au soleil éclosent et donnent des larves qui au contact de la peau pénètrent l'épiderme et vont se développer dans le tissu sous-cutané pendant 10 à 12jours, en passant par trois stades larvaires [3, 4]. La réaction immunitaire face à ces larves va se traduire par des papules. La larve ne laisse apparaître qu'un orifice respiratoire, et sa fixation chez l'hôte est assurée par ses crochets buccaux et par des couronnes d'épines situées sur son corps et responsables des douleurs [4]. Cela expliquait la symptomatologie et les signes retrouvés chez notre patient. La marche à 4 pattes et la literie du patient séchée au soleil pourraient avoir été les facteurs ayant favorisé l'affection par mise en contact des larves avec la peau.


La localisation périnéale est rare. Les cas rapportés dans la littérature étaient des cas avec lésion unique [1, 2, 3, 5]. Chez notre patient on notait plusieurs lésions identiques au périnée (prépuce, scrotum, pubis et près de la marge anale).


Le traitement d'une myiase est en règle facile et repose sur l'extraction de la larve qui peut se faire à l'aide d'une pince ou par pression manuelle [1, 2]. Chez notre patient l'extraction a été faite par pression bidigitale. Dans certains cas l'extraction peut paraitre difficile par mobilité du ver et de son système d'attache obligeant à la réalisation d'une incision en vue de faciliter l'extraction du ver [6].


Les larves extraites chez notre patient étaient celles de Cordylobia anthropophaga . Encore appelé ver de Cayor, il est le plus souvent la cause de myase sous-cutanée furonculaire en Afrique subsaharienne [4].


Un traitement antibiotique par voie orale et des soins locaux à base d'antiseptiques sont souvent recommandés pour limiter le risque de surinfection bactérienne [6, 5], ce qui était le cas pour notre patient. Les suites ont été simples après l'extraction des larves avec une cicatrisation complète en quelques jours. La prophylaxie consiste à laver le linge de manière rigoureuse, à le mettre à sécher en plein soleil, et à le repasser avec un fer très chaud pour détruire d'éventuels Å“ufs [6, 5].


Conclusion


La myiase sous-cutanée est rare encore plus dans sa localisation périnéale. Elle peut se rencontrer en zone urbaine. Il faut savoir y penser en cas de lésions furonculeuses périnéale chez un enfant. En afrique subsaharienne, l'agent le plus souvent en cause reste le Cordylobia anthropophaga .


Déclaration de liens d'intérêts


Les auteurs déclarent ne pas avoir de liens d'intérêts.



Références



Mbaye P.A., Sagna A., Ndong A., Ndoye N.A., Ndour O., Ngom G. Myiase scrotale chez l'enfant : à propos d'un cas Afr J Urol 2018 ;  24 : 399-401 [cross-ref]
Sarr A., Sow D., Diao B., et al. Myiase préputiale : à propos d'une observation Andrologie 2011 ;  21 : 260-262 [cross-ref]
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Devienne P., Bobard P., Pinhas C. Le ver de Cayor, agent d'une myiase furonculeuse Insectes 2004 ;  135 : 23-24
Rodriguez G., Rashid M. Human scrotal myiasis (bot fly): a case of self-diagnosis Urol Nurs 2002 ;  25 (2) : 315-317
Adams D.W., Cooney R.T. Excision of a Dermatobia hominis larva from the heel of a South American traveler: a case report J Foot Ankle Surg 2004 ;  43 : 260-262 [cross-ref]






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