Mortalité prématurée par cancer urologique : le rein en première ligne

30 mai 2007

Mots clés : Cancer, Rein, mortalité prématurée
Auteurs : RAYNAL G., BERNHARD J-C.
Référence : Prog Urol, 2007, 17, 260-261

Commentaire sur l'article : "Evolution de l'épidémiologie du cancer de la prostate depuis 20 ans" par P. Grosclaude., J.L. Davin, Y. Neuzillet., C. Coulange. Prog. Urol., 2006 ; 16 : 653-660.

P. Grosclaude rappelait à juste titre dans un supplément récent de Progrès en Urologie [1] l'importance épidémiologique du cancer de la prostate, "premier cancer tous sexes confondus", placé au "quatrième rang des cancers les plus mortels pour les deux sexes confondus".

Au-delà de la mortalité brute, classer les cancers par mortalité corrigée en fonction de l'âge de survenue du décès permettrait aussi de cerner plus distinctement la réalité épidémiologique des cancers, notamment urologiques.

L'institut de veille sanitaire publie ainsi sur son site internet [2, 3] une analyse de la mortalité par différents cancers en France, dans le cadre de l'application des mesures 1 à 3 du plan Cancer 2003-2007 voulu par le Président de la République.

Cette analyse porte notamment sur la mortalité prématurée mesurée en "années potentielles de vie perdues" (APVP), indicateur proposé par Romeder et Mcwhinnie [4] correspondant au nombre d'années entre l'âge de survenue du décès et un âge limite choisi. 65 ans pour une analyse visant l'âge d'activité économique et comme standard international, et 75 ans pour une analyse des pays à longue espérance de vie, comme la France. La somme des années potentielles de vie perdues de chaque individu constitue les années potentielles de vie perdues au sein de la population considérée.

Cette approche est légitime puisqu'un décès prématuré comporte un coût social en faisant disparaïtre un agent économique à un âge où il aurait pu être actif. Elle intègre aussi la dimension humaine d'un décès prématuré, car si tout décès par cancer est déplorable quel que soit l'âge de survenue, il l'apparaît d'autant plus qu'il survient plus précocement.

Le cancer du rein est le premier cancer urologique par années potentielles de vie perdues chez l'homme, comme chez la femme, avant 65 ans, le premier, deux sexes cumulés avant 75 ans, et le second chez l'homme avant 75 ans, juste derrière celui de la prostate avec 16338 années potentielles de vie perdues contre 19150 (Tableau I et II [2]).

Par ailleurs, le cancer du rein présente un ratio mortalité/incidence plus élevé que les cancers de prostate et de vessie, à l'exception du cancer de vessie chez la femme et en l'absence de données sur le cancer du testicule (Tableau III [3]). Il s'agit du seul des quatre grands cancers urologiques dont la mortalité reste en progression sur la période 1983-2002 (Tableau IV [2]).

A l'heure de l'introduction des thérapeutiques ciblées, ces chiffres font du cancer du rein, 12ème cancer en mortalité brute chez l'homme comme chez la femme (Tableau V [2]), une priorité de santé publique comme premier cancer urologique en termes de décès prématurés, d'agressivité et de progression de mortalité.

Tableau I : Effectifs annuels moyens des APVP avant 65 ans chez les hommes par localisation cancéreuse de 1998 à 2002 en France métropolitaine.
Tableau II : Effectifs annuels moyens des APVP avant 65 et 75 ans par cancer urologique de 1998 à 2002 en France métropolitaine.
Tableau III : Effectifs estimés des nouveaux cas et décès des cancers urologiques en 2000 en France (les données du cancer du testicule ne sont pas disponibles) [3].
Tableau V : Effectifs annuels moyens de décès par localisation cancéreuse de 1998 à 2002 en France métropolitaine.

Références

1. GROSCLAUDE P., DAVIN J.L., NEUZILLET Y., COULANGE C. : Evolution de l'épidémiologie du cancer de la prostate depuis 20 ans. Prog. Urol., 2006 ; 16 : 653-660.

2. Mortalité observée par cancer en France et dans 22 régions métropolitaines, site de l'Institut de Veille Sanitaire, rubrique surveillance épidémiologique des cancers : http://www.invs.sante.fr/cancer_1983_2002/default.htm

3. REMONTET L., BUEMI A., VELTEN M., JOUGLA E., ESTEVE J. : Evolution de l'incidence et de la mortalité par cancer en France de 1978 à 2000, rapport Réseau français des registres du cancer (Francim), Hôpitaux de Lyon, Inserm, InVS : 2002. rein p. 139 ; vessie p. 133 ; prostate p. 127. Disponible sur le site de l'Institut de Veille Sanitaire, rubrique surveillance épidémiologique des cancers : http://www.invs.sante.fr/estimations_cancer/index.htm

4. ROMEDER J.M., MCWHINNIE J.R. : Potential years of life lost between ages 1 and 70 : an indicator of premature mortality for health planning. Int J Epidemiol. 1977 Jun ; 6 : 143-151.